mercredi 25 septembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Caen |
| Section | Tribunal Administratif de Caen |
| N° Dossier | TA14-2102636 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 2ème chambre |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 25 novembre 2021 et 26 juin 2023, M. B A doit être regardé comme demandant au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 23 août 2021 par lequel la rectrice de l'académie de Normandie a mis fin, à compter du 1er septembre 2021, à l'autorisation d'exercer son activité à temps partiel à hauteur de 80 % pour l'année scolaire 2021-2022 ;
2°) de condamner l'Etat à lui verser dans un délai de trois mois à compter du jugement à intervenir, et sous astreinte de 30 euros par jour de retard, la somme de 15 000 euros, assortie des intérêts au taux légal à compter de la réclamation préalable, réparant les préjudices qu'il estime avoir subis en lien avec l'illégalité de la décision attaquée et intégrant le nouveau calcul de sa rémunération prenant en compte notamment les heures supplémentaires au taux majoré qui auraient dû être rétribuées pendant la période durant laquelle il est réputé, en conséquence de l'annulation à intervenir, avoir été placé rétroactivement à temps partiel à 80%.
M. A soutient que :
- la décision attaquée n'est pas motivée ;
- elle est entachée d'une erreur de droit, aucun texte ne permettant à l'administration d'annuler un précédent arrêté autorisant l'exercice de fonctions à temps partiel ;
- elle n'est justifiée par aucune nécessité de service ;
- cette décision, qui traduit la volonté de l'administration de tenir compte de son refus d'exercer ses fonctions avec une quotité de temps de travail de 75%, constitue une sanction déguisée.
Par un mémoire en défense, enregistré le 22 juin 2023, la rectrice de l'académie de Normandie conclut au rejet de la requête.
Elle fait valoir que les moyens exposés dans la requête ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'éducation ;
- le code des relations entre le public et l'administration,
- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;
- la loi n° 84-16 du 11 janvier 1984 ;
- le décret n° 82-624 du 20 juillet 1982 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Pringault, conseiller ;
- les conclusions de M. Blondel, rapporteur public.
Considérant ce qui suit :
1. M. B A, professeur certifié de classe normale, enseigne les sciences physiques notamment au collège du Moulin-de-Haut, situé à Percy-en-Normandie, dans la Manche. Le 1er février 2021, la rectrice de l'académie de Normandie a fait droit à sa demande de temps partiel sur autorisation, pour la période du 1er septembre 2021 au 31 août 2022, avec une quotité de temps de travail de 80 %. Par arrêté du 23 août 2021, prenant effet au 1er septembre 2021, la rectrice a mis fin à cette autorisation. Le 14 septembre 2021, M. A a formé un recours gracieux contre cette décision ainsi qu'une demande indemnitaire préalable au titre des préjudices qu'il estime avoir subis en lien avec l'illégalité de la décision du 23 août 2021. Par sa requête, M. A demande l'annulation de cette décision et la condamnation de l'Etat à lui verser la somme de 15 000 euros, incluant la régularisation de ses droits statutaires résultant de l'annulation à intervenir ainsi que la réparation des préjudices subis du fait de l'illégalité de la décision attaquée.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. Aux termes de l'article 37 de la loi du 11 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique de l'Etat, alors en vigueur : " () Les refus opposés à une demande de travail à temps partiel doivent être précédés d'un entretien et motivés dans les conditions définies par les articles L. 211-2 à L. 211-7 du code des relations entre le public et l'administration () ". Aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent.
A cet effet, doivent être motivées les décisions qui () abrogent une décision créatrice de droits () ". Enfin, aux termes de l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ".
3. En l'espèce, la décision attaquée, qui abroge l'arrêté du 1er février 2021 accordant à M. A l'autorisation d'exercer son activité à temps partiel à compter du 1er septembre 2021, ne mentionne aucune considération de fait et ne vise ni ne cite aucun texte. Contrairement à ce que fait valoir l'administration en défense, la circonstance que les motifs de la décision lui aient été explicités au cours de plusieurs échanges avec les services concernés ne saurait tenir lieu de la motivation écrite exigée par les dispositions précitées du code des relations entre le public et l'administration. Il s'ensuit qu'à défaut de mention de toute considération de fait et de droit qui en constituerait le fondement, la décision attaquée méconnaît les articles L. 211-2 et L. 211-5 de ce code.
4. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que M. A est fondé à demander l'annulation de la décision du 23 août 2021 par laquelle la rectrice de l'académie de Normandie a abrogé l'autorisation d'exercer ses fonctions à temps partiel à hauteur de 80 % dont il bénéficiait pour l'année scolaire 2021-2022.
Sur les conclusions à fin d'indemnisation :
5. Si l'intervention d'une décision illégale peut constituer une faute susceptible d'engager la responsabilité de la collectivité publique, elle ne saurait donner lieu à réparation si, dans le cas d'une procédure régulière, la même décision aurait pu légalement être prise. Eu égard au motif d'annulation retenu au point 3 ci-dessus, il y a lieu, afin d'apprécier le droit à réparation de M. A, d'examiner si la décision d'abrogation litigieuse aurait pu légalement être adoptée en l'absence de vice de forme.
6. Aux termes de l'article 37 de la loi du 11 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique de l'Etat, alors en vigueur : " Les fonctionnaires () peuvent, sur leur demande, sous réserve des nécessités de la continuité et du fonctionnement du service et compte tenu des possibilités d'aménagement de l'organisation du travail, être autorisés à accomplir un service à temps partiel () ". Aux termes de l'article R. 911-7 du code de l'éducation : " () Pour les personnels des établissements d'enseignement du second degré, qui, relevant d'un régime d'obligations de service défini en heures hebdomadaires, exercent à temps partiel, la durée du service est aménagée de façon à obtenir un nombre entier d'heures hebdomadaires, correspondant à la quotité de temps de travail choisie et qui ne peut correspondre à une quotité de travail inférieure à 50 % ou supérieure à 90 %. La durée de ce service à temps partiel peut être accomplie dans un cadre annuel sous réserve de l'intérêt du service ".
7. Il appartient au chef de service d'apprécier, en fonction des nécessités du fonctionnement du service, les modalités d'attribution aux agents qui en font la demande de l'autorisation d'accomplir leur service à temps partiel.
8. Aux termes de l'article L. 242-1 du code des relations entre le public et l'administration : " L'administration ne peut abroger ou retirer une décision créatrice de droits de sa propre initiative ou sur la demande d'un tiers que si elle est illégale et si l'abrogation ou le retrait intervient dans le délai de quatre mois suivant la prise de cette décision ". Aux termes de l'article L. 242-2 du même code : " Par dérogation à l'article L. 242-1, l'administration peut, sans condition de délai : 1° Abroger une décision créatrice de droits dont le maintien est subordonné à une condition qui n'est plus remplie () ".
9. L'autorisation accordée à un agent d'exercer ses fonctions à temps partiel constituant une décision créatrice de droits dont le maintien est subordonné à la condition que les nécessités du fonctionnement du service permettent la réduction effective du temps de travail de l'agent, elle peut être abrogée par l'administration dans les conditions prévues à l'article L. 242-2 du code des relations entre le public et l'administration.
10. En l'espèce, d'une part, l'administration fait valoir que l'abrogation de l'arrêté du 1er février 2021 faisant droit à la demande de temps partiel présentée par M. A a été rendue nécessaire au regard de la fixation définitive des services des enseignants et des contraintes organisationnelles de son établissement d'affectation ainsi que de deux autres établissements situés à proximité du collège du Moulin-de-Haut. En déduisant de ces éléments, postérieurs à l'arrêté du 1er février 2021, que les nécessités de la continuité et du fonctionnement du service ne permettaient plus d'autoriser M. A à exercer son service à temps partiel, l'administration n'a pas méconnu les dispositions de l'article 37 de la loi du 11 janvier 1984 précitée. Il n'est pas davantage établi que cette mesure aurait eu pour finalité de sanctionner M. A pour avoir refusé d'accomplir son service avec une quotité de temps de travail moindre.
11. D'autre part, au regard des éléments rappelés au point précédent, et conformément aux dispositions de l'article L. 242-2 du code des relations entre le public et l'administration, la rectrice de l'académie de Normandie a pu, sans commettre d'erreur de droit, abroger, au-delà du délai de quatre mois prévu par L. 242-1 du même code, l'autorisation accordée au requérant d'exercer ses fonctions à temps partiel à hauteur de 80 % pendant l'année scolaire 2021-2022.
12. Il résulte ainsi de l'instruction que la décision du 1er février 2021 aurait pu légalement être abrogée par un arrêté suffisamment motivé. Les préjudices invoqués par M. A du fait de l'abrogation de cette décision résultent de l'application même des dispositions statutaires et des dispositions du code des relations entre le public et l'administration précitées et ne sauraient, dès lors, être regardés comme la conséquence du seul vice de légalité externe dont est entaché l'arrêté du 23 août 2021. Par suite, ses conclusions tendant à la réparation des préjudices subis en lien avec l'illégalité de la décision attaquée ne peuvent qu'être rejetées.
Sur les mesures d'exécution du jugement :
13. L'annulation prononcée ayant pour effet de faire disparaître rétroactivement de l'ordonnancement juridique l'arrêté du 23 août 2021 ayant abrogé l'arrêté du 1er février 2021 par lequel la rectrice de l'académie de Normandie avait placé M. A à temps partiel à hauteur de 80% pendant l'année scolaire 2021-2022, elle implique nécessairement qu'il soit enjoint à la rectrice de tirer les conséquences sur les droits statutaires de l'intéressé d'un service accompli à 80% pendant la période du 1er septembre 2021 au 31 août 2022, notamment en ce qui concerne sa rémunération. Il y a lieu, dès lors, d'enjoindre à la rectrice d'y procéder dans un délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement.
D E C I D E :
Article 1er : La décision de la rectrice de l'académie de Normandie du 23 août 2021 est annulée.
Article 2 : Il est enjoint à la rectrice de l'académie de Normandie de tirer les conséquences sur les droits statutaires de l'intéressé d'un service accompli à 80% pendant la période du 1er septembre 2021 au 31 août 2022, dans un délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement.
Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, à la rectrice de l'académie de Normandie et à la ministre de l'éducation nationale.
Délibéré après l'audience du 10 septembre 2024, à laquelle siégeaient :
M. Marchand, président,
Mme Pillais, première conseillère,
M. Pringault, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 25 septembre 2024.
Le rapporteur,
Signé
S. PRINGAULT
Le président,
Signé
A. MARCHANDLe greffier,
Signé
J. LOUNIS
La République mande et ordonne à la ministre de l'éducation nationale en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Le greffier,
J. Lounis
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026