mercredi 9 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Caen |
| Section | Tribunal Administratif de Caen |
| N° Dossier | TA14-2102748 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 2ème chambre |
| Avocat requérant | AARPI LEXION AVOCATS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires, enregistrés le 16 décembre 2021, le 15 avril 2022, et le 15 février 2023, et un mémoire récapitulatif produit en application de l'article R. 611-8-1, enregistré le 3 mars 2023, l'association Bien vivre dans le Perche, l'association L'air du Perche, la Fédération de l'Orne pour la pêche et la protection du milieu aquatique, M. D E, Mme F J, M. H G, Mme B I et M. C A, représentés par Me Bon-Julien, demandent au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 25 juin 2021 par laquelle la préfète de l'Orne a accordé un permis de construire une unité de méthanisation à la SAS Métha Chailloué sur un terrain situé au lieu-dit Le Chailloué à Saint-Mard-de-Réno, ensemble les décisions implicites de rejet de leurs recours gracieux ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Ils soutiennent que :
- ils ont intérêt à agir et sont recevables à présenter la requête ;
- l'arrêté contesté est entaché d'incompétence ;
- il méconnaît les articles R. 431-7, R. 431-8, R. 431-9 et R. 111-26 du code de l'urbanisme ;
- il méconnaît l'article 6 de la convention d'Aarhus du 25 juin 1998 en l'absence de participation du public ;
- il est entaché d'une erreur d'appréciation dans l'application des dispositions de l'article A2 du règlement du plan local d'urbanisme ;
- il est entaché d'une erreur d'appréciation dans l'application des dispositions de l'article A11 du règlement du plan local d'urbanisme ;
- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation dans l'application des dispositions de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme.
Par un mémoire en défense, enregistré le 22 février 2022, le préfet de l'Orne conclut au rejet de la requête.
Le préfet de l'Orne fait valoir que la requête est irrecevable dès lors que ni les particuliers, ni les associations ne justifient d'un intérêt à agir, et que les moyens de la requête ne sont pas fondés.
Par des mémoires en défense, enregistrés le 2 novembre 2022 et le 3 juillet 2023, la SAS Métha Chailloué, représentée par Me Gandet, conclut au rejet de la requête ou, à défaut, à ce qu'il soit fait application des dispositions de l'article L. 600-5-1 du code de l'urbanisme, et à ce que la somme de 5 000 euros soit mise à la charge des requérants en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
La SAS Métha Chailloué fait valoir que la requête est irrecevable dès lors que ni les particuliers, ni les associations ne justifient d'un intérêt à agir, et que les moyens de la requête ne sont pas fondés.
Par un acte, enregistré le 15 février 2023, Mme I et M. A, représentés par Me Bon-Julien, déclarent se désister purement et simplement de leur requête.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention d'Aarhus sur l'accès à l'information, la participation du public au processus décisionnel et l'accès à la justice en matière d'environnement ;
- le code de l'environnement ;
- le code de l'urbanisme ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Absolon,
- les conclusions de M. Blondel, rapporteur public,
- les observations de Me Semino, substituant Me Bon-Julien, avocate de l'association Bien vivre dans le Perche et autres, et les observations de Me Lebon, substituant Me Gandet, avocate de la SAS Métha Chailloué.
Considérant ce qui suit :
1. Par un arrêté du 25 juin 2021, la préfète de l'Orne a accordé à la SAS Métha Chailloué un permis de construire une unité de méthanisation sur un terrain situé au lieu-dit Le Chailloué à Saint-Mard-de-Réno, pour une surface de plancher créée de 3 334 mètres carrés. Les associations Bien vivre dans le Perche et L'air du Perche, la Fédération de l'Orne pour la pêche et la protection du milieu aquatique et trois habitants ont formé des recours gracieux contre cet arrêté, lesquels ont été implicitement rejetés. Par leur requête, ils demandent l'annulation de cet arrêté et des décisions implicites de rejet de leurs recours gracieux.
Sur la requête, en tant qu'elle émane de Mme I et M. A :
2. Le désistement de Mme I et M. A est pur et simple. Rien ne fait obstacle à ce qu'il en soit donné acte.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
3. En premier lieu, aux termes de l'article L. 422-1 du code de l'urbanisme : " L'autorité compétente pour délivrer le permis de construire, d'aménager ou de démolir et pour se prononcer sur un projet faisant l'objet d'une déclaration préalable est : / a) Le maire, au nom de la commune, dans les communes qui se sont dotées d'un plan local d'urbanisme ou d'un document d'urbanisme en tenant lieu, () / b) Le préfet ou le maire au nom de l'Etat dans les autres communes. () ". Aux termes de l'article L. 422-2 du même code : " Par exception aux dispositions du a de l'article L. 422-1, l'autorité administrative de l'Etat est compétente pour se prononcer sur un projet portant sur : / () b) Les ouvrages de production, de transport, de distribution et de stockage d'énergie, ainsi que ceux utilisant des matières radioactives ; un décret en Conseil d'Etat détermine la nature et l'importance de ces ouvrages ; () ". Aux termes de l'article R. 422-2 du même code : " Le préfet est compétent pour délivrer le permis de construire, d'aménager ou de démolir et pour se prononcer sur un projet faisant l'objet d'une déclaration préalable dans les communes visées au b de l'article L. 422-1 et dans les cas prévus par l'article L. 422-2 dans les hypothèses suivantes : / () b) Pour les ouvrages de production, de transport, de distribution et de stockage d'énergie lorsque cette énergie n'est pas destinée, principalement, à une utilisation directe par le demandeur ; () ".
4. D'une part, il ressort des pièces du dossier que l'unité de méthanisation, dont la construction est autorisée par l'arrêté litigieux, a pour objet la production de biométhane dont la valorisation sera réalisée par injection du gaz directement dans le réseau de distribution d'énergie. Eu égard à ces caractéristiques, le projet d'installation en litige constitue un ouvrage de production d'énergie qui n'est pas destinée principalement à une utilisation directe par le demandeur et entre, ainsi, dans le champ de l'article R. 422-2 précité du code de l'urbanisme. D'autre part, l'autorisation litigieuse a été signée par le sous-préfet de Mortagne-au-Perche, lequel a reçu, par un arrêté n° 1122-2021-10014 du 15 février 2021, régulièrement publié le même jour au recueil des actes administratifs du département, délégation de signature aux fins de signer, en matière d'urbanisme, les actes d'urbanisme délivrés au nom de l'Etat. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'arrêté attaqué doit être écarté.
5. En deuxième lieu, aux termes de l'article R. 431-4 du code de l'urbanisme : " La demande de permis de construire comprend : a) Les informations mentionnées aux articles R. 431-5 à R. 431-12 ; b) Les pièces complémentaires mentionnées aux articles R. 431-13 à R. * 431-33-1 ; c) Les informations prévues aux articles R. 431-34 et R. 431-34-1. / Pour l'application des articles R. 423-19 à R. 423-22, le dossier est réputé complet lorsqu'il comprend les informations mentionnées au a et au b ci-dessus. / Aucune autre information ou pièce ne peut être exigée par l'autorité compétente. ". En vertu de l'article R. 431-7 du code de l'urbanisme : " Sont joints à la demande de permis de construire : / a) Un plan permettant de connaître la situation du terrain à l'intérieur de la commune ; / b) Le projet architectural défini par l'article L. 431-2 et comprenant les pièces mentionnées aux articles R. 431-8 à R. 431-12 ". Aux termes de l'article R. 431-8 du même code : " Le projet architectural comprend une notice précisant : / 1° L'état initial du terrain et de ses abords indiquant, s'il y a lieu, les constructions, la végétation et les éléments paysagers existants ; / 2° Les partis retenus pour assurer l'insertion du projet dans son environnement et la prise en compte des paysages, faisant apparaître, en fonction des caractéristiques du projet : / a) L'aménagement du terrain, en indiquant ce qui est modifié ou supprimé ; / b) L'implantation, l'organisation, la composition et le volume des constructions nouvelles, notamment par rapport aux constructions ou paysages avoisinants ; / c) Le traitement des constructions, clôtures, végétations ou aménagements situés en limite de terrain ; / d) Les matériaux et les couleurs des constructions ; / e) Le traitement des espaces libres, notamment les plantations à conserver ou à créer ; / f) L'organisation et l'aménagement des accès au terrain, aux constructions et aux aires de stationnement ". Aux termes de l'article R. 431-9 de ce code : " Le projet architectural comprend également un plan de masse des constructions à édifier ou à modifier coté dans les trois dimensions. Ce plan de masse fait apparaître les travaux extérieurs aux constructions, les plantations maintenues, supprimées ou créées et, le cas échéant, les constructions existantes dont le maintien est prévu. / Il indique également, le cas échéant, les modalités selon lesquelles les bâtiments ou ouvrages seront raccordés aux réseaux publics ou, à défaut d'équipements publics, les équipements privés prévus, notamment pour l'alimentation en eau et l'assainissement. / Lorsque le terrain n'est pas directement desservi par une voie ouverte à la circulation publique, le plan de masse indique l'emplacement et les caractéristiques de la servitude de passage permettant d'y accéder () ".
6. La circonstance que le dossier de demande de permis de construire ne comporterait pas l'ensemble des documents exigés par les dispositions du code de l'urbanisme ou que les documents produits seraient insuffisants, imprécis ou comporteraient des inexactitudes, n'est susceptible d'entacher d'illégalité le permis de construire qui a été accordé que dans le cas où les omissions, inexactitudes ou insuffisances entachant le dossier ont été de nature à fausser l'appréciation portée par l'autorité administrative sur la conformité du projet à la réglementation applicable.
7. Si les requérants reprochent essentiellement au dossier de ne mentionner ni l'environnement proche et lointain du projet, ni les différents raccordements, que ce soit aux réseaux d'eau et de gaz ou au réseau électrique, ainsi que ses incohérences par rapport au dossier d'installation classée pour la protection de l'environnement, il ressort toutefois de la notice descriptive qu'elle comporte une rubrique " situation " indiquant la situation géographique du projet par rapport à la commune de Saint-Mard-de-Réno, son accès routier par la route départementale n° 306, ainsi que son implantation par rapport aux habitations de tiers. Cette rubrique fait également état de la composition de l'environnement bâti proche, lequel recense des bâtiments de l'exploitation, une habitation appartenant aux anciens exploitants, des biens appartenant à des tiers et des dépendances. La description de l'environnement naturel immédiat y est également mentionnée comme étant marqué par une topographie relativement plane. En outre, la notice comporte une rubrique " implantation et topographie " expliquant les choix de son implantation, lesquels ont été notamment guidés par des aspects fonctionnels, techniques, économiques et paysagers. Le dossier comporte également une vue aérienne, un plan de situation matérialisant notamment les habitations et un cours d'eau, et un reportage photographique de six clichés sur l'environnement proche et lointain, complété par une photographie montage permettant d'apprécier l'insertion du projet dans son milieu, en zone agricole. Enfin, dès lors que le code de l'urbanisme, qui définit une liste limitative des éléments à joindre aux demandes d'autorisation d'urbanisme, impose seulement de préciser, au sein de la notice descriptive du projet, l'implantation, l'organisation, la composition et le volume des constructions projetées, notamment par rapport aux constructions ou paysages avoisinants, les requérants ne peuvent utilement critiquer l'absence d'indication relative aux nappes phréatiques, aux carrières, aux risques de retrait-gonflement d'argile, ou encore aux bâtiments protégés. S'agissant des réseaux, contrairement à ce que soutiennent les requérants, le dossier de permis de construire comprend un plan de masse projet sur lequel figure le tracé des réseaux d'eaux pluviales, d'eaux usées d'origine humaine, de biogaz, d'électricité, d'adduction d'eau potable et télécoms. Il ressort en outre des pièces du dossier que le projet nécessite un nouveau raccordement électrique d'une puissance haute tension à 630 kVa, dont le plan de raccordement est joint à l'avis du gestionnaire de réseau public d'électricité établi le 18 juin 2021. Par ailleurs, la notice expose dans sa rubrique " réseaux/gestion des eaux pluviales ", que celles-ci seront collectées dans le bassin d'orage créé dans le cadre du projet. Enfin, aucune disposition du code de l'urbanisme n'impose au pétitionnaire de mentionner l'existence d'un forage, même si ce dernier a pour vocation d'alimenter en eau la station de lavage ou la réserve incendie. En tout état de cause, le plan de masse " état actuel " matérialise l'existence d'un puits. Les moyens tirés des insuffisances du dossier au regard des exigences des articles R. 431-8, R. 431-9, et R 431-10 du code de l'urbanisme doivent dès lors être écartés.
8. En troisième lieu, aux termes de l'article R. 431-20 du code de l'urbanisme, dans sa version applicable au litige : " Lorsque les travaux projetés portent sur une installation classée soumise à enregistrement ou déclaration en application des articles L. 512-7 et L. 512-8 du code de l'environnement, la demande de permis de construire doit être accompagnée de la justification du dépôt de la demande d'enregistrement ou de la déclaration ".
9. Il ressort des pièces du dossier que le dossier de demande de permis de construire contenait la preuve de dépôt de déclaration initiale d'une installation classée relevant du régime de la déclaration conformément aux dispositions précitées. En outre, en raison de l'indépendance de la législation sur les autorisations d'urbanisme et de la législation sur les installations classées, il n'appartenait pas à la préfète de rechercher si le dossier de déclaration de l'installation classée était cohérent avec le dossier de demande de permis de construire.
10. En quatrième lieu, aux termes de l'article 6 de la convention d'Aarhus sur l'accès à l'information, la participation du public au processus décisionnel et l'accès à la justice en matière d'environnement : " 1. Article 6 PARTICIPATION DU PUBLIC AUX DÉCISIONS RELATIVES A DES ACTIVITÉS PARTICULIÈRES 1. Chaque Partie : / a) Applique les dispositions du présent article lorsqu'il s'agit de décider d'autoriser ou non des activités proposées du type de celles énumérées à l'annexe I; / b) Applique aussi les dispositions du présent article, conformément à son droit interne, lorsqu'il s'agit de prendre une décision au sujet d'activités proposées non énumérées à l'annexe I qui peuvent avoir un effet important sur l'environnement. Les Parties déterminent dans chaque cas si l'activité proposée tombe sous le coup de ces dispositions ; () / 2. Lorsqu'un processus décisionnel touchant l'environnement est engagé, le public concerné est informé comme il convient, de manière efficace et en temps voulu, par un avis au public ou individuellement, selon le cas, au début du processus () / 3. Pour les différentes étapes de la procédure de participation du public, il est prévu des délais raisonnables laissant assez de temps pour informer le public conformément au paragraphe 2 ci-dessus et pour que le public se prépare et participe effectivement aux travaux tout au long du processus décisionnel en matière d'environnement. / 4. Chaque Partie prend des dispositions pour que la participation du public commence au début de la procédure, c'est-à-dire lorsque toutes les options et solutions sont encore possibles et que le public peut exercer une réelle influence. ".
11. Il résulte des stipulations du paragraphe 1 de l'article 6 de cette convention que les stipulations de l'article 6 ne sont opposables qu'aux activités énumérées à l'annexe I de la convention. Or, le permis de construire délivré n'a ni pour objet ni pour effet d'autoriser l'exploitation d'une activité, mais accorde uniquement un droit de construire. Il s'ensuit que les stipulations de l'article 6 de la convention d'Aarhus ne peuvent être utilement invoquées à l'encontre de la décision attaquée valant permis de construire. Par suite, le moyen tiré du défaut de participation du public doit être écarté.
12. En cinquième lieu, d'une part, aux termes de l'article L. 311-1 du code rural et de la pêche maritime : " Sont réputées agricoles toutes les activités correspondant à la maîtrise et à l'exploitation d'un cycle biologique de caractère végétal ou animal et constituant une ou plusieurs étapes nécessaires au déroulement de ce cycle ainsi que les activités exercées par un exploitant agricole qui sont dans le prolongement de l'acte de production ou qui ont pour support l'exploitation. (). Il en est de même de la production et, le cas échéant, de la commercialisation, par un ou plusieurs exploitants agricoles, de biogaz, d'électricité et de chaleur par la méthanisation, lorsque cette production est issue pour au moins 50 % de matières provenant d'exploitations agricoles. () Les modalités d'application du présent article sont déterminées par décret ". L'article D. 311-18 du même code dispose que " Pour que la production et, le cas échéant, la commercialisation de biogaz, d'électricité et de chaleur par la méthanisation soient regardées comme activité agricole en application de l'article L. 311-1, l'unité de méthanisation doit être exploitée et l'énergie commercialisée par un exploitant agricole ou une structure détenue majoritairement par des exploitants agricoles. Ces exploitants agricoles sont, soit des personnes physiques inscrites au registre national des entreprises avec la qualité d'actif agricole mentionnée à l'article L. 311-2, soit des personnes morales dont le ou les associés détenant conjointement au moins 50 % des parts de la société, sont des exploitants agricoles inscrits à ce registre avec la qualité d'actif agricole mentionnée à l'article L. 311-2. / Le respect de la condition de provenance des matières premières à partir desquelles l'énergie est produite est apprécié, par exercice, au niveau de la structure gestionnaire de l'unité de méthanisation, et en masse de matières brutes présentées sous leur forme habituelle, sans transformation ni hydratation supplémentaires () ".
13. D'autre part, aux termes de l'article A1 du règlement du plan local d'urbanisme : " () En zone A, Ap, Ay et Aya, sont interdits tous les modes d'occupation du sol et notamment les constructions quelle que soit leur destination à l'exception des travaux, des constructions et installations dans le prolongement de l'activité agricole ou qui participent à la diversification de l'activité (type agro-tourisme) ainsi que celles autorisées à l'article A 2. () / Dans les secteurs soumis à des risques repérés sur le plan de zonage, sont également interdites les occupations et utilisations du sol incompatibles avec le risque, notamment celles citées au chapitre 1 du titre V du présent règlement ". Aux termes de l'article A2 de ce même règlement : " () Dans la zone A, à l'exception des secteurs Ay, Aya et Ap, sont autorisés sous les conditions suivantes : / Les constructions et installations liées et nécessaires aux exploitations agricoles aux conditions suivantes : / - Qu'elles soient implantées à proximité de bâtiments agricoles existants sauf : / o Pour les cas justifiés par la nature de la production agricole / o Pour la création d'activités nouvelles avec la création de siège ex-nihilo / o Si la délocalisation d'un bâtiment est nécessaire en raison de contraintes fortes sur le site existant ; / - que soient mises en œuvre toutes les dispositions utiles pour les rendre compatibles avec les milieux environnants et en limiter les nuisances, notamment visuelles. () ".
14. Il résulte de ces dispositions que pour déterminer si le permis de construire d'une unité de méthanisation peut bénéficier de l'exception aux règles d'occupation et d'utilisation du sol prévues par le règlement du plan local d'urbanisme, il convient de rechercher si le projet peut être regardé comme une activité agricole au regard de la définition qu'en donne le lexique du règlement du plan local d'urbanisme, éclairée par les articles L. 311-1 et D. 311-18 du code rural et de la pêche maritime.
15. Si le plan local d'urbanisme comporte une annexe 4 " définitions ", celle-ci ne comporte aucune définition de la notion d'activités agricoles. Il est constant que le terrain d'assiette du projet se situe en zone agricole et qu'il fait déjà l'objet d'une exploitation par la société civile d'exploitation agricole Chailloué. Il ressort des pièces du dossier que la SAS Métha Chailloué est détenue par cette même société civile d'exploitation agricole laquelle fournira, avec le groupement agricole d'exploitation en commun De l'Etoile, les matières entrantes nécessaires à l'unité de méthanisation, à savoir 3 700 tonnes de fumier de bovins, 2 400 tonnes d'ensilage d'herbe ainsi que 4 800 tonnes de cultures intermédiaires à vocation énergétique. Dans ces conditions, la construction projetée doit être regardée comme étant dans le prolongement de l'activité agricole existante et participant à sa diversification. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article A2 du règlement de plan local d'urbanisme doit être écarté.
16. En sixième lieu, aux termes de l'article A11 du règlement du plan local d'urbanisme : " DISPOSITIONS POUR LES CONSTRUCTIONS AGRICOLES et FORESTIÈRES / Les constructions doivent être intégrées de manière harmonieuse dans le paysage dans lequel elles sont situées, notamment à travers leur volume, leur architecture, les matériaux et couleurs employés. L'implantation des constructions tiendra compte et recherchera la cohérence avec l'orientation des haies, chemins, limites d'exploitation, alignements plantés et autres constructions implantées dans l'environnement proche. / L'ensemble d'une même construction (façades et toitures) doit être traité avec le même soin et présenter une harmonie d'ensemble. Elle devra présenter une simplicité des volumes. / La dominante de couleur doit être de teinte foncée d'aspect mat () ". Pour rechercher l'existence d'une atteinte à un paysage naturel de nature à fonder le refus de permis de construire ou les prescriptions spéciales accompagnant la délivrance de ce permis, il appartient à l'autorité administrative compétente d'apprécier, dans un premier temps, la qualité du site naturel sur lequel la construction est projetée et d'évaluer, dans un second temps, l'impact que cette construction, compte tenu de sa nature et de ses effets, pourrait avoir sur le site.
17. Il ressort des pièces du dossier que l'unité de méthanisation projetée, d'une surface plancher de 3 334 mètres carrés, a vocation à s'implanter en zone agricole, où est déjà installée la société civile d'exploitation agricole Chailloué. Le terrain d'assiette du projet ne présente pas, par lui-même, de caractère ou d'intérêt particulier et n'est situé ni dans le périmètre délimité des abords ou dans le champ de visibilité d'un monument historique, ni dans le périmètre d'un site patrimonial remarquable ou d'un site classé ou inscrit. Il ressort des pièces du dossier que les constructions projetées, qui seront partiellement masquées par un écran boisé, seront semi-enterrées en ce qui concerne la fosse de stockage de digestat, le digesteur, le post-digesteur, et enterrée en ce qui concerne la préfosse. Toutes ces installations auront les mêmes teintes et matières pour une uniformité d'ensemble afin de s'intégrer dans le site très arboré. En outre, il ressort de la notice que le projet fera l'objet d'un traitement végétal qualitatif par la plantation de haies pluristratifiées d'arbres fruitiers et mellifères de manière à créer un écran végétal depuis le domaine public, et qu'un merlon de rétention de forme arrondie sera créé en limite nord et ouest. S'il est constant que les installations projetées sont massives et hautes, leur impact visuel sera amoindri par les couleurs vertes et grises, et par leur insertion paysagère. Par suite, le moyen tiré de l'erreur d'appréciation dans l'application des dispositions précitées doit être écarté.
18. En septième lieu, aux termes de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme : " Le projet peut être refusé ou n'être accepté que sous réserve de l'observation de prescriptions spéciales s'il est de nature à porter atteinte à la salubrité ou à la sécurité publique du fait de sa situation, de ses caractéristiques, de son importance ou de son implantation à proximité d'autres installations ". Les risques d'atteinte à la sécurité publique visés par l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme sont aussi bien les risques auxquels peuvent être exposés les occupants de la construction pour laquelle le permis est sollicité que ceux que l'opération projetée peut engendrer pour des tiers. Il appartient à l'autorité d'urbanisme compétente et au juge de l'excès de pouvoir, pour apprécier si les risques d'atteintes à la sécurité publique justifient un refus de permis de construire sur le fondement de ces dispositions, de tenir compte tant de la probabilité de réalisation de ces risques que de la gravité de leurs conséquences, s'ils se réalisent. Aux termes de l'article R. 111-26 du même code : " Le permis ou la décision prise sur la déclaration préalable doit respecter les préoccupations d'environnement définies aux articles L. 110-1 et L. 110-2 du code de l'environnement. Le projet peut n'être accepté que sous réserve de l'observation de prescriptions spéciales si, par son importance, sa situation ou sa destination, il est de nature à avoir des conséquences dommageables pour l'environnement. Ces prescriptions spéciales tiennent compte, le cas échéant, des mesures mentionnées à l'article R. 181-43 du code de l'environnement. ". Aux termes de l'article L. 110-1 du code de l'environnement : " I. - Les espaces, ressources et milieux naturels terrestres et marins, les sons et odeurs qui les caractérisent, les sites, les paysages diurnes et nocturnes, la qualité de l'air, les êtres vivants et la biodiversité font partie du patrimoine commun de la nation. Ce patrimoine génère des services écosystémiques et des valeurs d'usage. / Les processus biologiques, les sols et la géodiversité concourent à la constitution de ce patrimoine. / II. - Leur connaissance, leur protection, leur mise en valeur, leur restauration, leur remise en état, leur gestion, la préservation de leur capacité à évoluer et la sauvegarde des services qu'ils fournissent sont d'intérêt général et concourent à l'objectif de développement durable qui vise à satisfaire les besoins de développement et la santé des générations présentes sans compromettre la capacité des générations futures à répondre aux leurs. Elles s'inspirent, dans le cadre des lois qui en définissent la portée, des principes suivants : / 1° Le principe de précaution, selon lequel l'absence de certitudes, compte tenu des connaissances scientifiques et techniques du moment, ne doit pas retarder l'adoption de mesures effectives et proportionnées visant à prévenir un risque de dommages graves et irréversibles à l'environnement à un coût économiquement acceptable. () ". Aux termes de l'article L. 110-2 du même code : " Les lois et règlements organisent le droit de chacun à un environnement sain. Ils contribuent à assurer un équilibre harmonieux entre les zones urbaines et les zones rurales ainsi que la préservation et l'utilisation durable des continuités écologiques. Il est du devoir de chacun de veiller à la sauvegarde et de contribuer à la protection de l'environnement, y compris nocturne. Les personnes publiques et privées doivent, dans toutes leurs activités, se conformer aux mêmes exigences. ".
19. S'agissant des risques de nuisances sonores et olfactives, il ressort des pièces du dossier que le projet est situé à l'écart du centre du village dans une zone agricole où les habitations sont très éparses et dont la grande majorité est située dans la direction opposée des vents dominants. En outre, le permis de construire contesté autorise l'édification d'une unité de méthanisation de taille modeste, appelée à recevoir seulement vingt-neuf tonnes de volume par jour et dont les équipements tels que la fosse de stockage de digestat, le digesteur, le post-digesteur, la préfosse ainsi que la fumière seront couverts.
20. S'agissant des risques liés à la composition du sol et du sous-sol, si les requérants invoquent un risque de présence de cavité et un risque lié au retrait-gonflement d'argile qui serait aggravé par la présence d'arbres de hautes tiges, ils ne démontrent pas en quoi les observations et les prescriptions mentionnées dont est assortie la décision en litige seraient insuffisantes.
21. S'agissant du risque incendie, il ressort des pièces du dossier que le service départemental d'incendie et de secours de l'Orne a émis un avis favorable à la réalisation de ce projet le 9 avril 2021, dont les observations ont fait l'objet de prescriptions reprises par l'arrêté attaqué. En outre, le projet comporte la création d'une réserve incendie supérieure à 240 mètres cube, ce qui est doublement supérieur au volume prescrit par l'avis du service départemental d'incendie et de secours de l'Orne.
22. S'agissant du risque de pollution de l'air, celui-ci ressort de la législation relative aux installations classées pour la protection de l'environnement qui ne s'impose pas à l'autorité délivrant des permis de construire, même en ce qui concerne les règles relatives à l'implantation de certaines constructions.
23. S'agissant des risques de pollution de l'eau, il ressort des pièces du dossier et plus particulièrement de la notice descriptive que le projet n'engendrera aucune eau usée d'origine humaine. S'agissant des eaux pluviales chargées ou souillées par les jus de matières, celles-ci seront collectées dans une fosse de 10 et 314 mètres cubes, puis envoyées dans le process de méthanisation. Quant aux eaux pluviales des autres zones de l'installation, elles seront collectées et envoyées vers le bassin pluvial de 3 682 mètres cubes. En outre, il ressort de l'arrêté attaqué que la direction départementale de la cohésion sociale et de la protection des populations, la commission départementale de la préservation des espaces naturels, agricoles et forestiers, ainsi que le service de l'eau et de la biodiversité de la direction départementale des territoires ont rendu des avis favorables au projet de construction. Enfin, l'arrêté attaqué invite la pétitionnaire à se rapprocher du service eau et biodiversité de la direction départementale des territoires pour un respect total de la réglementation relative à la loi sur l'eau.
24. S'agissant des risques en termes de pollution du sol et des eaux situées à proximité, les requérants se bornent à des considérations très générales sans apporter aucun élément circonstancié tendant à démontrer que l'ouvrage est de nature à emporter des conséquences dommageables pour l'environnement.
25. Il s'ensuit que l'arrêté attaqué n'est pas entaché d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des dispositions des articles R. 111-2 et R. 111-26 du code de l'urbanisme.
26. Il résulte de ce qui précède, et sans qu'il soit besoin d'examiner les fins de non-recevoir opposées en défense, que les conclusions à fin d'annulation de la décision du 25 juin 2021 doivent être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
27. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à que soit mise à la charge de l'État, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme demandée par les requérants sur le fondement de ces dispositions.
28. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire droit aux conclusions de la SAS Métha Chailloué tendant à ce qu'une somme soit mise à la charge de Mme I et de M. A au même titre.
29. En revanche, il y a lieu de mettre à la charge solidaire de l'association Bien vivre dans le Perche, de l'association L'air du Perche, de la Fédération de l'Orne pour la pêche et la protection du milieu aquatique, de M. D E, de Mme F J et de M. H G, le versement d'une somme de 1 500 euros à la SAS Métha Chailloué au titre de ces mêmes dispositions.
D E C I D E :
Article 1er : Il est donné acte du désistement de Mme I et de M. A.
Article 2 : La requête de l'association Bien vivre dans le Perche et autres est rejetée.
Article 3 : L'association Bien vivre dans le Perche, l'association L'air du Perche, la Fédération de l'Orne pour la pêche et la protection du milieu aquatique, M. D E, Mme F J et M. H G verseront solidairement à la SAS Métha Chailloué la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à l'association Bien vivre dans le Perche, première dénommée pour les requérants, à Mme B I, à M. C A, à la SAS Métha Chailloué et à la ministre de la transition écologique, de l'énergie, du climat et de la prévention des risques.
Copie en sera adressée au préfet de l'Orne.
Délibéré après l'audience du 24 septembre 2024 à laquelle siégeaient :
- M. Marchand, président,
- Mme Pillais, première conseillère,
- Mme Absolon, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 9 octobre 2024.
La rapporteure,
Signé
C. ABSOLON
Le président,
Signé
A. MARCHAND
La greffière,
Signé
A. D'OLIF
La République mande et ordonne à la ministre de la transition écologique, de l'énergie, du climat et de la prévention des risques en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Le greffier,
J. Lounis
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026