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AccueilJurisprudence administrativeN° TA14-2102881

Tribunal Administratif de Caen — Décision N° TA14-2102881

vendredi 12 août 2022

JuridictionTribunal Administratif de Caen
SectionTribunal Administratif de Caen
N° DossierTA14-2102881
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère chambre
Avocat requérantWAHAB

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 29 décembre 2021, M. A C, représenté par Me Wahab, demande au tribunal ;

1°) d'annuler la décision implicite de rejet de sa demande de titre de séjour prise par la préfète de l'Orne ;

2°) d'enjoindre au préfet de l'Orne de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 50 euros par jour de retard, et de lui délivrer durant l'instruction de sa demande une autorisation provisoire de séjour sans délai ;

3°) de mettre à la charge de Me Wahab une somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 :

Il soutient que :

- la décision de refus de titre de séjour est insuffisamment motivée ;

- elle méconnaît l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense, enregistré le 17 mars 2022, le préfet de l'Orne conclut au rejet de la requête.

Il soutient :

- à titre principal, que la requête est irrecevable ;

- à titre subsidiaire, que les moyens soulevés par M. C ne sont pas fondés.

M. C a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 29 octobre 2021.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. B,

- et les observations de Me Wahab, représentant M. C.

Considérant ce qui suit :

1. M. A C, ressortissant béninois né le 16 avril 1993 à Cotonou (Bénin), est arrivé en France sous couvert d'un visa court Schengen le 16 novembre 2017 afin de rejoindre sa mère et ses deux frères, tous en situation régulière sur le territoire français. Il a sollicité le 7 janvier 2021 une admission exceptionnelle au séjour. Sa demande de titre n'a pas été enregistrée, faute de production de document d'état civil, ainsi que l'a fait savoir la préfecture de l'Orne le 9 avril 2021. Par un courrier du 24 juin 2021, M. C a sollicité, auprès des services de la préfecture, la communication des motifs du refus de sa demande de titre de séjour. Par une décision implicite, dont il est demandé l'annulation, la préfète de l'Orne a rejeté cette demande.

Sur la fin de non-recevoir opposée en défense :

2. Il ressort des pièces du dossier qu'à la suite de la demande de la préfecture de l'Orne, M. C a transmis le 19 avril 2021 un extrait d'acte de naissance avec filiation. Ainsi, et contrairement à ce qui est soutenu, le dossier devait être considéré comme complet. La circonstance que ce document comporte des incohérences n'était pas en soi de nature à faire obstacle à l'instruction de sa demande d'admission au séjour. Dès lors, le préfet n'est pas fondé à soutenir qu'aucune décision n'a été prise eu égard au caractère incomplet du dossier.

Sur les conclusions à fins d'annulation :

3. Aux termes de l'article L. 232-4 du code des relations entre le public et l'administration : " Une décision implicite intervenue dans les cas où la décision explicite aurait dû être motivée n'est pas illégale du seul fait qu'elle n'est pas assortie de cette motivation. / Toutefois, à la demande de l'intéressé, formulée dans les délais du recours contentieux, les motifs de toute décision implicite de rejet devront lui être communiqués dans le mois suivant cette demande. Dans ce cas, le délai du recours contentieux contre ladite décision est prorogé jusqu'à l'expiration de deux mois suivant le jour où les motifs lui auront été communiqués ".

4. Il résulte de ces dispositions que le silence gardé pendant plus d'un mois sur une demande de communication des motifs d'une décision implicite de rejet, intervenue dans un cas où une décision explicite aurait dû être motivée, n'a pas pour effet de faire naître une nouvelle décision, détachable de la première et pouvant faire l'objet d'un recours pour excès de pouvoir, mais permet seulement à l'intéressé de se pourvoir sans condition de délai contre la décision implicite initiale qui, en l'absence de communication de ses motifs, se trouve entachée d'illégalité.

5. En sollicitant par un courrier du 24 juin 2021 la communication des motifs de la décision de refus de sa demande de titre de séjour, et eu égard à ce qui vient d'être exposé, M. C doit être regardé comme ayant présenté cette demande dans le délai de recours contentieux prévu à l'article R. 421-2 du code de justice administrative et mentionné à l'article L. 232-4 du code des relations entre le public et l'administration. Or, il ne ressort d'aucune pièce du dossier que la préfète de l'Orne aurait répondu à cette demande. Dès lors, en l'absence de communication des motifs de la décision implicite de refus de titre de séjour attaquée, cette décision se trouve entachée d'illégalité.

6. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que M. C est fondé à demander l'annulation de la décision par laquelle la préfète de l'Orne a implicitement rejeté sa demande tendant à la délivrance d'un titre de séjour.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

7. Le présent jugement, eu égard à ses motifs, en application de l'article L. 911-2 du code de justice administrative, implique seulement que le préfet de l'Orne procède au réexamen de la demande de titre de séjour du requérant. Il y a lieu d'enjoindre au préfet de l'Orne d'y procéder dans le délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement. Il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais liés au litige :

8. M. C a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, sous réserve que Me Wahab, avocate du requérant, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat, de mettre à la charge de l'Etat le versement à Me Wahab d'une somme de 1 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1er : la décision par laquelle la préfète de l'Orne a implicitement rejeté la demande de M. C tendant à la délivrance d'un titre de séjour est annulée.

Article 2 : Il est enjoint au préfet de l'Orne de procéder au réexamen de la demande de titre de séjour de M. C dans le délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : L'Etat versera une somme de 1 000 euros à Me Wahab, sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, sous réserve qu'elle renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat à l'aide juridictionnelle.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. A, à Me Wahab et au préfet de l'Orne.

Délibéré après l'audience du 30 juin 2022, à laquelle siégeaient :

M. Cheylan, président,

M. Belhadj, conseiller,

Mme Arniaud, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 août 2022.

Le rapporteur,

Signé

J. B Le président,

Signé

F. CHEYLANLa greffière,

Signé

A. LAPERSONNE

La République mande et ordonne au préfet de l'Orne en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

la greffière,

C. Bénis

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