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AccueilJurisprudence administrativeN° TA14-2102885

Tribunal Administratif de Caen — Décision N° TA14-2102885

vendredi 9 février 2024

JuridictionTribunal Administratif de Caen
SectionTribunal Administratif de Caen
N° DossierTA14-2102885
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème chambre
Avocat requérantKING & SPALDING INTERNATIONAL LLP

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 29 décembre 2021, la SARL MY2MI Immo, représentée par le cabinet King et Spalding international LLP, demande au tribunal :

1°) de prononcer la décharge de la majoration pour manquements délibérés appliquée en vertu du a de l'article 1729 du code général des impôts sur les rappels de cotisation de taxe sur la valeur ajoutée (TVA) auxquels elle a été assujettie au titre de la période du mois de décembre 2018 ;

2°) de mettre à la charge de l'État une somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que les majorations sont non fondées, dès lors le caractère délibéré des manquements n'est pas établi.

Par un mémoire en défense, enregistré le 10 juin 2022, la directrice du contrôle fiscal Nord conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir que les moyens exposés dans la requête ne sont pas fondés.

Par une ordonnance du 16 octobre 2023 la clôture de l'instruction a été fixée au 24 novembre 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Pillais ;

- et les conclusions de M. A.

Considérant ce qui suit :

1. La SARL MY2MI Immo a fait l'objet en 2019 d'une vérification de comptabilité à la suite de laquelle elle a été assujettie à des rappels de TVA au titre de la période de décembre 2018, correspondant à des rappels de TVA collectée sur la cession de la moitié indivise d'un ensemble immobilier dont l'acquisition initiale a fait l'objet d'une déduction de la TVA, sur des prestations d'accompagnement dans l'acquisition de fonds de commerce et une cession de biens mobiliers, ainsi qu'au rejet de la déduction de la TVA ayant grevé des dépenses concernant un immeuble d'habitation. Par la présente requête, elle demande la décharge de la majoration pour manquements délibérés appliquée sur ces rappels.

2. En premier lieu, aux termes de l'article 1729 du code général des impôts : " Les inexactitudes ou les omissions relevées dans une déclaration ou un acte comportant l'indication d'éléments à retenir pour l'assiette ou la liquidation de l'impôt ainsi que la restitution d'une créance de nature fiscale dont le versement a été indûment obtenu de l'État entraînent l'application d'une majoration de : a. 40 % en cas de manquement délibéré () ". Aux termes de l'article L. 195 A du livre des procédures fiscales : " En cas de contestation des pénalités fiscales appliquées à un contribuable au titre des impôts directs, de la taxe sur la valeur ajoutée et des autres taxes sur le chiffre d'affaires, des droits d'enregistrement, de la taxe de publicité foncière et du droit de timbre, la preuve de la mauvaise foi et des manœuvres frauduleuses incombe à l'administration ".

3. La pénalité pour mauvaise foi prévue par le 1 de l'article 1729 du code général des impôt a pour seul objet de sanctionner la méconnaissance par le contribuable de ses obligations déclaratives. Pour établir cette mauvaise foi, l'administration doit apporter la preuve, d'une part, de l'insuffisance, de l'inexactitude ou du caractère incomplet des déclarations et, d'autre part, de l'intention de l'intéressé d'éluder l'impôt. Pour établir le caractère intentionnel du manquement du contribuable à son obligation déclarative, l'administration doit se placer au moment de la déclaration ou de la présentation de l'acte comportant l'indication des éléments à retenir pour l'assiette ou la liquidation de l'impôt.

4. Il résulte de l'instruction que la déclaration déposée le 21 janvier 2019 par la SARL MY2MI Immo au titre de la TVA du mois de décembre 2018 ne faisait mention d'aucune TVA collectée, alors qu'il est constant que le montant de la taxe dont la déclaration a été omise s'élevait à la somme de 296 102 euros. Il résulte de cette même instruction que la requérante, professionnelle de l'immobilier expérimentée, ne pouvait ignorer que les transactions réalisées en décembre 2018 étaient soumises à la TVA, alors, au demeurant, que l'acte de cession de la moitié indivise de l'ensemble immobilier faisait mention des obligations lui incombant au titre de son assujettissement à la TVA. Il s'ensuit que l'administration fiscale rapporte la preuve du caractère intentionnel des manquements reprochés à la société MY2MI Immo, qui ne peut utilement se prévaloir, à ce titre, de la déclaration rectificative qu'elle a déposée après avoir reçu l'avis de vérification de comptabilité à l'issue de laquelle ont été mis à sa charge les rappels de TVA.

5. En second lieu, la société MY2MI Immo ne peut utilement se prévaloir, sur le fondement de l'article L. 80 A du livre des procédures fiscales, du premier paragraphe des commentaires administratifs publiés au BOFiP - impôts sous la référence BOI-CF-INF-10-20-20, qui ne fait pas de la loi fiscale une interprétation différente de ce qui précède.

6. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin de décharge de la requête doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de la SARL MY2MI Immo est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la SARL MY2MI Immo et à la directrice du contrôle fiscal Nord.

Délibéré après l'audience du 25 janvier 2024, à laquelle siégeaient :

M. Marchand, président,

Mme Pillais, première conseillère,

Mme Silvani, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 9 février 2024.

La rapporteure,

Signé

M. PILLAIS

Le président,

Signé

A. MARCHANDLa greffière,

Signé

A. D'OLIF

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

J. Lounis

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