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AccueilJurisprudence administrativeN° TA14-2200015

Tribunal Administratif de Caen — Décision N° TA14-2200015

mardi 17 octobre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Caen
SectionTribunal Administratif de Caen
N° DossierTA14-2200015
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation3ème Chambre
Avocat requérantSELARL CHRISTOPHE LAUNAY

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 3 janvier 2022, M. A B, représentée par Me Launay, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 23 novembre 2021 par lequel le maire de Feuguerolles-Bully a refusé de lui délivrer, à titre précaire, un permis de construire un entrepôt de stockage ;

2°) d'enjoindre à la commune de Feuguerolles-Bully de lui délivrer le permis de construire sollicité ou, subsidiairement, de se prononcer à nouveau sur sa demande et ce, en tout hypothèse, dans un délai de huit jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 75 euros par jour de retard à l'expiration de ce délai ;

3°) de mettre à la charge de la commune de Feuguerolles-Bully la somme de 2 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- en refusant de lui délivrer le permis de construire au motif qu'il ne justifie pas du caractère exceptionnel du projet, le maire a commis une erreur de droit, le caractère exceptionnel du projet ne constituant pas une condition exigée par l'article L. 433-1 du code de l'urbanisme ;

- le dossier de sa demande n'a pas fait l'objet d'un examen particulier et circonstancié ; sa demande de permis de construire a précisément exposé les motifs rendant nécessaire son projet de construction, qui répond à une nécessité caractérisée tenant à des motifs d'ordre économique et social ; en outre, sa demande justifie que son projet ne déroge pas de manière disproportionnée aux règles d'urbanisme applicables ;

- la décision, en exigeant un état des lieux avant travaux, est entachée d'erreur de droit au regard des dispositions de l'article L. 433-2 du code de l'urbanisme ;

- le maire ne pouvait refuser de délivrer le permis de construire précaire en invoquant le non-respect des dispositions de l'article A1 du règlement du plan local d'urbanisme alors que les dispositions de l'article L. 433-1 du code de l'urbanisme autorisent le maire à déroger aux règles d'urbanisme applicables ;

- la décision attaquée est entachée d'erreur de droit en ce qu'elle contient une prescription tirée d'un avis du service départemental d'incendie et de secours du Calvados, lequel reprend des dispositions du règlement départemental de défense extérieure contre l'incendie qui n'est pourtant pas opposable aux demandes de permis de construire ;

- elle méconnaît les dispositions des articles A3 du règlement du plan local d'urbanisme et R. 111-2 du code de l'urbanisme ;

- elle méconnaît les dispositions des articles A11 du règlement du plan local d'urbanisme et R. 111-27 du code de l'urbanisme.

Par un mémoire en défense enregistré le 6 septembre 2022, la commune de Feuguerolles-Bully, représentée par Me Soublin, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge du requérant une somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés ;

- si le tribunal devait considérer que les motifs de la décision attaquée sont erronés, il y aurait lieu de procéder à une substitution de motif, le permis de construire sollicité n'entrant pas dans le champ d'application du permis précaire dès lors que la construction projetée n'a aucun caractère temporaire.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Sénécal,

- les conclusions de Mme C,

- et les observations de Me Launay, représentant M. B, et de Me Soublin, représentant la commune de Feuguerolles-Bully.

Considérant ce qui suit :

Sur les conclusions aux fins d'annulation et d'injonction :

1. En premier lieu, aux termes de l'article L. 433-1 du code de l'urbanisme : " Une construction n'entrant pas dans le champ d'application de l'article L. 421-5 et ne satisfaisant pas aux exigences fixées par l'article L. 421-6 peut exceptionnellement être autorisée à titre précaire dans les conditions fixées par le présent chapitre. / Dans ce cas, le permis de construire est soumis à l'ensemble des conditions prévues par les chapitres II à IV du titre II du présent livre ". En application des dispositions combinées des articles A1 et A2 du règlement du plan local d'urbanisme de Feuguerolles-Bully, relatif aux occupations et utilisations du sol, sont interdites toutes les constructions et installations non liées et non nécessaires à l'exploitation agricole, à un service ou d'intérêt collectif.

2. L'objet des dispositions relatives aux permis de construire précaires, figurant aux articles L. 433-1 et suivants du code de l'urbanisme, est d'autoriser, à titre exceptionnel, des constructions temporaires qui, sans respecter l'ensemble de la réglementation d'urbanisme applicable, répondent à une nécessité caractérisée, tenant notamment à des motifs d'ordre économique, social, culturel ou d'aménagement, et ne dérogent pas de manière disproportionnée aux règles d'urbanisme applicables eu égard aux caractéristiques du terrain d'assiette, à la nature de la construction et aux motifs rendant nécessaire le projet.

3. M. B, qui exerce une activité de forain, a sollicité, sur le fondement de l'article L. 433-1 du code de l'urbanisme, un permis de construire un entrepôt pour y stocker ses manèges sur les périodes de fermeture des fêtes foraines d'octobre à mars, sur une parcelle classée en zone A par le règlement du plan local d'urbanisme de Feuguerolles-Bully. Si le requérant fait valoir que son projet répond à une nécessité caractérisée dès lors qu'il doit protéger ses coûteux outils de travail des intempéries pendant une période où celles-ci sont les plus fréquentes et les plus intenses, un tel motif ne saurait être regardé comme un motif d'ordre économique justifiant la délivrance, à titre exceptionnel, d'un permis de construire un hangar d'une surface de 1 000 m² spécifiquement sur la parcelle ZK 44 située en zone agricole. La circonstance qu'un professionnel ait du matériel coûteux à stocker ne saurait être regardée, à elle seule, comme une nécessité caractérisée justifiant la délivrance d'un permis de construire précaire dérogeant aux règles d'urbanisme applicables. Au surplus, il ressort de la demande de permis de construire déposée par M. B que l'autorisation, qui est sollicitée pour une " durée de six ans dans l'attente d'une modification du plan local d'urbanisme lui permettant de construire sur le terrain ", ne saurait être regardée, eu égard à l'usage projeté, comme précaire, l'entrepôt étant, par ailleurs, déjà édifié. Il résulte de l'ensemble de ces éléments que le maire de Feuguerolles-Bully, qui a procédé à un examen particulier et circonstancié de la demande du requérant, n'a pas méconnu les dispositions de l'article L. 433-1 du code de l'urbanisme en refusant de délivrer le permis de construire précaire au motif que la demande ne justifiait pas de motifs d'ordre économique, social, culturel ou d'aménagement permettant de déroger aux règles du plan local d'urbanisme et à la préservation de la zone agricole.

4. En outre, si la décision attaquée indique que " le permis ne justifie pas du caractère exceptionnel " du projet, il ne ressort pas des pièces du dossier, malgré cette formulation maladroite, que le maire aurait refusé de délivrer l'autorisation sollicitée pour ce motif. En tout état de cause, il résulte de l'instruction que le maire aurait pris la même décision en se fondant sur le seul motif, légal ainsi qu'il a été dit au point précédent, tiré de ce que le projet n'est pas justifié par une nécessité caractérisée.

5. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 433-2 du code de l'urbanisme, applicable aux permis délivrés à titre précaire : " L'arrêté accordant le permis de construire prescrit l'établissement aux frais du demandeur et par voie d'expertise contradictoire d'un état descriptif des lieux. / Il peut fixer un délai à l'expiration duquel le pétitionnaire doit enlever la construction autorisée () ". Si la décision attaquée indique que " le permis ne présente pas cet état des lieux avant travaux et ne permet pas de savoir si un état des lieux a été établi selon la procédure requise avant l'installation de l'entrepôt ", alors que le dossier de demande de permis de construire n'avait pas à comporter un tel descriptif, qui est prescrit par l'arrêté accordant le permis de construire, il résulte de l'instruction que le maire aurait pris la même décision en se fondant sur le seul motif tiré de ce que le projet n'est pas justifié par une nécessité caractérisée.

6. En dernier lieu, il ressort des pièces du dossier que le maire de Feuguerolles-Bully, après avoir estimé que le projet de M. B ne pouvait donner lieu à la délivrance d'un permis de construire précaire sur le fondement de l'article L. 433-1 du code de l'urbanisme, a examiné la conformité du projet au regard des dispositions des articles du règlement du plan local d'urbanisme applicables à la zone agricole et de celles des articles R. 111-2 et R. 111-27 du code de l'urbanisme. Toutefois, la circonstance que le maire ait vérifié si un permis de construire non précaire pouvait être délivré pour le projet en cause est sans incidence sur la légalité de la décision refusant de délivrer à M. B le permis de construire précaire qu'il sollicitait. Par suite, ce moyen doit être écarté.

7. Il résulte de tout ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 23 novembre 2021 lui refusant un permis de construire précaire. Il y a lieu, par voie de conséquence, de rejeter ses conclusions à fin d'injonction.

Sur les frais de l'instance :

8. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la commune de Feuguerolles-Bully une somme au titre des frais exposés par M. B pour la présente instance. En revanche, il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge du requérant une somme de 1 500 euros à verser à la commune à ce même titre.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : M. B versera à la commune de Feuguerolles-Bully la somme de 1 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et à la commune de Feuguerolles-Bully.

Délibéré après l'audience du 26 septembre 2023, à laquelle siégeaient :

- Mme Macaud, présidente,

- Mme Sénécal, première conseillère,

- Mme Remigy, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 octobre 2023.

La rapporteure,

Signé

I. SENECAL

La présidente,

Signé

A. MACAUD

La greffière,

Signé

E. BLOYET

La République mande et ordonne au préfet du Calvados en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

E. BLOYET

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