vendredi 2 février 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Caen |
| Section | Tribunal Administratif de Caen |
| N° Dossier | TA14-2200021 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 1ère chambre |
| Avocat requérant | GAUDRE COEUR-UNI |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés le 5 janvier 2022 et le 8 février 2023, M. A B doit être regardé comme demandant au tribunal :
1°) d'annuler la décision de rejet née du silence gardé par la communauté de communes Andaine-Passais sur ses demandes du 9 septembre 2021 tendant à l'octroi de la protection fonctionnelle et à l'accès au dispositif de signalement des actes de violence, de discrimination, de harcèlement et d'agissements sexistes ;
2°) d'enjoindre à la communauté de communes Andaine-Passais de lui notifier une décision d'acceptation de protection fonctionnelle et de prendre les mesures nécessaires pour réparer son préjudice moral et financier.
Il soutient que :
- la décision implicite de refus de l'administration n'est pas motivée, dès lors qu'elle n'est motivée ni par une faute personnelle, ni par l'intérêt général ;
- la collectivité a manqué à ses obligations de protection en matière de santé au travail dès lors qu'elle a refusé la mise en œuvre de la procédure prévue par les dispositions des articles 6 quater A de la loi du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires et 1er du décret du 13 mars 2020 relatif au dispositif de signalement des actes de violence, de discrimination, de harcèlement et d'agissements sexistes dans la fonction publique, et qu'aucune enquête administrative n'a été diligentée ;
- la décision est entachée d'une erreur de qualification juridique des faits et d'erreur de droit dès lors qu'il a été victime d'agissements constitutifs de harcèlement moral ;
- la responsabilité de l'administration est engagée dès lors qu'elle a manqué à son obligation de protection en matière de santé et de sécurité au travail.
Par deux mémoires en défense, enregistrés tous les deux le 29 décembre 2022, la communauté de communes Andaine-Passais, représentée par Me Gaudré Cœur-Uni, conclut au rejet de la requête.
Elle soutient que :
- que la requête est irrecevable, dès lors que la décision contestée est une décision confirmative, et que M. B n'a pas contesté les rejets implicites qui ont suivi ses demandes de protection fonctionnelle du 8 février 2017 et du 7 juillet 2017 ;
- les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de la fonction publique ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code du travail ;
- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;
- la loi n° 84-53 du 26 janvier 1984 ;
- le décret n° 85-603 du 10 juin 1985 relatif à l'hygiène et à la sécurité du travail ainsi qu'à la médecine professionnelle et préventive de la fonction publique territoriale ;
- le décret n° 2020-256 du 13 mars 2020 relatif au dispositif de signalement des actes de violence, de discrimination, de harcèlement et d'agissements sexistes dans la fonction publique ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Groch,
- les conclusions de M. Bonneu, rapporteur public,
- et les observations de M. B.
La communauté de communes Andaine-Passais n'était pas représentée.
Considérant ce qui suit :
1. M. A B, adjoint territorial d'animation principal de 1ère classe, est employé par la communauté de communes Andaine-Passais, issue de la fusion le 1er janvier 2017 de la communauté de communes du Pays d'Andaine et celle du Bocage de Passais où il a débuté sa carrière en 2002. Lors de l'arrivée du nouvel exécutif en 2015 et antérieurement à la fusion, il exerce la fonction d'animateur et assure la coordination du service animation des activités périscolaires et extrascolaires. Il connaît de graves difficultés relationnelles et une situation conflictuelle en 2015 et 2016 avec le président de la communauté de communes du Bocage du Passais et les deux vice-présidents successifs en charge du service animation, conduisant notamment la collectivité à envisager une solution disciplinaire, tout en sollicitant un accompagnement extérieur de l'agent par le pôle santé au travail du centre de gestion de l'Orne. Les 8 février et 7 juillet 2017, M. B adresse au président nouvellement élu de la communauté de communes Andaine-Passais deux demandes de protection fonctionnelle relatives à la situation conflictuelle vécue en 2015 et 2016, toutes deux rejetées implicitement. L'arrivée d'un supérieur hiérarchique en mars 2017 en qualité de coordonnateur du service animation afin d'éviter que M. B soit en lien direct avec les élus ne permet pas d'apaiser la situation. M. B est placé en congé maladie sur recommandation du médecin du travail, du 2 octobre 2018 au 10 janvier 2019, date à laquelle il est considéré inapte à occuper le poste d'animateur au sein du service animation. Le 1er avril 2019, M. B est nommé sur le poste d'animateur prévention des déchets au sein du service ordures ménagères tri sélectif et déchetterie, après avoir accepté le poste et après l'avis favorable de la commission administrative paritaire du 19 mars 2019. Par un courriel adressé le 9 septembre 2021 au président de la communauté de communes Andaine-Passais mentionnant en objet " demande de protection fonctionnelle ", M. B sollicite l'accès à la procédure de signalement des actes de violence, de discrimination, de harcèlement et d'agissements sexistes mise en place par le décret du 13 mars 2020. Par la présente requête, il demande l'annulation de la décision implicite de rejet de sa demande et à ce que soient mises en place les mesures nécessaires à la réparation du préjudice qu'il estime avoir subi.
Sur la fin de non-recevoir :
2. Si la communauté de communes Andaine-Passais fait valoir que la requête présentée par M. B est irrecevable en ce qu'elle est dirigée contre une décision confirmative de refus de protection fonctionnelle, le requérant soutient que les faits de harcèlement moral dont il a été victime ont perduré au-delà du 7 juillet 2017, date de sa seconde demande de protection fonctionnelle. Dans ces conditions, alors même que M. B aurait sollicité, pour des faits de 2015 et 2016, le bénéfice à deux reprises de la protection fonctionnelle en 2017, dont il n'a pas contesté le refus implicite, la présente demande, qui est fondée en partie sur des faits postérieurs au 7 juillet 2017, ne présente pas pour ces raisons un caractère confirmatif. Par suite, la fin de non-recevoir présentée par la communauté de communes Andaine-Passais doit être écartée.
Sur les conclusions à fin d'annulation de la décision implicite de rejet de la demande de protection fonctionnelle :
3. En premier lieu, aux termes de l'articles L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : () / 6° Refusent un avantage dont l'attribution constitue un droit pour les personnes qui remplissent les conditions légales pour l'obtenir ; (). ". Aux termes de l'article L. 231-4 du même code : " Par dérogation à l'article L. 231-1, le silence gardé par l'administration pendant deux mois vaut décision de rejet : () / 5° Dans les relations entre l'administration et ses agents. ". Aux termes de l'article L. 232-4 de ce code : " Une décision implicite intervenue dans les cas où la décision explicite aurait dû être motivée n'est pas illégale du seul fait qu'elle n'est pas assortie de cette motivation. / Toutefois, à la demande de l'intéressé, formulée dans les délais du recours contentieux, les motifs de toute décision implicite de rejet devront lui être communiqués dans le mois suivant cette demande. Dans ce cas, le délai du recours contentieux contre ladite décision est prorogé jusqu'à l'expiration de deux mois suivant le jour où les motifs lui auront été communiqués. ".
4. Il ressort des pièces du dossier que par un courriel du 9 septembre 2021, reçu le même jour, M. B a demandé au président de la communauté de communes de lui communiquer le protocole de signalement au titre du décret n° 2020-256 du 13 mars 2020 et le bénéfice de la protection fonctionnelle. Il est constant que la communauté de communes n'a pas apporté de réponse à ce courriel et qu'il en a résulté, par suite, une décision implicite de rejet. Le requérant ne justifie pas avoir formulé une demande de communication des motifs de cette décision implicite de rejet. Par suite, le moyen ne peut qu'être écarté.
5. En second lieu, aux termes de l'article 6 quater A de la loi du 13 juillet 1983, dans sa version applicable au litige : " Les administrations, collectivités et établissements publics mentionnés à l'article 2 mettent en place, selon des modalités fixées par décret en Conseil d'Etat, un dispositif de signalement qui a pour objet de recueillir les signalements des agents qui s'estiment victimes d'un acte de violence, de discrimination, de harcèlement moral ou sexuel ou d'agissements sexistes et de les orienter vers les autorités compétentes en matière d'accompagnement, de soutien et de protection des victimes et de traitement des faits signalés () ". Aux termes de l'article 1er du décret du 13 mars 2020 relatif au dispositif de signalement des actes de violence, de discrimination, de harcèlement et d'agissements sexistes dans la fonction publique : " Le dispositif de signalement des actes de violence, de discrimination, de harcèlement moral ou sexuel et des agissements sexistes prévu par l'article 6 quater A de la loi du 13 juillet 1983 susvisée comporte : / 1° Une procédure de recueil des signalements effectués par les agents s'estimant victimes ou témoins de tels actes ou agissements ; / 2° Une procédure d'orientation des agents s'estimant victimes de tels actes ou agissements vers les services et professionnels compétents chargés de leur accompagnement et de leur soutien ; / 3° Une procédure d'orientation des agents s'estimant victimes ou témoins de tels actes ou agissements vers les autorités compétentes pour prendre toute mesure de protection fonctionnelle appropriée et assurer le traitement des faits signalés, notamment par la réalisation d'une enquête administrative. " .
6. Si M. B se prévaut des dispositions de l'article 6 quater A de la loi du 13 juillet 1983 et de l'article 1er du décret du 13 mars 2020, lesquelles sont relatives à la mise en place d'un dispositif de signalement des actes de violence, de discrimination, de harcèlement et d'agissements sexistes prévoyant une procédure d'orientation vers les autorités compétentes, ces dispositions ne sauraient être regardées comme instituant une obligation pour l'administration de procéder à une enquête administrative dans le cadre de l'instruction d'une demande tendant au bénéfice de la protection fonctionnelle. En outre, M. B ne justifie pas ne pas avoir été en mesure de saisir les autorités compétentes mentionnées à l'article 1er du décret précité. Par suite, le moyen tiré du vice de procédure, tenant à l'absence de mise en place d'une procédure d'orientation et de traitement de son signalement et de réalisation d'une enquête administrative, doit être écarté.
Sur le bien-fondé de la requête :
En ce qui concerne le harcèlement moral :
7. Aux termes de l'article 6 quinquies de la loi du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires, désormais codifié aux articles L. 133-2 et L. 133-3 du code général de la fonction publique : " Aucun fonctionnaire ne doit subir les agissements répétés de harcèlement moral qui ont pour objet ou pour effet une dégradation des conditions de travail susceptible de porter atteinte à ses droits et à sa dignité, d'altérer sa santé physique ou mentale ou de compromettre son avenir professionnel. / Aucune mesure concernant notamment le recrutement, la titularisation, la rémunération, la formation, l'appréciation de la valeur professionnelle, la discipline, la promotion, l'affectation et la mutation ne peut être prise à l'égard d'un fonctionnaire en prenant en considération :/ 1° Le fait qu'il ait subi ou refusé de subir les agissements de harcèlement moral visés au premier alinéa ; / 2° Le fait qu'il ait exercé un recours auprès d'un supérieur hiérarchique ou engagé une action en justice visant à faire cesser ces agissements ; / 3° Ou bien le fait qu'il ait témoigné de tels agissements ou qu'il les ait relatés. / () ". Il résulte de ces dispositions que le harcèlement moral est constitué, indépendamment de l'intention de son auteur, dès lors que sont caractérisés des agissements répétés ayant pour effet une dégradation des conditions de travail susceptibles de porter atteinte aux droits et à la dignité de l'agent, d'altérer sa santé ou de compromettre son avenir professionnel.
8. Il appartient à l'agent public qui soutient avoir été victime de faits constitutifs de harcèlement moral, lorsqu'il entend contester le refus opposé par l'administration dont il relève à une demande de protection fonctionnelle fondée sur de tels faits de harcèlement, de soumettre au juge des éléments de fait susceptibles d'en faire présumer l'existence. Il incombe à l'administration de produire, en sens contraire, une argumentation de nature à démontrer que les agissements en cause sont justifiés par des considérations étrangères à tout harcèlement. La conviction du juge, à qui il revient d'apprécier si les agissements de harcèlement sont ou non établis, se détermine au vu de ces échanges contradictoires, qu'il peut compléter, en cas de doute, en ordonnant toute mesure d'instruction utile.
9. Pour apprécier si des agissements dont il est allégué qu'ils sont constitutifs d'un harcèlement moral revêtent un tel caractère, le juge administratif doit tenir compte des comportements respectifs de l'agent auquel il est reproché d'avoir exercé de tels agissements et de l'agent qui estime avoir été victime d'un harcèlement moral. Pour être qualifiés de harcèlement moral, ces agissements doivent être répétés et excéder les limites de l'exercice normal du pouvoir hiérarchique. Dès lors qu'elle n'excède pas ces limites, une simple diminution des attributions justifiée par l'intérêt du service, en raison d'une manière de servir inadéquate ou de difficultés relationnelles, n'est pas constitutive de harcèlement moral.
10. S'estimant victime d'agissements constitutifs de harcèlement moral, M. B a demandé le 9 septembre 2021 à bénéficier de la protection fonctionnelle en application de ces dispositions. Il soutient qu'il a subi depuis 2015 une dégradation de ses conditions de travail, dont l'exécutif de la communauté de communes du Bocage était responsable en 2015 et 2017, et qui s'est poursuivie depuis l'arrivée du nouvel exécutif de la communauté de communes Andaine-Passais en 2017. Il soutient qu'il a fait l'objet de procédures disciplinaires infondées, qu'il a été victime d'un refus non justifié de nomination sur le poste d'assistant de prévention et d'une situation de mépris, que les modalités de son reclassement révèlent le harcèlement moral dont il a été victime et qu'il a fait l'objet d'un isolement professionnel.
11. Premièrement, pour établir la réalité du harcèlement dont il s'estime avoir été victime, M. B soutient qu'il a fait l'objet de quatre procédures disciplinaires infondées constituant des menaces et traduisant un acharnement de son employeur sur sa personne depuis 2015. Il ressort des pièces du dossier que M. B, en tant qu'agent d'animation des activités périscolaires et extrascolaires et en charge de la coordination du service, a été placé en relation directe avec le 5ème vice-président en charge notamment de l'accueil collectif pour les mineurs de la communauté de communes du Bocage du Passais en 2015 et 2016. Il ressort des pièces du dossier que suite à la réponse écrite du requérant du 30 juin 2015 à un courrier du 26 juin 2015 l'invitant à un entretien préalable et lui notifiant l'intention de procéder à une sanction disciplinaire en lien avec " un comportement irresponsable, attitude insolente vis-à-vis des supérieurs hiérarchiques, refus d'exécuter les tâches demandées, non-respect des impératifs inhérents à votre fonction (retard dans la remise du rapport annuel de la CAF) ", aucune suite disciplinaire n'a été donnée. Si le courrier de recours gracieux de M. B du 30 juin 2015 conteste les refus de tâches à exécuter qui lui sont reprochés, le retard dans la production du rapport annuel de la CAF est admis tout comme l'opposition au recrutement d'un agent au sein de l'équipe d'animation dont il s'estime le directeur. Il ressort des pièces du dossier que le requérant, après la démission en mars 2016 du 5ème vice-président qui a exposé publiquement les raisons de son départ lié au dysfonctionnement du service animation et faisant état de la difficulté de gestion des animateurs, n'a pas accepté les propos tenus par l'élu référent à l'égard du service dont il assurait la coordination, bien qu'il soit constant que son nom n'ait pas été cité. Il a alors adopté dans certains échanges versés au dossier une tonalité à la fois provocatrice et cynique, souvent inappropriée, mais aussi révélant une situation d'incompréhension, de tension, de souffrance au travail et de difficultés de dialogue que l'arrivée du nouvel élu n'a pas réussi à apaiser. Le requérant a d'ailleurs sollicité son employeur le 20 avril 2016 pour connaître le montant de l'indemnité de départ volontaire, invitant l'administration à " considérer sérieusement cette opportunité ". C'est dans ce contexte que M. B a fait l'objet, par courrier du 9 juin 2016 d'une décision de sanction administrative du premier groupe, à savoir un blâme, en raison du refus de toute autorité hiérarchique, d'un comportement " [nuisant] à la bonne marche du service animation ", de " comportements colériques " et " de coups de poing dans les murs ". Si le requérant, par un recours gracieux en date du 16 juin 2016, conteste un vice de procédure de la décision, fait état d'une dégradation du climat de travail qu'il qualifie de " nauséabond et anxiogène " avec les élus, et dénonce une " chasse aux sorcières permanente à l'égard du service animation " en lien avec des " diffamations parues dans la presse ", dont il indique ultérieurement que sa plainte a été classée sans suite, il ne dément pas les autres griefs qui lui sont opposés au regard de son comportement et n'apporte pas d'élément circonstanciés. Si l'autorité administrative adresse à M. B une nouvelle convocation à un entretien préalable à l'édiction d'une sanction par un courrier du 29 septembre 2016, il est constant qu'eu égard à la complexité de la situation, et aux démarches initiées par l'agent en lien avec la médecine préventive et par l'employeur avec le pôle santé au travail du centre de gestion de l'Orne dans un souci d'accompagnement de l'agent, aucune suite disciplinaire à ce courrier n'a été donnée. Il ressort enfin des pièces du dossier que l'autorité administrative a adressé le 14 mai 2019 au requérant, désormais affecté sur un poste d'animateur au sein du service des ordures ménagères tri sélectif et déchetterie, une convocation à un entretien préalable à l'édiction d'une sanction administrative du premier groupe, un blâme, pour des faits décrits dans le rapport disciplinaire joint au courrier et portés à la connaissance du requérant. Ce rapport disciplinaire fait état d'un comportement violent et incontrôlé lors d'une altercation avec une collègue sur son lieu de travail le 24 avril 2019, provoquant une situation de peur et d'inquiétude de l'entourage professionnel, et un départ du poste de travail du requérant. Il est aussi fait état de deux absences injustifiées les 25 et 26 avril 2019, et de la dénonciation le 2 mai 2019, acceptée par l'administration, de la démission du requérant le 30 avril 2019. Si le requérant indique sans l'expliquer s'être " soustrait à un environnement anxiogène " où il est " en danger en permanence ", quittant le site de Juvigny Val d'Andaine sur lequel il était affecté pour rejoindre l'antenne locale du Passais et terminer la journée du 24 avril, il allègue, à l'appui d'un mail de la fin d'après-midi du 25 avril 2019 envoyé par la secrétaire de l'antenne de Passais lui indiquant avoir procédé à l'impression demandée de documents, être resté dans les locaux administratifs de la collectivité le 25 avril 2019 sans apporter d'élément témoignant de sa présence sur le site. Le requérant n'a fourni que le 23 mai 2019 le justificatif d'absence lié à l'accompagnement de son enfant à un rendez-vous médical le 26 avril 2019, soit postérieurement au courrier du 14 mai 2019. Eu égard aux éléments circonstanciés concernant chaque procédure disciplinaire envisagée, et du comportement tel qu'il ressort des propres écrits de M. B, ces procédures, au demeurant non abouties pour trois d'entre elles, n'excèdent pas les limites du pouvoir hiérarchique, de sorte qu'elles ne sauraient constituer des éléments de fait susceptibles de faire présumer l'existence d'une situation de harcèlement.
12. Deuxièmement, M. B soutient que l'autorité territoriale a refusé de le nommer aux fonctions d'assistant de prévention, alléguant avoir été le seul agent à demander cette fonction. Il se borne à indiquer que les deux agents que la collectivité a nommés comme assistants de prévention l'ont été uniquement pour contrer sa candidature. Si le requérant produit le courrier du 13 janvier 2017 par lequel il a postulé à l'exercice de ces missions, et indique les formations suivies, il n'établit pas, par ce seul document, la réalité de ses allégations. Par suite, il ne saurait être déduit du choix de l'autorité territoriale de désigner deux autres agents que M. B sur les fonctions d'assistant de prévention, l'existence d'éléments de fait susceptible de faire présumer l'existence d'un harcèlement à son encontre.
13. Troisièmement, le requérant fait état, de manière générale, de ce qu'il serait " devenu le mouton noir " pour avoir " dénoncé la situation " de nomination des deux agents assistants de prévention à sa place. Ces éléments imprécis ne sauraient faire présumer l'existence d'un harcèlement moral à son égard.
14. Quatrièmement, M. B soutient que le comportement de l'autorité territoriale a été caractérisé par une recherche partielle de reclassement en 2019 lors de sa reprise de travail, conduisant à l'affecter sur le poste d'animateur prévention des déchets sans chercher une adaptation de son poste d'animateur du service animation, de façon à le mettre à l'écart des autres agents. S'agissant de son changement d'affectation, il résulte de l'instruction que suite à la visite médicale de reprise du travail du 11 janvier 2019 après l'arrêt de travail prononcé par la médecine préventive à compter du 2 octobre 2018, le requérant a été déclaré par la médecine préventive du centre de gestion " inapte à son poste " et " apte à un poste d'ambassadeur du tri sélectif à définir avec un médiateur externe ". Lorsque l'état de santé d'un fonctionnaire territorial ne lui permet plus d'exercer normalement ses fonctions et que les nécessités du service ne permettent pas d'aménager ses conditions de travail, l'agent peut être affecté dans un autre emploi de son grade après avis du service de médecine professionnelle et de prévention, cette affectation étant prononcée sur proposition du centre de gestion, au vu de laquelle la communauté de communes d'Andaine-Passais précise s'être conformée de façon à permettre à l'agent de retrouver des conditions de travail sereines et un bien-être au travail. Il ressort d'ailleurs de la synthèse d'intervention d'une psychologue du 26 janvier 2019 que l'agent a été " à la fois heurté par cette décision [de la médecine préventive] et intéressé par la proposition qui lui est faite d'occuper la fonction d'animateur de tri sélectif ". Si M. B relève l'absence de la médiation préconisée, il ressort d'un mail du 16 août 2019 qu'il reconnaît une rencontre avec une médiatrice puis la rencontre avec l'autorité territoriale le lendemain. Il ressort du dossier que la fiche de poste d'animateur des déchets a été acceptée le 8 février 2019 par le requérant qui l'a signée, et qu'il a été affecté le 1er avril 2019 sur ses nouvelles fonctions, en résidence administrative à Juvigny-Val-d'Andaine et rattaché directement au président de l'intercommunalité, comme indiqué sur la fiche de poste. Ainsi, ces faits ne sont pas susceptibles de faire présumer une situation de harcèlement moral.
15. Cinquièmement, M. B soutient que l'autorité territoriale a organisé les conditions d'exercice de ses missions de façon à l'isoler des autres agents. Il indique ne disposer ni de ligne directe fixe ni de téléphone portable, avoir dû restituer des clefs de bureau et ne pas avoir de clef de bureau, avoir un bureau situé en sous-sol, ne pas avoir accès aux données techniques nécessaires et ne pas être référencé comme interlocuteur. Si M. B allègue que la localisation de son bureau en sous-sol des locaux du siège de la communauté de communes a pour objectif de l'éloigner " des collègues qui l'ont toujours soutenu moralement dans ces épreuves " sans autre précision, il indique également que son voisin de bureau est le président de l'intercommunalité, auquel il est directement rattaché au regard de sa fiche de poste signée le 8 février 2019. Il indique également ne pas disposer de téléphone portable alors que d'autres agents en ont été dotés, précisant d'ailleurs qu'il n'en demandera pas. Il fait état, de manière générale, de ce qu'il n'a pas accès aux données techniques liées à la gestion des déchets et n'est pas référencé comme interlocuteur, le tout étant géré par l'agent d'accueil de la communauté de communes. Ces éléments imprécis ne sauraient faire présumer un harcèlement moral à son égard. Par ailleurs, si M. B allègue qu'il est le seul agent des services administratifs à ne pas disposer de clef de bureau sur son poste d'animateur prévention des déchets, il ne saurait en être déduit, ni de la circonstance qu'il a dû restituer le 30 avril 2019 les clefs de locaux et de bâtiments qu'il détenait en qualité d'agent du service animation et pour lesquels il n'avait plus de raison légitime d'accéder au regard de son changement de poste, l'existence de faits susceptibles de faire présumer l'existence d'un harcèlement à son encontre.
16. Il résulte de tout ce qui précède que les faits allégués ou exposés par le requérant, pris dans leur ensemble ou isolément, ne peuvent pas être regardés comme des agissements constitutifs de harcèlement moral au sens des dispositions précitées de l'article 6 quinquies de la loi du 13 juillet 1983, susceptibles de fonder l'octroi de la protection fonctionnelle.
En ce qui concerne le refus de protection fonctionnelle :
17. Aux termes de l'article 11 de la loi du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires, désormais codifié aux articles L. 134-1 et suivant du code général de la fonction publique : " I - A raison de ses fonctions et indépendamment des règles fixées par le code pénal et par les lois spéciales, le fonctionnaire ou, le cas échéant, l'ancien fonctionnaire bénéficie, dans les conditions prévues au présent article, d'une protection organisée par la collectivité publique qui l'emploie à la date des faits en cause ou des faits ayant été imputés de façon diffamatoire. / () IV - La collectivité publique est tenue de protéger le fonctionnaire contre les atteintes volontaires à l'intégrité de la personne, les violences, les agissements constitutifs de harcèlement, les menaces, les injures, les diffamations ou les outrages dont il pourrait être victime sans qu'une faute personnelle puisse lui être imputée. Elle est tenue de réparer, le cas échéant, le préjudice qui en est résulté. () ". Ces dispositions établissent à la charge de la collectivité publique et au profit des agents publics, lorsqu'ils ont été victimes d'attaques à raison de leurs fonctions, sans qu'une faute personnelle puisse leur être imputée, une obligation de protection à laquelle il ne peut être dérogé, sous le contrôle du juge, que pour des motifs d'intérêt général. Cette obligation de protection a pour objet, non seulement de faire cesser les attaques auxquelles le fonctionnaire ou l'agent public est exposé, notamment en cas de diffamation, mais aussi de lui assurer une réparation adéquate des torts qu'il a subis. La mise en œuvre de cette obligation peut notamment conduire l'administration à assister son agent dans l'exercice des poursuites judiciaires qu'il entreprendrait pour se défendre. Il appartient dans chaque cas à l'autorité administrative compétente de prendre les mesures lui permettant de remplir son obligation vis-à-vis de son agent, sous le contrôle du juge et compte tenu de l'ensemble des circonstances.
18. Compte tenu de ce qui a été dit au point 16 sur l'absence de harcèlement moral à l'encontre de M. B, la communauté de communes d'Andaine-Passais n'a pas commis d'illégalité fautive en refusant la demande de protection fonctionnelle présentée par l'intéressé.
En ce qui concerne le manquement de la collectivité à l'obligation d'assurer la sécurité et de protéger la santé physique et morale des agents :
19. Aux termes de l'article 23 de la loi du 13 juillet 1983 : " Des conditions d'hygiène et de sécurité de nature à préserver leur santé et leur intégrité physique sont assurées aux fonctionnaires durant leur travail. ". Aux termes de l'article L. 4121-1 du code du travail : " L'employeur prend les mesures nécessaires pour assurer la sécurité et protéger la santé physique et mentale des travailleurs. Ces mesures comprennent : 1° Des actions de prévention des risques professionnels et de la pénibilité au travail ; 2° Des actions d'information et de formation ; 3° La mise en place d'une organisation et de moyens adaptés. L'employeur veille à l'adaptation de ces mesures pour tenir compte du changement des circonstances et tendre à l'amélioration des situations existantes. ". Aux termes de l'article L. 4121-2 du même code : " L'employeur met en œuvre les mesures prévues à l'article L. 4121-1 sur le fondement des principes généraux de prévention suivants : 1° Eviter les risques ; 2° Evaluer les risques qui ne peuvent pas être évités ; 3° Combattre les risques à la source () ". Aux termes de l'article 2-1 du décret n°85-603 du 10 juin 1985 relatif à l'hygiène et à la sécurité du travail ainsi qu'à la médecine professionnelle et préventive de la fonction publique territoriale : " les autorités territoriales sont chargées de veiller à la sécurité et à la protection de la santé des agents placés sous leur autorité ".
20. Il résulte de ces dispositions que les autorités administratives ont l'obligation de prendre les mesures nécessaires pour assurer la sécurité et protéger la santé physique et morale de leurs agents qui s'imposent à peine d'engager leur responsabilité au titre de la faute de service, indépendamment de la réponse à apporter aux allégations de harcèlement moral.
21. M. B soutient que la communauté de communes d'Andaine-Passais a failli à son obligation d'assurer la sécurité et la protection de la santé physique et mentale à son égard en ne répondant pas à ses différentes alertes, ni aux alertes du médecin de prévention et de la psychologue du travail le concernant. S'il indique être à l'origine de la saisine du médecin de prévention du pôle santé au travail du centre de gestion de l'Orne sur ses conditions de travail, il résulte de l'instruction et de la fiche de suivi que c'est à l'occasion d'une visite médicale le 1er mars 2016, demandée par l'employeur à la suite d'un arrêt de travail de quatre jours, que le médecin de prévention a souhaité rencontrer le président de la communauté de communes du Bocage de Passais et l'élu référent du service animation. L'autorité territoriale a sollicité dès 2016 un accompagnement de l'agent par le pôle santé au travail de son centre de gestion d'affiliation, composé du médecin de prévention et d'un psychologue du travail. Cet accompagnement extérieur s'est poursuivi après la création de la nouvelle intercommunalité en 2017 et le changement d'autorité territoriale qui s'en est suivi. En lien avec le travail d'accompagnement, l'autorité territoriale a en outre décidé de préserver le requérant du lien direct avec les élus et a recruté en mars 2017 un coordonnateur du service animation en responsabilité vis-à-vis du vice-président et sous la hiérarchie duquel est placé M. B, en cohérence avec la préconisation d'amélioration de l'organisation et des conditions de travail de l'agent au regard de son état de santé inscrite sur les fiches de visites médicales de l'agent du 21 avril 2017 et du 22 août 2017. Si le pôle santé au travail du centre de gestion a, par un courrier du 24 août 2017, indiqué, dans le cadre du suivi de l'accompagnement, que les entretiens mettaient en évidence une dégradation des conditions de travail ayant un retentissement important sur l'équilibre de santé de l'agent, il ressort des pièces du dossier que M. B éprouvait du ressentiment se traduisant par un profond mal-être professionnel. Il reconnaît d'ailleurs lui-même dans son courrier de demande de protection fonctionnelle du 8 février 2017, que les faits qu'il estime avoir vécus en 2015 et 2016 sont devenus " obsédants ". Le responsable du pôle santé au travail fait état le 30 janvier 2018, en réponse à une demande de rendez-vous du requérant, de changements organisationnels et managériaux portés par l'administration à son bénéfice, et lui demande de préciser ses attentes quant aux mails réguliers dénonçant ses conditions de travail, en précisant que le médecin de prévention et la psychologue du travail étaient intervenus dans les limites de leurs possibilités. Si le requérant affirme que l'arrêt de travail prononcé par la médecine préventive à compter du 2 octobre 2018, et qui durera jusqu'au 10 janvier 2019, est la conséquence d'une situation de travail pathogène, il ne produit aucune pièce médicale en ce sens. Il n'est pas davantage établi qu'il soit atteint d'une maladie professionnelle reconnue comme imputable au service. Enfin, si le requérant se fonde sur l'avis du comité d'hygiène, de sécurité et des conditions de travail du 19 juin 2020 pour invoquer une reconnaissance du défaut de protection de l'employeur à son encontre, il ressort uniquement des termes du compte-rendu que les membres souhaitent une amélioration de la situation, que " l'agent retrouve une sérénité dans le travail ", et appellent à la vigilance sur ce type de situation. Ainsi, au vu des diligences accomplies par la communauté de communes, aucune carence fautive ne saurait lui être reprochée.
22. Compte tenu de ce qui précède et en l'absence de préjudice établi, les conclusions indemnitaires de la requête doivent être rejetées.
23. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions aux fins d'annulation présentées par M. B doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d'injonction et d'indemnisation.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. B est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et à la communauté de communes Andaine-Passais.
Délibéré après l'audience du 18 janvier 2024, à laquelle siégeaient :
M. Cheylan, président,
M. Martinez, premier conseiller,
Mme Groch, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 2 février 2024.
La rapporteure,
Signé
N. GROCH
Le président,
Signé
F. CHEYLAN
La greffière,
Signé
C. BÉNIS
La République mande et ordonne au préfet de l'Orne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
C. Bénis
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026