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AccueilJurisprudence administrativeN° TA14-2200047

Tribunal Administratif de Caen — Décision N° TA14-2200047

lundi 10 juillet 2023

JuridictionTribunal Administratif de Caen
SectionTribunal Administratif de Caen
N° DossierTA14-2200047
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation3ème Chambre
Avocat requérantAGOSTINI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires enregistrés les 7 et 24 janvier et 21 septembre 2022 et 30 janvier et 30 mai 2023, M. B D, représenté par Me Salmon, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 12 juillet 2021 par lequel le maire de la commune de Douvres La Délivrande a accordé avec prescription à la SAS Foncim Promotion un permis de construire valant permis de démolir, ensemble la décision du 8 novembre 2021 portant rejet de son recours gracieux ;

2°) de mettre à la charge de la commune de Douvres La Délivrande la somme de 2 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision attaquée a été signée par délégation dont il appartient à la commune de Douvres La Délivrande d'en justifier la régularité ;

- le dossier de demande de permis de construire est incomplet et méconnaît les dispositions de l'article R. 431-8 du code de l'urbanisme ;

- la décision méconnaît les dispositions de l'article L. 151-41 du code de l'urbanisme ;

- elle méconnaît l'article U3 du règlement du plan local d'urbanisme ;

- elle méconnaît l'article U6 du règlement du plan local d'urbanisme ;

- elle méconnaît l'article U7 du règlement du plan local d'urbanisme ;

- elle méconnaît l'article U10 du règlement du plan local d'urbanisme ;

- elle méconnaît l'article R. 111-27 du code de l'urbanisme et l'article U11 du règlement du plan local d'urbanisme ;

- elle méconnaît l'article U12 du règlement du plan local d'urbanisme.

Par des mémoires enregistrés les 2 juin 2022, 22 mai et 9 juin 2023, ce dernier mémoire n'ayant pas été communiqué, la commune de Douvres La Délivrande, représentée par Me Gorand, conclut à titre principal, au rejet de la requête, à titre subsidiaire à ce que le tribunal fasse application de l'article L. 600-5-1 du code de l'urbanisme ou, à défaut, de l'article L. 600-5 du même code de l'urbanisme et à ce que soit mise à la charge du requérant une somme de 3 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que :

- le requérant n'a pas d'intérêt à agir ;

- les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Par des mémoires enregistrés les 31 mai le 26 octobre 2022, la société SAS Foncim Promotion, représentée par Me Agostini, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge du requérant une somme de 2 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que :

- le requérant n'a pas d'intérêt à agir ;

- les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le code de la construction et de l'habitation

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Absolon,

- les conclusions de Mme E,

- et les observations de Me Salmon, représentant M. D, de Me Vincent, représentant la commune de Douvres La Délivrande, et de Me Agostini représentant la SAS Foncim Promotion.

Une note en délibéré présentée par Me Agostini, a été enregistrée le 27 juin 2023.

Une note en délibéré présentée par Me Salmon, a été enregistrée le 28 juin 2023.

Une note en délibéré présentée par Me Gorand, a été enregistrée le 4 juillet 2023.

Considérant ce qui suit :

1. Le 8 février 2021, la SAS Foncim Promotion a déposé une demande de permis de construire valant permis de démolir pour la construction d'un immeuble de 26 logements sur un terrain situé rue Louis Lelièvre à Douvres La Délivrande. Par un arrêté du 12 juillet 2021, le maire de la commune de Douvres La Délivrande lui a accordé l'autorisation sollicitée. M. B D a exercé un recours gracieux pour en solliciter le retrait et par une décision du 8 novembre 2021, le maire de la commune l'a rejeté. M. D demande l'annulation de ces deux décisions.

Sur la fin de non-recevoir opposée en défense :

2. Aux termes de l'article L. 600-1-2 du code de l'urbanisme : " Une personne autre que l'Etat, les collectivités territoriales ou leurs groupements ou une association n'est recevable à former un recours pour excès de pouvoir contre une décision relative à l'occupation ou à l'utilisation du sol régie par le présent code que si la construction, l'aménagement ou le projet autorisé sont de nature à affecter directement les conditions d'occupation, d'utilisation ou de jouissance du bien qu'elle détient ou occupe régulièrement ou pour lequel elle bénéficie d'une promesse de vente, de bail, ou d'un contrat préliminaire mentionné à l'article L. 261-15 du code de la construction et de l'habitation ".

3. M. D justifie être propriétaire depuis le 20 janvier 2017, d'une maison d'habitation située au 56 rue du Général de Gaulle sur la commune de Douvres La Délivrande, figurant à la matrice cadastrale sous le numéro section AB 141, 150 et 151. La parcelle du projet, objet du permis de construire, se situe quant à elle sous le numéro section AB 117, à une distance d'environ 14 mètres de la parcelle du requérant. S'il ressort des pièces du dossier que la parcelle du requérant n'est pas contiguë au terrain d'assiette du projet, il produit à l'appui de ses écritures deux constats d'huissier, l'un daté du 12 janvier 2022 et l'autre daté du 6 janvier 2023, justifiant que le projet litigieux, par sa hauteur, son volume et son implantation, va induire la création de vues réciproques de nature à affecter directement les conditions d'occupation, d'utilisation ou de jouissance du bien de M. D. Par suite, la fin de non-recevoir qui lui est opposée par la commune de Douvres La Délivrande et la société SAS Foncim Promotion, doit être écartée.

Sur les conclusions en annulation :

4. En premier lieu, par un arrêté du 23 mai 2020, régulièrement publié au recueil des actes administratifs, le maire de la commune de Douvres La Délivrande a donné délégation à M. C A, 5ème adjoint au maire délégué à l'urbanisme, au développement économique et à l'emploi, à l'effet de signer notamment la délivrance des permis de construire et d'aménager, les déclarations préalables y compris pour les clôtures. Le moyen tiré de l'incompétence du signataire de la décision doit, par suite, être écarté.

5. En deuxième lieu, aux termes de l'article R. 431-8 du code de l'urbanisme : " Le projet architectural comprend une notice précisant : / 1° L'état initial du terrain et de ses abords indiquant, s'il y a lieu, les constructions, la végétation et les éléments paysagers existants ; / 2° Les partis retenus pour assurer l'insertion du projet dans son environnement et la prise en compte des paysages, faisant apparaître, en fonction des caractéristiques du projet : / a) L'aménagement du terrain, en indiquant ce qui est modifié ou supprimé ; / b) L'implantation, l'organisation, la composition et le volume des constructions nouvelles, notamment par rapport aux constructions ou paysages avoisinants ; () ".

6. La circonstance que le dossier de demande de permis de construire ne comporterait pas l'ensemble des documents exigés par les dispositions du code de l'urbanisme, ou que les documents produits seraient insuffisants, imprécis ou comporteraient des inexactitudes, n'est susceptible d'entacher d'illégalité le permis de construire qui a été accordé que dans le cas où les omissions, inexactitudes ou insuffisances entachant le dossier ont été de nature à fausser l'appréciation portée par l'autorité administrative sur la conformité du projet à la réglementation applicable.

7. Il ressort des pièces du dossier de demande de permis de construire déposé par la SAS Foncim Promotion, que le plan de situation en vue aérienne ainsi que le plan de masse projet montrent les habitations les plus proches, dont celle de M. D, et permettent d'apprécier les conditions d'insertion du projet dans son environnement immédiat. En outre, le dossier comporte un reportage photographique pris depuis plusieurs angles de vue, ainsi que des photomontages d'insertion, permettant d'apprécier l'impact visuel du projet. Enfin, la notice du projet précise que " le projet est situé en plein cœur de Douvres La Délivrande donc dans une zone très urbanisée. Au nord et à l'ouest, on peut trouver des maisons d'habitation construites en pierre de Caen, au sud, nous trouvons une résidence d'immeubles plus récente réalisée dans les tons pierre. A l'est, se trouve la chapelle ainsi que le couvent de la Sainte Famille " et que " au nord, les parcelles d'habitations individuelles sont également séparées du projet par des murs existants en pierre de Caen de 2,20 mètres de hauteur ; à l'est, la chapelle de la Sainte Famille forme la nouvelle limite parcellaire avec notre terrain () ; à l'ouest, un projet de la ville consiste en la démolition des sanitaires publics situés rue Louis Lelièvre ; nous allons donc démolir une partie du mur en pierre de Caen existant adjacent à ces sanitaires et jusqu'au poteau existant pour créer un accès véhicule ". Dans ces conditions, et alors même que le requérant allègue, sans toutefois l'établir, que le plan de coupe projeté comporte une erreur dans la dimension de la chapelle Sainte Famille, le service instructeur a été à même d'apprécier l'implantation, l'organisation, la composition et le volume des constructions nouvelles par rapport aux constructions avoisinantes. Par suite, ce moyen doit être écarté.

8. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 151-41 du code de l'urbanisme dans sa version applicable au litige : " Le règlement peut délimiter des terrains sur lesquels sont institués : / 1° Des emplacements réservés aux voies et ouvrages publics dont il précise la localisation et les caractéristiques ; / 2° Des emplacements réservés aux installations d'intérêt général à créer ou à modifier ; / 3° Des emplacements réservés aux espaces verts à créer ou à modifier ou aux espaces nécessaires aux continuités écologiques ; / 4° Dans les zones urbaines et à urbaniser, des emplacements réservés en vue de la réalisation, dans le respect des objectifs de mixité sociale, de programmes de logements qu'il définit ; / 5° Dans les zones urbaines et à urbaniser, des servitudes interdisant, sous réserve d'une justification particulière, pour une durée au plus de cinq ans dans l'attente de l'approbation par la commune d'un projet d'aménagement global, les constructions ou installations d'une superficie supérieure à un seuil défini par le règlement. Ces servitudes ne peuvent avoir pour effet d'interdire les travaux ayant pour objet l'adaptation, le changement de destination, la réfection ou l'extension limitée des constructions existantes ". Aux termes de l'article L. 421-6 de ce même code : " Le permis de construire ou d'aménager ne peut être accordé que si les travaux projetés sont conformes aux dispositions législatives et réglementaires relatives à l'utilisation des sols, à l'implantation, la destination, la nature, l'architecture, les dimensions, l'assainissement des constructions et à l'aménagement de leurs abords et s'ils ne sont pas incompatibles avec une déclaration d'utilité publique ".

9. Il ressort du règlement graphique du plan local d'urbanisme de la commune de Douvres La Délivrande, qu'une partie du terrain d'assiette du projet, côté sud-ouest, est grevée par un emplacement réservé n° 6 au profit de la commune, et dont l'objet, décrit dans le rapport de présentation du plan local d'urbanisme, porte sur la réalisation d'un projet d'aménagement visant à construire des logements locatifs sociaux et à aménager l'espace public en bordure de rue. Si la société pétitionnaire et la commune font valoir que le projet critiqué n'est pas incompatible avec le projet de l'emplacement réservé n° 6, cette circonstance est, en tout état de cause, sans incidence sur l'appréciation par le maire de la demande de permis de construire valant permis de démolir. En effet, dès lors que la demande d'autorisation d'urbanisme présentée par la SAS Foncim Promotion portait sur un objet non conforme à la destination de l'emplacement réservé n° 6 et qu'elle ne concernait pas une construction ayant un caractère précaire, le maire de Douvres La Délivrande était tenu de refuser de lui délivrer le permis de construire. Le requérant est par conséquent fondé à soutenir que le projet en litige n'est pas conforme à l'emplacement réservé et le moyen doit être accueilli.

10. En quatrième lieu, aux termes de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme : " Le projet peut être refusé ou n'être accepté que sous réserve de l'observation de prescriptions spéciales s'il est de nature à porter atteinte à la salubrité ou à la sécurité publique du fait de sa situation, de ses caractéristiques, de son importance ou de son implantation à proximité d'autres installations ". Aux termes de l'article U3 " accès et voirie " du règlement du plan local d'urbanisme de la commune de Douvres La Délivrande : " I - ACCES : / Pour être constructible, un terrain doit avoir accès à une voie publique ou privée, soit directement, soit par l'intermédiaire d'un passage aménagé sur le fonds voisin, ce passage aura une largeur minimale de 3 m. S'il est destiné à la desserte de plus de trois logements ou s'il a plus de 50m de longueur, il aura les caractéristiques applicables aux voies (voir ci-dessous). / La disposition des accès doit assurer la sécurité des usagers et leurs abords doivent être dégagés de façon à assurer la visibilité et la sécurité lors des manœuvres d'entrée et de sortie du terrain. Ils doivent être adaptés aux caractéristiques des constructions et équipements et apporter la moindre gêne possible à la circulation publique. / Lorsqu'un terrain est bordé de plusieurs voies, l'accès pourra être imposé sur l'une d'elles pour des questions de sécurité. / II - VOIRIE : / Les constructions et les installations doivent être desservies par des voies dont les caractéristiques seront définies en fonction de l'importance du trafic et de la destination des constructions. Elles seront adaptées à l'approche et à l'accès des véhicules de lutte contre l'incendie, d'enlèvement des ordures ménagères. / Les nouvelles voies ouvertes à la circulation automobile auront une emprise minimale de 6m. / () Les nouvelles rues en impasse seront aménagées d'une placette dans leur partie terminale, pour permettre aux véhicules (dont les véhicules de service ou de secours) de faire demi-tour () ".

11. D'abord, il ressort des pièces du dossier de demande de permis de construire que le projet consiste en la réalisation de 26 logements collectifs situés sur une partie de la parcelle AB 117 accessible en véhicule depuis la rue Louis Lelièvre et à pied, depuis l'avenue de la Basilique. Il ressort de la notice descriptive qu'un accès véhicule sera aménagé à l'ouest de la parcelle après la démolition d'un bloc sanitaire situé rue Louis Lelièvre, et d'une partie du mur en pierre de Caen, adjacent à ce bloc, et jusqu'au poteau existant. Si le requérant allègue, sans toutefois l'établir, que les abords de cet accès véhicule au terrain d'assiette du projet serait de nature à compromettre la visibilité et la sécurité des usagers, il ressort du plan d'accès qu'un rayon de giration de 6 mètres sera créé pour faciliter l'accès des véhicules depuis le boulevard de la Délivrande, et que l'accès véhicule à la voie publique se fait en retrait du mur en pierre de Caen de sorte que la visibilité ne sera pas impactée. En outre, contrairement aux allégations du requérant, il ressort du plan de masse qu'une aire réservée aux pompiers leur permettant de réaliser les manœuvres nécessaires en cas d'intervention, est prévue dans la partie terminale de la voie d'accès à la résidence. Toutefois, il ressort des pièces du dossier, et notamment des différents plans annexés à la demande de permis de construire, que l'accès à la construction litigieuse, qui comprend 26 logements, emprunte une voie privée dont la largeur n'est indiquée par aucun des documents produits. Dès lors, en l'absence des dimensions de la voie d'accès à la résidence, le requérant est fondé à soutenir que la décision méconnaît les dispositions de l'article U3 du règlement du plan local d'urbanisme de la commune.

12. En cinquième lieu, aux termes de l'article U6 " implantation des constructions par rapport aux voies et emprises publiques " du règlement du plan local d'urbanisme de la commune de Douvres La Délivrande : " () a) en Ua et Uap : / Rue de la Corderie et en bordure des voies ouvertes à la circulation automobile où un front bâti (continus ou non) existe à l'alignement : si la sécurité des déplacements le permet, les nouvelles constructions ou extensions de construction seront implantées à l'alignement ; des retraits partiels seront possibles par assurer la sécurité des échanges, servir la qualité architecturale de la construction ou permettre le stationnement devant des commerces, services ou équipements d'intérêt collectif. Si la continuité du front bâti est assurée par un mur de maçonnerie traditionnelle en pierre de Caen d'une hauteur supérieure à 2m, alors les nouvelles constructions pourront être implantées avec un retrait par rapport à cet alignement de fait au moins égal à 4m. / Dans les autres cas, les nouvelles constructions ou extensions de construction seront implantées soit à l'alignement soit avec un recul par rapport à l'alignement au moins égal à 3m. Sauf : / - en bordure des RD7 (jusqu'au boulevard des Alliés), RD35 dont Rue du Bout Varin, avenue Pierre Roux et boulevard des alliés, où elles sont implantées avec un recul par rapport à l'alignement au moins égal à 5m ; / - devant une porte d'accès à un garage, où elles sont implantées avec un recul par rapport à l'alignement au moins égal à 5m pour permettre le stationnement d'un véhicule léger ; cette disposition pourra ne concerner que la partie de la construction comprenant le garage () ".

13. Il ressort des pièces du dossier que le long de l'avenue de la Basilique, en bordure de la voie ouverte à la circulation automobile et du terrain d'assiette du projet, il existe à l'alignement un mur de maçonnerie traditionnelle en pierre de Caen d'une hauteur de 3,25 mètres, qui, selon les dispositions du a) de l'article U6, permettent à toutes nouvelles constructions d'être implantées avec un retrait au moins égal à 4 mètres par rapport à cet alignement de fait. Il apparaît à la lecture des différents plans produits avec la demande de permis de construire, que la construction est implantée avec un recul de 4,02 mètres par rapport à l'alignement conformément aux dispositions de l'article U6 du règlement. En tout état de cause, il ressort également des pièces du dossier que le terrain d'assiette du projet est uniquement bordé par la RD 7C dénommée l'avenue de la Basilique, et de ce fait, l'implantation de la construction doit se faire soit à l'alignement, soit avec un recul par rapport à l'alignement au moins égal à trois mètres, en application de l'alinéa 2 du a) de l'article U6 du règlement du plan local d'urbanisme de la commune. La circonstance que la rédaction de cet article mentionne " en bordure des RD7 (jusqu'au boulevard des Alliés), RD35 dont rue du Bout Varin, avenue Pierre Roux et boulevard des Alliés " est sans incidence dans la mesure où les rédacteurs du document d'urbanisme n'ont pas expressément cité la RD7C comme entrant dans le champ de l'exception. Dès lors, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article U6 du règlement du plan local d'urbanisme de la commune de Douvres La Délivrande, doit être écarté.

14. En sixième lieu, aux termes de l'article U7 " implantation des constructions par rapport aux limites séparatives de propriétés " du règlement de plan local d'urbanisme de la commune de Douvres La Délivrande : " En Ua, Uap et Ub : Les constructions sont implantées : / - soit à une distance de la limite séparative de propriété au moins égale à la moitié de la différence d'altitude entre tout point de la construction et le point le plus bas et le plus proche de la limite ; Cette distance sera au moins égale à 3m. / - soit en limite séparative de propriétés si au moins une des conditions suivantes est remplie : / o la construction ou partie de construction est implantée à l'alignement ; / o la construction ou extension de construction vient s'implanter en adossement à une construction préexistante sur le fond voisin dans la limite de son héberge ; / o la construction ou extension de construction vient s'implanter en adossement à un mur de maçonnerie traditionnelle en pierre de Caen d'une hauteur supérieure à 2m, qui préexiste ; elle aura alors une hauteur sur la limite séparative de propriétés inférieure à 3,5m à l'égout ou à l'acrotère ; cette hauteur pourra être portée à 5m au faitage pour un mur pignon ".

15. Il ressort des pièces du dossier que la construction litigieuse comporte trois niveaux dont les hauteurs sont différentes, celui dont la façade est la plus proche de la limite séparative avec la parcelle 136 présentant une hauteur de 15 mètres. En application de la règle édictée à l'article U7 précité, si la façade s'élève à 15 mètres, alors la distance minimale du bâtiment par rapport aux limites séparatives doit respecter une distance de 7,50 mètres. En l'espèce, il ressort du plan de masse du projet que la future construction se situe à 7,59 mètres de la limite séparative avec la parcelle cadastrée A 136. S'agissant de la limite située au nord-ouest, la façade la plus proche de la limite séparative de la parcelle 140 s'élève à 12,98 mètres, induisant une distance minimale de 6,49 mètres par rapport à la limite séparative. Il ressort du plan de masse projet annexé au dossier de demande de permis de construire, que la construction projetée se situe à 6,49 mètres en application des dispositions de l'article U7 du règlement du plan local d'urbanisme. Par suite, le moyen doit être écarté.

16. En septième lieu, aux termes de l'article U10 " hauteur des constructions " du règlement du plan local d'urbanisme de la commune de Douvres La Délivrande : " () En Uap : Les constructions comprendront au maximum trois niveaux droits (non compris les entresols et le cas échéant l'étage en attique). Leur hauteur maximale restera inférieure à 15 m ".

17. Si les dispositions de l'article U10 du règlement du plan local d'urbanisme exigent un maximum de trois niveaux droits sans dépasser la hauteur maximale de 9 mètres, il n'édicte par ailleurs qu'une seule restriction concernant la hauteur totale de la construction, laquelle doit être inférieure à 15 mètres, sans apporter de conditions particulières s'agissant des caractéristiques de l'étage en attique. Il ressort des pièces du dossier que le projet comprend deux étages droit dont la hauteur s'élève à 9 mètres, ainsi que " deux maisons " en attique composées d'un logement en attique et d'un logement dans les combles, élevant la construction à une hauteur totale de 15 mètres. Dès lors, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article U10 du règlement doit être accueilli.

18. En huitième lieu, aux termes de l'article R. 111-27 du code de l'urbanisme : " Le projet peut être refusé ou n'être accepté que sous réserve de l'observation de prescriptions spéciales si les constructions, par leur situation, leur architecture, leurs dimensions ou l'aspect extérieur des bâtiments ou ouvrages à édifier ou à modifier, sont de nature à porter atteinte au caractère ou à l'intérêt des lieux avoisinants, aux sites, aux paysages naturels ou urbains ainsi qu'à la conservation des perspectives monumentales ". Aux termes de l'article U11 " aspect extérieur des constructions et aménagement de leurs abords " du règlement du plan local d'urbanisme de la commune de Douvres La Délivrande : " I - HARMONIE GÉNÉRALE / Chaque construction, indépendamment de sa nature, de sa fonction et de sa destination, devra, pour son expression architecturale et son aspect extérieur, s'inscrire harmonieusement dans les paysages communaux. Ce qui n'exclut pas les constructions d'Architecture Contemporaine* ou les constructions employant des techniques ou des matériaux nouveaux (bâtiments bioclimatiques, haute qualité environnementale, etc.). / Ainsi : / - Tout pastiche d'une architecture traditionnelle étrangère à la Plaine de Caen est interdit. / - Lorsque les constructions existantes le long d'une voie, au sein d'un quartier ou d'un hameau présentent des caractéristiques architecturales particulières (couleur de façade, forme ou couleur de toiture, type de clôture, type de modénature, etc.), celles-ci pourront être imposées à toute nouvelle construction pour préserver l'harmonie de l'ensemble. / - L'aménagement ou l'extension d'un bâtiment doit respecter son caractère général pour ce qui concerne notamment, l'harmonie des volumes, l'échelle des percements et les associations de matériaux et de teintes. / - Les annexes doivent présenter des caractéristiques d'aspect similaires à celles de la construction principale. Cependant les petites constructions visées à l'article U7 pourront présenter un aspect différent, il sera alors de type "bardage de bois", couleur bois naturel ou grisé à l'exclusion de tout autre. / - Les constructions en matériaux de fortune sont interdites. / Le caractère des façades des constructions remarquables sera respecté (ordonnancement des ouvertures ou des volumes annexes, continuité des éléments de décoration, etc.). Le principe qui doit guider les travaux d'extension et de restauration est celui de la préservation des dispositifs et ouvrages qui contribuent à la qualité architecturale de chaque immeuble ou, lorsque celles-ci sont altérées, leur remise en état. La modénature et les accessoires des constructions seront conservés et restaurés ou refaits dans le même esprit. / II- FORMES, COULEURS ET MATERIAUX : / Les principaux matériaux de construction visibles présenteront des teintes similaires à celles des matériaux utilisés traditionnellement dans la Plaine de Caen : la pierre de Caen (de beige à ocre jaune), l'ardoise, la terre cuite rouge (brique ou tuile plate de couleur sombre), le bois gris naturel, le torchis ocre ou blanc cassé. / Des teintes complémentaires et harmonieuses seront autorisées pour la mise en valeur d'éléments de façades, des extensions ou des annexes. / Les façades, les soubassements, les murs de soutènement et de clôture qui ne sont pas réalisés avec des matériaux destinés à rester apparents, recevront un enduit ou un parement dont la couleur respectera les principes précédents. () / V - STOCKAGE DES ORDURES MÉNAGÈRES : / Les nouvelles opérations d'aménagement et de construction à vocation d'habitat comprendront une aire ou un local aménagé pour recevoir les poubelles ou containers nécessaires à la collecte des ordures ménagères (dont le tri sélectif). Il sera facilement accessible depuis la voie publique et intégré à l'architecture ou aux aménagements paysagers de l'opération. / Cette disposition ne s'applique pas à une construction d'habitation individuelle ".

19. Ces dispositions ont le même objet que celles de l'article R. 111-27 du code de l'urbanisme et posent des exigences qui ne sont pas moindres que celles en résultant. Dès lors, c'est par rapport aux dispositions du règlement du plan local d'urbanisme que doit être appréciée la légalité de l'arrêté contesté.

20. En ce qui concerne d'abord l'insertion du projet notamment par rapport aux constructions ou paysages avoisinants, il ressort des pièces du dossier que le projet litigieux est situé au centre de la commune de Douvres La Délivrande, aux abords d'un monument historique, dans une zone très urbanisée comprenant des maisons d'habitation construites en pierre de Caen, et des résidences d'immeubles collectifs d'architecture contemporaine réalisées dans les tons pierre et dont les volumes sont similaires au projet même si les formes sont différentes. Par ailleurs, le projet prévoit de conserver un maximum de végétation avec une construction en fond de parcelle, il sera entièrement maçonné avec un enduit clair dans les tons pierre comme utilisé traditionnellement dans ce quartier, les menuiseries extérieures seront de couleur marron foncé tout comme les gardes corps et la couverture des maisons en attique. La notice descriptive explique que toutes ces couleurs marrons rappellent des couleurs végétales et minérales et permettent au bâtiment de s'intégrer pleinement dans son environnement architectural et paysager comme en témoigne le photomontage. D'ailleurs, sans que cela ne soit contesté, l'architecte des bâtiments de France a rendu un avis favorable au projet le 19 février 2021. Enfin, contrairement aux allégations du requérant, il ressort des pièces du dossier que la construction litigieuse prévoit bien la construction d'un local poubelle au rez-de-chaussée d'une superficie de 16,79 mètres carrés. Par suite, les moyens tirés de la méconnaissance de l'article R. 111-27 du code de l'urbanisme et de l'article U11 du règlement du plan local d'urbanisme doivent être écartés.

21. En dernier lieu, aux termes de l'article U12 " conditions de réalisation des aires de stationnement " du règlement du plan local d'urbanisme de la commune de Douvres La Délivrande : " Le stationnement des véhicules correspondant aux besoins des constructions doit être assuré en dehors des voies. / Une aire de stationnement pour les cycles sera aménagée lors de la construction d'équipements, de services ou de logements collectifs. / Pour les véhicules légers, il est en particulier exigé : / § logement : une place et demi par logement ; On arrondira au nombre supérieur ; L'accès des parcelles devra être aménagé de façon à faciliter le stationnement devant le portail et à limiter toutes manœuvres sur la voie publique. Dès que possible, le stationnement des logements individuels sera aménagé en espace privatif non-clos sur le devant des parcelles. Dans le cas d'opération de logements collectifs, les besoins de stationnement pourront être répartis entre places privatives et places collectives aménagées sur les espaces collectifs () ". Aux termes de l'article L. 151-30 du code de l'urbanisme : " Lorsque le règlement prévoit des obligations en matière de stationnement des véhicules motorisés, il fixe des obligations suffisantes pour les vélos pour les immeubles d'habitation et de bureaux, dans le respect des conditions prévues à l'article L. 113-18 du code de la construction et de l'habitation ". Enfin, aux termes de l'article L. 113-18 du code de la construction et de l'habitation : " Toute personne qui construit : / 1° Un ensemble d'habitations équipé de places de stationnement individuelles couvertes ou d'accès sécurisé ; () le dote des infrastructures permettant le stationnement sécurisé des vélos. / Un décret en Conseil d'Etat fixe les modalités d'application du présent article, notamment le nombre minimal de places selon la catégorie et la taille des bâtiments ainsi que la nature des dispositifs de sécurisation adaptée au risque des places de stationnement ".

22. Le permis de construire a pour objet d'assurer la conformité d'un projet à un certain nombre de règles d'urbanisme. Il en résulte que ne peuvent être soulevés à l'encontre d'une autorisation d'urbanisme que des moyens tirés de la méconnaissance de ces règles.

23. D'une part, l'article U12 du règlement prévoit qu'" une aire de stationnement pour les cycles sera aménagée lors de la construction d'équipements, de services ou de logements collectifs " sans toutefois imposer des prescriptions quant au nombre ou la surface de cet emplacement. Il ressort des pièces du dossier que le projet litigieux prévoit la réalisation d'un local deux roues au rez-de-chaussée d'une surface de 19,14 mètres carrés conformément au règlement du plan local d'urbanisme. D'autre part, le projet en litige doit comporter 39 places de stationnement pour être conforme à l'article U12 du règlement du plan local d'urbanisme et ces places de stationnement doivent toutes être situées sur le terrain d'assiette du projet de construction. Il ressort des pièces du dossier et notamment de la notice descriptive, que le projet litigieux prévoit 39 places de stationnement, certaines situées en rez-de-chaussée de l'immeuble, d'autres en dehors, avec une surface totale affectée au stationnement de 969,90 mètres carrés. Si les plans joints au dossier de permis de construire présentent des agencements différents, avec deux places 38 et 39 positionnées soit perpendiculairement aux places 6 et 7, soit en parallèle de ces deux mêmes places, et la place 25 positionnée soit dans le prolongement des places situées dans l'emprise du bâtiment, soit dans la continuité des places de stationnement en bataille, il ne ressort pas des pièces du dossier que le stationnement des 39 places imposées serait impossible techniquement dans la mesure où, comme il a été précédemment dit, la surface affectée au stationnement est de 969,90 mètres carrés. En outre, le requérant allègue, sans l'établir, que le nombre de 39 places de stationnement serait insuffisant pour répondre aux besoins de la construction. Or, il ne ressort pas des pièces du dossier que le besoin en stationnement aurait été sous-évalué. Toutefois, il ne ressort pas des différents plans joints au dossier de permis de construire que les dimensions des places respectent bien les dimensions fixées à l'article 3 " glossaire " du règlement du plan local d'urbanisme, à savoir à minima une surface rectangulaire de 2,50 m x 5 m, surface pouvant être réduite à 2,30 m x 5 m dans le cas d'une disposition en épis. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article U12 du règlement du plan local d'urbanisme doit être accueilli.

Sur l'application des dispositions des articles L. 600-5 et L. 600-5-1 du code de l'urbanisme :

24. Aux termes de l'article L. 600-5 du code de l'urbanisme : " Sans préjudice de la mise en œuvre de l'article L. 600-5-1, le juge administratif qui, saisi de conclusions dirigées contre un permis de construire, de démolir ou d'aménager ou contre une décision de non-opposition à déclaration préalable, estime, après avoir constaté que les autres moyens ne sont pas fondés, qu'un vice n'affectant qu'une partie du projet peut être régularisé, limite à cette partie la portée de l'annulation qu'il prononce et, le cas échéant, fixe le délai dans lequel le titulaire de l'autorisation pourra en demander la régularisation, même après l'achèvement des travaux. Le refus par le juge de faire droit à une demande d'annulation partielle est motivé ". Aux termes de l'article L. 600-5-1 de ce même code : " Sans préjudice de la mise en œuvre de l'article L. 600-5, le juge administratif qui, saisi de conclusions dirigées contre un permis de construire, de démolir ou d'aménager ou contre une décision de non-opposition à déclaration préalable estime, après avoir constaté que les autres moyens ne sont pas fondés, qu'un vice entraînant l'illégalité de cet acte est susceptible d'être régularisé, sursoit à statuer, après avoir invité les parties à présenter leurs observations, jusqu'à l'expiration du délai qu'il fixe pour cette régularisation, même après l'achèvement des travaux. Si une mesure de régularisation est notifiée dans ce délai au juge, celui-ci statue après avoir invité les parties à présenter leurs observations. Le refus par le juge de faire droit à une demande de sursis à statuer est motivé ".

25. Il résulte de tout ce qui précède que le permis de construire est illégal en tant qu'il méconnait les dispositions des articles L. 151-41 du code de l'urbanisme, U3, U10 et U12 du règlement du plan local d'urbanisme. L'illégalité tenant à la méconnaissance des dispositions de l'article L. 151-41 précitées vicie le permis en son entier. Il ne peut par suite être fait application des dispositions de l'article L. 600-5-1 du code de l'urbanisme.

Sur les frais liés au litige :

26. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soient mises à la charge du requérant, qui n'est pas dans la présente instance la partie perdante, les sommes demandées par la commune de Douvres La Délivrande et par la SAS Foncim Promotion, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Il y a lieu en revanche, dans les circonstances de l'espèce, de faire application de ces dispositions et de mettre à la charge de la commune le versement au requérant de la somme de 1 500 euros au même titre.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté du 12 juillet 2021 et la décision du 8 novembre 2021 sont annulés.

Article 2 : La commune de Douvres La Délivrande versera à M. D la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Les conclusions de la commune de Douvres La Délivrande et de SAS Foncim Promotion tendant au paiement d'une somme au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. B D, à la société SAS Foncim Promotion et à la commune de Douvres La Délivrande.

Délibéré après l'audience du 26 juin 2023 à laquelle siégeaient :

- M. Guillou, président,

- Mme Absolon, première conseillère,

- Mme Créantor, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 10 juillet 2023.

La rapporteure,

Signé

C. ABSOLON

Le président,

Signé

M. GUILLOU

La greffière,

Signé

A. GODEY

La République mande et ordonne au préfet du Calvados en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

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