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AccueilJurisprudence administrativeN° TA14-2200086

Tribunal Administratif de Caen — Décision N° TA14-2200086

vendredi 2 juin 2023

JuridictionTribunal Administratif de Caen
SectionTribunal Administratif de Caen
N° DossierTA14-2200086
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation2ème chambre
Avocat requérantMITATA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 13 janvier 2022, Mme B D A épouse C, représentée par Me Mitata, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 13 décembre 2021 par laquelle le préfet du Calvados a rejeté sa demande de regroupement familial au profit de son époux, M. C ;

2°) d'enjoindre au préfet du Calvados de lui accorder le bénéfice du regroupement familial en faveur de son époux dans un délai de quinze jours à compter du jugement à intervenir et sous astreinte de 100 euros par jour de retard ou, à titre subsidiaire, de procéder au réexamen de sa situation dans un délai de deux mois à compter du jugement à intervenir et sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 800 euros à verser à son conseil en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Mme C soutient que :

- la décision en litige est insuffisamment motivée ;

- elle méconnaît les articles L. 434-7 et L. 434-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant.

Par un mémoire enregistré le 26 avril 2022, le préfet du Calvados conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par Mme C ne sont pas fondés.

Mme C a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle partielle, à hauteur de 25 %, par une décision du 19 mai 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale des droits de l'enfant ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Silvani a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B D A épouse C, ressortissante ghanéenne, née le 14 février 1991 au Ghana, réside en France depuis 2015 et dispose d'un titre de séjour portant la mention " salarié " valable jusqu'au 8 janvier 2024. Le 25 novembre 2020, elle a déposé auprès des services de la préfecture du Calvados une demande de regroupement familial en faveur de son époux, M. C, qu'elle a épousé au Ghana le 14 février 2020. Par une décision du 13 décembre 2021, dont Mme C demande l'annulation, le préfet du Calvados a rejeté sa demande.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, l'arrêté en litige mentionne les dispositions pertinentes du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ainsi que les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales servant de base légale à la décision attaquée. Il précise que si les revenus de l'intéressée sont stables, ils sont toutefois inférieurs sur la période de référence au montant minimum fixé pour un foyer composé de deux personnes et ne permettent pas de subvenir aux besoins de la famille. La décision énonce, en outre, des éléments de fait propres à la situation personnelle et familiale de Mme C, notamment sa situation maritale, le fait que son époux n'est pas dans l'impossibilité de venir la voir et qu'elle est également en mesure de lui rendre visite jusqu'à ce qu'elle satisfasse aux conditions requises pour le regroupement familial. Ainsi, cette décision, qui n'avait pas à mentionner tous les éléments relatifs à la situation de Mme C, énonce les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement, de manière suffisamment circonstanciée pour mettre la requérante en mesure d'en discuter utilement les motifs. Elle est dès lors suffisamment motivée.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 434-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui en fait la demande est autorisé à être rejoint au titre du regroupement familial s'il remplit les conditions suivantes : 1° Il justifie de ressources stables et suffisantes pour subvenir aux besoins de sa famille () ". Aux termes de l'article L. 434-8 du même code : " Pour l'appréciation des ressources mentionnées au 1° de l'article L. 434-7 toutes les ressources du demandeur et de son conjoint sont prises en compte, indépendamment des prestations familiales, de l'allocation équivalent retraite et des allocations prévues à l'article L. 262-1 du code de l'action sociale et des familles, à l'article L. 815-1 du code de la sécurité sociale et aux articles L. 5423-1 et L. 5423-2 du code du travail. Ces ressources doivent atteindre un montant, fixé par décret en Conseil d'Etat, qui tient compte de la taille de la famille du demandeur et doit être au moins égal au salaire minimum de croissance mensuel et au plus égal à ce salaire majoré d'un cinquième () ". Aux termes de l'article R. 434-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Pour l'application du 1° de l'article L. 434-7, les ressources du demandeur et de son conjoint qui alimenteront de façon stable le budget de la famille sont appréciées sur une période de douze mois par référence à la moyenne mensuelle du salaire minimum de croissance au cours de cette période. Ces ressources sont considérées comme suffisantes lorsqu'elles atteignent un montant équivalent à : 1° Cette moyenne pour une famille de deux ou trois personnes () ".

4. Il résulte de la combinaison de ces dispositions que le caractère suffisant du niveau de ressources du demandeur est apprécié sur la période de douze mois précédant le dépôt de la demande de regroupement familial, par référence à la moyenne mensuelle du salaire minimum interprofessionnel de croissance au cours de cette même période.

5. Pour rejeter la demande de regroupement familial présentée par Mme C, le préfet du Calvados s'est fondé sur la circonstance que le montant des ressources dont elle justifiait sur la période de référence étaient inférieur au montant minimum fixé pour un foyer de deux personnes.

6. La requérante fait valoir qu'elle a déclaré auprès des services fiscaux au titre de l'année 2020 des revenus d'un montant de 15 952 euros, soit 1 329 euros mensuels nets, auxquels s'ajoute un montant de 1 539,15 euros brut au titre du treizième mois. Elle produit, en outre, son contrat de travail ainsi qu'une attestation de son employeur selon lesquels elle perçoit un revenu mensuel brut sur une période de treize mois d'un montant de 1 603,12 euros. Toutefois, le préfet du Calvados fait valoir, sans être sérieusement contesté, que ces sommes ne correspondent pas à celles déclarées par Mme C au titre de la période de référence de douze mois précédant le dépôt de sa demande. Il ressort ainsi des pièces du dossier que les revenus déclarés par l'intéressée entre le mois de novembre 2019 et le mois d'octobre 2020, détaillés dans le rapport d'enquête établi par l'OFII le 11 mars 2021, s'élevaient à la somme globale de 16 765,94 euros correspondant à une moyenne mensuelle de 1 397,16 euros et ont été jugés non conformes par le directeur territorial sur les ressources. Ces montants sont, en effet, inférieurs au montant mensuel du salaire minimum interprofessionnel de croissance, lequel était fixé en 2019 à 1 521,22 euros brut et en 2020 à 1 539 euros brut. Il en résulte que la moyenne des ressources de Mme C n'atteignait pas la moyenne mensuelle du salaire minimum de croissance pendant la période de référence définie à l'article R. 431-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. En outre, si la requérante soutient que le préfet du Calvados pouvait prendre en compte l'évolution ultérieure de ses revenus, ce dernier, qui fait valoir en défense n'avoir pas eu communication de documents actualisés, n'était en toute hypothèse pas tenu d'y procéder. Par suite, la requérante n'est pas fondée à soutenir que la décision en litige aurait été prise en méconnaissance des dispositions des articles L. 434-7 et L. 434-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et serait entachée d'une erreur manifestation d'appréciation.

7. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ". Aux termes de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait d'institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ".

8. Si le préfet est en droit de rejeter une demande de regroupement familial au motif que l'étranger ne remplirait pas l'une ou l'autre des conditions légales requises, il dispose toutefois d'un pouvoir d'appréciation et n'est pas tenu de rejeter la demande en pareil cas s'il est porté une atteinte excessive au droit de l'étranger de mener une vie familiale normale, protégé par les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ou s'il est porté atteinte à l'intérêt supérieur d'un enfant protégé par les stipulations du 1 de l'article 3 de la convention relative aux droits de l'enfant.

9. Mme C soutient que la décision contestée porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale ainsi qu'à l'intérêt supérieur de son enfant qui est née le 11 novembre 2021 à Caen de son union avec M. C. Toutefois, elle n'établit pas qu'elle se trouve dans l'impossibilité de se rendre auprès de son époux, accompagnée de sa fille, ni que celui-ci ne serait pas davantage en mesure d'effectuer des séjours en France d'une durée suffisante pour permettre l'entretien solide des liens familiaux, le temps que Mme C dispose des ressources suffisantes pour pouvoir accueillir son époux dans des conditions satisfaisantes. Il en résulte que la décision attaquée ne peut être regardée comme ayant porté une atteinte disproportionnée au droit de Mme C au respect de sa vie privée et familiale garanti par les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Pour les mêmes motifs, ce refus n'a pas méconnu l'intérêt supérieur de son enfant consacré par l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant et n'est pas entaché d'une erreur manifeste d'appréciation sur sa situation.

10. Il résulte de ce qui précède que Mme C n'est pas fondée à demander l'annulation de la décision du 13 décembre 2021 par laquelle le préfet du Calvados a rejeté sa demande de regroupement familial au profit de son époux.

Sur les autres conclusions :

11. Par voie de conséquence, les conclusions à fin d'injonction, ainsi que celles présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, doivent également être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B D A épouse C et au préfet du Calvados.

Délibéré après l'audience du 13 avril 2023, à laquelle siégeaient :

M. Mondésert, président,

Mme Pillais, première conseillère,

Mme Silvani, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 2 juin 2023.

La rapporteure,

Signé

C. SILVANI

Le président,

Signé

X. MONDESERTLa greffière,

Signé

A. LAPERSONNE

La République mande et ordonne au préfet du Calvados en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme,

la greffière,

A. Lapersonne

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