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AccueilJurisprudence administrativeN° TA14-2200289

Tribunal Administratif de Caen — Décision N° TA14-2200289

vendredi 2 juin 2023

JuridictionTribunal Administratif de Caen
SectionTribunal Administratif de Caen
N° DossierTA14-2200289
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation2ème chambre
Avocat requérantTSARANAZY

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, des mémoires et des pièces complémentaires enregistrés le 3 février 2022, le 23 mars 2022 et le 11 octobre 2022, M. B A, représenté par Me Tsaranazy, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision de rejet de sa demande de titre de séjour ;

2°) d'enjoindre au préfet du Calvados de lui délivrer le titre de séjour sollicité dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir ou, à titre subsidiaire, de réexaminer sa demande dans le délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros à verser à son conseil en application de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve qu'il renonce à percevoir la part contributive de l'Etat versée au titre de l'aide juridictionnelle et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

M. A soutient que :

- sa requête est recevable ;

- la décision de refus de titre de séjour est entachée d'incompétence ;

- elle est entachée d'une insuffisance de motivation et d'un défaut d'examen complet de sa situation ;

- elle méconnaît l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît les articles 3 et 9 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.

Par des mémoires enregistrés le 29 juillet 2022 et le 24 octobre 2022, le préfet du Calvados conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.

M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 2 décembre 2021.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Silvani a été entendu au cours de l'audience publique.

Les parties n'étaient pas présentes, ni représentées.

Considérant ce qui suit :

1. M. B A, né le 23 novembre 1980, de nationalité ivoirienne, déclare être entré irrégulièrement en France le 27 mars 2017, accompagné de sa femme et de ses enfants. Il a présenté une demande d'asile qui a été définitivement rejetée par la Cour nationale du droit d'asile le 8 octobre 2018. M. A a fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français le 16 novembre 2018, qu'il n'a pas exécutée. Le 18 janvier 2021, il a présenté une demande de titre de séjour sur le fondement des articles L. 423-23 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Une décision implicite de rejet est née le 18 mai 2021 du silence gardé par le préfet du Calvados sur sa demande. Par un courrier du 8 juin 2021, M. A a demandé au préfet de l'informer de la décision prise sur sa demande. Par un courrier du 16 juillet 2021, le préfet du Calvados lui a indiqué que sa demande avait fait l'objet d'une décision implicite de rejet et lui a précisé les motifs qui en constituaient le fondement. Par sa requête, M. A demande l'annulation de la décision de rejet opposée à sa demande.

2. Si M. A dirige son recours contre " la décision du 16 juillet 2021 ", il ressort des pièces du dossier que, par cette lettre, le préfet du Calvados a entendu répondre au courrier que lui avait adressé l'intéressé le 8 juin 2021 en vue de connaître la décision prise sur sa demande de titre de séjour. Par suite, et ainsi que l'indiquent au demeurant les parties dans leurs écritures, le courrier du 8 juin 2021 doit être regardé comme une demande de communication des motifs de la décision implicite de rejet intervenue le 18 mai 2021, présentée sur le fondement de l'article L. 232-4 du code des relations entre le public et l'administration. Il en résulte que le courrier du 16 juillet 2021, par lequel le préfet du Calvados a communiqué à l'intéressé les motifs de la décision de rejet, ne constitue pas une décision faisant grief, en dépit de la mention qu'il comprend des voies et délais de recours. Le recours de M. A doit ainsi être regardé comme dirigé contre la décision implicite de rejet intervenue le 18 mai 2021.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

3. En premier lieu, M. A fait valoir que la décision du 16 juillet 2021 est entachée d'incompétence. Toutefois, pour les motifs énoncés au point 2, ce moyen doit être regardé comme dirigé contre la décision implicite de rejet intervenue le 18 mai 2021. Le refus implicite opposé à la demande de titre de séjour présentée par M. A est réputé avoir été pris par le préfet du Calvados auquel était adressée la demande, et non par une autre autorité. Par suite, le moyen tiré de ce que la décision attaquée serait entachée d'incompétence doit être écarté.

4. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 232-4 du code des relations entre le public et l'administration : " Une décision implicite intervenue dans les cas où la décision explicite aurait dû être motivée n'est pas illégale du seul fait qu'elle n'est pas assortie de cette motivation. / Toutefois, à la demande de l'intéressé, formulée dans les délais du recours contentieux, les motifs de toute décision implicite de rejet devront lui être communiqués dans le mois suivant cette demande () ".

5. En l'espèce, le courrier du 16 juillet 2021 par lequel le préfet du Calvados a communiqué à l'intéressé les motifs de la décision implicite de rejet intervenue le 18 mai 2021 cite les articles L. 423-23 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile qui en constituent le fondement. Le préfet expose, en outre, les considérations de fait pour lesquelles il a estimé que, au regard de sa situation personnelle et familiale, de ses conditions d'entrée sur le territoire français et du fait qu'il s'est maintenu en situation irrégulière en dépit d'une obligation de quitter le territoire français, M. A ne remplissait pas les conditions prévues par ces dispositions pour bénéficier d'un titre de séjour. Par suite, les moyens tirés de l'insuffisance de motivation et du défaut d'examen complet de sa situation doivent être écartés.

6. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale () ". Aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine () ".

7. M. A fait notamment valoir qu'il est entré sur le territoire français en mars 2017 et qu'il vivait avec sa femme et ses enfants depuis cinq ans à la date de la décision en litige. Il indique qu'il est bien intégré en France, où vivent des membres de sa famille et de sa belle-famille, que trois de ses quatre enfants sont scolarisés et intégrés socialement, qu'il exerce des activités de bénévolat, qu'il a travaillé en 2019 et 2020 puis suivi une formation professionnelle et qu'il n'a plus de lien dans son pays d'origine. Toutefois, ces éléments ne sauraient à eux-seuls suffire à établir un ancrage ancien et solide de l'intéressé en France. En effet, le requérant, qui ne justifie pas d'une insertion particulière dans la société française, ne démontre pas davantage la réalité et l'intensité des liens l'unissant avec les membres de sa famille et de sa belle-famille, ni en quoi ces liens ne pourraient perdurer en cas de retour dans son pays d'origine. En outre, si M. A fait valoir que l'un de ses enfants nécessite un suivi orthopédique et une aide à la scolarité, il n'est pas établi qu'il ne pourrait bénéficier d'un suivi médical et scolaire adapté son pays d'origine. Rien ne fait ainsi obstacle à ce que sa cellule familiale se reconstitue hors de France, avec ses quatre jeunes enfants et sa femme qui ont tous la nationalité ivoirienne. Par ailleurs, il ressort des pièces du dossier que M. A est entré irrégulièrement sur le territoire français, accompagné de sa famille, qu'il s'y est ainsi maintenu, avec sa femme, en dépit du rejet définitif de leur demande d'asile et qu'ils se sont tous deux soustraits à une décision du 8 octobre 2018 leur faisant obligation de quitter le territoire. Compte tenu ce qui précède, M. A n'est pas fondé à soutenir que la décision en litige lui refusant la délivrance d'un titre de séjour a porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elle a été prise. Dès lors, les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, des dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de l'erreur manifeste d'appréciation doivent être écartés.

8. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1() ".

9. Pour les mêmes motifs que ceux mentionnés au point 7, M. A, qui n'établit pas en outre encourir un risque en cas de retour en Côte d'Ivoire, ne justifie pas d'une insertion professionnelle particulière, de considérations humanitaires ou de motifs exceptionnels au sens des dispositions précitées. Par suite, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation commise par le préfet du Calvados au regard de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.

10. En cinquième lieu, aux termes du 1 de l'article 3 de la convention internationale des droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait d'institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ". Il résulte de ces stipulations que, dans l'exercice de son pouvoir d'appréciation, l'autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l'intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions les concernant.

11. La décision portant refus de séjour n'a pas pour effet de séparer les enfants de leurs parents. Dès lors, le requérant ne peut pas utilement se prévaloir, à l'encontre de cette décision, de la méconnaissance des stipulations du 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.

12. En sixième lieu, aux termes de l'article 9-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " Les États parties veillent à ce que l'enfant ne soit pas séparé de ses parents contre leur gré, à moins que les autorités compétentes ne décident, sous réserve de révision judiciaire et conformément aux lois et procédures applicables, que cette séparation est nécessaire dans intérêt supérieur de l'enfant. Une décision en ce sens peut être nécessaire dans certains cas particuliers, par exemple lorsque les parents maltraitent ou négligent l'enfant, ou lorsqu'ils vivent séparément et qu'une décision doit être prise au sujet du lieu de résidence de l'enfant ". Les stipulations de l'article 9 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ont pour seul objet de créer des obligations entre Etats sans ouvrir de droits aux intéressés. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de ces stipulations ne peut qu'être écarté comme inopérant.

Sur les autres conclusions :

13. Par voie de conséquence de ce qui précède, les conclusions à fin d'injonction, ainsi que celles présentées au titre des frais du litige doivent également être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au préfet du Calvados.

Délibéré après l'audience du 16 mars 2023, à laquelle siégeaient :

M. Mondésert, président,

Mme Pillais, première conseillère,

Mme Silvani, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 2 juin 2023.

La rapporteure,

Signé

C. SILVANILe président,

Signé

X. MONDÉSERT

Le rapporteur,

Signé

P. MARTINEZ

Le président,

Signé

F. CHEYLAN

Le rapporteur,

Signé

P. MARTINEZ

Le président,

Signé

F. CHEYLAN

La greffière,

Signé

A. LAPERSONNE

La République mande et ordonne au préfet du Calvados en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme,

la greffière,

A. Lapersonne

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