vendredi 14 juin 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Caen |
| Section | Tribunal Administratif de Caen |
| N° Dossier | TA14-2200294 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 2ème chambre |
| Avocat requérant | BOUTHORS-NEVEU |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires, enregistrés le 4 février 2022, le 1er juin 2022, le 13 mars 2023 et le 13 février 2024, M. C B et Mme A D, représentés par la SELARL Juriadis, demandent au tribunal, dans le dernier état de leurs écritures :
1°) d'annuler l'arrêté du 8 septembre 2021 par lequel le maire de Bricquebec-en-Cotentin a refusé de leur délivrer un permis de construire une maison et la décision implicite de rejet de leur recours gracieux exercé le 3 novembre 2021 ;
2°) d'enjoindre au maire de leur délivrer le permis de construire sollicité dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de la commune de Bricquebec-en-Cotentin une somme de 1500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Ils soutiennent que l'arrêté du 8 septembre 2021 :
- est entaché d'un vice de procédure, dès lors qu'il doit être requalifié en retrait de permis tacite et n'a pas été précédé du recueil de leurs observations préalables, dans les conditions prévues par l'article L. 122-1 du code des relations entre le public et l'administration ;
- est illégal dès lors que le permis de construire tacite dont il opère le retrait n'était pas entaché d'illégalité ;
- est entaché d'une erreur d'appréciation en ce qu'il retient que le projet méconnait l'article L. 111-3 du code de l'urbanisme ;
- est entaché d'une erreur de droit en ce que le motif tiré de la méconnaissance par le projet de l'article L. 101-2 du code de l'urbanisme n'est pas susceptible de le justifier légalement ;
- est entaché d'illégalité, dès lors que l'avis conforme du préfet est entaché d'incompétence, d'une erreur d'appréciation en ce qu'il retient que le projet méconnait l'article L. 111-3 du code de l'urbanisme et d'erreurs de droit en ce que les motifs tirés de la méconnaissance par le projet de l'article L. 101-2 du code de l'urbanisme de ce que la superficie du terrain serait trop importante pour ne recevoir qu'une seule habitation ne sont pas susceptibles de le justifier légalement.
Par des mémoires en défense, enregistrés le 8 avril 2022, le 12 janvier 2023 et le 2 janvier 2024, la commune de Bricquebec-en-Cotentin, représentée par Me Bouthors-Neveu, conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 1 500 euros soit mise à la charge de M. B et Mme D en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle fait valoir que les moyens de la requête sont inopérants ou infondés.
Par un mémoire en défense, enregistré le 28 décembre 2023, le préfet de la Manche conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens exposés dans la requête ne sont pas fondés.
Par une ordonnance du 14 février 2024, la clôture de l'instruction a été fixée au 1er mars 2024.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'urbanisme ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Pillais, première conseillère ;
- les conclusions de M. Blondel, rapporteur public ;
- les observations de Me Gutton, substituant la SELARL Juriadis, avocate de M. B et Mme D ;
- et les observations de Me Bourthors-Neveu, avocate de la commune de Bricquebec-en-Cotentin.
Une note en délibéré, présentée par la commune de Bricquebec-en-Cotentin, a été enregistrée le 31 mai 2024.
Considérant ce qui suit :
1. Le 8 juin 2021, M. B et Mme D ont déposé une demande de permis de construire portant sur la réalisation d'une maison sur le territoire de la commune de Bricquebec-en-Cotentin. Par arrêté du 8 septembre 2021, le maire de la commune de Bricquebec-en-Cotentin a, au vu de l'avis défavorable du préfet de la Manche, refusé de leur délivrer le permis de construire sollicité. Par la présente requête, les requérants demandent l'annulation de cet arrêté et de la décision de rejet implicite de leur recours gracieux.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. Si, lorsque la délivrance d'une autorisation administrative est subordonnée à l'accord préalable d'une autre autorité, le refus d'un tel accord, qui s'impose à l'autorité compétente pour statuer sur la demande d'autorisation, ne constitue pas une décision susceptible de recours, des moyens tirés de sa régularité et de son bien-fondé peuvent, quel que soit le sens de la décision prise par l'autorité compétente pour statuer sur la demande d'autorisation, être invoqués devant le juge saisi de cette décision.
3. En premier lieu, aux termes de l'article L. 111-3 du code de l'urbanisme : " En l'absence de plan local d'urbanisme, de tout document d'urbanisme en tenant lieu ou de carte communale, les constructions ne peuvent être autorisées que dans les parties urbanisées de la commune ". Ces dispositions interdisent en principe, en l'absence de plan local d'urbanisme ou de carte communale opposable aux tiers ou de tout document d'urbanisme en tenant lieu, les constructions implantées en dehors des parties actuellement urbanisées de la commune, c'est-à-dire des parties du territoire communal qui comportent déjà un nombre et une densité significatifs de constructions. Il en résulte qu'en dehors des cas où elles relèvent des exceptions expressément et limitativement prévues, les constructions ne peuvent être autorisées dès lors que leur réalisation a pour effet d'étendre la partie actuellement urbanisée de la commune. Pour apprécier si un projet a pour effet d'étendre la partie actuellement urbanisée de la commune, il est tenu compte de sa proximité avec les constructions existantes situées dans les parties urbanisées de la commune ainsi que du nombre et de la densité des constructions projetées.
4. Il ressort des pièces du dossier que le terrain d'assiette du projet, de forme principalement triangulaire, se situe en continuité de l'espace urbanisé, jouxte sur un premier coté des locaux professionnels, sur son second coté, une parcelle bâtie où se trouve une maison et sur son troisième côté, un espace en partie bâti et se termine par un chemin longeant des terrains bâtis jusqu'à la route, de sorte que le projet n'a pas pour effet d'étendre la partie actuellement urbanisée de la commune. Il s'ensuit que c'est par une inexacte application des dispositions précitées que le préfet de la Manche, par son avis défavorable, a estimé que celles-ci faisaient obstacle à la délivrance du permis sollicité.
5. En deuxième lieu, l'article L. 101-2 du code de l'urbanisme porte sur les objectifs s'imposant à l'action des collectivités publiques en matière d'urbanisme au regard des objectifs de développement durable. Toutefois, il énumère des objectifs généraux sans suffisamment de précision et il est inséré au chapitre Ier " Objectifs généraux " du titre préliminaire " Principes généraux " du livre Ier de ce code " Règlementation urbaine ". Selon l'article L. 101-3 du même code inclus dans le même chapitre, " la réglementation de l'urbanisme régit l'utilisation qui est faite du sol, en dehors des productions agricoles, notamment la localisation, la desserte, l'implantation et l'architecture des constructions ". L'action des collectivités publiques en matière d'urbanisme mentionnée à l'article L. 101-2 concerne celle mentionnée au livre Ier, lors de l'élaboration du plan local d'urbanisme qui, selon l'article L. 151-1 du même code, doit respecter " les principes énoncés aux articles L. 101-1 à L. 101-3 ". Le régime des autorisations d'urbanisme, dont les certificats d'urbanisme, relève du livre IV du code de l'urbanisme. Les dispositions de l'article L. 101-2 doivent, dès lors, être interprétées comme imposant aux auteurs des seuls documents d'urbanisme, à l'exclusion des autorisations d'urbanisme, d'y faire figurer des mesures tendant à la réalisation des objectifs qu'elles énoncent. L. 101-2 du code de l'urbanisme liste les objectifs que " l'action des collectivités publiques en matière d'urbanisme vise à atteindre ".
6. Il résulte de ce qui a été dit au point précédent qu'en se fondant sur la circonstance que le projet n'est pas conforme aux dispositions précitées, le préfet a entaché son avis d'une erreur de droit.
7. En troisième lieu, le motif tiré de ce que la superficie du terrain d'assiette du projet est trop importante pour recevoir une seule habitation n'est pas au nombre des motifs susceptibles de justifier légalement le rejet de la demande de M. B et Mme D. Il s'ensuit qu'en se fondant sur un tel motif, le préfet de la Manche a entaché son avis d'une seconde erreur de droit.
8. Il résulte de tout ce qui précède que M. B et Mme D sont fondés à demander l'annulation de l'arrêté du 8 septembre 2021 par lequel le maire de Bricquebec-en-Cotentin a refusé de leur délivrer un permis de construire une maison et de la décision implicite de rejet de leur recours gracieux exercé le 3 novembre 2021.
9. Pour l'application de l'article L. 600-4-1 du code de l'urbanisme, aucun des autres moyens invoqués n'est susceptible, en l'état du dossier, de fonder cette annulation.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
10. L'exécution du présent jugement implique seulement que la demande de M. B et Mme D soit réexaminée. Il y a lieu, par suite, d'enjoindre au maire de Bricquebec-en-Cotentin de procéder à ce réexamen dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.
Sur les frais d'instance :
11. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de M. B et Mme D, qui ne sont pas les parties perdantes dans la présente instance, la somme que la commune de Bricquebec-en-Cotentin demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Il y a lieu, en revanche, en application de ces mêmes dispositions, de mettre à la charge de la commune de Bricquebec-en-Cotentin une somme de 1 500 euros au titre des frais exposés par M. B et Mme D et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : L'arrêté du 8 septembre 2021 par lequel le maire de Bricquebec-en-Cotentin a refusé de délivrer à M. B et Mme D un permis de construire une maison et la décision implicite de rejet de leur recours gracieux exercé le 3 novembre 2021 sont annulés.
Article 2 : Il est enjoint au maire de Bricquebec-en-Cotentin de procéder au réexamen de la demande de permis de construire de M. B et Mme D dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.
Article 3 : La commune de Bricquebec-en-Cotentin versera à M. B et Mme D la somme de 1 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. C B et Mme A D, au maire de Bricquebec-en-Cotentin et au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires.
Copie en sera transmise au préfet de la Manche.
Délibéré après l'audience du 30 mai 2024, à laquelle siégeaient :
M. Marchand, président,
Mme Pillais, première conseillère,
Mme Silvani, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 14 juin 2024.
La rapporteure,
Signé
M. PILLAIS
Le président,
Signé
A. MARCHANDLe greffier,
Signé
J. LOUNIS
La République mande et ordonne au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Le greffier,
J. Lounis
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026