mercredi 9 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Caen |
| Section | Tribunal Administratif de Caen |
| N° Dossier | TA14-2200309 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 2ème chambre |
| Avocat requérant | BON-JULIEN |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires, enregistrés le 7 février 2022 et le 30 juin 2022, et un mémoire récapitulatif produit en application de l'article R. 611-8-1, enregistré le 3 mars 2023, l'association Bien vivre dans le Perche, l'association L'air du Perche, l'association Perche Avenir Environnement, la Fédération de l'Orne pour la pêche et la protection du milieu aquatique et M. B C, représentés par Me Bon-Julien, demandent au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 20 août 2021 par laquelle la préfète de l'Orne a accordé un permis de construire une unité de méthanisation à la SAS Perche Bioénergie sur un terrain situé au lieu-dit La Chersonnière à Saint-Mard-de-Réno, ensemble les décisions implicites de rejet de leurs recours gracieux ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Ils soutiennent que :
- ils ont intérêt à agir et sont recevables à présenter la requête ;
- l'arrêté contesté est entaché d'incompétence ;
- il méconnaît les articles R. 431-7, R. 431-8 et R. 431-9 du code de l'urbanisme ;
- il méconnaît l'article 6 de la convention d'Aarhus du 25 juin 1998 en l'absence de participation du public ;
- il est entaché d'une erreur d'appréciation dans l'application des dispositions de l'article A2 du règlement du plan local d'urbanisme ;
- il est entaché d'une erreur d'appréciation dans l'application des dispositions de l'article A3 du règlement du plan local d'urbanisme ;
- il est entaché d'une erreur d'appréciation dans l'application des dispositions de l'article A6 du règlement du plan local d'urbanisme ;
- il est entaché d'une erreur d'appréciation dans l'application des dispositions de l'article A11 du règlement du plan local d'urbanisme ;
- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation dans l'application des dispositions de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme ;
- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation dans l'application des dispositions de l'article R. 111-26 du code de l'urbanisme ;
- il méconnaît l'article 191 de la loi n° 2021-1104 du 22 août 2021 portant lutte contre le dérèglement climatique et renforcement de la résilience face à ses effets.
Par des mémoires en défense, enregistrés le 2 mai 2022 et le 30 juillet 2022, la SAS Perche Bioénergie, représentée par Me Deharbe, conclut au rejet de la requête ou, à défaut, à ce que le tribunal fasse application des dispositions de l'article L. 600-5-1 du code de l'urbanisme, et à ce que soit mise à la charge des requérants une somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
La SAS Perche Bioénergie fait valoir que la requête est irrecevable dès lors que ni M. C, ni les associations ne justifient d'un intérêt à agir, et que les moyens de la requête ne sont pas fondés.
Par un mémoire en défense, enregistré le 10 mai 2022, le préfet de l'Orne conclut au rejet de la requête.
Le préfet de l'Orne fait valoir que la requête est irrecevable dès lors que ni M. C, ni les associations ne justifient d'un intérêt à agir et que les moyens de la requête ne sont pas fondés.
La clôture de l'instruction a été fixée au 9 octobre 2023 par une ordonnance du 12 septembre 2023.
Par une lettre du 18 septembre 2024, le tribunal a invité les parties à présenter leurs observations sur la mise en œuvre éventuelle de l'article L. 600-5-1 du code de l'urbanisme, dans le cas où le tribunal accueillerait le moyen tiré des insuffisances du dossier de la demande de permis de construire.
Par un mémoire, enregistré le 23 septembre 2024, le préfet de l'Orne a indiqué n'avoir aucune observation à présenter sur cette information.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention d'Aarhus sur l'accès à l'information, la participation du public au processus décisionnel et l'accès à la justice en matière d'environnement ;
- la loi n° 2021-1104 du 22 août 2021 portant lutte contre le dérèglement climatique et renforcement de la résilience face à ses effets ;
- le code de l'environnement ;
- le code rural et de la pêche maritime ;
- le code de l'urbanisme ;
- le code de la voirie routière ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Absolon,
- les conclusions de M. Blondel, rapporteur public,
- les observations de Me Semino, substituant Me Bon-Julien, avocate de l'association Bien vivre dans le Perche et autres, et les observations de M. A, représentant la SAS Perche Bioénergie.
Considérant ce qui suit :
1. Par un arrêté du 20 août 2021, la préfète de l'Orne a accordé à la SAS Perche Bioénergie un permis de construire une unité de méthanisation sur un terrain situé au lieu-dit La Chersonnière à Saint-Mard-de-Réno, pour une surface de plancher créée de 2 145 mètres carrés. Les associations Bien vivre dans le Perche, Perche Avenir Environnement et L'air du Perche, la Fédération de l'Orne pour la pêche et la protection du milieu aquatique et M. C ont formé des recours gracieux contre cet arrêté, lesquels ont été implicitement rejetés. Par leur requête, ils demandent l'annulation de cet arrêté et des décisions implicites de rejet de leurs recours gracieux.
Sur les fins de non-recevoir :
2. Dans l'hypothèse où des conclusions communes sont présentées par des requérants différents dans une même requête, il suffit que l'un des requérants soit recevable à agir devant la juridiction pour qu'il puisse, au vu d'un moyen soulevé par celui-ci, être fait droit à ces conclusions. En revanche, les conclusions propres à chaque requérant ne sauraient être accueillies sans que leur recevabilité ait été admise.
En ce qui concerne les fins de non-recevoir tirées du défaut d'intérêt et de qualité à agir des associations et de la fédération :
3. Aux termes de l'article L. 142-1 du code de l'environnement : " Toute association ayant pour objet la protection de la nature et de l'environnement peut engager des instances devant les juridictions administratives pour tout grief se rapportant à celle-ci. / Toute association de protection de l'environnement agréée au titre de l'article L. 141-1 ainsi que les fédérations départementales des associations agréées de pêche et de protection du milieu aquatique et les associations agréées de pêcheurs professionnels justifient d'un intérêt pour agir contre toute décision administrative ayant un rapport direct avec leur objet et leurs activités statutaires et produisant des effets dommageables pour l'environnement sur tout ou partie du territoire pour lequel elles bénéficient de l'agrément dès lors que cette décision est intervenue après la date de leur agrément ". Aux termes de l'article L. 600-1-1 du code de l'urbanisme : " Une association n'est recevable à agir contre une décision relative à l'occupation ou l'utilisation des sols que si le dépôt des statuts de l'association en préfecture est intervenu au moins un an avant l'affichage en mairie de la demande du pétitionnaire. ".
S'agissant de la Fédération de l'Orne pour la pêche et la protection du milieu aquatique :
4. D'une part, il ressort des pièces du dossier que l'unité de méthanisation autorisée par la décision attaquée a vocation à s'implanter à 300 mètres en amont du cours d'eau La Gironde, lequel se trouve dans le périmètre de la ZNIEFF de type II " Haut-bassin de l'Huisne ". L'objet social de la fédération, tel que défini à l'article 6 de ses statuts, comprend notamment " la protection des milieux aquatiques, la mise en valeur et la surveillance du domaine piscicole départemental " et, en sa qualité de fédération départementale des associations agréées de pêche et de protection du milieu aquatique, elle bénéficie d'un intérêt pour agir contre toute décision produisant des effets dommageables pour l'environnement sur tout ou partie de son ressort géographique. Dans ces conditions, la fédération justifie d'un intérêt lui donnant qualité pour agir dans le cadre de la présente instance.
5. D'autre part, la fédération a produit la délibération du 9 décembre 2021 par laquelle les membres de son bureau ont décidé d'engager un recours contentieux à l'encontre de l'arrêté du 20 août 2021 et donné mandat au président de la fédération pour la représenter. Dans ces conditions, le président de la fédération a qualité pour agir.
S'agissant de l'association Perche Avenir Environnement :
6. D'une part, il ressort de l'article 2 des statuts de l'association qu'elle a notamment pour but de contribuer à " agir en faveur de la qualité de l'environnement et notamment de l'eau, des communes du parc naturel régional du Perche et des communes limitrophes, par le développement de tous les moyens de prévention (y compris d'ordre juridique), des pollutions de tout ordre auquel il est ou sera exposé et d'une manière générale, de toutes atteintes à l'écosystème ". Dès lors que le projet a vocation à être implanté sur une parcelle située au sein du parc naturel régional du Perche, l'objet social de cette association est en rapport direct avec les intérêts auxquels l'exploitation de l'installation est susceptible de préjudicier. L'association Perche avenir environnement justifie dès lors d'un intérêt à agir dans le cadre de la présente instance.
7. D'autre part, l'association requérante a produit la délibération du 17 janvier 2022 par laquelle les membres de son bureau ont décidé d'engager un recours contentieux à l'encontre de l'arrêté du 20 août 2021 et donné mandat à son vice-président pour agir en justice. Dans ces conditions, l'association Perche avenir environnement est régulièrement représentée par son vice-président dans la présente instance.
S'agissant de l'association L'air du Perche :
8. D'une part, l'association L'air du Perche, dont l'objet social est d'agir en faveur de la qualité de l'environnement de la région de Mortagne au Perche et de toutes les communes voisines, dont la commune de Saint-Mard-de-Réno, de défendre la qualité de l'air et d'intervenir dans tous les autres domaines qui touchent les écosystèmes de cette même région, et contre toutes les nuisances ayant pour origine des activités humaines, justifie ainsi d'un intérêt à agir pour contester l'arrêté du 20 août 2021 autorisant la construction d'une unité de méthanisation.
9. D'autre part, il ressort des pièces du dossier et plus particulièrement de l'article 12 des statuts de l'association que son président est habilité pour agir et représenter l'association en justice tant en demande qu'en défense.
S'agissant de l'association Bien vivre dans le Perche :
10. Il ressort des pièces du dossier que l'association Bien vivre dans le Perche a déposé ses statuts en préfecture le 27 avril 2021, soit postérieurement à la date de l'affichage du permis de construire en mairie qui est intervenu le 1er mars 2021. Dès lors, elle n'est pas recevable à demander l'annulation des décisions en litige.
En ce qui concerne les fins de non-recevoir tirées du défaut d'intérêt à agir de M. C :
11. Aux termes de l'article L. 600-1-2 du code de l'urbanisme : " Une personne autre que l'Etat, les collectivités territoriales ou leurs groupements ou une association n'est recevable à former un recours pour excès de pouvoir contre une décision relative à l'occupation ou à l'utilisation du sol régie par le présent code que si la construction, l'aménagement ou le projet autorisé sont de nature à affecter directement les conditions d'occupation, d'utilisation ou de jouissance du bien qu'elle détient ou occupe régulièrement ou pour lequel elle bénéficie d'une promesse de vente, de bail, ou d'un contrat préliminaire mentionné à l'article L. 261-15 du code de la construction et de l'habitation. ".
12. Il résulte de ces dispositions qu'il appartient, en particulier, à tout requérant qui saisit le juge administratif d'un recours pour excès de pouvoir tendant à l'annulation d'un permis de construire de préciser l'atteinte qu'il invoque pour justifier d'un intérêt lui donnant qualité pour agir, en faisant état de tous éléments suffisamment précis et étayés de nature à établir que cette atteinte est susceptible d'affecter directement les conditions d'occupation, d'utilisation ou de jouissance de son bien. Il appartient au défendeur, s'il entend contester l'intérêt à agir du requérant, d'apporter tous éléments de nature à établir que les atteintes alléguées sont dépourvues de réalité. Le juge de l'excès de pouvoir apprécie la recevabilité de la requête au vu des éléments ainsi versés au dossier par les parties, en écartant le cas échéant les allégations qu'il jugerait insuffisamment étayées mais sans pour autant exiger de l'auteur du recours qu'il apporte la preuve du caractère certain des atteintes qu'il invoque au soutien de la recevabilité de celui-ci.
13. Pour établir son intérêt à agir, M. C soutient qu'au regard de sa proximité avec le projet de construction, la jouissance de son bien sera impactée par des nuisances olfactives et sonores, par une augmentation du trafic routier et par un risque de pollution du cours d'eau qui traverse sa propriété. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que son habitation, pour laquelle il produit un acte attestant de sa qualité de propriétaire, se situe à une distance de 800 mètres de la construction projetée, dont elle est séparée par de nombreux champs. En outre, M. C n'apporte aucun élément précis de nature à justifier son intérêt à agir conformément aux dispositions de l'article L. 600-1-2 du code de l'urbanisme. Par suite, la fin de non-recevoir tiré du défaut d'intérêt à agir de M. C doit être accueillie.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
14. En premier lieu, aux termes de l'article L. 422-1 du code de l'urbanisme : " L'autorité compétente pour délivrer le permis de construire, d'aménager ou de démolir et pour se prononcer sur un projet faisant l'objet d'une déclaration préalable est : / a) Le maire, au nom de la commune, dans les communes qui se sont dotées d'un plan local d'urbanisme ou d'un document d'urbanisme en tenant lieu, () / b) Le préfet ou le maire au nom de l'Etat dans les autres communes. () ". Aux termes de l'article L. 422-2 du même code : " Par exception aux dispositions du a de l'article L. 422-1, l'autorité administrative de l'Etat est compétente pour se prononcer sur un projet portant sur : / () b) Les ouvrages de production, de transport, de distribution et de stockage d'énergie, ainsi que ceux utilisant des matières radioactives ; un décret en Conseil d'Etat détermine la nature et l'importance de ces ouvrages ; () ". Aux termes de l'article R. 422-2 du même code : " Le préfet est compétent pour délivrer le permis de construire, d'aménager ou de démolir et pour se prononcer sur un projet faisant l'objet d'une déclaration préalable dans les communes visées au b de l'article L. 422-1 et dans les cas prévus par l'article L. 422-2 dans les hypothèses suivantes : / () b) Pour les ouvrages de production, de transport, de distribution et de stockage d'énergie lorsque cette énergie n'est pas destinée, principalement, à une utilisation directe par le demandeur ; () ".
15. D'une part, il ressort des pièces du dossier que l'unité de méthanisation, dont la construction est autorisée par l'arrêté litigieux, a pour objet la production de biométhane dont la valorisation sera réalisée par injection du gaz directement dans le réseau de distribution d'énergie. Eu égard à ces caractéristiques, le projet d'installation en litige constitue un ouvrage de production d'énergie qui n'est pas destinée principalement à une utilisation directe par le demandeur et entre, ainsi, dans le champ de l'article R. 422-2 précité du code de l'urbanisme. D'autre part, l'autorisation litigieuse a été signée par le sous-préfet de Mortagne-au-Perche, lequel a reçu, par un arrêté n° 1122-2021-10014 du 15 février 2021, régulièrement publié le même jour au recueil des actes administratifs du département, délégation de signature aux fins de signer, en matière d'urbanisme, les actes d'urbanisme délivrés au nom de l'Etat. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'arrêté attaqué doit être écarté.
16. En deuxième lieu, aux termes de l'article R. 431-4 du code de l'urbanisme : " La demande de permis de construire comprend : a) Les informations mentionnées aux articles R. 431-5 à R. 431-12 ; b) Les pièces complémentaires mentionnées aux articles R. 431-13 à R. * 431-33-1 ; c) Les informations prévues aux articles R. 431-34 et R. 431-34-1. / Pour l'application des articles R. 423-19 à R. 423-22, le dossier est réputé complet lorsqu'il comprend les informations mentionnées au a et au b ci-dessus. / Aucune autre information ou pièce ne peut être exigée par l'autorité compétente. ". En vertu de l'article R. 431-7 du code de l'urbanisme : " Sont joints à la demande de permis de construire : / a) Un plan permettant de connaître la situation du terrain à l'intérieur de la commune ; / b) Le projet architectural défini par l'article L. 431-2 et comprenant les pièces mentionnées aux articles R. 431-8 à R. 431-12 ". Aux termes de l'article R. 431-8 du même code : " Le projet architectural comprend une notice précisant : / 1° L'état initial du terrain et de ses abords indiquant, s'il y a lieu, les constructions, la végétation et les éléments paysagers existants ; / 2° Les partis retenus pour assurer l'insertion du projet dans son environnement et la prise en compte des paysages, faisant apparaître, en fonction des caractéristiques du projet : / a) L'aménagement du terrain, en indiquant ce qui est modifié ou supprimé ; / b) L'implantation, l'organisation, la composition et le volume des constructions nouvelles, notamment par rapport aux constructions ou paysages avoisinants ; / c) Le traitement des constructions, clôtures, végétations ou aménagements situés en limite de terrain ; / d) Les matériaux et les couleurs des constructions ; / e) Le traitement des espaces libres, notamment les plantations à conserver ou à créer ; / f) L'organisation et l'aménagement des accès au terrain, aux constructions et aux aires de stationnement ". Aux termes de l'article R. 431-9 de ce code : " Le projet architectural comprend également un plan de masse des constructions à édifier ou à modifier coté dans les trois dimensions. Ce plan de masse fait apparaître les travaux extérieurs aux constructions, les plantations maintenues, supprimées ou créées et, le cas échéant, les constructions existantes dont le maintien est prévu. / Il indique également, le cas échéant, les modalités selon lesquelles les bâtiments ou ouvrages seront raccordés aux réseaux publics ou, à défaut d'équipements publics, les équipements privés prévus, notamment pour l'alimentation en eau et l'assainissement. / Lorsque le terrain n'est pas directement desservi par une voie ouverte à la circulation publique, le plan de masse indique l'emplacement et les caractéristiques de la servitude de passage permettant d'y accéder () ".
17. La circonstance que le dossier de demande de permis de construire ne comporterait pas l'ensemble des documents exigés par les dispositions du code de l'urbanisme ou que les documents produits seraient insuffisants, imprécis ou comporteraient des inexactitudes, n'est susceptible d'entacher d'illégalité le permis de construire qui a été accordé que dans le cas où les omissions, inexactitudes ou insuffisances entachant le dossier ont été de nature à fausser l'appréciation portée par l'autorité administrative sur la conformité du projet à la réglementation applicable.
18. Si les requérantes reprochent au dossier de ne mentionner ni l'environnement proche et lointain, ni l'implantation et l'organisation des constructions envisagées, ni l'appréciation de l'insertion dans l'environnement, il ressort néanmoins de la notice du projet architectural qu'elle comporte une partie dédiée à la " présentation de l'état initial du terrain et de ses abords " mentionnant son accès routier, son positionnement géographique, son emprise parcellaire, son caractère penté, son altimétrie. Ces informations sont complétées par une vue aérienne matérialisant l'habitation la plus proche du projet, une photographie satellite, quatre photographies aériennes avec des vues vers le nord, l'ouest, l'est et le sud, et deux photomontages du projet. Si les requérants soutiennent que le dossier est incomplet dès lors qu'il ne comporte aucune information relative aux nappes phréatiques, aux carrières, aux risques des retraits de gonflement d'argile, sur les bâtiments protégés, ni même une étude géotechnique, ils n'établissent pas que l'absence de ces informations aurait été de nature à fausser l'appréciation portée par le service instructeur sur la conformité du projet à la règlementation applicable, alors au demeurant que les dispositions de l'article R. 431-8 du code de l'urbanisme n'imposent pas ces mentions. En outre, si la régularité de la procédure d'instruction d'un permis de construire requiert la production par la pétitionnaire de l'ensemble des documents exigés notamment par l'article R. 431-10 et s'il est soutenu que les points et angles de prises de vue des documents photographiques n'ont été reportés ni sur le plan de masse, ni sur le plan de situation, cette omission est sans influence dès lors que l'examen du dossier dans son ensemble permettait de déterminer les endroits à partir desquels ces documents photographiques ont été pris.
19. Il ressort cependant des pièces du dossier que si le plan de masse mentionne un bassin de rétention des eaux pluviales de 330 mètres cubes, la notice prévoit, quant à elle, que " les eaux de pluie seront dirigées vers les deux bassins de rétention équipées régulés à un litre par seconde. Le dernier bassin aura un filtre à sable pour assurer le meilleur traitement alternatif des pollutions chroniques ". S'agissant du transformateur, la notice prévoit son implantation à l'entrée du site, tandis que le plan de masse le matérialise entre la réserve incendie et le digesteur numéro un. En outre, le plan de masse positionne la torchère au nord du site entre le digesteur et le post-digesteur, alors que la notice le positionne plus au sud-est du site entre le post-digesteur et l'épurateur. Enfin, s'agissant des silos de stockages, il existe également une contradiction entre la notice qui en mentionne quatre pour une surface de 4 260 mètres carrés, et le plan de masse qui en matérialise trois pour une surface de 4 900 mètres carrés. Il s'ensuit que ces contradictions, qui ont été de nature à fausser l'appréciation de l'autorité administrative sur la consistance et l'emplacement des constructions autorisées, entachent le dossier de la demande de permis d'insuffisance.
20. En troisième lieu, aux termes de l'article 6 de la convention d'Aarhus sur l'accès à l'information, la participation du public au processus décisionnel et l'accès à la justice en matière d'environnement : " 1. Article 6 PARTICIPATION DU PUBLIC AUX DÉCISIONS RELATIVES A DES ACTIVITÉS PARTICULIÈRES 1. Chaque Partie : / a) Applique les dispositions du présent article lorsqu'il s'agit de décider d'autoriser ou non des activités proposées du type de celles énumérées à l'annexe I; / b) Applique aussi les dispositions du présent article, conformément à son droit interne, lorsqu'il s'agit de prendre une décision au sujet d'activités proposées non énumérées à l'annexe I qui peuvent avoir un effet important sur l'environnement. Les Parties déterminent dans chaque cas si l'activité proposée tombe sous le coup de ces dispositions ; () / 2. Lorsqu'un processus décisionnel touchant l'environnement est engagé, le public concerné est informé comme il convient, de manière efficace et en temps voulu, par un avis au public ou individuellement, selon le cas, au début du processus () / 3. Pour les différentes étapes de la procédure de participation du public, il est prévu des délais raisonnables laissant assez de temps pour informer le public conformément au paragraphe 2 ci-dessus et pour que le public se prépare et participe effectivement aux travaux tout au long du processus décisionnel en matière d'environnement. / 4. Chaque Partie prend des dispositions pour que la participation du public commence au début de la procédure, c'est-à-dire lorsque toutes les options et solutions sont encore possibles et que le public peut exercer une réelle influence. ".
21. Il résulte des stipulations du paragraphe 1 de l'article 6 de cette convention que les stipulations de l'article 6 ne sont opposables qu'aux activités énumérées à l'annexe I de la convention. Or, le permis de construire délivré n'a ni pour objet ni pour effet d'autoriser l'exploitation d'une activité, mais accorde uniquement un droit de construire. Il s'ensuit que les stipulations de l'article 6 de la convention d'Aarhus ne peuvent être utilement invoquées à l'encontre de la décision attaquée valant permis de construire. Par suite, le moyen tiré du défaut de participation du public doit être écarté.
22. En quatrième lieu, d'une part, aux termes de l'article L. 311-1 du code rural et de la pêche maritime : " Sont réputées agricoles toutes les activités correspondant à la maîtrise et à l'exploitation d'un cycle biologique de caractère végétal ou animal et constituant une ou plusieurs étapes nécessaires au déroulement de ce cycle ainsi que les activités exercées par un exploitant agricole qui sont dans le prolongement de l'acte de production ou qui ont pour support l'exploitation. (). Il en est de même de la production et, le cas échéant, de la commercialisation, par un ou plusieurs exploitants agricoles, de biogaz, d'électricité et de chaleur par la méthanisation, lorsque cette production est issue pour au moins 50 % de matières provenant d'exploitations agricoles. () Les modalités d'application du présent article sont déterminées par décret ". L'article D. 311-18 du même code dispose que " Pour que la production et, le cas échéant, la commercialisation de biogaz, d'électricité et de chaleur par la méthanisation soient regardées comme activité agricole en application de l'article L. 311-1, l'unité de méthanisation doit être exploitée et l'énergie commercialisée par un exploitant agricole ou une structure détenue majoritairement par des exploitants agricoles. Ces exploitants agricoles sont, soit des personnes physiques inscrites au registre national des entreprises avec la qualité d'actif agricole mentionnée à l'article L. 311-2, soit des personnes morales dont le ou les associés détenant conjointement au moins 50 % des parts de la société, sont des exploitants agricoles inscrits à ce registre avec la qualité d'actif agricole mentionnée à l'article L. 311-2. / Le respect de la condition de provenance des matières premières à partir desquelles l'énergie est produite est apprécié, par exercice, au niveau de la structure gestionnaire de l'unité de méthanisation, et en masse de matières brutes présentées sous leur forme habituelle, sans transformation ni hydratation supplémentaires () ".
23. D'autre part, aux termes de l'article A1 du règlement du plan local d'urbanisme : " () En zone A, Ap, Ay et Aya, sont interdits tous les modes d'occupation du sol et notamment les constructions quelle que soit leur destination à l'exception des travaux, des constructions et installations dans le prolongement de l'activité agricole ou qui participent à la diversification de l'activité (type agro-tourisme) ainsi que celles autorisées à l'article A 2. () / Dans les secteurs soumis à des risques repérés sur le plan de zonage, sont également interdites les occupations et utilisations du sol incompatibles avec le risque, notamment celles citées au chapitre 1 du titre V du présent règlement ". Aux termes de l'article A2 de ce même règlement : " () Dans la zone A, à l'exception des secteurs Ay, Aya et Ap, sont autorisés sous les conditions suivantes : / Les constructions et installations liées et nécessaires aux exploitations agricoles aux conditions suivantes : / - Qu'elles soient implantées à proximité de bâtiments agricoles existants sauf : / o Pour les cas justifiés par la nature de la production agricole / o Pour la création d'activités nouvelles avec la création de siège ex-nihilo / o Si la délocalisation d'un bâtiment est nécessaire en raison de contraintes fortes sur le site existant ; / - que soient mises en œuvre toutes les dispositions utiles pour les rendre compatibles avec les milieux environnants et en limiter les nuisances, notamment visuelles. () ".
24. Il résulte de ces dispositions que pour déterminer si le permis de construire d'une unité de méthanisation peut bénéficier de l'exception aux règles d'occupations et d'utilisations du sol prévues par le règlement du plan local d'urbanisme, il convient de rechercher si le projet peut être regardé comme une activité agricole au regard de la définition qu'en donne le lexique du règlement du plan local d'urbanisme, éclairée par les articles L. 311-1 et D. 311-18 du code rural et de la pêche maritime.
25. Si le plan local d'urbanisme comporte une annexe 4 " définitions ", celle-ci ne comporte aucune définition de la notion d'activités agricoles. Il est constant que le terrain d'assiette du projet se situe en zone agricole et qu'il fait déjà l'objet d'une exploitation par la société civile d'exploitation agricole de La Chersonnière. Il ressort des pièces du dossier que la demande de permis de construire a été déposée par la SAS Perche Bioénergie dont participe la SCEA de la Chersonnière, laquelle fournira exclusivement les matières entrantes nécessaires à l'unité de méthanisation, à savoir 1 800 tonnes de lisier de porc, 2 000 tonnes de prairies naturelles, 1 000 tonnes de maïs, 3 200 tonnes de cultures intermédiaires à vocation énergétique et 400 tonnes de pailles. Dans ces conditions, la construction projetée doit être regardée comme étant dans le prolongement de l'activité agricole existante et participant à sa diversification. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article A2 du règlement de plan local d'urbanisme doit être écarté.
26. En cinquième lieu, aux termes de l'article A3 du règlement du plan local d'urbanisme : " ARTICLE A3 - ACCES ET VOIRIE / 3.1 - Accès / Pour être constructible un terrain doit avoir un accès direct à une voie publique ou privée. / Toutes dispositions permettant une bonne visibilité et assurant la sécurité des usagers des voies publiques et celle des personnes utilisant les accès créés doivent être prises en compte pour le débouché des véhicules sur voie publique ou privée : position, configuration, nombre, etc. / Le nombre des accès sur les voies publiques pourra notamment être limité dans l'intérêt de la sécurité. En particulier, lorsque le terrain est desservi par plusieurs voies, les constructions peuvent n'être autorisées que sous réserve que l'accès soit établi sur la voie où la gêne pour la circulation sera la moindre. / Aucun nouvel accès ne sera autorisé sur la RN12 ".
27. Si les requérantes soutiennent que les deux accès routiers créés sur la route départementale n° 272 ne permettent pas d'assurer la sécurité des usagers de la voie publique dès lors que la route est étroite et marquée par une courbe masquée par des arbres de hautes tiges, il ressort des pièces du dossier que le trafic induit par le projet sera limité à un ou deux camions ou tracteurs par jour. Par ailleurs, il ressort également des pièces du dossier que l'agence des infrastructures départementales du Perche a rendu un avis favorable sans réserve le 22 mars 2021. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article A3 du règlement du plan local d'urbanisme doit être écarté.
28. En sixième lieu, en vertu de l'article A6 du règlement du plan local d'urbanisme : " ARTICLE A6 - IMPLANTATION DES CONSTRUCTIONS PAR RAPPORT AUX VOIES ET EMPRISES PUBLIQUES / Dans l'ensemble de la zone : / () Par rapport aux routes départementales situées en dehors des espaces agglomérés, les constructions doivent être implantées en recul d'une distance égale ou supérieure à 15 m comptés à partir du milieu de la voie. Seuls les ouvrages techniques nécessaires au fonctionnement des réseaux collectifs pourront être implantés soit à l'alignement soit en recul d'une distance au moins égale à 2 m. Les constructions nouvelles et extensions des constructions existantes doivent être édifiées soit à l'alignement ou avec un retrait minimal de 1 mètre par rapport aux voies existantes. / Toutefois, des implantations différentes sont possibles lorsque le projet avoisine une construction existante, en bon état, ou dans le cadre d'une mise aux normes d'un bâtiment d'exploitation agricole existant, qui serait édifiée avec un retrait différent. / Les constructions, installations, ouvrages et équipements, dits " techniques ", liés ou nécessaires au fonctionnement des services et équipements publics, collectifs ou d'intérêt général (transformateurs, relais, stations de pompage, de refoulement ou de traitement d'eaux usées ), peuvent ne pas respecter les règles précédentes sous réserve de ne pas porter atteinte à la sécurité et salubrité publique. / Dans le cas de constructions existantes à la date d'approbation du PLUi et implantée non conformément aux dispositions ci-dessus, l'extension horizontale ou verticale pourra être réalisée dans le prolongement de la construction existante ".
29. Le processus de méthanisation a pour objet de valoriser divers produits agricoles tels que des effluents d'élevage et des couverts végétaux afin de permettre la production de biogaz qui sera injecté dans le réseau en vue d'être utilisé. Eu égard à ses caractéristiques et à la finalité qu'elle poursuit, l'unité de méthanisation constitue un équipement d'intérêt général au sens des dispositions du règlement du plan local d'urbanisme. Par suite, les requérants, qui n'établissent ni même ne soutiennent que l'implantation des ouvrages en cause par rapport à la voie publique porterait atteinte à la sécurité ou à la salubrité publique, ne sont pas fondés à soutenir que les dispositions de l'article A6 du règlement du plan local d'urbanisme ont été méconnues.
30. En septième lieu, aux termes de l'article A11 du règlement du plan local d'urbanisme : " DISPOSITIONS POUR LES CONSTRUCTIONS AGRICOLES et FORESTIÈRES / Les constructions doivent être intégrées de manière harmonieuse dans le paysage dans lequel elles sont situées, notamment à travers leur volume, leur architecture, les matériaux et couleurs employés. L'implantation des constructions tiendra compte et recherchera la cohérence avec l'orientation des haies, chemins, limites d'exploitation, alignements plantés et autres constructions implantées dans l'environnement proche. / L'ensemble d'une même construction (façades et toitures) doit être traité avec le même soin et présenter une harmonie d'ensemble. Elle devra présenter une simplicité des volumes. / La dominante de couleur doit être de teinte foncée d'aspect mat () ".
31. Pour rechercher l'existence d'une atteinte à un paysage naturel de nature à fonder le refus de permis de construire ou les prescriptions spéciales accompagnant la délivrance de ce permis, il appartient à l'autorité administrative compétente d'apprécier, dans un premier temps, la qualité du site naturel sur lequel la construction est projetée et d'évaluer, dans un second temps, l'impact que cette construction, compte tenu de sa nature et de ses effets, pourrait avoir sur le site.
32. Il ressort des pièces du dossier que l'unité de méthanisation projetée, d'une surface plancher de 2 145 mètres carrés, a vocation à s'implanter en zone agricole, où est déjà installée la société civile d'exploitation agricole La Chersonnière. Le terrain d'assiette du projet ne présente pas, par lui-même, de caractère ou d'intérêt particulier et n'est situé ni dans le périmètre délimité des abords ou dans le champ de visibilité d'un monument historique, ni dans le périmètre d'un site patrimonial remarquable ou d'un site classé ou inscrit. Il ressort des pièces du dossier que les constructions projetées, lesquelles se trouvent entourées de cultures, seront en structure métallique grise avec des soubassements en béton brut avec des bardages métalliques de teinte gris-taupe. Les portes sectionnelles seront de teinte gris clair, similaire au mur béton, et les toitures seront en bac acier de teinte bleu-ardoise afin de s'harmoniser au mieux avec la couleur du ciel. Il ressort également de la notice que le traitement paysager périphérique recherchera une continuité naturelle avec les terrains voisins pour créer un corridor végétal, et les haies seront composées d'essences de hautes et moyennes tiges et ce, conformément aux préconisations du parc naturel régional du Perche, lesquelles seront implantées sur un léger talus atteignant au maximum un mètre de hauteur. S'il est constant que les installations projetées sont massives et hautes, leur impact visuel sera amoindri par les couleurs vertes et grises, et par son insertion paysagère. Par suite, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation dans l'application des dispositions précitées doit être écarté.
33. En huitième lieu, aux termes de l'article L. 421-6 du code de l'urbanisme : " Le permis de construire ou d'aménager ne peut être accordé que si les travaux projetés sont conformes aux dispositions législatives et réglementaires relatives à l'utilisation des sols, à l'implantation, la destination, la nature, l'architecture, les dimensions, l'assainissement des constructions et à l'aménagement de leurs abords et s'ils ne sont pas incompatibles avec une déclaration d'utilité publique ". En vertu de l'article L. 112-1 du code de la voirie routière : " L'alignement est la détermination par l'autorité administrative de la limite du domaine public routier au droit des propriétés riveraines. Il est fixé soit par un plan d'alignement, soit par un alignement individuel ". Enfin, aux termes de l'article L. 112-5 de ce même code : " Aucune construction nouvelle ne peut, à quelque hauteur que ce soit, empiéter sur l'alignement, sous réserve des règles particulières relatives aux saillies. "
34. D'une part, l'arrêté contesté prévoit une prescription tendant à ce que, préalablement à tous travaux sur le domaine public, une demande de permission de voirie soit adressée à l'agence des infrastructures départementales. D'autre part, les dispositions des articles L. 112-1 et L. 112-5 du code de la voirie routière ne peuvent utilement être invoquées pour contester la légalité d'une autorisation d'urbanisme. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de ces dispositions doit être écarté.
35. En neuvième lieu, aux termes de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme : " Le projet peut être refusé ou n'être accepté que sous réserve de l'observation de prescriptions spéciales s'il est de nature à porter atteinte à la salubrité ou à la sécurité publique du fait de sa situation, de ses caractéristiques, de son importance ou de son implantation à proximité d'autres installations ". Les risques d'atteinte à la sécurité publique visés par l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme sont aussi bien les risques auxquels peuvent être exposés les occupants de la construction pour laquelle le permis est sollicité que ceux que l'opération projetée peut engendrer pour des tiers. Il appartient à l'autorité d'urbanisme compétente et au juge de l'excès de pouvoir, pour apprécier si les risques d'atteintes à la sécurité publique justifient un refus de permis de construire sur le fondement de ces dispositions, de tenir compte tant de la probabilité de réalisation de ces risques que de la gravité de leurs conséquences, s'ils se réalisent. Aux termes de l'article R. 111-26 du même code : " Le permis ou la décision prise sur la déclaration préalable doit respecter les préoccupations d'environnement définies aux articles L. 110-1 et L. 110-2 du code de l'environnement. Le projet peut n'être accepté que sous réserve de l'observation de prescriptions spéciales si, par son importance, sa situation ou sa destination, il est de nature à avoir des conséquences dommageables pour l'environnement. Ces prescriptions spéciales tiennent compte, le cas échéant, des mesures mentionnées à l'article R. 181-43 du code de l'environnement. ". Aux termes de l'article L. 110-1 du code de l'environnement : " I. - Les espaces, ressources et milieux naturels terrestres et marins, les sons et odeurs qui les caractérisent, les sites, les paysages diurnes et nocturnes, la qualité de l'air, les êtres vivants et la biodiversité font partie du patrimoine commun de la nation. Ce patrimoine génère des services écosystémiques et des valeurs d'usage. / Les processus biologiques, les sols et la géodiversité concourent à la constitution de ce patrimoine. / II. - Leur connaissance, leur protection, leur mise en valeur, leur restauration, leur remise en état, leur gestion, la préservation de leur capacité à évoluer et la sauvegarde des services qu'ils fournissent sont d'intérêt général et concourent à l'objectif de développement durable qui vise à satisfaire les besoins de développement et la santé des générations présentes sans compromettre la capacité des générations futures à répondre aux leurs. Elles s'inspirent, dans le cadre des lois qui en définissent la portée, des principes suivants : / 1° Le principe de précaution, selon lequel l'absence de certitudes, compte tenu des connaissances scientifiques et techniques du moment, ne doit pas retarder l'adoption de mesures effectives et proportionnées visant à prévenir un risque de dommages graves et irréversibles à l'environnement à un coût économiquement acceptable. () ". Aux termes de l'article L. 110-2 du même code : " Les lois et règlements organisent le droit de chacun à un environnement sain. Ils contribuent à assurer un équilibre harmonieux entre les zones urbaines et les zones rurales ainsi que la préservation et l'utilisation durable des continuités écologiques. Il est du devoir de chacun de veiller à la sauvegarde et de contribuer à la protection de l'environnement, y compris nocturne. Les personnes publiques et privées doivent, dans toutes leurs activités, se conformer aux mêmes exigences. ".
36. S'agissant des risques de nuisances sonores et olfactives, il ressort des pièces du dossier que le projet est situé à l'écart des centres-bourgs des villages de Saint-Mard-de-Réno et de Loisail, dans une zone agricole où les habitations sont très éparses. En outre, le permis de construire contesté autorise l'édification d'une unité de méthanisation de taille modeste, appelée à recevoir seulement vingt-neuf tonnes de volume par jour et dont les équipements tels que les fumières, les préfosses, la fosse de stockage du digestat liquide, le digesteur et le post-digesteur seront couverts. La circonstance qu'une des fumières soit ouverte sur sa façade sud est sans incidence dès lors que d'une part, l'arrêté contesté comporte une prescription obligeant la société pétitionnaire à prendre toutes les dispositions nécessaires afin de prévenir tout risque de nuisances olfactives, et que d'autre part, les neuf habitations sont implantées au nord, à l'est et à l'ouest du projet critiqué.
37. S'agissant des risques liés à la composition du sol et du sous-sol, si les requérants invoquent un risque de présence de cavité ou de zone humide et un risque lié au retrait-gonflement d'argile qui serait aggravé par la présence d'arbres de hautes tiges, ils ne démontrent pas en quoi les observations et les prescriptions dont est assortie la décision en litige seraient insuffisantes.
38. S'agissant du risque incendie, il ressort des pièces du dossier que le service départemental d'incendie et de secours de l'Orne a émis un avis favorable à la réalisation de ce projet le 9 avril 2021, dont les observations ont fait l'objet de prescriptions reprises par l'arrêté attaqué. En outre, le projet comporte la création d'une réserve incendie supérieure à 120 mètres cube, ce qui répond aux recommandations figurant sur ce même avis.
39. S'agissant du risque de pollution de l'air, celui-ci ressort de la législation relative aux installations classées pour la protection de l'environnement qui ne s'impose pas à l'autorité délivrant des permis de construire, même en ce qui concerne les règles relatives à l'implantation de certaines constructions.
40. S'agissant des risques de pollution de l'eau, il ressort des pièces du dossier et plus particulièrement de l'arrêté attaqué, que la direction départementale de la cohésion sociale et de la protection des populations, ainsi que le service de l'eau et de la biodiversité ont émis des avis favorables sans réserve ni observation, au projet de construction d'une unité de méthanisation. Par ailleurs, s'agissant des eaux usées d'origine humaine, il ressort de la notice que celles-ci seront traitées par l'intermédiaire de l'assainissement non collectif. En ce qui concerne les eaux de ruissellement des plateformes de stockage, il ressort des pièces du dossier qu'elles seront dirigées vers une pré-fosse pour être injectées dans le circuit du process, tandis que les eaux de pluie seront dirigées vers les deux bassins de rétention. Enfin, l'arrêté attaqué invite la pétitionnaire à se rapprocher du service eau et biodiversité de la direction départementale des territoires pour un respect total de la réglementation relative à la loi sur l'eau.
41. S'agissant des risques en termes de pollution du sol et des eaux situées à proximité, les requérants se bornent à des considérations très générales sans apporter aucun élément circonstancié tendant à démontrer que l'ouvrage est de nature à emporter des conséquences dommageables pour l'environnement.
42. Il s'ensuit que l'arrêté attaqué n'est pas entaché d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des dispositions des articles R. 111-2 et R. 111-26 du code de l'urbanisme.
43. En dernier lieu, aux termes de l'article L. 101-2 du code de l'urbanisme, dans sa version désormais en vigueur : " Dans le respect des objectifs du développement durable, l'action des collectivités publiques en matière d'urbanisme vise à atteindre les objectifs suivants : () 6° bis La lutte contre l'artificialisation des sols, avec un objectif d'absence d'artificialisation nette à terme ; () ". Selon l'article 191 de la loi du 22 août 2021 : " Afin d'atteindre l'objectif national d'absence de toute artificialisation nette des sols en 2050, le rythme de l'artificialisation des sols dans les dix années suivant la promulgation de la présente loi doit être tel que, sur cette période, la consommation totale d'espace observée à l'échelle nationale soit inférieure à la moitié de celle observée sur les dix années précédant cette date. Ces objectifs sont appliqués de manière différenciée et territorialisée, dans les conditions fixées par la loi. ".
44. D'une part, le permis de construire contesté doit s'apprécier à la date de son édiction, à savoir le 20 août 2021. Dans ces conditions, les requérants ne peuvent utilement soutenir que le projet litigieux serait incompatible avec les dispositions de l'article 191 de la loi du 22 août 2021 portant lutte contre le dérèglement climatique et renforcement de la résilience face à ses effets, lesquelles sont entrées en vigueur le 23 août 2021. D'autre part, les requérants ne peuvent utilement se prévaloir des dispositions de l'article L. 101-2 du code de l'urbanisme, dès lors qu'il résulte de l'article L. 421-6 du code de l'urbanisme que ces dispositions ne sont pas au nombre de celles au regard desquelles s'apprécie la légalité d'un permis de construire.
Sur les conséquences de l'irrégularité relevée :
45. Aux termes de l'article L. 600-5 du code de l'urbanisme : " Sans préjudice de la mise en œuvre de l'article L. 600-5-1, le juge administratif qui, saisi de conclusions dirigées contre un permis de construire, de démolir ou d'aménager ou contre une décision de non opposition à déclaration préalable, estime, après avoir constaté que les autres moyens ne sont pas fondés, qu'un vice n'affectant qu'une partie du projet peut être régularisé, limite à cette partie la portée de l'annulation qu'il prononce et, le cas échéant, fixe le délai dans lequel le titulaire de l'autorisation pourra en demander la régularisation, même après l'achèvement des travaux. Le refus par le juge de faire droit à une demande d'annulation partielle est motivé ". Aux termes de l'article L. 600-5-1 du même code : " Sans préjudice de la mise en œuvre de l'article L. 600 5, le juge administratif qui, saisi de conclusions dirigées contre un permis de construire, de démolir ou d'aménager ou contre une décision de non-opposition à déclaration préalable estime, après avoir constaté que les autres moyens ne sont pas fondés, qu'un vice entraînant l'illégalité de cet acte est susceptible d'être régularisé, sursoit à statuer, après avoir invité les parties à présenter leurs observations, jusqu'à l'expiration du délai qu'il fixe pour cette régularisation, même après l'achèvement des travaux. Si une mesure de régularisation est notifiée dans ce délai au juge, celui-ci statue après avoir invité les parties à présenter leurs observations. Le refus par le juge de faire droit à une demande de sursis à statuer est motivé ".
46. Il résulte de ces dispositions, éclairées par les travaux parlementaires ayant conduit à l'adoption de la loi du 23 novembre 2018 portant évolution du logement, de l'aménagement et du numérique, que lorsque le ou les vices affectant la légalité de l'autorisation d'urbanisme dont l'annulation est demandée sont susceptibles d'être régularisés, le juge doit, en application de l'article L. 600-5-1 du code de l'urbanisme, surseoir à statuer sur les conclusions dont il est saisi contre cette autorisation, sauf à ce qu'il fasse le choix de recourir à l'article L. 600-5 du code de l'urbanisme, si les conditions posées par cet article sont réunies, ou que le bénéficiaire de l'autorisation lui ait indiqué qu'il ne souhaitait pas bénéficier d'une mesure de régularisation. Un vice entachant le bien-fondé de l'autorisation d'urbanisme est susceptible d'être régularisé, même si cette régularisation implique de revoir l'économie générale du projet en cause, dès lors que les règles d'urbanisme en vigueur à la date à laquelle le juge statue permettent une mesure de régularisation qui n'implique pas d'apporter à ce projet un bouleversement tel qu'il en changerait la nature même.
47. Il résulte de ce qui précède que le vice mentionné au point n° 19 du présent jugement et dont est affecté le permis de construire attaqué est susceptible d'être régularisé sans que sa régularisation n'implique d'apporter au projet un bouleversement tel qu'il en changerait la nature même.
48. Les parties ayant été invitées à présenter leurs observations et l'ensemble des moyens ayant été examinés, il y a lieu de surseoir à statuer sur les conclusions à fin d'annulation présentées par les requérants afin de permettre une éventuelle régularisation par la délivrance d'un permis de construire modificatif, qui devra être communiqué au tribunal dans un délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement.
D E C I D E :
Article 1er : Il est sursis à statuer sur la requête présentée par l'association Bien vivre dans le Perche et autres pour permettre la production au tribunal d'un permis de construire modificatif régularisant le vice mentionné au point 19 du présent jugement.
Article 2 : Le délai dans lequel la mesure de régularisation doit être communiquée au tribunal est fixé à trois mois à compter de la notification du présent jugement.
Article 3 : Tous droits et moyens des parties sur lesquels il n'est pas expressément statué par le présent jugement sont réservés jusqu'en fin d'instance.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à l'association Bien vivre dans le Perche, première dénommée pour les requérants, à la ministre de la transition écologique, de l'énergie, du climat et de la prévention des risques et à la SAS Perche Bioénergie.
Copie en sera adressée au préfet de l'Orne.
Délibéré après l'audience du 24 septembre 2024 à laquelle siégeaient :
- M. Marchand, président,
- Mme Pillais, première conseillère,
- Mme Absolon, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 9 octobre 2024.
La rapporteure,
Signé
C. ABSOLON
Le président,
Signé
A. MARCHAND
La greffière,
Signé
A. D'OLIF
La République mande et ordonne à la ministre de la transition écologique, de l'énergie, du climat et de la prévention des risques en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Le greffier,
J. Lounis
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026