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AccueilJurisprudence administrativeN° TA14-2200504

Tribunal Administratif de Caen — Décision N° TA14-2200504

lundi 3 juillet 2023

JuridictionTribunal Administratif de Caen
SectionTribunal Administratif de Caen
N° DossierTA14-2200504
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème chambre
Avocat requérantWAHAB

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 28 février 2022, M. B A, représenté par Me Wahab, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 28 décembre 2021 par lequel le préfet du Calvados a refusé de lui délivrer un certificat de résidence ;

2°) d'enjoindre au préfet du Calvados de lui délivrer, à titre principal, un certificat de résidence portant la mention " conjoint de français " ou " vie privée et familiale " dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir ou à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation dans un délai d'un mois suivant la notification du jugement à intervenir et de lui délivrer, dans l'attente de l'instruction de son dossier, une autorisation provisoire de séjour ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 200 euros à verser à son conseil en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- l'arrêté contesté a été signé par une autorité incompétente ;

- il a été pris en méconnaissance du point 2 de l'article 6 de l'accord franco-algérien ;

- il a été pris en méconnaissance du point 5 de l'article 6 de l'accord franco-algérien ;

- il méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire enregistré le 5 juillet 2022, le préfet du Calvados conclut au rejet de la requête au motif que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.

M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 19 mai 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Pillais,

- et les observations de Me Wahab, représentant M. A et les observations de M. A.

Considérant ce qui suit :

1. M. B A, ressortissant algérien né le 25 juillet 1984 à Aïn Temouchent (Algérie), est entré en France le 5 octobre 2010 sous couvert d'un visa étudiant délivré par les autorités françaises. Il a fait l'objet d'un refus de titre de séjour assorti d'une obligation de quitter le territoire français le 22 mai 2014. Il s'est marié, le 12 mai 2018, à Colombelles (Calvados) avec une ressortissante française et a sollicité, le 25 juin suivant, un certificat de résidence en qualité de conjoint de français qui lui a été refusé par arrêté du 28 juin 2018, le préfet assortissant son refus d'une nouvelle mesure d'éloignement. Le tribunal administratif a confirmé la légalité de ces décisions par jugement du 1er février 2019. Le 24 juillet 2020, le préfet a rejeté sa demande de titre fondée sur l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. M. A a réitéré une demande de certificat de résidence portant la mention conjoint de français le 17 septembre 2020. Par arrêté du 28 décembre 2021, dont M. A demande l'annulation, le préfet du Calvados a rejeté sa demande.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, l'arrêté du 28 décembre 2021 est signé par le chef du service de l'immigration de la préfecture du Calvados. Il ressort des pièces du dossier que l'arrêté préfectoral du 2 septembre 2021, publié le 6 septembre 2021 au recueil des actes administratifs de la préfecture du Calvados lui accorde la délégation de signature qui fonde sa compétence à signer l'acte contesté. Le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'acte manque en fait et doit par suite être écarté.

3. En deuxième lieu, aux termes du 2) de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 : " Le certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale " est délivré de plein droit : () 2) au ressortissant algérien, marié avec un ressortissant de nationalité française, à condition que son entrée sur le territoire français ait été régulière, que le conjoint ait conservé la nationalité française et, lorsque le mariage a été célébré à l'étranger, qu'il ait été transcrit préalablement sur les registres de l'état civil français ".

4. Il ressort des pièces du dossier que la légalité du refus de délivrance du certificat de résidence portant la mention conjoint de français opposé M. A a déjà été jugé par le tribunal administratif le 1er février 2019. Il ressort du jugement devenu définitif que M. A est entré régulièrement en France le 5 octobre 2010, sous couvert d'un visa en qualité d'étudiant, délivré par les autorités françaises et valable du 15 septembre au 14 décembre 2010. En outre, M. A était en possession d'un titre de séjour étudiant et en situation régulière quand il s'est rendu en Algérie le 2 octobre 2013. Toutefois le 9 décembre 2013, date à laquelle il s'est présenté à la préfecture des Hauts-de-Seine pour solliciter un renouvellement de titre, il n'était plus en situation régulière, la date d'expiration de son dernier titre de séjour, le 25 novembre 2013, étant dépassée. La date de son retour sur le sol français, entre le 2 octobre et le 9 décembre 2013 étant incertaine, il a dû entrer irrégulièrement sur le territoire français. Le préfet du Calvados, pouvait, dès lors, fonder le refus de certificat de résidence portant la mention " conjoint de français " sur le motif tiré de l'irrégularité de son entrée sur le sol français. Par suite, le moyen tiré de ce que le préfet aurait de nouveau méconnu le 2° de l'article 6 de l'accord franco-algérien doit être écarté.

5. En troisième lieu, lorsqu'il est saisi d'une demande de délivrance d'un titre de séjour sur le fondement de l'une des stipulations de l'accord franco-algérien, le préfet n'est pas tenu, en l'absence de stipulations expresses en ce sens, d'examiner d'office si l'intéressé peut prétendre à une autorisation de séjour sur le fondement d'une autre stipulation de l'accord. M. A, qui n'apporte pas la preuve que sa demande se fondait également sur les stipulations du point 5 de l'article 6 de l'accord franco-algérien, ne saurait, par suite, utilement soutenir que la décision litigieuse méconnaît lesdites stipulations.

6. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

7. M. A fait valoir d'une part, sa présence en France depuis plus de dix ans et d'autre part, sa communauté de vie depuis fin 2016 avec la ressortissante française qu'il a épousée le 12 mai 2018. S'il établit être présent en France depuis 2010, sans pour autant justifier avoir disposé de titres de séjour sur toute cette période, il ressort des pièces du dossier que M. A a vécu la majeure partie de sa vie en Algérie et s'est délibérément maintenu sur le territoire français de manière irrégulière. Il ressort de l'acte contesté que le mariage de M. A a fait l'objet d'une suspicion de fraude qui a conduit le préfet à transmettre au procureur de la République un signalement le 6 mai 2019. Si M. A produit des justificatifs de logement commun et de compte commun avec son épouse depuis leur mariage, ainsi que les témoignages de ses beaux enfants, d'amis voire de voisins attestant de leur vie commune, toutefois il n'établit par aucune pièce son insertion socio-professionnelle. Ainsi que le soutient le préfet, l'arrêté litigieux ne fait pas obstacle à ce que M. A sollicite un visa de long séjour en qualité de conjoint d'une ressortissante française, une fois de retour dans son pays d'origine. Par suite, le moyen tiré de ce que la décision attaquée porterait une atteinte disproportionnée à son droit à une vie familiale et privée et méconnaitrait l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté. Pour les mêmes raisons, la décision attaquée n'est pas entachée d'erreur manifeste d'appréciation quant à ses conséquences sur la vie personnelle et familiale du requérant.

8. Il résulte de ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 28 décembre 2021.

Sur les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte :

9. Les conclusions à fin d'annulation devant être rejetées par le présent jugement, les conclusions à fin d'injonction présentées par M. A ne peuvent, par voie de conséquence, qu'être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

10. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat la somme que demande M. A au titre des frais

exposés et non compris dans les dépens.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au préfet du Calvados.

Délibéré après l'audience du 17 mai 2023, où siégeaient :

M. Mondésert, président,

Mme Pillais, première conseillère,

Mme Silvani, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 3 juillet 2023.

La rapporteure,

Signé

M. Pillais

Le président,

Signé

X. MONDÉSERT

La greffière,

Signé

A. LAPERSONNE

La République mande et ordonne au préfet du Calvados en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

la greffière,

A.Lapersonne

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