vendredi 31 mai 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Caen |
| Section | Tribunal Administratif de Caen |
| N° Dossier | TA14-2200556 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 2ème chambre |
| Avocat requérant | BERNARD |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 5 mars 2022 et 9 octobre 2023, M. B A, représenté par Me Bernard, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) d'annuler la décision du directeur territorial de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) du 5 janvier 2022 portant refus de rétablissement des conditions matérielles d'accueil des demandeurs d'asile dont il bénéficiait ;
3°) d'enjoindre au directeur de l'OFII de lui accorder le bénéfice des conditions matérielles d'accueil à la date du 5 janvier 2022 dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 100 euros par jour de retard ou, subsidiairement, de réexaminer sa demande, sous les mêmes conditions de délai et d'astreinte ;
4°) de mettre à la charge de l'OFII la somme de 1 200 euros en application de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
M. A soutient que la décision attaquée :
- est entachée d'une insuffisance de motivation ;
- est entachée d'illégalité dès lors que les raisons précises pour lesquelles il a été mis fin aux conditions matérielles d'accueil ne lui ont pas été notifiées faisant obstacle à ce qu'il fasse valoir efficacement les motifs pour lesquels il n'avait pas respecté les obligations qui lui incombaient, en méconnaissance du droit d'être entendu garanti par les principes généraux du droit de l'Union européenne ;
- est entachée d'une erreur de droit dès lors que sa demande ne pouvait être instruite comme une demande de rétablissement des conditions matérielles d'accueil en l'absence de décision de suspension des conditions matérielles d'accueil dont il bénéficiait ;
- méconnaît les dispositions de l'article L. 511-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile faute pour l'OFII d'avoir pris en compte son état de vulnérabilité ainsi que les raisons pour lesquelles il n'avait pas respecté les obligations auxquelles il avait consenti au moment de l'acception initiale des conditions matérielles d'accueil ;
- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation des conséquences en résultant sur sa situation personnelle ;
- méconnaît les dispositions des articles L. 550-1 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de la directive 2013/33/UE du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 et des stipulations de l'article 1er de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;
- est entachée d'un défaut d'examen particulier de sa situation.
Par un mémoire en défense enregistré le 16 août 2023, l'OFII conclut au rejet de la requête au motif qu'aucun des moyens soulevés par M. A n'est fondé.
M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 10 juin 2022.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;
- la directive 2013/33/UE du 26 juin 2013 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Silvani ;
- les conclusions de M. C.
Considérant ce qui suit :
1. M. A, de nationalité afghane, a déposé une demande d'asile le 7 septembre 2017, qui a été enregistrée dans le cadre de la procédure Dublin. Il a obtenu le même jour le bénéfice des conditions matérielles d'accueil. Déclaré en fuite le 2 février 2018, l'intéressé a déposé une nouvelle demande d'asile le 5 janvier 2022, enregistrée en tant que première demande d'asile en procédure normale. Par un courrier du 5 janvier 2022, le directeur territorial de l'OFII a notifié à M. A un refus de rétablissement des conditions matérielles d'accueil au motif que lorsqu'il bénéficiait de celles-ci, il n'avait pas respecté l'obligation de se présenter aux autorités chargées de l'asile. Par sa requête, M. A sollicite l'annulation de cette décision.
Sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :
2. M. A a été admis le 10 juin 2022 au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale. Par suite, il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions tendant à ce qu'il soit admis à l'aide juridictionnelle provisoire, qui sont devenues sans objet.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
3. Aux termes de l'article L. 551-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les conditions matérielles d'accueil du demandeur d'asile sont proposées à chaque demandeur d'asile par l'Office français de l'immigration et de l'intégration après l'enregistrement de sa demande par l'autorité administrative compétente ". L'article L. 551-16 de ce code dispose : " Il peut être mis fin, partiellement ou totalement, aux conditions matérielles d'accueil dont bénéficie le demandeur dans les cas suivants : / () 3° Il ne respecte pas les exigences des autorités chargées de l'asile, notamment en se rendant aux entretiens, en se présentant aux autorités et en fournissant les informations utiles afin de faciliter l'instruction des demandes ; / (). Lorsque la décision mettant fin aux conditions matérielles d'accueil a été prise en application des 1°, 2° ou 3° du présent article et que les raisons ayant conduit à cette décision ont cessé, le demandeur peut solliciter de l'Office français de l'immigration et de l'intégration le rétablissement des conditions matérielles d'accueil. L'office statue sur la demande en prenant notamment en compte la vulnérabilité du demandeur ainsi que, le cas échéant, les raisons pour lesquelles il n'a pas respecté les obligations auxquelles il avait consenti au moment de l'acception initiale des conditions matérielles d'accueil ".
4. En premier lieu, il ressort des pièces du dossier qu'après avoir bénéficié des conditions matérielles d'accueil le 7 septembre 2017, M. A a été déclaré en fuite le 2 février 2018. Une telle circonstance constituait un motif de cessation des conditions matérielles d'accueil en application des dispositions du 3° de l'article L. 551-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Si le requérant soutient qu'en l'absence de décision formelle prise en ce sens par l'OFII sur le fondement de ces dispositions, seule une décision de refus d'octroi des conditions matérielles d'accueil pouvait être édictée en application de l'article L. 551-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, il ne conteste toutefois pas sérieusement le motif opposé par l'OFII pour fonder la décision en litige et n'apporte aucun élément propre à justifier les raisons qui l'ont conduit à ne pas se présenter aux autorités en charge de l'asile alors qu'il avait été dûment informé des conséquences qui en résulteraient. En outre, la seule circonstance qu'une nouvelle demande d'asile a été enregistrée le 5 janvier 2022 n'imposait pas à l'OFII de proposer à M. A le bénéfice des conditions matérielles d'accueil sur le fondement de l'article L. 551-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Dans ces conditions, et alors même que l'OFII n'a pas produit la décision de cessation des conditions matérielles d'accueil en date du 8 avril 2018 dont il fait état dans ses écritures, la demande présentée par M. A le 5 avril 2022 ne pouvait qu'être regardée comme une demande de rétablissement des conditions matérielles d'accueil en application des dispositions de l'article L. 551-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile citées au point 3. Il en résulte que le requérant n'est pas fondé à soutenir qu'en prenant la décision en litige sur le fondement de ces dispositions, l'OFII a entaché sa décision d'une erreur de droit. Le moyen doit, par suite, être écarté.
5. En deuxième lieu, la décision attaquée mentionne les dispositions sur le fondement desquelles la demande de l'intéressé a été examinée et expose le motif pour lequel l'OFII a refusé le rétablissement des conditions matérielles d'accueil. Elle comporte ainsi la mention des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Dès lors, le moyen tiré de ce qu'elle serait insuffisamment motivée doit être écarté.
6. En troisième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que l'OFII, qui s'est prononcé après avoir procédé à l'examen des besoins de M. A et de sa situation personnelle et familiale, n'aurait pas procédé à un examen particulier de sa situation.
7. En quatrième lieu, le requérant n'est pas fondé à soutenir qu'il n'a pas été mis en mesure de faire valoir efficacement les raisons pour lesquelles il n'a pas respecté les obligations auxquelles il avait consenti au moment de l'acceptation initiale des conditions matérielles d'accueil, alors que, d'une part, la décision en litige est fondée sur le motif tiré de ce que M. A n'avait pas respecté l'obligation de se présenter aux autorités en charge de l'asile, motif qui, ainsi qu'il a été dit au point 5, est énoncé en termes suffisamment précis pour lui permettre de comprendre le fondement de la décision prise à son encontre, d'autre part, les raisons qu'il a fait valoir avant l'édiction de la décision en litige n'ont pas été jugées suffisantes par l'OFII pour rétablir à son bénéfice les conditions matérielles d'accueil. Dans ces conditions, et alors que le requérant ne fait état d'aucun motif légitime propre à justifier le manquement à ses obligations, qui n'aurait pas été pris en compte par l'OFII, le moyen tiré de ce qu'il n'aurait pas été en mesure de faire connaître les raisons pour lesquelles il ne s'est pas conformé aux obligations mises à sa charge doit, par suite, être écarté.
8. En cinquième lieu, contrairement à ce que soutient le requérant, il ressort de la fiche d'évaluation de vulnérabilité en date du 5 janvier 2022 que M. A a fait l'objet d'une évaluation de sa vulnérabilité préalablement à l'édiction de la décision en litige. Le moyen tiré du défaut d'examen de la vulnérabilité de l'intéressé manque donc en fait.
9. En sixième lieu, l'intéressé n'établit pas, par les pièces versées au dossier, qu'il se serait trouvé au jour de la décision contestée dans une situation de précarité et de vulnérabilité faisant obstacle à ce que lui soit refusé le rétablissement des conditions matérielles d'accueil dont il bénéficiait. Le moyen tiré de l'erreur d'appréciation des conséquences résultant de la décision en litige sur sa situation doit ainsi être écarté.
10. En septième lieu, aux termes de l'article 1er de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne : " La dignité humaine est inviolable. Elle doit être respectée et protégée ". Aux termes du cinquième paragraphe de l'article 20 de la directive 2013/33/UE du 26 juin 2013 : " Les décisions portant limitation ou retrait du bénéfice des conditions matérielles d'accueil ou les sanctions visées aux paragraphes 1, 2, 3 et 4 du présent article sont prises au cas par cas, objectivement et impartialement et sont motivées. Elles sont fondées sur la situation particulière de la personne concernée, en particulier dans le cas des personnes visées à l'article 21, compte tenu du principe de proportionnalité. Les États membres assurent en toutes circonstances l'accès aux soins médicaux conformément à l'article 19 et garantissent un niveau de vie digne à tous les demandeurs. ".
11. M. A ne saurait utilement se prévaloir d'une méconnaissance par la décision en litige du cinquième paragraphe de l'article 20 de la directive 2013/33/UE du 26 juin 2013, dont les dispositions ont été intégralement et régulièrement transposées en droit interne. En tout état de cause, il ressort des motifs énoncés au point 9 que le requérant n'établit pas la situation d'extrême précarité dont il fait état. Par suite, il y a lieu d'écarter les moyens tirés de la méconnaissance des dispositions du cinquième paragraphe de l'article 20 de la directive 2013/33/UE du 26 juin 2013 ainsi que des stipulations de l'article 1er de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne
12. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la décision du 5 janvier 2022 doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte et celles présentées sur le fondement de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur la demande d'aide juridictionnelle provisoire présentée par M. A.
Article 2 : La requête de M. A est rejetée.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, à Me Bernard et à l'Office français de l'immigration et de l'intégration.
Délibéré après l'audience du 16 mai 2024, à laquelle siégeaient :
M. Marchand, président,
Mme Pillais, première conseillère,
Mme Silvani, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 31 mai 2024.
La rapporteure,
Signé
C. SILVANI
Le président,
Signé
A. MARCHAND
La greffière,
Signé
A. D'OLIF
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
Pour expédition conforme,
le greffier,
J. Lounis
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026