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AccueilJurisprudence administrativeN° TA14-2200727

Tribunal Administratif de Caen — Décision N° TA14-2200727

vendredi 22 novembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Caen
SectionTribunal Administratif de Caen
N° DossierTA14-2200727
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère chambre
Avocat requérantSCP D'AVOCATS PAVET - BENOIST - DUPUY - RENOU - LECORNUE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 28 mars 2022, M. B A, représenté par la SCP Hautemaine avocats, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 21 janvier 2022 par laquelle le président de la communauté urbaine d'Alençon a prononcé sa révocation à compter du 1er février 2022 ;

2°) de mettre à la charge de la communauté urbaine d'Alençon la somme de 3 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que la décision :

- est insuffisamment motivée ;

- méconnaît l'article 89 de la loi du 26 février 1984 en ce qu'elle a prononcé une sanction disciplinaire sur des fondements qui ne constituent pas une faute et en ce qu'elle est disproportionnée.

Par un mémoire en défense, enregistré le 18 octobre 2022, la communauté urbaine d'Alençon conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge de M. A la somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que la requête est tardive et que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires ;

- la loi n° 84-53 du 26 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique territoriale ;

- décret n° 91-298 du 20 mars 1991 ;

- le décret n° 2012-437 du 29 mars 2012 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Martinez,

- les conclusions de M. Bonneu, rapporteur public.

Les parties n'étaient ni présentes ni représentées.

Considérant ce qui suit :

1. M. B A, assistant d'enseignement artistique titulaire, exerçait ses fonctions au sein de la communauté urbaine d'Alençon. Par une décision du 21 janvier 2022, dont il est demandé l'annulation, il a été révoqué et radié des cadres à compter du 1er février 2022.

Sur la fin de non-recevoir soulevée par la communauté urbaine d'Alençon :

2. La communauté urbaine d'Alençon invoque le caractère tardif de la requête. Toutefois, il ne ressort pas des pièces du dossier la preuve de la réception de la notification par courrier recommandé avec avis de réception. Dès lors, la fin de non-recevoir tirée de la tardiveté de la requête doit être écartée.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

3. Aux termes de l'article 25 septies de la loi du 13 juillet 1983 relative aux droits et obligations des fonctionnaires, dans sa version en vigueur à la date de l'arrêté en litige : " I.- Le fonctionnaire consacre l'intégralité de son activité professionnelle aux tâches qui lui sont confiées. Il ne peut exercer, à titre professionnel, une activité privée lucrative de quelque nature que ce soit, sous réserve des II à V du présent article. Il est interdit au fonctionnaire : () / 1° De créer ou de reprendre une entreprise lorsque celle-ci donne lieu à immatriculation au registre du commerce et des sociétés ou au répertoire des métiers ou à affiliation au régime prévu à l'article L. 613-7 du code de la sécurité sociale, s'il occupe un emploi à temps complet et qu'il exerce ses fonctions à temps plein ; () ". II.- Il est dérogé à l'interdiction d'exercer à titre professionnel une activité privée lucrative : / () / 2° Lorsque le fonctionnaire, (), occupe un emploi permanent à temps non complet ou incomplet pour lequel la durée du travail est inférieure ou égale à 70 % de la durée légale ou réglementaire du travail. / La dérogation fait l'objet d'une déclaration à l'autorité hiérarchique dont l'intéressé relève pour l'exercice de ses fonctions ". Aux termes de l'article 89 de la loi du 26 janvier 1984 dans sa rédaction applicable au litige : " Les sanctions disciplinaires sont réparties en quatre groupes : Premier groupe L'avertissement ; Le blâme ; Deuxième groupe : L'abaissement d'échelon ; L'exclusion temporaire de fonctions pour une durée maximale de quinze jours ; Troisième groupe : La rétrogradation : L'exclusion temporaire de fonctions pour une durée de six mois à deux ans : Quatrième groupe : La mise à la retraite d'office ; La révocation. ". Aux termes de l'article 3 du décret n° 2012-437 du 29 mars 2012 portant statut particulier du cadre d'emplois des assistants territoriaux d'enseignement artistique : " () Les membres du cadre d'emplois des assistants territoriaux d'enseignement artistique sont astreints à un régime d'obligation de service hebdomadaire de vingt heures ". Aux termes de l'article 8 du décret n° 91-298 du 20 mars 1991 portant dispositions statutaires applicables aux fonctionnaires territoriaux nommés dans des emplois permanents à temps non complet : " Un fonctionnaire ne peut occuper un ou plusieurs emplois permanents à temps non complet que si la durée totale de service qui en résulte n'excède pas de plus de 15 p. 100 celle afférente à un emploi à temps complet ". Il appartient au juge de l'excès de pouvoir, saisi de moyens en ce sens, de rechercher si les faits reprochés à un agent public ayant fait l'objet d'une sanction disciplinaire constituent des fautes de nature à justifier une sanction et si la sanction retenue est proportionnée à la gravité de ces fautes.

4. En premier lieu, M. A soutient que le président de la communauté urbaine d'Alençon n'a pas suffisamment motivé sa décision. L'arrêté précise toutefois que la révocation était fondée sur le code général des collectivités territoriales, la loi du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires, la loi du 26 janvier 1984 portant dispositions statutaire relatives à la fonction publique territoriale et le décret du 18 septembre 1989 relatif à la procédure disciplinaire applicable aux fonctionnaires territoriaux. Il mentionne les faits reprochés à M. A, à savoir le cumul illégal de son emploi public avec une activité privée lucrative, de multiples refus d'obéissance et le fait d'avoir méconnu à plusieurs reprises son devoir de réserve. Le moyen doit donc être écarté.

5. En deuxième lieu, il ressort des pièces du dossier que M. A était employé comme assistant d'enseignement artistique de première classe auprès de trois communautés de communes dont la communauté urbaine d'Alençon, pour un volume hebdomadaire total de 19h30. Il est reproché à M. A, sans que cela soit contesté, d'avoir créé une société par actions simplifiée le 2 mai 2017 dénommée Klez'nouche portant sur la vente de matériels de musique et de partitions sans l'avoir déclaré à ses employeurs. En application de l'article 3 du décret n° 2012-437 du 29 mars 2012 visé ci-dessus et de l'article 8 précité, le volume horaire hebdomadaire de l'emploi à temps non complet de M. A est supérieur à 70 % de la durée légale ou réglementaire du travail des assistants territoriaux d'enseignement artistique définie par le décret n° 91-298 du 20 mars 1991. Il ressort également des pièces du dossier que M. A n'a pas répondu à une convocation en vue de faire valoir ses observations quant à son cumul d'emplois ni à la mise en demeure du 26 mai 2021 d'apporter la preuve de la cessation de son activité. En outre, M. A admet avoir profité de ses fonctions d'enseignant pour vendre des biens à certains de ses élèves.

6. Il est également reproché à M. A d'avoir refusé d'intervenir dans des écoles et des centres de loisirs en juin, juillet et août 2020, refusé de rendre compte de son activité en télétravail, des absences injustifiées et des interventions inopinées durant les cours donnés par son supérieur hiérarchique.

7. Il est enfin reproché à M. A d'avoir publié sur les réseaux sociaux ouverts des propos déplacés à l'encontre de sa hiérarchie et du fonctionnement des institutions, en mentionnant en particulier que son " plus beau souvenir restera cette période de harcèlement moral en bande organisée de 2017 à 2020 " soulignant les " incompétences organisationnelles crasse " et indiquant en avoir " un peu marre de ces chefs d'établissement artistique, qui cumulent les qualités, médecin, psychologue, et joueur d'instruments dans lesquels on fait prout ".

8. L'ensemble des faits reprochés à M. A, dont la matérialité n'est pas contestée, sont établis et constituent des fautes de nature à justifier une sanction disciplinaire.

9. En dernier lieu, M. A a volontairement réitéré son refus d'accomplir ses obligations professionnelles, a intentionnellement omis d'informer son administration, pendant une durée de cinq ans, de l'existence de son cumul d'activités pour pouvoir bénéficier d'une éventuelle autorisation de cumul et pour s'assurer que l'exercice de cette activité privée était compatible avec sa position statutaire, et a volontairement publié sur des réseaux sociaux ouverts des propos portant atteinte à l'image de son administration. Ainsi, M. A a méconnu les dispositions qui lui sont applicables en sa qualité de fonctionnaire territorial, a commis des fautes graves qui relèvent de manquements à l'obligation d'obéissance, à l'obligation de réserve et à l'obligation de déclaration et de non-cumul d'activités à but lucratif pendant cinq ans. La circonstance invoquée par le requérant que le 10 novembre 2021, le conseil de discipline de la Sarthe s'est majoritairement prononcé en faveur d'une suspension d'une durée de deux ans, assortie d'un sursis d'un an, est sans incidence sur la légalité de la décision attaquée. Dans ces conditions, le président de la communauté urbaine d'Alençon, en prononçant à son encontre une mesure de révocation, ne lui a pas infligé une sanction disproportionnée au regard des faits reprochés.

10. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions aux fins d'annulation présentées par M. A doivent être rejetées.

Sur les conclusions tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

11. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de communauté urbaine d'Alençon, qui n'est pas dans la présente instance la partie perdante, la somme demandée par M. A au titre des frais exposés par lui et non compris dans les dépens. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de M. A la somme demandée par la communauté urbaine d'Alençon au même titre.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Les conclusions de la communauté urbaine d'Alençon présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et à la communauté urbaine d'Alençon.

Délibéré après l'audience du 7 novembre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Cheylan, président,

M. Martinez, premier conseiller,

Mme Groch, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 novembre 2024.

Le rapporteur,

Signé

P. MARTINEZ

Le président,

Signé

F. CHEYLAN

La greffière,

Signé

C. BÉNIS

La République mande et ordonne au préfet de l'Orne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

C. Bénis

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