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AccueilJurisprudence administrativeN° TA14-2200780

Tribunal Administratif de Caen — Décision N° TA14-2200780

vendredi 13 octobre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Caen
SectionTribunal Administratif de Caen
N° DossierTA14-2200780
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation2ème chambre
Avocat requérantCABINET NAVIAUX

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 1er avril 2022 et le 4 avril 2023, Mme A B épouse C, représentée par Me Naviaux, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler la décision implicite de rejet de sa demande d'admission exceptionnelle au séjour déposée auprès du préfet du Calvados le 11 octobre 2021 ;

2°) d'enjoindre au préfet du Calvados, sous astreinte, de réexaminer sa demande de titre de séjour et de lui délivrer un titre de séjour provisoire ;

3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Mme B épouse C soutient que la décision contestée :

- n'est pas motivée ;

- méconnait l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de l'existence de motifs exceptionnels ou humanitaires ;

- méconnait l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.

Par un mémoire en défense, enregistré le 27 avril 2022, le préfet du Calvados conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens exposés dans la requête ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Pillais a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B épouse C, ressortissante algérienne, a demandé au préfet du Calvados par courrier du 4 octobre 2021 reçu le 11 octobre 2021, la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement des articles L. 435-1 et L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Un refus implicite est né du silence de l'administration dont Mme B épouse C, demande l'annulation par la présente requête.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, la décision de refus de titre de séjour doit être motivée en vertu de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration. Aux termes de l'article L. 232-4 du même code : " Une décision implicite intervenue dans les cas où la décision explicite aurait dû être motivée n'est pas illégale du seul fait qu'elle n'est pas assortie de cette motivation. / Toutefois, à la demande de l'intéressé, formulée dans les délais du recours contentieux, les motifs de toute décision implicite de rejet devront lui être communiqués dans le mois suivant cette demande. Dans ce cas, le délai du recours contentieux contre ladite décision est prorogé jusqu'à l'expiration de deux mois suivant le jour où les motifs lui auront été communiqués ".

3. Il ne ressort pas des pièces du dossier que la requérante aurait sollicité la communication des motifs de la décision au préfet du Calvados dans les délais impartis. Dès lors, le moyen tiré du défaut de motivation de la décision contestée doit être écarté.

4. En deuxième lieu, l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 régit d'une manière complète les conditions dans lesquelles les ressortissants algériens peuvent être admis à séjourner en France, ainsi que les règles concernant la nature des titres de séjour qui peuvent leur être délivrés et leur durée de validité. Cependant, bien que cet accord ne prévoie pas de semblables modalités d'admission exceptionnelle au séjour, un préfet peut délivrer un certificat de résidence à un ressortissant algérien qui ne remplit pas l'ensemble des conditions auxquelles est subordonnée sa délivrance de plein droit et il dispose à cette fin d'un pouvoir discrétionnaire pour apprécier, compte tenu de l'ensemble des éléments de la situation personnelle de l'intéressé, l'opportunité d'une mesure de régularisation. Ainsi, la requérante ne peut utilement soutenir que le préfet aurait méconnu les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ni celles de l'article L. 435-1 qui ne s'appliquent pas aux ressortissants algériens. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de ces dispositions doit être écarté comme inopérant.

5. En troisième lieu, si Mme B épouse C soutient qu'elle est venue en France en 2018 rejoindre sa famille, en l'occurrence ses parents, un frère et une sœur résidant régulièrement dans la région Grand Est, il ressort des pièces du dossiers qu'elle est mariée depuis 2019 à un ressortissant égyptien, également en situation irrégulière. Ils sont parents de deux enfants nés en France, leur ainé est né en 2021, antérieurement au dépôt de sa demande de titre de séjour, le second est né postérieurement. La famille est hébergée à Honfleur par un compatriote de son mari. Elle ne justifie pas avoir tissé en France des liens en dehors du cercle familial et ne justifie pas d'une intégration sociale et professionnelle particulière en France. Ces circonstances ne sont dès lors pas de nature à établir que le préfet aurait entaché son refus de séjour d'une erreur manifeste d'appréciation de l'existence de motifs exceptionnels ou humanitaires.

6. En quatrième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

7. Il ressort des pièces du dossier que Mme B épouse C a passé l'essentiel de sa vie dans son pays d'origine et a récemment constitué sa cellule familiale en France avec son conjoint ressortissant égyptien en situation irrégulière. En outre, la décision en litige n'a pas pour effet de séparer les membres de la cellule familiale. Elle ne porte, par suite, pas une atteinte disproportionnée au droit au respect de sa vie privée et familiale. Dans ces conditions, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté. Pour les mêmes motifs, le préfet du Calvados, en refusant de lui délivrer le titre de séjour demandé, n'a pas entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.

8. Il résulte de ce qui précède que Mme B épouse C n'est pas fondée à demander l'annulation de la décision implicite de rejet de sa demande d'admission exceptionnelle au séjour déposée auprès du préfet du Calvados le 11 octobre 2021. Par suite, ses conclusions à fin d'annulation de cette décision doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte et celles tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme B épouse C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B épouse C et au préfet du Calvados.

Délibéré après l'audience du 28 septembre 2023, à laquelle siégeaient :

M. Marchand, président,

Mme Pillais, première conseillère,

Mme Silvani, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 octobre 2023.

La rapporteure,

Signé

M. PILLAIS

Le président,

Signé

A. MARCHANDLe greffier,

Signé

J. LOUNIS

La République mande et ordonne au préfet du Calvados en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

J. Lounis

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