vendredi 2 février 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Caen |
| Section | Tribunal Administratif de Caen |
| N° Dossier | TA14-2200790 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 3ème Chambre |
| Avocat requérant | JOURDAN |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire enregistrés le 3 avril 2022 et le 10 octobre 2022, Mme C A, représentée par Me Jourdan, demande au tribunal :
1°) d'annuler, d'une part, la délibération du 3 février 2022 par laquelle la commune de Souleuvre-en-Bocage a décidé de préempter les biens situés sur les parcelles 629 ZE 74 et 629 ZE 75 et a acté, dans l'hypothèse où cette parcelle se trouverait de nouveau en vente, l'achat de la parcelle 629 ZE 69 et, d'autre part, la décision du 9 février 2022 par laquelle le maire de la commune a informé le notaire de ce que la commune faisait valoir son droit de préemption ;
2°) de mettre à la charge de la commune de Souleuvre-en-Bocage la somme de 3 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la commune de Souleuvre-en-Bocage n'était pas compétente pour exercer le droit de préemption, l'établissement public Intercom de la Vire au Noireau étant compétent ;
- la décision de préemption est entachée d'une erreur de droit dès lors qu'elle acte l'achat de la parcelle 629 ZE 69 qui est classée zone naturelle et n'est pas située dans une zone où le droit de préemption urbain peut s'exercer ; en outre, la commune ne mentionne aucune opération d'aménagement concernant cette parcelle ;
- la commune ne justifie pas de la réalité d'un projet à la date de la délibération, conformément aux articles L. 210-1 et L. 300-1 du code de l'urbanisme ;
- elle est entachée d'une erreur d'appréciation dès lors que le bien préempté n'est pas adapté au projet de la commune ;
- elle est entachée d'un détournement de pouvoir ;
- elle est entachée d'une erreur substantielle sur la chose préemptée.
Par des mémoires en défense enregistrés le 4 août 2022 et le 23 mars 2023, la commune de Souleuvre-en-Bocage, représentée par Me Labrusse, conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 1 500 euros soit mise à la charge de la requérante au titre des frais d'instance.
Elle soutient que les moyens soulevés par Mme A ne sont pas fondés.
Par un courrier du 14 décembre 2023, les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, que le tribunal était susceptible de se fonder sur les moyens, relevés d'office, tirés de l'irrecevabilité des conclusions dirigées contre le courrier du maire du 9 février 2022 et de l'illégalité de la délibération du 3 février 2022 du fait de l'incompétence du conseil municipal pour décider d'exercer le droit de préemption urbain.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code général des collectivités territoriales
- le code de l'urbanisme ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience du 9 janvier 2024. Compte tenu des conditions météorologiques rendant impossible le maintien de cette audience, les parties ont été averties, dès le 9 janvier 2024, de ce que l'affaire était renvoyée à une audience le 12 janvier 2024.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Remigy,
- les conclusions de Mme B,
- les observations de Me Jourdan, représentant Mme A, et de Me Roméro, représentant la commune de Souleuvre-en-Bocage.
Une note en délibéré, présentée pour Mme A, a été enregistrée le 31 janvier 2024.
Considérant ce qui suit :
1. La SAS Les Chanterelles est propriétaire, sur le territoire de la commune de Souleuvre-en-Bocage, dans le bourg de Saint-Martin des Besaces, d'un ensemble immobilier comprenant des bâtiments implantés sur les parcelles cadastrées ZE 74 et ZE 75, auparavant à usage de maison de retraite. A l'extrémité de la première de ces parcelles, se trouve la parcelle ZE 69, classée en zone naturelle, qui appartient à la SCI les Petits Champs. Le 20 décembre 2021, les sociétés Les Chanterelles et Les Petits Champs, chacune en ce qui la concerne, ont conclu avec Mme C A des promesses de vente portant sur ces trois parcelles. Une déclaration d'intention d'aliéner a été adressée le 23 décembre 2021 à la commune de Saint-Martin-des-Besaces, commune déléguée de la commune nouvelle de Souleuvre-en-Bocage, concernant les parcelles ZE 74 et ZE 75. Par une délibération du 3 février 2022, la commune de Souleuvre-en-Bocage a décidé d'exercer son droit de préemption pour acquérir les parcelles ZE 74 et ZE 75 au prix de 110 000 euros et, par ailleurs, d'acter, dans l'hypothèse où cette parcelle se trouverait de nouveau en vente, l'achat de la parcelle ZE 69 au prix de 10 000 euros. Par un courrier du 9 février 2022, le maire de la commune de Souleuvre-en-Bocage a informé le notaire en charge de la vente de ces terrains de l'exercice par la commune de son droit de préemption sur les parcelles ZE 74 et ZE 75. Mme A demande l'annulation de la délibération du 3 février 2022 et du courrier du maire du 9 février 2022.
Sur les conclusions à fin d'annulation du courrier du 9 février 2022 :
2. Par le courrier du 9 février 2022, le maire se borne à informer le notaire que " la commune a décidé de faire valoir son droit de préemption ". Ce courrier étant dépourvu de tout caractère décisoire, les conclusions tendant à son annulation sont irrecevables et doivent, dès lors, être rejetées.
Sur les conclusions à fin d'annulation de la délibération du 3 février 2022 :
3. Les collectivités titulaires du droit de préemption urbain peuvent légalement exercer ce droit, d'une part, si elles justifient, à la date à laquelle elles l'exercent, de la réalité d'un projet d'action ou d'opération d'aménagement répondant aux objets mentionnés à l'article L. 300-1 du code de l'urbanisme, alors même que les caractéristiques précises de ce projet n'auraient pas été définies à cette date, et, d'autre part, si elles font apparaître la nature de ce projet dans la décision de préemption. En outre, la mise en œuvre de ce droit doit, eu égard notamment aux caractéristiques du bien faisant l'objet de l'opération ou au coût prévisible de cette dernière, répondre à un intérêt général suffisant.
4. La commune de Souleuvre-en-Bocage fait valoir que les parcelles litigieuses ont été préemptées dans le cadre d'un projet de création d'une maison médicale ayant vocation à permettre aux praticiens de Saint-Martin-des-Besaces, jusqu'alors installés dans des locaux communaux anciennement à usage de salles de réunion, de bénéficier de locaux adaptés à l'exercice de leurs fonctions et précise que ce projet s'inscrit plus largement dans l'objectif de proposer des services de proximité à ses habitants, en organisant son territoire autour de trois pôles principaux constitués par les communes de Bény-Bocage, La Graverie et Saint-Martin-des-Besaces et qu'un bâtiment à usage de maison médicale a déjà été construit sur le pôle de La Graverie. Pour établir la réalité, à la date de la décision, de ce projet de création d'une maison médicale, la commune se borne à se prévaloir d'un projet, abandonné, de transformation d'un presbytère en maison médicale en 2019, et d'une réunion organisée avec les professionnels de santé le 17 décembre 2021, le courrier d'invitation du 3 décembre 2021 étant toutefois dépourvu de toute indication relative à la teneur de la réunion organisée et ne permettant pas d'établir que le projet de création d'une maison médicale y aurait été abordé. De même, les différentes lettres d'intention des praticiens témoignant leur intérêt pour le projet de maison médicale ne sont pas de nature à établir l'antériorité du projet. Enfin, il est constant que les parcelles litigieuses avaient déjà fait l'objet d'une promesse de vente le 3 juillet 2020 et que la commune n'a pas souhaité exercer son droit de préemption à cette occasion. Dans ces conditions, le moyen tiré de ce que la commune ne justifiait pas de la réalité d'un projet d'action à la date de la décision de préemption doit être accueilli.
5. En outre, il ressort des pièces du dossier que la surface totale du bien préempté s'étend sur 7 654 m² pour 1 102 m² de bâti alors que la maison médicale que la commune projetterait n'a vocation à accueillir que sept à huit praticiens. Si la commune fait valoir qu'une pharmacie devrait également rejoindre la maison médicale, il ressort des termes de la délibération attaquée que la pharmacie existante a seulement vocation à être déplacée " à proximité " du projet. Par suite, eu égard aux caractéristiques du bien préempté, qui apparaît disproportionné par rapport au projet invoqué par la commune de Souleuvre-en-Bocage, la décision de préemption ne répond pas à un intérêt général suffisant.
6. Pour l'application de l'article L. 600-4-1 du code de l'urbanisme, aucun des autres moyens invoqués n'est susceptible, en l'état du dossier, de fonder cette annulation.
7. Il résulte de ce qui précède que Mme A est fondée à demander l'annulation de la délibération du 3 février 2022.
Sur les frais liés au litige :
8. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de la commune de Souleuvre-en-Bocage la somme de 1 500 euros à verser à Mme A sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative. En revanche, ces dispositions font obstacle à ce que soit mise à la charge Mme A, qui n'est pas la partie perdante, la somme que la commune demande au titre des frais qu'elle a exposés pour la présente instance.
D E C I D E :
Article 1er : La délibération du 3 février 2022 est annulée.
Article 2 : La commune de Souleuvre-en-Bocage versera la somme de 1 500 euros à Mme A en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 4 : Les conclusions de la commune de Souleuvre-en-Bocage présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme C A, à la commune de Souleuvre-en-Bocage, à la SAS Les Chanterelles et à la SCI Les Petits Champs.
Délibéré après l'audience du 12 janvier 2024 à laquelle siégeaient :
- Mme Macaud, présidente,
- Mme Créantor, conseillère,
- Mme Remigy, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 2 février 2024.
La rapporteure,
Signé
J. REMIGY
La présidente,
Signé
A. MACAUD
La greffière,
Signé
E. BLOYET
La République mande et ordonne au préfet du Calvados en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
E. BLOYET
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026