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AccueilJurisprudence administrativeN° TA14-2200872

Tribunal Administratif de Caen — Décision N° TA14-2200872

jeudi 7 décembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Caen
SectionTribunal Administratif de Caen
N° DossierTA14-2200872
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation3ème Chambre
Avocat requérantCABINET GRANGE-MARTIN-RAMDENIE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 14 avril et 16 septembre 2022, M. A B, représenté par Me Ramdenie, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 16 février 2022 par laquelle le président de la communauté urbaine Caen la mer a rejeté sa demande d'abrogation du plan local d'urbanisme de la commune de Saint-André-sur-Orne en ce qu'il classe les parcelles cadastrées B 417, B 418 et B 260 en zone N ;

2°) d'enjoindre à la communauté urbaine Caen la mer d'inscrire à l'ordre du jour du conseil communautaire, dans un délai de trois mois à compter de la notification du jugement, la question de l'abrogation du plan local d'urbanisme de Saint-André-sur-Orne en raison de son illégalité ;

3°) de mettre à la charge de la communauté urbaine Caen la mer la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- étant propriétaire d'une parcelle sur la commune de Saint-André-sur-Orne, il est recevable à contester l'ensemble des dispositions du plan local d'urbanisme ;

- le plan local d'urbanisme de la commune de Saint-André-sur-Orne étant illégal en tant qu'il classe les parcelles B 417, 418 et 260 en zone N, le président de la communauté urbaine Caen la mer était tenu de l'abroger, conformément aux dispositions du premier alinéa de l'article L. 243-2 du code des relations entre le public et l'administration ;

- le classement des parcelles cadastrées B 417, 418 et 260 en zone naturelle est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation ; elles doivent être classées en zone U constructible ou, à tout le moins, en zone A ;

- le règlement graphique est incohérent avec le projet d'aménagement et de développement durables qui identifie les parcelles B 417, B 418 et B 260 dans la zone des " espaces urbanisés " de la commune ; en outre, le projet d'aménagement et de développement durables fait état d'un déficit de logements et définit comme axe prioritaire le maintien de l'activité agricole.

Par deux mémoires enregistrés le 25 juillet 2022 et le 16 février 2023, la communauté urbaine Caen la mer conclut, dans le dernier état de ses écritures, au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge du requérant une somme de 535,04 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que :

- le requérant ne justifie pas d'un intérêt à agir s'agissant des parcelles cadastrées B 418 et B 260 ;

- les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Macaud,

- les conclusions de M. C,

- les observations de Me Bourdin, représentant M. B, et de Mme D, représentant la communauté urbaine Caen la mer.

Considérant ce qui suit :

1. Par une délibération du 3 décembre 2020, le conseil communautaire de la communauté urbaine Caen la mer a approuvé la révision du plan local d'urbanisme de la commune de Saint-André-sur-Orne. Par un courrier du 17 décembre 2021 adressé au président de la communauté urbaine Caen la mer, M. A B, propriétaire de la parcelle B 417, a sollicité l'abrogation de la délibération du 3 décembre 2020 en tant qu'elle classe les parcelles B 417, 418 et 260 en zone N. Par la décision attaquée du 16 février 2022, sa demande a été rejetée.

Sur les conclusions aux fins d'annulation et d'injonction :

2. Aux termes du 1er alinéa de l'article L. 243-2 du code des relations entre le public et l'administration : " L'administration est tenue d'abroger expressément un acte réglementaire illégal ou dépourvu d'objet, que cette situation existe depuis son édiction ou qu'elle résulte de circonstances de droit ou de fait postérieures, sauf à ce que l'illégalité ait cessé ". Lorsqu'il est saisi de conclusions aux fins d'annulation du refus d'abroger un acte réglementaire, le juge de l'excès de pouvoir est conduit à apprécier la légalité de l'acte réglementaire dont l'abrogation a été demandée au regard des règles applicables à la date de sa décision.

3. En premier lieu, aux termes de l'article L. 151-8 du code de l'urbanisme : " Le règlement fixe, en cohérence avec le projet d'aménagement et de développement durables, les règles générales et les servitudes d'utilisation des sols permettant d'atteindre les objectifs mentionnés aux articles L. 101-1 à L. 101-3. ".

4. Pour apprécier la cohérence ainsi exigée au sein du plan local d'urbanisme entre le règlement et le projet d'aménagement et de développement durables, il appartient au juge administratif de rechercher, dans le cadre d'une analyse globale le conduisant à se placer à l'échelle du territoire couvert par le document d'urbanisme, si le règlement ne contrarie pas les orientations générales et objectifs que les auteurs du document ont définis dans le projet d'aménagement et de développement durables, compte tenu de leur degré de précision. Par suite, l'inadéquation d'une disposition du règlement du plan local d'urbanisme à une orientation ou un objectif du projet d'aménagement et de développement durables ne suffit pas nécessairement, compte tenu de l'existence d'autres orientations ou objectifs au sein de ce projet, à caractériser une incohérence entre ce règlement et ce projet.

5. Il ressort des pièces du dossier que le projet d'aménagement et de développement durables du plan local d'urbanisme de la commune de Saint-André-sur-Orne s'est fixé comme objectif de " limiter la consommation des terres agricoles " avec comme orientations une consommation économe de l'espace, une protection environnementale et écologique et une préservation du cadre de vie. Il ressort du rapport de présentation que, pour répondre à l'objectif de limiter la consommation d'espace naturel, les auteurs du document d'urbanisme ont privilégié l'urbanisation future de la commune au plus près du bourg avec une zone 1 AU de 3,3 hectares au Nord et une zone U, à l'Ouest, de 3,2 hectares. Il ressort également du rapport de présentation que les zones N caractérisent la vallée de l'Orne inondable et identifiée en zone naturelle d'intérêt écologique, faunistique et floristique (ZNIEFF) ainsi que la majorité des zones humides et que la zone N identifiée sur la Vallée de l'Orne a été élargie jusqu'à la route départementale 233 comprenant les espaces autour d'Etavaux et de la carrière. Si un plan figurant dans le projet d'aménagement et de développement durables fait apparaître les parcelles B 417, 418 et 260 au sein des " espaces urbanisés " de la commune, il ressort des pièces du dossier que cette carte, qui ne constitue pas le plan de zonage de la commune, a seulement vocation à identifier les objectifs du projet d'aménagement et n'est pas de nature à caractériser une incohérence entre le projet d'aménagement et de développement durables et le règlement graphique du plan local d'urbanisme, qui classe les parcelles B 417, 418 et 260 en zone N, alors même que ces parcelles seraient équipées ou construites. Enfin, si le projet d'aménagement et de développement durables évoque le besoin de logements sur la commune avec un objectif d'environ 200 logements sur dix ans, il ne ressort pas des pièces du dossier, et n'est d'ailleurs pas allégué, que les zones à urbaniser délimitées dans le plan local d'urbanisme ne permettraient pas d'y répondre, en préservant les zones agricoles et naturelles. Il résulte de l'ensemble de ces éléments que le moyen tiré de l'incohérence au sein du plan local d'urbanisme entre le règlement et le projet d'aménagement et de développement durable doit être écarté.

6. En second lieu, aux termes de l'article R. 151-24 du code de l'urbanisme : " Les zones naturelles et forestières sont dites " zones N ". Peuvent être classés en zone naturelle et forestière, les secteurs de la commune, équipés ou non, à protéger en raison : / 1° Soit de la qualité des sites, milieux et espaces naturels, des paysages et de leur intérêt, notamment du point de vue esthétique, historique ou écologique ; / 2° Soit de l'existence d'une exploitation forestière ; / 3° Soit de leur caractère d'espaces naturels ; / 4° Soit de la nécessité de préserver ou restaurer les ressources naturelles ; / 5° Soit de la nécessité de prévenir les risques notamment d'expansion des crues " et aux termes de l'article R. 151-22 du même code : " Les zones agricoles sont dites " zones A ". Peuvent être classés en zone agricole les secteurs de la commune, équipés ou non, à protéger en raison du potentiel agronomique, biologique ou économique des terres agricoles. ".

7. Il appartient aux auteurs d'un plan local d'urbanisme de déterminer le parti d'aménagement à retenir pour le territoire concerné par le plan, en tenant compte de la situation existante et des perspectives d'avenir, et de fixer en conséquence le zonage et les possibilités de construction. Ils peuvent être amenés, à cet effet, à classer en zone naturelle, pour les motifs énoncés à l'article R. 151-24 précité, un secteur qu'ils entendent soustraire, pour l'avenir, à l'urbanisation. Leur appréciation sur ces différents points ne peut être censurée par le juge administratif qu'au cas où elle serait entachée d'une erreur manifeste ou fondée sur des faits matériellement inexacts.

8. Il ressort des pièces du dossier que les parcelles B 417, B 418 et B 260, qui sont situées dans la partie Nord d'Etavaux, n'ont jamais été classées en zone urbaine, la partie Nord d'Etavaux étant, dans tous les documents d'urbanisme précédant la dernière révision du plan local d'urbanisme, approuvée par la délibération attaquée du 3 décembre 2020, classée en zones A ou N afin de préserver les activités agricoles et les espaces naturels. Il ressort des pièces du dossier que le plan local d'urbanisme de la commune, tel que révisé par la délibération du 3 décembre 2020, modifie la zone agricole qui n'est, maintenant, qu'à l'Est de la route départementale 233, seul l'ancien corps de ferme, situé à l'Ouest de cette route et au Sud de la parcelle B 417, étant maintenu en zone agricole, les parcelles B 417, B 418 et B 260, situées à l'Ouest de la route départementale, étant classées en zone naturelle. Il ressort en outre des pièces du dossier que les parcelles précitées sont éloignées du bourg, situé au Sud-Est, sont proches de l'Orne et de la voie verte, sont entourées de vastes espaces non construits et sont en limite de la ZNIEFF de type 2 de la Vallée de l'Orne et à proximité immédiate du réservoir de biodiversité de la Vallée de l'Orne identifié au document d'orientation et d'objectif du schéma de cohérence territoriale de Caen Métropole, ce schéma ayant pour objectif de " prendre des mesures, lorsque l'urbanisation à créer jouxte un réservoir de biodiversité () pour aménager un espace de transition apte à protéger l'intégrité du fonctionnement écologique de ce réservoir ". Enfin, il ressort des pièces du dossier que la parcelle B 417 est située à moins de 100 mètres du siège d'une exploitation agricole et que la parcelle B 418 est grevée par une servitude relative au transport d'énergie électriques, une ligne à haute tension traversant la parcelle d'Est en Ouest. Il résulte de l'ensemble de ces éléments, en particulier de la vocation du secteur en bordure duquel les parcelles se situent, secteur dont le caractère d'espace naturel est avéré, et du parti d'urbanisme de la commune, que le classement en zone naturelle des parcelles B 417, B 418 et B 260 n'est pas entaché d'erreur manifeste d'appréciation. Le moyen tiré de ce que les parcelles devaient être classées en zone urbaine ou, à tout le moins, agricole doit, dès lors, être écarté.

9. Il résulte de tout ce qui précède, et sans qu'il soit besoin de se prononcer sur la fin de non-recevoir opposée par la communauté urbaine Caen la mer, que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision du 16 février 2022 refusant de procéder à l'abrogation partielle du plan local d'urbanisme de la commune de Saint-André-sur-Orne. Il y a lieu, par voie de conséquence, de rejeter ses conclusions à fin d'injonction.

Sur les frais liés au litige :

10. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la communauté urbaine Caen la mer une somme au titre des frais exposés par M. B pour la présente instance. En revanche, il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge du requérant la somme réclamée par la communauté urbaine, soit 535,04 euros, correspondant aux frais qu'elle a exposés et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : M. B versera la somme de 535,04 euros à la communauté urbaine Caen la mer en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et à la communauté urbaine Caen la mer.

Délibéré après l'audience du 14 novembre 2023, à laquelle siégeaient :

- Mme Macaud, présidente,

- Mme Créantor, conseillère,

- Mme Remigy, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 7 décembre 2023.

La présidente-rapporteure,

SIGNÉ

A. MACAUD

L'assesseure la plus ancienne,

SIGNÉ

V. CREANTOR

La greffière,

SIGNÉ

E. BLOYET

La République mande et ordonne au préfet du Calvados en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

E. Bloyet

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