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AccueilJurisprudence administrativeN° TA14-2200892

Tribunal Administratif de Caen — Décision N° TA14-2200892

vendredi 12 août 2022

JuridictionTribunal Administratif de Caen
SectionTribunal Administratif de Caen
N° DossierTA14-2200892
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère chambre
Avocat requérantTSARANAZY

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 19 avril et 16 juin 2022, M. C A, représenté par Me Tsaranazy, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 6 août 2021 par lequel le préfet du Calvados a rejeté sa demande d'admission au séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de 30 jours et a fixé son pays de destination ;

2°) d'enjoindre au préfet du Calvados de lui délivrer un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ; à défaut, d'enjoindre au préfet du Calvados de statuer à nouveau sur sa situation dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 100 euros à verser à son conseil en application des articles 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- il appartient à l'administration de justifier que le signataire de l'acte bénéficiait d'une délégation de signature ;

- le préfet n'a pas procédé à un examen particulier de sa situation ;

- le refus de séjour méconnaît les articles L. 423-1 et L. 423-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- il méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- il méconnaît les articles 3 et 9 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- l'obligation de quitter le territoire est illégale en raison de l'illégalité du refus de séjour ;

- elle méconnaît l'article L. 611-3, 5° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît les articles 3 et 9 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- la décision fixant le pays de destination est illégale en raison de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire.

Par un mémoire en défense, enregistré le 19 mai 2022, le préfet du Calvados conclut au rejet de la requête.

Il soutient qu'aucun des moyens invoqués par le requérant n'est fondé.

M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 24 mars 2022.

Par une ordonnance du 4 mai 2022, la clôture de l'instruction a été fixée au 17 juin 2022 à 12 heures.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco marocain du 9 octobre 1987 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. B ;

- les observations de Me Tsaranazy, représentant M. A.

Considérant ce qui suit :

1. M. C A, de nationalité marocaine, a déclaré être entré en France le 4 août 2014 sans visa. Il s'est marié le 20 février 2021 à Caen avec une ressortissante française. M. A a sollicité le 21 juin 2021 la délivrance d'un titre de séjour en qualité de conjoint de français. Par un arrêté du 6 août 2021, dont le requérant demande l'annulation, le préfet du Calvados a rejeté sa demande de titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de 30 jours et a fixé son pays de destination.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne les moyens communs aux décision attaquées :

2. En premier lieu, par un arrêté du 21 avril 2021, publié au recueil des actes administratifs spécial de la préfecture n° 14-2021-071 du même jour et accessible sur le site internet de la préfecture, le préfet du Calvados a donné délégation à M. D de Kergorlay, chef du service immigration de la préfecture du Calvados, à l'effet de signer tous les arrêtés et décisions relevant des attributions du service de l'immigration, à l'exception de certains actes dont ne font pas partie les décisions en litige. Le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'acte doit, par suite, être écarté.

3. En second lieu, l'arrêté en litige énonce des éléments de fait propres à la situation du requérant, en indiquant que celui-ci s'est marié le 20 février 2021 à une ressortissante française, qu'il ne justifie pas de la détention d'un visa de long séjour et qu'il n'est pas dépourvu d'attaches familiales dans son pays où résident sa mère, son frère et sa sœur. Par suite, le moyen tiré du défaut d'examen particulier de la situation de M. A doit être écarté.

En que ce qui concerne les autres moyens invoqués à l'encontre du refus de séjour :

4. En premier lieu, aux termes de l'article L. 423-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, entré régulièrement et marié en France avec un ressortissant français avec lequel il justifie d'une vie commune et effective de six mois en France, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. ". L'article L. 412-1 du même code dispose : " Sous réserve des engagements internationaux de la France et des exceptions prévues aux articles L. 412-2 et L. 412-3, la première délivrance d'une carte de séjour temporaire ou d'une carte de séjour pluriannuelle est subordonnée à la production par l'étranger du visa de long séjour mentionné aux 1° ou 2° de l'article L. 411-1. ".

5. Il est constant que M. A est entré en France en 2014 sans visa. Dès lors, le préfet du Calvados a pu, conformément aux dispositions précitées et sans commettre d'erreur d'appréciation, refuser de lui délivrer un titre de séjour en qualité de conjoint de français, en l'absence de justification d'une entrée régulière en France.

6. En deuxième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".

7. Le requérant soutient qu'il s'est marié le 20 février 2021 à Caen avec une ressortissante française, qu'un enfant est né de leur union le 23 février 2022 et que leur vie commune a débuté en mars 2019. Toutefois, la durée de la communauté de vie n'était que de deux ans et demi à la date de la décision attaquée. La naissance de son enfant, postérieure à la décision attaquée, est sans incidence sur sa légalité. M. A ne produit aucun justificatif qui attesterait d'une intégration professionnelle ou sociale particulière. Le requérant n'est pas dépourvu d'attaches familiales au Maroc, où résident sa mère, son frère et sa sœur. Dans ces conditions, et alors que M. A n'établit pas qu'il était dans l'impossibilité, à la date de la décision attaquée, de se présenter aux autorités consulaires françaises au Maroc pour solliciter la délivrance d'un visa, le préfet du Calvados n'a pas porté à son droit au respect de la vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels la décision a été prise. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations précitées doit être écarté.

8. En troisième lieu, la décision portant refus de séjour n'a pas pour effet de séparer l'enfant de ses parents. Dès lors, le requérant ne peut pas utilement se prévaloir, à l'encontre de cette décision, de la méconnaissance des stipulations du 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.

9. En quatrième lieu, l'article 9 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant, selon lequel les États parties veillent à ce que l'enfant ne soit pas séparé de ses parents contre leur gré, crée seulement des obligations entre Etats, sans ouvrir de droits aux intéressés. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de ces stipulations est inopérant.

En que ce qui concerne les autres moyens invoqués à l'encontre de la décision portant obligation de quitter le territoire :

10. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que la décision portant refus de séjour n'est pas entachée d'illégalité. Par suite, le requérant ne peut pas se prévaloir, par voie d'exception, de l'illégalité de cette décision pour demander l'annulation de l'obligation de quitter le territoire.

11. En deuxième lieu, M. A fait valoir qu'il est le père d'un enfant de nationalité française né le 23 février 2022. Toutefois, cette circonstance, qui est postérieure à la date de la décision attaquée, est sans incidence sur sa légalité. Dès lors, les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations du 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant et des dispositions du 5° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ne peuvent qu'être écartés.

12. En troisième lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés dans le cadre de l'examen de la légalité du refus de séjour, les moyens tirés de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'article 9 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant, doivent être écartés.

En que ce qui concerne l'autre moyen invoqué à l'encontre de la décision fixant le pays de renvoi :

13. Il résulte de ce qui précède que la décision portant obligation de quitter le territoire n'est pas entachée d'illégalité. Par suite, le requérant ne peut pas se prévaloir, par voie d'exception, de l'illégalité de cette décision pour demander l'annulation de la décision fixant le pays de renvoi.

14. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. A doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, celles à fin d'injonction et celles au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C A, à Me Tsaranazy et au préfet du Calvados.

Délibéré après l'audience du 30 juin 2022, à laquelle siégeaient :

M. Cheylan, président,

M. Belhadj, conseiller,

Mme Arniaud, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 août 2022.

Le président-rapporteur,

Signé

F. B

L'assesseur le plus ancien,

Signé

J. BELHADJ

La greffière,

Signé

A. LAPERSONNE

La République mande et ordonne au préfet du Calvados en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

la greffière,

C. Bénis

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