vendredi 12 mai 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Caen |
| Section | Tribunal Administratif de Caen |
| N° Dossier | TA14-2200894 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 1ère chambre |
| Avocat requérant | SIMON |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, des pièces complémentaires et des mémoires, enregistrés les 15 et 28 avril, 12 et 16 mai, 14 novembre 2022, 21 mars et 25 avril 2023, ces deux dernières productions n'ayant pas été communiquées, M. C B, représenté par Me Simon, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;
2°) d'annuler la décision du 16 mars 2022 par laquelle le garde des sceaux, ministre de la justice, a décidé de son maintien en quartier de prise en charge de la radicalisation ;
3°) d'enjoindre à l'administration d'ordonner son affectation en détention ordinaire dans un centre pénitentiaire proche de sa famille ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.
Il soutient que :
- la décision est insuffisamment motivée ;
- elle a été prise par une autorité incompétente ;
- elle est entachée de vices de procédure à défaut de contradictoire préalable et en l'absence de communication de la décision au juge d'instruction ;
- elle est entachée d'erreur d'appréciation ;
- elle est entachée d'erreur de droit et méconnaît le principe de la présomption d'innocence ;
- elle est entachée de détournement de procédure et d'erreur de droit.
Par un mémoire en défense, enregistré le 14 novembre 2022, le garde des sceaux, ministre de la justice, conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens présentés par le requérant ne sont pas fondés.
M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par décision du 18 octobre 2022.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de procédure pénale ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme A,
- et les conclusions de M. Bonneu, rapporteur public.
Considérant ce qui suit :
1. M. B, écroué depuis le 24 janvier 2020, est incarcéré au centre pénitentiaire d'Alençon-Condé-sur-Sarthe depuis le 1er octobre 2020. Il a fait l'objet d'un placement au quartier de prise en charge de la radicalisation (QPR) depuis cette date. Par la présente requête, il sollicite l'annulation de la décision du 16 mars 2022 portant prolongation de son placement en QPR.
Sur l'aide juridictionnelle :
2. M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 18 octobre 2022. Par suite, il n'y a plus lieu de statuer sur ses conclusions à fin d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
3. En premier lieu, aux termes de l'article R. 57-7-84-18 du code de procédure pénale alors en vigueur : " Lorsqu'au terme de l'évaluation prévue à l'article R. 57-7-84-13 une décision de placement initial en quartier de prise en charge de la radicalisation est envisagée, le chef d'établissement informe la personne détenue par écrit des motifs invoqués, résultant notamment de l'avis de la commission pluridisciplinaire unique. La même procédure est applicable lorsqu'est envisagée une décision de renouvellement de placement en quartier de prise en charge de la radicalisation visé au II de l'article R. 57-7-84-13. / Il l'informe également du déroulement de la procédure et du délai dont elle dispose pour préparer ses observations écrites ou orales ; ce délai ne saurait être inférieur à soixante-douze heures à partir du moment où la personne détenue est mise en mesure de consulter les éléments de la procédure. Cette consultation peut avoir lieu en présence d'un avocat si elle en fait la demande. Les documents ou informations dont la communication pourrait porter atteinte à la sécurité des personnes ou des établissements pénitentiaires sont occultés ou retirés du dossier de la procédure avant cette consultation ".
4. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier que M. B s'est vu communiquer le 26 janvier 2022 un courrier lui indiquant qu'il était envisagé " la levée du placement au QPR et un transfert en détention ordinaire dans un autre établissement ", courrier qui mentionnait un comportement très modéré de M. B, sans risque de passage à l'acte violent ni de prosélytisme, laissant apparaître un comportement compatible avec la détention ordinaire. Eu égard aux termes de ce courrier, M. B n'a pas été dûment informé de ce qu'une décision de renouvellement de placement au QPR pouvait être prise. Dès lors, il n'a pas été mis à même de présenter utilement ses observations sur la mesure attaquée, qui n'a pas été celle envisagée initialement par la direction de l'établissement. Par suite, la décision attaquée est entachée d'un vice de procédure de nature à entraîner son illégalité.
5. En second lieu, aux termes de l'article R. 57-7-84-19 du code de procédure pénale alors en vigueur : " I.- Le placement en quartier de prise en charge de la radicalisation spécialisé dans l'évaluation visé au I de l'article R. 57-7-84-13 ne peut excéder quinze semaines. / II.- Le placement initial au sein d'un quartier de prise en charge de la radicalisation visé au II de l'article R. 57-7-84-13 est d'une durée maximale de six mois. / Au terme de ce délai, et dans les conditions décrites à la présente sous-section, ce placement peut être renouvelé par l'autorité compétente désignée à l'article R. 57-7-84-17 pour une nouvelle durée qui ne saurait excéder six mois. / Au terme d'une durée d'un an, le ministre de la justice est seul compétent pour prolonger le placement par durée maximale de six mois renouvelable. Il prend sa décision après mise en œuvre de la procédure contradictoire prévue à la présente sous-section et après avis spécialement motivé de la commission pluridisciplinaire unique, du chef d'établissement et du directeur interrégional des services pénitentiaires ".
6. La décision attaquée a été prise aux motifs que M. B a fait l'objet d'un mandat de dépôt le 24 janvier 2020 pour participation à une association de malfaiteurs en vue de la préparation d'un crime d'atteinte aux personnes, qu'il lui serait reproché dans ce cadre des contacts téléphoniques avec des individus radicalisés soutenant les thèses de l'Etat islamique, qu'il a été inscrit au répertoire des détenus particulièrement signalés le 1er septembre 2021 compte tenu de son appartenance à une organisation criminelle en lien avec le terrorisme islamique et de son idéologie violente. La décision mentionne une certaine ambivalence compte tenu des faits reprochés, un risque quant à l'authenticité du comportement de M. B et un discours politique radical contre les institutions.
7. Il ressort des pièces du dossier que M. B a été placé en quartier de prise en charge de la radicalisation le 1er octobre 2020, après un passage en quartier d'évaluation de la radicalisation au centre pénitentiaire de Vendin-le-Vieil. Selon la décision attaquée, l'équipe pluridisciplinaire a indiqué que son parcours s'inscrivait dans un contexte géopolitique particulier révélant un discours davantage politique que religieux, sans comportement violent ni prosélyte, et a préconisé un placement à l'isolement en détention ordinaire. Le placement en QPR a toutefois été renouvelé une troisième fois du 1er octobre 2021 au 1er avril 2022. Selon la décision attaquée, la synthèse pluridisciplinaire du 20 août 2021 soulève son peu d'intérêt pour les questions religieuses, son souhait de se tenir à l'écart de personnes rigoristes, malgré des propos virulents contre les institutions. La décision attaquée mentionne la synthèse pluridisciplinaire du 7 février 2022, qui relève la poursuite du bon comportement de l'intéressé et son investissement dans les entretiens individuels. L'établissement pénitentiaire a proposé la levée du placement en QPR en considérant qu'il n'existait pas de risque de passage à l'acte violent ni de prosélytisme, préconisant une détention ordinaire. Il ne ressort pas de la décision attaquée que l'équipe pluridisciplinaire ait préconisé le maintien de M. B en QPR. Par ailleurs, et malgré une demande du tribunal en ce sens, le garde des sceaux, ministre de la justice, n'a pas transmis le sens des avis de la direction interrégionale des services pénitentiaires de Rennes du 3 mars 2022 et de la commission pluridisciplinaire du 24 janvier 2022, dont le contenu et le sens ont été occultés. Dans ces conditions, et alors qu'il ressort des pièces du dossier que les professionnels de l'établissement pénitentiaire et ceux en charge du suivi en QPR s'accordent sur la levée du placement en QPR, la décision attaquée prolongeant le placement de M. B pour une nouvelle période de six mois au-delà d'une période s'élevant déjà à dix-huit mois, est entachée d'erreur manifeste d'appréciation.
8. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que la décision du 16 mars 2022 par laquelle le garde des sceaux, ministre de la justice, a décidé du maintien de M. B en QPR pour une nouvelle durée de six mois, doit être annulée.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
9. La décision du 16 mars 2022, dont l'objet était un placement en QPR du 1er avril au 1er octobre 2022, ne produit plus d'effet. Par suite, son annulation n'implique pas d'enjoindre à l'administration de placer le requérant en détention ordinaire. Dès lors, les conclusions à fin d'injonction doivent être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
10. M. B a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale. Par suite, son avocate peut se prévaloir des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve qu'elle renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat, de mettre à la charge de l'Etat le versement à Me Simon d'une somme de 1 200 euros.
D E C I D E :
Article 1er : Il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions à fin d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle.
Article 2 : La décision du 16 mars 2022 maintenant le placement de M. B en QPR du 1er avril au 1er octobre 2022 est annulée.
Article 3 : L'Etat versera à Me Simon une somme de 1 200 euros sur le fondement de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve qu'elle renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat.
Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. C B, à Me Simon et au garde des sceaux, ministre de la justice.
Délibéré après l'audience du 27 avril 2023, à laquelle siégeaient :
M. Cheylan, président,
M. Martinez, premier conseiller,
Mme Arniaud, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 mai 2023.
La rapporteure,
Signé
C. A
Le président,
Signé
F. CHEYLAN
La greffière,
Signé
C. BÉNIS
La République mande et ordonne au garde des sceaux, ministre de la justice, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
la greffière,
C. Bénis
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026