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AccueilJurisprudence administrativeN° TA14-2200936

Tribunal Administratif de Caen — Décision N° TA14-2200936

mercredi 13 juillet 2022

JuridictionTribunal Administratif de Caen
SectionTribunal Administratif de Caen
N° DossierTA14-2200936
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation2ème chambre
Avocat requérantTSARANAZY

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés les 22 avril et 23 mai 2022, Mme A C, épouse B, représentée par Me Tsaranazy, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 11 août 2021 par lequel la préfète de l'Orne lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;

2°) d'enjoindre à la préfète de l'Orne de lui délivrer un titre de séjour " vie privée et familiale " ou, à défaut, de réexaminer sa demande de titre de séjour dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

- l'arrêté a été signé par une autorité incompétente ;

- il est entaché d'un vice de procédure du fait du défaut de saisine pour avis de la commission du titre de séjour ;

- la décision de refus de séjour méconnaît l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire français est illégale compte tenu de l'illégalité de la décision de refus de séjour ;

- elle viole les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la décision fixant le pays de destination est illégale du fait de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français.

Par un mémoire enregistré le 5 mai 2022, le préfet de l'Orne conclut au rejet de la requête au motif que les moyens soulevés par la requérante ne sont pas fondés.

Mme C, épouse B, a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 24 mars 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme G a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A C, épouse B, ressortissante tunisienne née le 11 février 1995 à Mahares (Tunisie), est entrée sur le territoire français le 20 décembre 2018 sous couvert d'un visa touristique, valable jusqu'au 19 janvier 2019. Elle a sollicité le 28 juin 2021 la délivrance d'une carte de séjour temporaire sur le fondement de l'article L. 423-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 11 août 2021, la préfète de l'Orne lui a refusé la délivrance de cette carte de séjour et a assorti son refus d'une obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours. Par la présente requête, Mme C, épouse B, demande l'annulation de cet arrêté.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

En ce qui concerne les moyens communs à l'ensemble des décisions :

2. Par un arrêté du 30 mars 2021, publié au recueil des actes administratifs spécial de la préfecture de l'Orne le 31 mars 2021, la préfète de l'Orne a donné délégation à M. E F, directeur de la citoyenneté et de la légalité à la préfecture de l'Orne, à l'effet de signer les arrêtés portant décision de refus de séjour, les arrêtés portant obligation de quitter le territoire français et les arrêtés fixant le pays de renvoi. Le moyen tiré de l'incompétence du signataire des décisions attaquées doit, par suite, être écarté.

En ce qui concerne le refus de séjour :

3. En premier lieu, aux termes de l'article L. 432-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, ne vivant pas en état de polygamie, entré régulièrement et marié en France avec un ressortissant français avec lequel il justifie d'une vie commune et effective de six mois en France, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. "

4. La plus ancienne des pièces produites par Mme C, épouse B, pour attester de la réalité de la vie commune avec son époux est un accusé de réception des finances publiques du 27 juillet 2021. Dès lors, les documents produits ne permettent pas de justifier d'une communauté de vie avec son époux d'au moins six mois à la date de la décision attaquée, le 11 août 2021. Il ne ressort par ailleurs pas des pièces du dossier que l'absence de domicile commun ait résulté, en l'espèce, de circonstances matérielles indépendantes de la volonté des époux, dès lors qu'aucun changement de circonstances, notamment professionnelles, n'est allégué entre la période où ils vivaient séparément et la période où a débuté leur vie commune. Dans ces conditions, et bien que le couple entretienne une relation affective depuis l'année 2020, la préfète de l'Orne n'a pas méconnu les dispositions de l'article L. 423-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en refusant de délivrer, sur ce fondement, un titre de séjour à Mme C, épouse B. Ce moyen doit, par suite, être écarté.

5. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 432-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Dans chaque département est instituée une commission du titre de séjour qui est saisie pour avis par l'autorité administrative : / Lorsqu'elle envisage de refuser de délivrer ou de renouveler la carte de séjour temporaire prévue aux articles L.423-1, L.423-7, L.423-13, L.423-14, L.423-15, L.423-21, L.423-22, L.423-23, L.425-9 ou L.426-5 à un étranger qui en remplit effectivement les conditions de délivrance ".

6. Il résulte de ce qui précède que la préfète de l'Orne n'avait pas à saisir la commission du titre de séjour, Mme C, épouse B, ne remplissant pas les conditions de délivrance de la carte de séjour " vie privée et familiale " prévue aux articles L. 423-1 et L. 423-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

7. En dernier lieu, aux termes l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale () ".

8. Il ressort des pièces du dossier que Mme C, épouse B, est entrée en France en 2018, à l'âge de 23 ans, et a vécu la majeure partie de sa vie en Tunisie, où résident ses parents et ses cinq frères. Ainsi qu'il a été dit au point 4, la communauté de vie avec son époux français est très récente. Si elle fait valoir qu'elle est enceinte, cette circonstance est en tout état de cause postérieure à la décision attaquée. Enfin, elle ne justifie pas d'une insertion socio-professionnelle particulière. Dans ces conditions, la préfète de l'Orne n'a pas porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des buts en vue desquels a été prise la décision attaquée et n'a, dès lors, pas méconnu l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

9. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que le moyen tiré, par voie d'exception, de l'illégalité de la décision de refus de séjour doit être écarté.

10. En second lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposé au point 8, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

En ce qui concerne la légalité de la décision fixant le pays de destination :

11. Il résulte de ce qui précède que le moyen tiré, par voie d'exception, de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français doit être écarté.

12. Il résulte de tout ce qui précède que Mme C, épouse B, n'est pas fondée à demander l'annulation de l'arrêté de la préfète de l'Orne du 11 août 2021.

Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :

13. Le présent jugement n'appelant aucune mesure d'exécution, les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte présentées par Mme C, épouse B, ne peuvent qu'être rejetées.

Sur les conclusions tendant au bénéfice des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 :

14. Les dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'État, qui n'est pas la partie perdante dans l'instance, la somme que le conseil de Mme C, épouse B, demande sur le fondement de ces dispositions.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme C, épouse B, est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A C, épouse B, au préfet de l'Orne et à Me Tsaranazy.

Délibéré après l'audience du 23 juin 2022, à laquelle siégeaient :

M. Guillou, président,

M. Berrivin, premier conseiller,

Mme Saint-Macary, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 juillet 2022.

La rapporteure,

SIGNÉ

M. SAINT-MACARY

Le président,

SIGNÉ

H. GUILLOULa greffière,

SIGNÉ

A. LAPERSONNE

La République mande et ordonne au préfet de l'Orne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme

la greffière,

C. Bénis

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