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AccueilJurisprudence administrativeN° TA14-2201033

Tribunal Administratif de Caen — Décision N° TA14-2201033

vendredi 28 avril 2023

JuridictionTribunal Administratif de Caen
SectionTribunal Administratif de Caen
N° DossierTA14-2201033
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère chambre
Avocat requérantOMNIA LEGIS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 3 mai 2022, M. A E, représenté par Me Mongis, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 28 avril 2022 par lequel le préfet de l'Orne lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination et a pris à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de trois ans ;

2°) d'enjoindre au préfet de l'Orne de lui délivrer un titre de séjour ou, à défaut, de procéder au réexamen de sa situation, le tout dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 3 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- l'arrêté est entaché d'incompétence ;

- la décision portant refus de séjour est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ; il ne constitue pas une menace réelle et actuelle pour l'ordre public ;

- elle est entachée d'erreur de fait et d'erreur d'appréciation ;

- elle méconnaît l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant, l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et le préambule de 1946.

Par un mémoire en défense, enregistré le 6 mai 2022, le préfet de l'Orne conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens présentés par le requérant ne sont pas fondés.

Vu le jugement n° 2201033 du 11 mai 2022 par lequel le magistrat désigné du présent tribunal a, d'une part, renvoyé devant une formation collégiale les conclusions de la requête de M. E dirigées contre la décision refus de son titre de séjour et, d'autre part, rejeté le surplus des conclusions.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant, signée à New-York le 26 janvier 1990 ;

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-tunisien du 17 mars 1988 modifié ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme C a été entendu au cours de l'audience publique.

Les parties n'étaient ni présentes, ni représentées.

Considérant ce qui suit :

1. M. E, ressortissant tunisien né en 1997 à Tunis, déclare être entré irrégulièrement en France en 2016. Il a obtenu un premier titre de séjour en qualité de parent d'un enfant français le 8 septembre 2020. Il a été condamné le 12 février 2021 par le tribunal correctionnel de Saumur à une peine de prison de deux ans, assortie d'une interdiction de séjour pendant cinq ans dans le département du Maine-et-Loire. Suite à sa condamnation, le préfet du Maine-et-Loire a procédé au retrait de sa carte de séjour temporaire par un arrêté du 21 janvier 2021. Le 25 octobre 2021, il a sollicité la délivrance d'un titre de séjour en qualité de parent d'enfant français sur le fondement de l'article 7 quater de l'accord franco-tunisien. Par un jugement du 11 mai 2022, le magistrat désigné du présent tribunal, d'une part, a renvoyé à une formation collégiale le soin de statuer sur la demande de M. E d'annulation de la décision du 28 avril 2022 portant refus de renouvellement de son titre de séjour, d'autre part, a rejeté ses conclusions tendant à l'annulation des décisions du même jour portant obligation de quitter sans délai le territoire français, fixation de son pays de destination et interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de trois ans, ainsi que ses conclusions à fin d'injonction et celles présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

2. En premier lieu, par un arrêté n° 1122-2022-10006 du 31 janvier 2022, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture spécial n° 20 du même jour, le préfet de l'Orne a donné délégation à M. B D, directeur de la citoyenneté et de la légalité à la préfecture de l'Orne, à l'effet de signer les actes relevant du bureau de l'intégration et de l'immigration, tels que les arrêtés portant refus de séjour. Le moyen tiré de l'incompétence du signataire de la décision en litige doit, par suite, être écarté.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article 11 de l'accord franco-tunisien du 17 mars 1988 modifié : " Les dispositions du présent Accord ne font pas obstacle à l'application de la législation des deux Etats sur le séjour des étrangers sur tous les points non traités par l'accord. / Chaque Etat délivre notamment aux ressortissants de l'autre Etat tous titres de séjour autres que ceux visés au présent Accord, dans les conditions prévues par sa législation. ". Aux termes de l'article 7 quater du même accord : " Sans préjudice des dispositions du b et du d de l'article 7 ter, les ressortissants tunisiens bénéficient, dans les conditions prévues par la législation française, de la carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale ". Aux termes de l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui est père ou mère d'un enfant français mineur résidant en France et qui établit contribuer effectivement à l'entretien et à l'éducation de l'enfant dans les conditions prévues par l'article 371-2 du code civil, depuis la naissance de celui-ci ou depuis au moins deux ans, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1 ". Aux termes de l'article L. 412-5 du même code : " La circonstance que la présence d'un étranger en France constitue une menace pour l'ordre public fait obstacle à la délivrance et au renouvellement de la carte de séjour temporaire () ".

4. La décision attaquée a été prise au motif que la présence en France de M. E constitue une menace pour l'ordre public. Il ressort des pièces du dossier que M. E a été condamné par un jugement du tribunal correctionnel de Saumur du 12 février 2021 à une peine de deux ans d'emprisonnement assortie d'une interdiction de séjour pendant cinq ans dans le Maine-et-Loire pour des faits de transport non autorisé de stupéfiants, détention non autorisée de stupéfiants, offre ou cession non autorisée de stupéfiants, acquisition non autorisée de stupéfiants et usage illicite de stupéfiants. Il ressort de ce jugement que M. E a déjà été condamné pour des faits similaires le 20 novembre 2018 par le tribunal pour enfants d'Angers. Le requérant, qui est incarcéré depuis le 22 janvier 2021, ne conteste pas les faits pour lesquels il a été condamné et soutient qu'il ne constitue pas une menace actuelle et réelle pour l'ordre public. Toutefois, selon le rapport ponctuel de situation du 4 avril 2022 réalisé dans le cadre de sa détention, M. E a indiqué craindre de ne pas pouvoir reprendre son emploi de livraison à domicile à sa sortie de détention et a évoqué un risque de récidive. Dans ces conditions, et eu égard à la gravité des faits pour lesquels le requérant a été condamné, le préfet de l'Orne n'a pas entaché sa décision d'erreur d'appréciation en estimant, à la date de la décision attaquée, que M. E constituait une menace pour l'ordre public.

5. En troisième lieu, si M. E soutient que la décision est entachée d'erreur de fait et d'erreur d'appréciation dans la mesure où elle indiquerait, à tort, qu'il ne justifie pas de liens intenses et stables en France ni contribuer à l'entretien et à l'éducation de son enfant, il ressort de l'arrêté du 28 avril 2022 que ce motif est le fondement de la décision portant obligation de quitter le territoire français, et non celui de la décision portant refus de séjour en litige. Par suite, ces moyens sont inopérants à l'égard de la décision attaquée portant refus de séjour et doivent être rejetés.

6. En quatrième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui () ".

7. M. E, entré en France en 2016, ne justifie pas d'une intégration professionnelle particulière et a fait l'objet de plusieurs condamnations pénales. S'il fait valoir que sa compagne et son enfant sont établis sur le territoire français, la présente décision n'a pas pour objet de l'éloigner du territoire. En refusant de lui renouveler sa carte de séjour temporaire mention " vie privée et familiale ", le préfet de l'Orne n'a pas porté une atteinte disproportionnée au droit de l'intéressé au respect de sa vie privée et familiale, garanti par l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, au regard du but poursuivi.

8. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions en annulation présentées par M. E doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d'injonction sous astreinte et celles au titres des frais liés à l'instance.

D E C I D E :

Article 1er : La requête présentée par M. E est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A E et au préfet de l'Orne.

Délibéré après l'audience du 6 avril 2023, à laquelle siégeaient :

M. Cheylan, président,

M. Martinez, premier conseiller,

Mme Arniaud, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 28 avril 2023.

La rapporteure,

Signé

C. C

Le président,

Signé

F. CHEYLAN

La greffière,

Signé

C. BÉNIS

La République mande et ordonne au préfet de l'Orne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

la greffière,

A. Lapersonne

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