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AccueilJurisprudence administrativeN° TA14-2201084

Tribunal Administratif de Caen — Décision N° TA14-2201084

vendredi 9 décembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Caen
SectionTribunal Administratif de Caen
N° DossierTA14-2201084
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère chambre
Avocat requérantCAVELIER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 9 mai 2022, M. A B, représenté par Me Cavelier, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 1er mars 2022 par lequel le préfet du Calvados lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour ;

2°) d'enjoindre au préfet du Calvados de procéder au réexamen de sa situation dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement à intervenir et de lui délivrer, dans l'attente, une autorisation provisoire de séjour ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 200 euros en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

Il soutient que :

- l'arrêté est insuffisamment motivé ;

- il méconnaît l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 28 juin 2022, le préfet du Calvados conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens présentés par le requérant ne sont pas fondés.

M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par décision du 22 novembre 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme C,

- et les observations de Me Cavelier, représentant le requérant.

Considérant ce qui suit :

1. M. A B, ressortissant russe né en 1971, est entré en France selon ses déclarations le 9 octobre 2012. Sa demande d'asile a été rejetée par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) le 31 décembre 2013 puis par la Cour nationale du droit d'asile (CNDA) le 1er septembre 2015. Par un arrêté du 1er mars 2022, dont le requérant sollicite l'annulation, le préfet du Calvados a refusé de procéder au renouvellement de son titre de séjour.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, la décision attaquée comporte les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement avec une précision suffisante pour permettre à l'intéressé d'en comprendre les motifs, en particulier le sens de l'avis du collège de l'OFII du 15 avril 2021. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté.

3. En second lieu, aux termes de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. / La décision de délivrer cette carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans des conditions définies par décret en Conseil d'Etat. / () ".

4. La partie qui justifie d'un avis du collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) qui lui est favorable doit être regardée comme apportant des éléments de fait susceptibles de faire présumer l'existence ou l'absence d'un état de santé de nature à justifier la délivrance ou le refus d'un titre de séjour. Dans ce cas, il appartient à l'autre partie, dans le respect des règles relatives au secret médical, de produire tous éléments permettant d'apprécier l'état de santé de l'étranger et, le cas échéant, si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, il pourrait ou non y bénéficier effectivement d'un traitement approprié. La conviction du juge, à qui il revient d'apprécier si l'état de santé d'un étranger justifie la délivrance d'un titre de séjour dans les conditions ci-dessus rappelées, se détermine au vu de ces échanges contradictoires.

5. Par un avis du 15 avril 2021, le collège des médecins de OFII a estimé que l'état de santé de M. B nécessite une prise en charge médicale dont le défaut peut entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité mais qu'il peut bénéficier effectivement d'un traitement approprié et voyager sans risque. Il ressort des pièces du dossier que l'état de santé du requérant, atteint du VIH, nécessite un traitement comportant du Triumeq. Le requérant fait valoir qu'il est originaire de Tchétchénie, que le coût d'un traitement approprié est de 1 000 à 1 500 euros, qu'il est reconnu travailleur handicapé et connaîtra donc des difficultés d'employabilité, alors que le système d'assurance sociale en Russie est limité pour les personnes dépourvues d'emploi. Toutefois, le requérant transmet des informations générales de 2018 sur l'assurance sociale en Russie non traduites. Par ailleurs, il ressort d'un rapport OSCAR du 8 septembre 2015 que si le coût des médicaments est souvent à la charge des patients, le traitement du VIH fait partie d'une liste de médicament dont il est possible d'obtenir une prise en charge. Ainsi, les éléments transmis par M. B ne suffisent pas à démontrer le caractère erroné de l'appréciation portée par le collège des médecins de l'OFII sur la possibilité pour lui de bénéficier effectivement dans son pays d'origine d'un traitement approprié à sa pathologie. Dans ces conditions, le préfet du Calvados n'a pas méconnu les dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ni commis d'erreur manifeste d'appréciation en lui refusant la délivrance du titre de séjour sollicité.

6. Il résulte de tout ce qui précède, que les conclusions à fin d'annulation doivent être rejetées.

Sur les autres conclusions :

7. Par voie de conséquence, les conclusions à fin d'injonction, ainsi que celles présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 doivent également être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : Le requête présentée par M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, à Me Cavelier et au préfet du Calvados.

Délibéré après l'audience du 24 novembre 2022, à laquelle siégeaient :

M. Cheylan, président,

M. Martinez, premier conseiller,

Mme Arniaud, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 9 décembre 2022.

La rapporteure,

Signé

C. C

Le président,

Signé

F. CHEYLAN

La greffière,

Signé

A. LAPERSONNE

La République mande et ordonne au préfet du Calvados en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

la greffière,

C. Bénis

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