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AccueilJurisprudence administrativeN° TA14-2201086

Tribunal Administratif de Caen — Décision N° TA14-2201086

vendredi 15 décembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Caen
SectionTribunal Administratif de Caen
N° DossierTA14-2201086
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation2ème chambre
Avocat requérantBLACHE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés les 9 mai et 4 octobre 2022 et le 20 novembre 2023, Mme B C veuve A, représentée par Me Blache, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler l'arrêté du 18 juin 2022 par lequel le préfet du Calvados a refusé de lui délivrer un titre de séjour ;

2°) d'enjoindre au préfet du Calvados de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale ", dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ou, à titre subsidiaire, de lui délivrer sans délai une autorisation provisoire de séjour valant autorisation de travailler et de procéder au réexamen de sa demande dans un délai de trois mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros à verser à son conseil au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que l'arrêté attaqué :

- est entachée d'un défaut de motivation ;

- est intervenu au terme d'une procédure irrégulière faute pour le préfet d'avoir préalablement saisi la commission du titre de séjour en application de l'article L. 432-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- est entaché d'un défaut d'examen particulier de sa situation ;

- alors que sa demande de renouvellement de son titre de séjour pour raison médicale a été sollicitée en 2019, l'avis du collège des médecins a été rendu tardivement, en juin 2021 ;

- méconnaît les articles L. 423-23 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- méconnaît l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 22 septembre et 12 octobre 2022, le préfet du Calvados conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par Mme C veuve A ne sont pas fondés.

Mme C veuve A a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 21 septembre 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Silvani,

- et les observations de Me Blache, avocate de Mme C veuve A.

Considérant ce qui suit :

1. Mme C, veuve A, ressortissante camerounaise, est entrée en France le 20 novembre 2011 munie d'un visa et a obtenu, après avoir bénéficié d'autorisations provisoires de séjour, un titre de séjour pour raisons de santé régulièrement renouvelé du 6 janvier 2014 au 1er mars 2019. L'intéressée a sollicité le renouvellement de ce titre de séjour le 22 octobre 2019. Par un courrier du 2 février 2022, elle a saisi le préfet du Calvados d'une demande de communication des motifs du rejet de sa demande. Mme C veuve A a introduit un recours contre cette décision devant le présent tribunal. En cours d'instance, par un arrêté du 18 juin 2022, le préfet du Calvados a rejeté sa demande de titre de séjour. Mme C veuve A demande l'annulation de cet arrêté qui s'est substitué à la décision implicite de rejet de sa demande de titre de séjour.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale () ".

3. Il ressort des pièces du dossier que si Mme C veuve A est arrivée en France à l'âge de soixante-huit ans, elle y résidait, en situation régulière, depuis onze années à la date de la décision en litige. Trois de ses sept enfants résident régulièrement en France, dont deux ont la nationalité française, ainsi que ses dix petits-enfants. Dans ces conditions, et alors qu'un seul de ses enfants vit encore au Cameroun, l'intéressée, âgée de soixante-dix-neuf ans à la date de la décision attaquée, justifie de l'essentiel de ses attaches familiales en France. Par suite, la requérante est fondée à soutenir qu'en refusant de lui délivrer un titre de séjour, le préfet du Calvados a porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elle a été prise.

4. Il résulte de tout ce qui précède que Mme C veuve A est fondée à demander l'annulation de l'arrêté du 18 juin 2022, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête.

Sur les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte :

5. Il y a lieu, en application de l'article L. 911-1 du code de justice administrative, d'enjoindre au préfet du Calvados de délivrer à Mme C veuve A une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " dans un délai d'un mois à compter de la date de notification du présent jugement, sans qu'il y ait lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais liés au litige :

6. Mme C veuve A a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale. Son avocat peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat le versement à Me Blache, sous réserve qu'elle renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat à l'aide juridictionnelle, d'une somme de 1 200 euros.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté du préfet du Calvados en date du 18 juin 2022 est annulé.

Article 2 : Il est enjoint au préfet du Calvados de délivrer à Mme C veuve A une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " dans un délai d'un mois à compter de la date de notification du présent jugement.

Article 3 : L'État versera la somme de 1 200 euros à Me Blache, en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que Me Blache renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme B C veuve A, à Me Blache et au préfet du Calvados.

Délibéré après l'audience du 30 novembre 2023, à laquelle siégeaient :

M. Marchand, président,

Mme Pillais, première conseillère,

Mme Silvani, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 15 décembre 2023.

La rapporteure,

Signé

C. SILVANI

Le président,

Signé

A. MARCHAND Le greffier

Signé

J. LOUNIS

La République mande et ordonne au préfet du Calvados en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme,

le greffier en chef,

D. Dubost

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