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AccueilJurisprudence administrativeN° TA14-2201093

Tribunal Administratif de Caen — Décision N° TA14-2201093

vendredi 4 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Caen
SectionTribunal Administratif de Caen
N° DossierTA14-2201093
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère chambre
Avocat requérantSELARL ENARD BAZIRE COLLIOU

Texte intégral

Vu les procédures suivantes :

I. Par une requête et un mémoire, enregistrés sous le numéro 2201093 le 10 mai 2022 et le 3 avril 2023, M. C D, représenté par Me Enard-Bazire, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 22 octobre 2021 par laquelle le maire de la commune de Langrune-sur-Mer a refusé le bénéfice d'une maladie professionnelle et d'accident du travail, ensemble les arrêtés des 2 et 29 novembre 2021 par lesquels le maire de la commune de Langrune-sur-Mer l'a placé en congé maladie ordinaire à mi-traitement ;

2°) d'annuler les décisions implicites par lesquelles le maire de la commune de Langrune-sur-Mer a refusé un congé d'invalidité temporaire imputable au service en raison de son affection de l'épaule gauche et de son affection du poignet droit ;

3°) d'enjoindre à la commune de Langrune-sur-Mer de procéder à un nouvel examen et de régulariser sa situation administrative ;

4°) à titre subsidiaire, de désigner un expert aux fins de déterminer si son état de santé est à prendre en charge au titre de la maladie professionnelle ;

5°) de mettre à la charge de la commune de Langrune-sur-Mer la somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que la requête est recevable, que le maire de la commune de Langrune-sur-Mer ne dispose pas de l'habilitation pour ester en justice et que les décisions :

- sont entachées de vices de procédure en ce que ni la commission de réforme, ni le médecin de prévention n'ont été saisis ;

- sont entachées d'un défaut de motivation ;

- méconnaissent l'article 21 de la loi n° 83-635 du 13 juillet 1983.

Par deux mémoires en défense, enregistrés le 27 décembre 2022 et le 11 septembre 2024, la commune de Langrune-sur-Mer, représentée par Me Gorand, conclut à l'irrecevabilité de la requête, au rejet des conclusions et à ce quoi soit mise à la charge de M. D la somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que les conclusions sont irrecevables et que les moyens soulevés par M. D ne sont pas fondés.

II. Par une requête enregistrée sous le numéro 2201365 le 10 juin 2022, M. C D, représenté par Me Enard-Bazire, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 23 mai 2022 par lequel le maire de la commune de Langrune-sur-Mer a refusé l'imputabilité au service de sa maladie professionnelle, ensemble l'arrêté du 17 mai 2022 par lequel le maire de la commune de Langrune-sur-Mer l'a placé à mi-traitement ;

2°) d'enjoindre à la commune de Langrune-sur-Mer de procéder à un nouvel examen et de régulariser sa situation administrative ;

3°) de mettre à la charge de la commune de Langrune-sur-Mer la somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

L'arrêté du 23 mai 2022 :

- est entaché d'un vice de procédure en ce que le médecin de prévention n'a pas été informé de la commission de réforme ;

- est entaché d'un défaut de motivation ;

- est entaché d'incompétence négative, le maire s'étant senti lié par l'avis de la commission de réforme ;

- méconnaît l'article 21 de la loi n° 83-635 du 13 juillet 1983 ;

L'arrêté du 17 mai 2022 :

- est dépourvu de base légale en raison de l'illégalité de l'arrêté du 23 mai 2022.

Par un mémoire en défense, enregistré le 11 septembre 2024, la commune de Langrune-sur-Mer, représentée par Me Gorand, conclut au rejet de la requête et à ce quoi soit mise à la charge de M. D la somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que les moyens soulevés par M. D ne sont pas fondés.

III. Par une requête et des pièces complémentaires, enregistrées sous le numéro 2301070 le 24 avril 2023 et le 30 mai 2023, M. C D, représenté par Me Enard-Bazire, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 20 mars 2023 par lequel le maire de la commune de Langrune-sur-Mer l'a placé en disponibilité d'office à compter du 12 novembre 2022 ;

2°) d'enjoindre à la commune de Langrune-sur-Mer de procéder à un nouvel examen et de régulariser sa situation administrative ;

3°) de mettre à la charge de la commune de Langrune-sur-Mer la somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que l'arrêté attaqué :

- est entaché d'un vice de procédure en ce qu'il n'a pas été informé de la date de réunion du conseil médical, de son droit à consulter son dossier et de présenter des observations écrites, d'être accompagné par le conseil de son choix et du droit de faire entendre le médecin de son choix ;

- est entaché d'une insuffisance de motivation ;

- est entaché d'incompétence négative, le maire s'étant senti lié par l'avis de la commission de réforme ;

- méconnait l'article 21 bis de la loi n° 83-635 du 13 juillet 1983.

Par un mémoire en défense, enregistré le 21 février 2024, la commune de Langrune-sur-Mer, représentée par Me Gorand, conclut au rejet de la requête et à ce quoi soit mise à la charge de M. D la somme de 3 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que les moyens soulevés par M. D ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires ;

- la loi n° 84-53 du 26 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique territoriale ;

- le décret n° 87-602 du 30 juillet 1987 ;

- l'arrêté du 4 août 2004 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Martinez,

- les conclusions de M. Bonneu, rapporteur public,

- et les observations de Me Châles, substituant Me Gorand, représentant la commune de Langrune-sur-Mer.

M. D n'était ni présent, ni représenté.

Considérant ce qui suit :

1. M. C D, agent territorial employé par la commune de Langrune-sur-Mer depuis le 9 février 2009, est en arrêt maladie depuis le 12 mai 2021 en raison d'un conflit sous-acromial de l'épaule gauche. M. D a formulé une demande de reconnaissance de maladie professionnelle pour le conflit sous-acromial de l'épaule gauche le 9 juillet 2021, ainsi qu'une demande de congés longue maladie le 22 septembre 2021. Par un courrier du 23 septembre 2021, M. D a demandé la reconnaissance d'une maladie professionnelle pour une tendinopathie chronique de la coiffe des rotateurs de l'épaule gauche et un syndrome du canal carpien du poignet droit. Par un courrier du 22 octobre 2021, le maire de la commune de Langrune-sur-Mer a refusé de prendre en compte un arrêt maladie du 15 octobre 2021 au titre d'une maladie professionnelle. Par un courrier du 27 avril 2022, le maire de la commune de Langrune-sur-Mer a rejeté le recours gracieux de M. D aux fins de communication des motifs des décisions implicites portant refus d'un congé pour invalidité imputable au service et d'un congé de longue maladie, et demandant de rapporter ou d'abroger les arrêtés des 2 et 29 novembre 2021 qui le placent en congé maladie à mi-traitement. Par une première requête enregistrée le 10 mai 2022 sous le numéro 2201093, M. D demande l'annulation de l'ensemble de ces décisions. Par un avis du 20 mai 2022, le conseil médical a émis un avis défavorable à la reconnaissance de l'imputabilité au service à compter du 15 novembre 2021. Par deux arrêtés des 17 et 23 mai 2022, le maire de la commune de Langrune-sur-Mer a refusé de reconnaître l'imputabilité au service des maladies de M. D et l'a placé en congé maladie à mi-traitement. Par une deuxième requête enregistrée le 10 juin 2022 sous le numéro 2201365, M. D demande l'annulation de ces deux derniers arrêtés. Par deux avis des 10 juin 2022 et 10 mars 2023, le conseil médical a rendu un avis favorable au placement en disponibilité d'office provisoire de M. D pour une période de six mois. Par un arrêté du 20 mars 2023, le maire de la commune de Langrune-sur-Mer a renouvelé le placement en disponibilité d'office de M. D pour une période de six mois. Par une dernière requête enregistrée le 24 avril 2023 sous le numéro 2301070, M. D demande l'annulation de l'arrêté du 20 mars 2023.

Sur la jonction :

2. Les requêtes n° 2201093, n° 2201365 et n° 2301070 soulèvent les mêmes questions, concernent la même situation et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a lieu de les joindre pour statuer par un seul jugement.

Sur la recevabilité des écritures en défense de la commune :

3. Aux termes de l'article L. 2122-22 du code général des collectivités territoriales : " Le maire peut, en outre, par délégation du conseil municipal, être chargé, en tout ou partie, et pour la durée de son mandat : / () 16° D'intenter au nom de la commune les actions en justice ou de défendre la commune dans les actions intentées contre elle, dans les cas définis par le conseil municipal, et de transiger avec les tiers dans la limite de 1 000 € pour les communes de moins de 50 000 habitants et de 5 000 € pour les communes de 50 000 habitants et plus () ".

4. Il ressort des pièces du dossier que le conseil municipal de la commune de Langrune-sur-Mer a, par une délibération du 26 mai 2020 transmise aux services préfectoraux le 16 juin 2020, donné délégation au maire de la commune, en application de l'article L. 2122-22 du code général des collectivités territoriales précité, pour agir et défendre au nom de la commune. Dès lors, le moyen tiré de l'absence de délégation du maire pour représenter la commune en justice manque en fait et doit être écarté.

Sur les conclusions aux fins d'annulation dirigées contre la décision implicite de refus de congé pour invalidité au titre d'un syndrome canal carpien :

5. Si le silence gardé par l'administration sur une demande dont elle a été saisie a fait naître une décision implicite de rejet, une décision explicite de rejet intervenue postérieurement se substitue à la première décision. Dans ce cas, les conclusions à fin d'annulation de cette première décision doivent être regardées comme dirigées contre la seconde.

6. Il résulte de ce qui précède que les conclusions de la requête, dirigées contre la décision implicite par laquelle le maire de la commune de Langrune-sur-Mer a rejeté la demande de refus de congé pour invalidité au service au titre d'un syndrome canal carpien du poignet droit présentée par M. D, doivent être regardées comme dirigées contre l'arrêté du 23 mai 2022 par lequel le maire de la commune de Langrune-sur-Mer a explicitement rejeté cette demande.

Sur les fins de non-recevoir soulevées en défense :

7. En premier lieu, compte tenu de ce qui a été exposé aux points 5 et 6 du présent jugement, la fin de non-recevoir soulevée en défense contre la décision implicite par laquelle le maire de la commune de Langrune-sur-Mer a rejeté la demande de refus de refus de congé pour invalidité au service au titre d'un syndrome canal carpien du poignet droit, doit être écartée.

8. En deuxième lieu, aux termes de l'article R. 77-12-4 du code de justice administrative : " Pour l'application de l'article R. 421-1, la décision attaquée est la décision de rejet explicite ou implicite opposée par l'autorité compétente à la réclamation préalable formée par le demandeur à l'action ".

9. La commune de Langrune-sur-Mer soutient que le courrier du 22 octobre 2021, qui fait état de la procédure en cours et de la marche à suivre, ne fait pas grief. Il ressort des pièces du dossier que ce courrier se borne à rappeler qu'aucun accident du travail n'a été déclaré et que la maladie professionnelle n'est pas encore reconnue, le comité de réforme ne s'étant pas encore prononcé sur la demande de reconnaissance de M. D. Il suit de là que le courrier du 22 octobre 2021 n'est pas un acte susceptible de recours et que la fin de non-recevoir soulevée par la commune de Langrune-sur-Mer doit être accueillie sur ce point.

10. En dernier lieu, la commune de Langrune-sur-Mer soutient que les conclusions de M. D contre la décision implicite par laquelle le maire de la commune de Langrune-sur-Mer a refusé un congé d'invalidité temporaire au titre de son affection de l'épaule gauche, et contre les arrêtés des 2 et 29 novembre 2021, seraient tardives. Il ressort des pièces du dossier qu'une demande initiale de reconnaissance de maladie professionnelle a été établie par M. D le 9 juillet 2021 et accompagnée d'un certificat médical du docteur B faisant état d'un conflit sous-acromial de l'épaule gauche. Si une décision implicite de refus de reconnaissance de la maladie professionnelle est née le 9 septembre 2021, la demande de reconnaissance de maladie professionnelle a été implicitement rejetée par l'arrêté du 2 novembre 2021 qui maintient l'intéressé en congé de maladie ordinaire. Il ne ressort pas des pièces du dossier que les arrêtés des 2 et 29 novembre 2021 aient été régulièrement notifiés à M. D. Ainsi, le recours gracieux du 28 mars 2022 n'était pas tardif. Dès lors, les fins de non-recevoir soulevées en défense contre les conclusions tendant à l'annulation de la décision implicite par laquelle le maire de la commune de Langrune-sur-Mer a refusé un congé d'invalidité temporaire au titre de son affection de l'épaule gauche, et des arrêtés des 2 et 29 novembre 2021, doivent être écartées.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

En ce qui concerne le refus de congé pour invalidité au titre de l'affection au poignet droit :

11. En premier lieu, le requérant soutient que la commune de Langrune-sur-Mer a insuffisamment motivé son arrêté du 23 mai 2022 en visant des textes qui seraient abrogés à la date de la décision attaquée et en se sentant liée par l'avis de la commission de réforme du 20 mai 2022. Toutefois, les droits des agents publics en matière d'accident de service et de maladie professionnelle sont constitués à la date à laquelle l'accident est intervenu ou la maladie diagnostiquée. Le diagnostic du syndrome de canal carpien droit de M. D a été posé par le docteur B le 12 octobre 2021, soit antérieurement au 1er mars 2022, date de l'entrée en vigueur du code général de la fonction publique. La seule circonstance que l'administration ait décidé de suivre l'avis de la commission ne révèle pas une méconnaissance de l'étendue de sa compétence. L'arrêté attaqué, s'il vise l'avis de la commission de réforme du 20 mai 2022, fait également référence dans sa motivation aux attributions du poste de travail et de la fiche de poste de M. D. Ainsi, cet arrêté, qui n'avait pas à mentionner tous les éléments de fait relatifs à la situation du requérant, énonce les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement, de manière suffisamment circonstanciée pour mettre le requérant en mesure d'en discuter utilement les motifs. En conséquence, les moyens tirés de l'insuffisance de motivation et de l'incompétence négative doivent être écartés.

12. En deuxième lieu, aux termes de l'article 15 de l'arrêté du 4 août 2004 : " Le secrétariat de la commission informe le médecin du service de médecine professionnelle et préventive, pour la fonction publique territoriale, () compétent à l'égard du service auquel appartient le fonctionnaire dont le cas est soumis à la commission. () Ces médecins peuvent obtenir, s'ils le demandent, communication du dossier de l'intéressé. Ils peuvent présenter des observations écrites ou assister à titre consultatif à la réunion de la commission. () ".

13. M. D soutient que le médecin du service de médecine professionnelle et préventive n'a pas été informé de la séance au cours de laquelle la commission de réforme s'est prononcée sur son cas, en méconnaissance de l'article 15 de l'arrêté du 4 août 2004. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que par courrier du 5 mai 2022, le docteur B, médecin de prévention a été avisé de la réunion du conseil médical en formation plénière le 20 mai 2022 et invité à présenter ses observations. Dès lors, le moyen manque en fait et doit être écarté.

14. En dernier lieu, aux termes de l'article 21 bis de la loi susvisée du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires : " () IV.- Est présumée imputable au service toute maladie désignée par les tableaux de maladies professionnelles mentionnés aux articles L. 461-1 et suivants du code de la sécurité sociale et contractée dans l'exercice ou à l'occasion de l'exercice par le fonctionnaire de ses fonctions dans les conditions mentionnées à ce tableau. / Si une ou plusieurs conditions tenant au délai de prise en charge, à la durée d'exposition ou à la liste limitative des travaux ne sont pas remplies, la maladie telle qu'elle est désignée par un tableau peut être reconnue imputable au service lorsque le fonctionnaire ou ses ayants droit établissent qu'elle est directement causée par l'exercice des fonctions. / (). Le tableau n°57-C " poignet-main et doigt " annexé au code de la sécurité sociale, en application de l'article L. 461-1 précité, désigne notamment " le syndrome du canal carpien " lorsqu'il est provoqué par des " travaux comportant de façon habituelle, soit des mouvements répétés ou prolongés d'extension du poignet ou de préhension de la main, soit un appui carpien, soit une pression prolongée ou répétée sur le talon de la main ".

15. Il ressort des pièces du dossier que M. D souffre d'un syndrome du canal carpien droit diagnostiqué le 15 octobre 2021. Cette affection est désignée au tableau n° 57 C du code de la sécurité sociale. Le requérant fait valoir que l'expertise établit par le docteur A le 3 janvier 2022 relève que " les gestes effectués au travail sont répertoriés dans la liste limitative des tâches du tableau MP 57 C " et que " la durée d'exposition est respectée ". Il précise exercer les fonctions d'agent technique polyvalent. Toutefois, il n'est apporté aucune précision, ni sur les mouvements de la main qu'il est amené à effectuer au cours d'une journée de travail, ni sur leur fréquence, de sorte que cette description, à défaut de tout autre élément, est insuffisante pour établir que les travaux qu'il effectue comportent, tels qu'ils ressortent de la fiche de poste et du rapport établi le 26 octobre 2021 par le directeur des services techniques de la commune de Langrune-sur-Mer, de façon habituelle, soit des mouvements répétés ou prolongés d'extension du poignet ou de préhension de la main, soit un appui carpien, soit une pression prolongée ou répétée sur le talon de la main. En outre, dans son avis du 20 mai 2022, la commission de réforme a émis un avis défavorable à la prise en charge du syndrome du canal carpien dont souffre M. D au titre de la maladie professionnelle, au motif qu'" il n'existe pas de lien direct et certain entre la pathologie présentée et les fonctions exercées ". Ainsi, les éléments produits ne permettent pas de considérer que les tâches confiées à M. D font partie de celles visées au tableau n° 57 C figurant à l'annexe II du code de la sécurité sociale, ni d'établir le lien entre sa pathologie et le service. Par suite, M. D n'est pas fondé à soutenir que c'est à tort que l'administration a refusé de reconnaître l'imputabilité au service de la pathologie dont il souffre.

En ce qui concerne le refus de congé pour invalidité au titre de l'affection à l'épaule gauche :

16. Aux termes de l'article 57 de la loi du 26 janvier 1984 : " Le fonctionnaire en activité a droit : () / 2° A des congés de maladie dont la durée totale peut atteindre un an pendant une période de douze mois consécutifs en cas de maladie dûment constatée mettant l'intéressé dans l'impossibilité d'exercer ses fonctions. Celui-ci conserve alors l'intégralité de son traitement pendant une durée de trois mois ; ce traitement est réduit de moitié pendant les neuf mois suivants. () / Toutefois, si la maladie provient de l'une des causes exceptionnelles prévues à l'article L. 27 du code des pensions civiles et militaires de retraite ou d'un accident survenu dans l'exercice ou à l'occasion de l'exercice de ses fonctions, le fonctionnaire conserve l'intégralité de son traitement jusqu'à ce qu'il soit en état de reprendre son service. () / Dans le cas visé à l'alinéa précédent, l'imputation au service de l'accident ou de la maladie est appréciée par la commission de réforme instituée par le régime des pensions des agents des collectivités locales ". Aux termes de l'annexe II tableau n° 57 A du code de la sécurité sociale : " Désignation des maladies : Tendinopathie chronique non rompue non calcifiante avec ou sans enthésopathie de la coiffe des rotateurs objectivée par IRM. Délai de prise en charge : 6 mois (sous réserve d'une durée d'exposition de 6 mois). Liste limitative des travaux susceptibles de provoquer ces maladies : Travaux comportant des mouvements ou le maintien de l'épaule sans soutien en abduction (**) : - avec un angle supérieur ou égal à 60° pendant au moins deux heures par jour en cumulé ou - avec un angle supérieur ou égal à 90° pendant au moins une heure par jour en cumulé ". Aux termes de l'article 37-6 du décret n° 87-602 du 30 juillet 1987 : " La commission de réforme est consultée par l'autorité territoriale : 3° Lorsque l'affection résulte d'une maladie contractée en service telle que définie au IV de l'article 21 bis de la loi du 13 juillet 1983 précitée dans les cas où les conditions prévues au premier alinéa du même IV ne sont pas remplies ".

17. Ces dispositions imposent, hormis le cas où le défaut d'imputabilité au service est manifeste, la consultation de la commission de réforme, afin de déterminer notamment si l'accident qui est à l'origine de l'affection est ou non imputable au service.

18. Si les actes administratifs doivent être pris selon les formes et conformément aux procédures prévues par les lois et règlements, un vice affectant le déroulement d'une procédure administrative préalable, suivie à titre obligatoire ou facultatif, n'est de nature à entacher d'illégalité la décision prise que s'il a été susceptible d'exercer, en l'espèce, une influence sur le sens de cette décision ou s'il a privé les intéressés d'une garantie.

19. Par une décision implicite révélée par l'arrêté du 2 novembre 2021, le maire de la commune de Langrune-sur-Mer a refusé de reconnaître l'imputabilité au service de la pathologie de conflit sous-acromial de l'épaule gauche sans avoir préalablement consulté la commission de réforme prévue par les dispositions précitées. Il est constant que M. D a déposé le 9 juillet 2021 une demande de reconnaissance de maladie professionnelle, accompagnée d'un certificat médical du docteur B et d'un résultat d'un examen par imagerie par résonnance magnétique établi par le docteur B le 15 juillet 2021. La commune de Langrune-sur-Mer soutient que la fiche de poste de M. D et le rapport du directeur des services techniques de la commune du 26 octobre 2021 font état uniquement de " tâches qui ne demandent pas d'effort particuliers ni de gestes répétitifs " qui ne correspondraient pas à l'exposition à certains travaux pour la reconnaissance d'imputabilité de la tendinopathie de la coiffe des rotateurs comme maladie professionnelle conformément au tableau 57A du code de la sécurité sociale précité. Toutefois, il ne ressort pas de cette motivation que le défaut d'imputabilité au service était manifeste alors que, postérieurement à la décision attaquée, une expertise a été réalisée le 3 janvier 2022. En outre, la commune a indiqué dans son courrier du 27 avril 2022 que " la demande de reconnaissance de maladie professionnelle du 9 juillet 2021 sera () instruite prochainement par la commission de réforme ". Une telle omission de consultation préalable de la commission de réforme a nécessairement privé l'intéressé d'une garantie et constitue ainsi une irrégularité de nature à entacher d'illégalité la décision contestée. Dans ces conditions, en l'absence de tout élément contraire et dès lors que le défaut d'imputabilité au service n'apparaissait pas manifeste, le requérant est fondé à soutenir qu'en ne consultant pas la commission de réforme, la commune de Langrune-sur-Mer a entaché sa décision d'un vice de procédure le privant d'une garantie.

20. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions dirigées contre l'arrêté du 23 mai 2022 refusant l'imputabilité au service d'un syndrome du canal carpien du poignet droit doivent être rejetées. En revanche, la décision implicite refusant de reconnaître l'imputabilité au service de la tendinopathie de la coiffe des rotateurs de M. D doit être annulée, ainsi que, par voie de conséquence, les arrêtés des 2 et 29 novembre 2021 et du 17 mai 2022 le plaçant en congés de maladie ordinaire à mi-traitement du 23 octobre 2021 au 12 novembre 2022, ainsi que l'arrêté du 20 mars 2023 le plaçant en disponibilité d'office à compter du 12 novembre 2022.

Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :

21. L'exécution du présent jugement implique seulement que la demande d'imputabilité au service de la tendinopathie de la coiffe des rotateurs de M. D soit réexaminée sur le fondement de l'article L. 911-2 du code de justice administrative. Il y a lieu, par suite, d'enjoindre à la commune de Langrune-sur-Mer de procéder à ce réexamen dans un délai de six mois à compter de la notification du présent jugement. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction de l'astreinte demandée par M. D.

Sur les conclusions tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

22. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de la commune de Langrune-sur-Mer la somme de 1 000 euros au titre des frais exposés par M. D et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La décision implicite refusant de reconnaître l'imputabilité au service de la tendinopathie de la coiffe des rotateurs de M. D, les arrêtés des 2 et 29 novembre 2021 et du 17 mai 2022, ainsi que l'arrêté du 20 mars 2023 du maire de la commune de Langrune-sur-Mer, sont annulés.

Article 2 : Il est enjoint à la commune de Langrune-sur-Mer de procéder au réexamen de la demande d'imputabilité au service de la tendinopathie de la coiffe des rotateurs de M. D dans le délai de six mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : Le surplus des conclusions est rejeté.

Article 4 : La commune de Langrune-sur-Mer versera à M. D une somme de 1 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. C D et à la commune de Langrune-sur-Mer.

Délibéré après l'audience du 19 septembre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Cheylan, président,

M. Martinez, premier conseiller,

Mme Groch, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 octobre 2024.

Le rapporteur,

Signé

P. MARTINEZ

Le président,

Signé

F. CHEYLAN

Le greffier,

Signé

J. LOUNIS

La République mande et ordonne au préfet du Calvados en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

C. Bénis

N°s 2201093, 2201365, 2301070

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TA13Excès de pouvoir

Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292

Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

01/06/2026

TA13Excès de pouvoir

Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430

Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.

01/06/2026

TA13Excès de pouvoir

Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432

Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

01/06/2026

TA13Excès de pouvoir

Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881

Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.

01/06/2026

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