Texte intégral
Vu les procédures suivantes :
I. Sous le n° 2201127, par une requête et un mémoire, enregistrés le 12 mai 2022 et le 31 mai 2024, Mme B... A... doit être regardée comme demandant au tribunal :
1°)
d’annuler la décision du 16 mars 2022 par laquelle l’administration a fixé le montant de l’indemnité spécifique de service (ISS) au titre de l’année 2020, en tant qu’elle a limité à 17 648,59 euros le montant dû pour la période du 1er mars au 31 décembre 2020 ;
2°) d’enjoindre au ministre de la transition écologique de lui verser, pour la période du 1er mars au 31 décembre 2020, un montant d’indemnité prenant en compte un coefficient de modulation individuelle égal à 1,05, avec intérêts de retard au taux légal, dans le délai d’un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, et sous astreinte de 200 euros par jour de retard.
Elle soutient que :
- les sommes mentionnées dans la décision attaquée ne lui ont été versées qu’en juin et décembre 2022, alors que le versement aurait dû intervenir avant le 31 décembre 2021 ;
- la décision contestée est entachée d’une erreur manifeste en ce qu’elle fixe son coefficient de modulation individuelle à seulement 0,95 pour la période du 1er mars au 31 décembre 2020, alors que sa manière de servir a toujours été évaluée comme excellente ;
- l’administration commet une erreur de droit en considérant que l’application de la note de gestion ministérielle du 29 décembre 2020 devait conduire à l’attribution d’un coefficient de modulation individuelle de 0,95 pour cette même période ;
- la décision méconnaît le principe d’égalité de traitement entre fonctionnaires d’un même corps, les ingénieurs promus en 2021 ayant tous bénéficié d’un coefficient de modulation individuelle égal à au moins 1,05, tandis que le coefficient de modulation individuelle qui lui a été attribué est inférieur, alors qu’elle a été promue à l’emploi fonctionnel d’ingénieur en chef des travaux publics de l’Etat du deuxième groupe le 1er mars 2020.
Par un mémoire en défense, enregistré le 27 mars 2024, le ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens de la requête ne sont pas fondés.
II. Sous le n° 2202852, par une requête et un mémoire, enregistrés le 20 décembre 2022 et le 14 août 2023, Mme B... A... doit être regardée comme demandant au tribunal :
1°)
d’annuler la décision du 24 octobre 2022 par laquelle la directrice départementale des territoires et de la mer de la Manche a rejeté le recours gracieux formé contre la décision du 16 mars 2022 en tant qu’elle a limité à 17 648,59 euros le montant de l’indemnité spécifique de service dû pour la période du 1er mars au 31 décembre 2020 ;
2°) d’enjoindre au ministre de la transition écologique de lui verser, pour la période du 1er mars au 31 décembre 2020, un montant d’indemnité prenant en compte un coefficient de modulation individuelle égal à 1,05, avec intérêts de retard au taux légal, dans le délai de deux mois à compter de la notification du jugement à intervenir, et sous astreinte de 200 euros par jour de retard.
Elle soutient que :
- la décision contestée méconnaît les dispositions de l’article 1er du décret n° 2003-799 du 25 août 2003 dès lors que la notification de sa dotation d’indemnité spécifique de service au titre de l’année 2020 n’est intervenue que le 21 mars 2022, alors qu’elle aurait dû intervenir au plus tard le 31 décembre 2021 compte tenu de ce que cette indemnité est versée l’année suivant celle correspondant aux services rendus par l’agent ;
- la décision contestée est entachée d’une erreur manifeste en ce qu’elle fixe son coefficient de modulation individuelle à seulement 0,95 pour la période du 1er mars au 31 décembre 2020, alors que sa manière de servir a toujours été évaluée comme excellente ;
- l’administration commet une erreur de droit en considérant que l’application de la note de gestion ministérielle du 29 décembre 2020 devait conduire à l’attribution d’un coefficient de modulation individuelle de 0,95 pour cette même période.
Par un mémoire en défense, enregistré le 4 juillet 2023, le préfet de la Manche conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens de la requête ne sont pas fondés.
III. Sous le n° 2300277, par une requête et un mémoire, enregistrés le 5 février 2023 et le 28 mars 2024, Mme B... A... doit être regardée comme demandant au tribunal :
1°)
d’annuler l’arrêté du 6 décembre 2022 par lequel le ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires a accepté sa démission à compter du 30 novembre 2022, en tant que cet arrêté a fixé le montant de l’indemnité de départ volontaire due à la somme de 140 250,98 euros ;
2°) d’enjoindre au ministre de la transition écologique de lui verser une indemnité de départ volontaire calculée en prenant en compte un coefficient de modulation individuelle égal à 1,05 et en intégrant le montant de l’ISS qui lui a été tardivement versé en 2022, dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement à intervenir, et sous astreinte de 200 euros par jour de retard.
Elle soutient que :
- le versement de l’indemnité spécifique de service intervenu tardivement au titre de l’année 2020, en méconnaissance des dispositions de l’article 1er du décret n° 2003-799 du 25 août 2003, a abouti à minorer illégalement le montant de l’indemnité de départ volontaire calculée en prenant en compte la rémunération perçue entre février 2021 et janvier 2022 ;
- l’erreur manifeste d’appréciation commise dans la fixation du coefficient de modulation individuelle pris en compte pour la détermination des droits à l’indemnité spécifique de service du 1er mars au 31 décembre 2020 a conduit à entacher d’illégalité la décision fixant l’indemnité de départ volontaire ;
- cette indemnité de départ volontaire ayant été calculée notamment en intégrant le montant de l’indemnité de fonctions, de sujétions et d’expertise attribué en 2021 et calculé en prenant en compte le montant de l’indemnité spécifique de service fixée au titre de l’année 2020, l’annulation des décisions relatives à l’indemnité spécifique de service implique nécessairement de réexaminer le montant de l’indemnité de départ volontaire.
Par un mémoire en défense, enregistré le 2 janvier 2024, le ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens de la requête ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces des dossiers.
Vu :
- le code général de la fonction publique ;
- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;
- la loi n° 84-16 du 11 janvier 1984 ;
- le décret n° 2003-799 du 25 août 2003 ;
- le décret n° 2008-368 du 17 avril 2008 ;
- le décret n° 2010-888 du 28 juillet 2010 ;
- le décret n° 2014-513 du 20 mai 2014 ;
- l’arrêté du 25 août 2003 fixant les modalités d’application du décret n° 2003-799 du 25 août 2003 relatif à l’indemnité spécifique de service allouée aux ingénieurs des ponts et chaussées et aux fonctionnaires des corps techniques de l’équipement ;
- l’arrêté du 20 octobre 2020 désignant les opérations de restructuration au sein des services déconcentrés de l’Etat ouvrant droit aux dispositifs indemnitaires d’accompagnement des agents et aux dispositifs de ressources humaines en vue de la sécurisation des transitions professionnelles dans le cadre de la mise en place des secrétariats généraux communs départementaux ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.
Ont été entendus au cours de l’audience publique :
- le rapport de M. Pringault, conseiller ;
- les conclusions de M. Blondel, rapporteur public ;
- et les observations de Mme A..., requérante.
Considérant ce qui suit :
Mme B... A..., qui a intégré le corps des ingénieurs des travaux publics de l’Etat le 28 juin 2010, a été promue au grade d’ingénieur divisionnaire des travaux publics de l’Etat le 1er juin 2017. Elle a été nommée secrétaire générale de la direction départementale des territoires et de la mer (DDTM) de la Manche à compter du 1er septembre 2018, après avoir occupé ces fonctions par intérim. Le 1er mars 2020, elle a bénéficié d’un détachement sur l’emploi fonctionnel d’ingénieur en chef des travaux publics de l’Etat du deuxième groupe. Elle a alors continué à exercer les fonctions de secrétaire générale de la DDTM de la Manche jusqu’au 31 décembre 2020, date à laquelle ce poste a été supprimé dans le cadre de la réorganisation liée à la mise en place des secrétariats généraux communs aux préfectures et aux directions départementales interministérielles. Le 16 mars 2022, l’administration a décidé de lui octroyer une indemnité spécifique de service (ISS), au titre de l’année 2020, d’un montant de 20 644,28 euros. Le recours administratif formé le 25 avril 2022 auprès de la directrice départementale des territoires et de la mer contre cette décision a été rejeté le 24 octobre 2022. Par arrêté du 6 décembre 2022, le ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires a accepté sa démission de la fonction publique à compter du 30 novembre 2022 et a fixé le montant de l’indemnité de départ volontaire due à la somme de 140 250,98 euros. Mme A... demande, par ses requêtes, l’annulation de la décision du 16 mars 2022 en tant qu’elle a limité à 17 648,59 euros le montant de l’indemnité spécifique de service dû pour la période du 1er mars au 31 décembre 2020, l’annulation de la décision du 24 octobre 2022 rejetant le recours administratif formé contre la décision du 16 mars 2022 ainsi que l’annulation de l’arrêté ministériel du 6 décembre 2022 en tant qu’il a limité à 140 250, 98 euros le montant de son indemnité de départ volontaire.
Les requêtes n° 2201127, n° 2202852 et n° 2300277 sont relatives à la situation d’une même agente publique et présentent à juger des questions connexes. Il y a lieu de les joindre pour statuer par un seul jugement.
Sur les conclusions à fin d’annulation :
En ce qui concerne la décision fixant le montant d’ISS au titre de l’année 2020 et la décision rejetant le recours gracieux formé à son encontre :
D’une part, aux termes de l’article L. 712-1 du code général de la fonction publique, qui a repris les anciennes dispositions de l’article 20 de la loi du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires : « Le fonctionnaire a droit, après service fait, à une rémunération comprenant : (…) 4° Les primes et indemnités instituées par une disposition législative ou réglementaire ». Aux termes de l’article 1er du décret du 25 août 2003 relatif à l’indemnité spécifique de service allouée aux ingénieurs des ponts, des eaux et des forêts et aux fonctionnaires des corps techniques de l’équipement, dans sa rédaction applicable au litige : « Les (…) fonctionnaires des corps techniques de l’équipement, ingénieurs des travaux publics de l’État (…) bénéficient, dans la limite des crédits ouverts à cet effet, d’une indemnité spécifique de service. / (…) L’année 2020 constitue la dernière année d’acquisition de droit à l’indemnité spécifique de service. (…) ». L’article 7 du même décret, alors en vigueur, dispose que : « Les montants de l’indemnité spécifique de service susceptibles d’être servis peuvent faire l’objet de modulation pour tenir compte des fonctions exercées et de la qualité des services rendus dans des conditions fixées par arrêté conjoint du ministre chargé de l’équipement, du ministre chargé du budget et du ministre chargé de la fonction publique ». L’article 3 de l’arrêté du 25 août 2003 fixant les modalités d’application du décret n° 2003-799 du 25 août 2003 relatif à l’indemnité spécifique de service allouée aux ingénieurs des ponts, des eaux et des forêts et aux fonctionnaires des corps techniques de l’équipement, alors en vigueur, dispose que : « Les coefficients de modulation individuelle prévus à l’article 7 du décret du 25 août 2003 susvisé sont fixés dans les conditions suivantes : / Ingénieur divisionnaire des travaux publics de l’État détaché sur l’emploi fonctionnel d’ingénieur en chef des travaux publics de l’Etat du premier ou du deuxième groupe / Modulation individuelle par rapport au taux moyen entre 73,5 % et 122,5% ».
D’autre part, aux termes de l’article 16 du décret du 28 juillet 2010 relatif aux conditions générales de l’appréciation de la valeur professionnelle des fonctionnaires de l’Etat : « Lorsque des régimes indemnitaires prévoient une modulation en fonction des résultats individuels ou de la manière de servir, ces critères sont appréciés par le chef de service au vu du compte rendu de l’entretien professionnel ».
Il résulte de la combinaison des dispositions précitées que l’indemnité spécifique de service peut être modulée sur la base d’un coefficient de modulation individuelle (CMI) tenant compte des fonctions exercées et de la qualité des services rendus par l’agent, laquelle est appréciée au vu de son compte rendu d’entretien professionnel au titre de l’année concernée.
Afin de fixer le CMI de Mme A... à 0,95 pour la période du 1er mars 2020 au 31 décembre 2020, alors qu’il était de 1,05 pour la période du 1er janvier au 29 février 2020, l’administration s’est fondée, ainsi que le rappellent le ministre chargé de l’écologie et le préfet de la Manche dans leurs mémoires en défense, non seulement sur les fonctions exercées et la qualité des services rendus par l’intéressée, mais également sur sa nomination à un emploi fonctionnel d’ingénieur en chef des travaux publics de l’Etat du deuxième groupe à compter du 1er mars 2020. Il ressort à cet égard des explications apportées en défense que le préfet de la Manche, se référant à une note de gestion ministérielle du 29 décembre 2020, a retenu, à compter du mois de mars 2020, un coefficient de modulation individuelle réduit à 0,95 compte tenu de la promotion de l’agente. L’administration précise à cet égard que la valeur professionnelle de Mme A... avait déjà été reconnue par un CMI à 1,05 et une promotion à l’emploi fonctionnel d’ingénieur en chef des travaux publics de l’Etat du deuxième groupe et qu’un CMI fixé à 0,95 alors qu’elle a été nommée à un tel emploi fonctionnel s’avère plus avantageux que le précédent CMI fixé à 1,05 pour le grade d’ingénieur divisionnaire des travaux publics de l’Etat.
Toutefois, s’il résulte de la combinaison des dispositions précitées du décret du 25 août 2003 et de l’arrêté du même jour, alors applicables, d’une part, que le taux annuel moyen de l’ISS est défini, pour les ingénieurs des travaux publics de l’État, par un taux de base affecté d’un coefficient correspondant à leurs grades et d’un coefficient propre à chaque service et, d’autre part, que le montant de l’ISS susceptible d’être servi peut faire l’objet d’une modulation pour tenir compte des fonctions exercées et de la qualité des services rendus par l’agent, l’autorité administrative ne peut légalement se fonder sur le critère du grade détenu ou de l’emploi fonctionnel occupé par l’agent pour moduler, à la hausse ou à la baisse, le taux de son CMI par rapport à ce taux annuel moyen. En l’espèce, il est constant qu’aucun changement de fonctions n’est intervenu le 1er mars 2020, la requérante continuant d’occuper à cette date le poste de secrétaire général de la DDTM de la Manche. En outre, aucune dégradation de sa manière de servir n’a été constatée à compter de la même date, le compte rendu d’entretien professionnel réalisé au titre de l’année 2020 relevant notamment que l’agente a exercé « la responsabilité de secrétaire général à un niveau rarement rencontré » et que « L’investissement professionnel de B... A... à la DDTM de la Manche est remarquable. L’année 2020 en a été encore le témoin ». Dès lors qu’il ressort des pièces du dossier que le CMI fixé pour la période du 1er mars au 31 décembre 2020 n’a pas été exclusivement modulé en tenant compte des fonctions qu’elle a exercées et de la qualité des services qu’elle a rendus au cours de l’année 2020, la requérante est fondée à soutenir que la décision du 16 mars 2022 et la décision du 24 octobre 2022 rejetant le recours administratif formé contre cette décision sont entachées d’une erreur de droit. Il en résulte, sans qu’il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens des requêtes n° 2201127 et n° 2202852, que la décision du 16 mars 2022, en tant qu’elle a limité à 17 648,59 euros le montant dû pour la période du 1er mars au 31 décembre 2020, ainsi que celle rejetant le recours administratif dirigé contre cette décision doivent être annulées.
En ce qui concerne l’arrêté du 6 décembre 2022, en tant qu’il fixe le montant de l’indemnité de départ volontaire :
Aux termes de l’article 1er du décret du 17 avril 2008 instituant une indemnité de départ volontaire, dans sa rédaction applicable au litige : « Une indemnité de départ volontaire peut être attribuée aux fonctionnaires qui quittent définitivement la fonction publique de l’Etat à la suite d’une démission régulièrement acceptée en application du 2° de l’article 24 de la loi du 13 juillet 1983 susvisée, aux personnels ouvriers des établissements industriels de l’Etat relevant du décret n° 2004-1056 du 5 octobre 2004 relatif au régime des pensions des ouvriers des établissements industriels de l’Etat, à l’exception des personnels ouvriers du ministère de la défense, et aux agents non titulaires de droit public recrutés pour une durée indéterminée qui démissionnent dans les conditions fixées par l’article 48 du décret du 17 janvier 1986 susvisé et dont le poste fait l’objet d’une restructuration ou dont l’emploi est supprimé dans le cadre de l’article 62 bis de la loi du 11 janvier 1984 susvisée (…). ». Aux termes de l’article 6 du même décret, dans sa rédaction applicable au litige : « (…) Pour les agents placés en position de disponibilité (…) qui n’ont perçu aucune rémunération versée par l’administration, le plafond de l’indemnité de départ volontaire est calculé sur la base de la rémunération brute perçue au cours des douze derniers mois au titre desquels ils ont été rémunérés par l’administration (…) ». Aux termes de l’article 1er de l’arrêté du 20 octobre 2020 désignant les opérations de restructuration au sein des services déconcentrés de l’Etat ouvrant droit aux dispositifs indemnitaires d’accompagnement des agents et aux dispositifs de ressources humaines en vue de la sécurisation des transitions professionnelles dans le cadre de la mise en place des secrétariats généraux communs départementaux : « Les réorganisations de services intervenues lors de la mise en place des secrétariats généraux communs départementaux prévus par le décret n° 2020-99 du 7 février 2020 susvisé constituent des opérations de restructuration de service. Elles ouvrent droit, pour chaque emploi et fonction concernés par la création des secrétariats généraux communs départementaux, aux primes, indemnités et dispositifs énumérés aux articles 2 à 4 ». L’article 2 du même arrêté prévoit que : « Les fonctionnaires (…) concernés par les opérations de réorganisation prévues à l’article 1er peuvent bénéficier : / (…) - de l’indemnité de départ volontaire prévue par le décret n° 2008-368 du 17 avril 2008 susvisé (…) ».
Mme A... ayant été placée en position de disponibilité du 1er février 2022 au 29 novembre 2022 avant sa radiation des cadres le 30 novembre 2022, l’indemnité de départ volontaire allouée devait, en application des dispositions citées au point précédent, être calculée sur la base de la rémunération brute perçue par l’intéressée entre le 1er février 2021 et le 31 janvier 2022.
Aux termes de l’article 1er du décret du 25 août 2003 relatif à l’indemnité spécifique de service allouée aux ingénieurs des ponts et chaussées et aux fonctionnaires des corps techniques de l’équipement, dans sa rédaction applicable du 19 décembre 2021 au 1er novembre 2022 : « (…) L’année 2020 constitue la dernière année d’acquisition de droit à l’indemnité spécifique de service. (…) / Les droits à l’indemnité (…) correspondant au service rendu par les agents concernés au titre de l’année 2020 sont versés à parts égales sur six années à compter de l’année 2022. (…) ». Aux termes de ce même article, dans sa rédaction applicable à compter du 2 novembre 2022 : « (…) Les droits à l’indemnité spécifique de service correspondant au service rendu par les agents concernés au titre de l’année 2020 sont versés intégralement au plus tard le 31 décembre 2022, déduction faite des montants déjà payés (…) ».
C’est par une exacte application de ces dispositions que le ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires a, dans un premier temps, prévu un étalement sur six années du paiement de l’indemnité spécifique de service au titre de l’année 2020 puis, dans un second temps, a finalement procédé au cours de l’année 2022 au versement de l’intégralité de la somme due aux agents au titre de cette indemnité. Si Mme A... invoque un droit au paiement, avant le 31 décembre 2021, de l’intégralité de la somme due au titre de 2020, un tel droit ne résultait pas du décret précité dans sa rédaction applicable au litige, qui prévoyait expressément un versement à parts égales sur six années à compter de l’année 2022. Il est constant que la somme due a finalement été versée à la requérante en 2022. Dès lors que Mme A... n’est pas fondée à soutenir que le versement du montant total de l’ISS devait, comme elle l’allègue, intervenir avant le 31 décembre 2021, elle n’est pas non plus fondée à soutenir que l’absence de prise en compte du montant d’ISS versé au titre de l’année 2020 entacherait d’illégalité l’arrêté du 6 décembre 2022 fixant le montant de son indemnité de départ volontaire à partir de la rémunération perçue du 1er février 2021 au 31 janvier 2022.
En revanche, aux termes de l’article 1er du décret du 20 mai 2014 portant création d’un régime indemnitaire tenant compte des fonctions, des sujétions, de l’expertise et de l’engagement professionnel dans la fonction publique de l’État : « Les fonctionnaires relevant de la loi du 11 janvier 1984 susvisée peuvent bénéficier, (…) d’une indemnité de fonctions, de sujétions et d’expertise (…) dans les conditions fixées par le présent décret. / Des arrêtés du ministre chargé de la fonction publique, du ministre chargé du budget et, le cas échéant, du ministre intéressé désignent, après avis du comité technique compétent ou du Conseil supérieur de la fonction publique de l’Etat, des corps et emplois bénéficiant de l’indemnité de fonctions, de sujétions et d’expertise (…) ». Selon les termes de l’article 6 du même décret : « Lors de la première application des dispositions du présent décret, le montant indemnitaire mensuel perçu par l’agent au titre du ou des régimes indemnitaires liés aux fonctions exercées ou au grade détenu et, le cas échéant, aux résultats, à l’exception de tout versement à caractère exceptionnel, est conservé au titre de l’indemnité de fonctions, de sujétions et d’expertise jusqu’à la date du prochain changement de fonctions de l’agent, sans préjudice du réexamen au vu de l’expérience acquise prévu au 2° de l’article 3 ». Par un arrêté interministériel du 5 novembre 2021, les dispositions du décret du 20 mai 2014 ont été rendues applicables de manière rétroactive, à compter du 1er janvier 2021, au corps des ingénieurs des travaux publics de l’État, auxquels avait été jusqu’alors maintenu un régime indemnitaire propre, composé de l’ISS et de la prime de service et de rendement.
Il résulte de l’ensemble des dispositions précitées que le montant de l’indemnité de fonctions, de sujétions et d’expertise (IFSE) devant être servie aux ingénieurs des travaux publics de l’État au titre de l’année 2021, qui a constitué l’année de première application des dispositions du décret du 20 mai 2014 relatives au régime indemnitaire tenant compte des fonctions, des sujétions, de l’expertise et de l’engagement professionnel (RIFSEEP) dans la fonction publique de l’État, devait être établi sur le fondement du régime indemnitaire dont ils bénéficiaient jusqu’au 31 décembre 2020, et notamment du montant de l’ISS alloué au titre de l’année 2020 qui constituait la dernière année d’acquisition du droit à cette indemnité.
Dès lors que le montant de l’IFSE versé à Mme A... au titre de l’année 2021 a été déterminé à partir du montant de l’ISS fixé par la décision du 16 mars 2022, annulée par le présent jugement en tant qu’elle concerne la période du 1er mars au 31 décembre 2020, et que l’arrêté attaqué du 6 décembre 2022 a lui-même fixé le montant de l’indemnité de départ volontaire en intégrant l’IFSE dont a bénéficié la requérante au titre de la période du 1er février 2021 au 31 janvier 2022, la requérante est fondée, pour ce seul motif, à demander l’annulation de cet arrêté fixant le montant de l’indemnité de départ volontaire due à la somme de 140 250,98 euros, en tant que sa base de calcul intègre le montant d’IFSE attribué au titre de l’année 2021.
Sur les conclusions à fin d’injonction :
Eu égard aux motifs d’annulation retenus, le présent jugement implique que la ministre de la transition écologique, de l’énergie, du climat et de la prévention des risques procède au réexamen du coefficient de modulation individuelle attribué à Mme A... pour la période du 1er mars au 31 décembre 2020, afin de déterminer le montant de sa dotation finale d’ISS pour cette même période. Le présent jugement implique également que la ministre tire l’ensemble des conséquences de ce réexamen sur la situation de l’agente, notamment en ce qui concerne la fixation du montant de l’indemnité de départ volontaire, dès lors qu’il a été rappelé au point précédent que le calcul de cette indemnité a intégré le montant de l’IFSE alloué à l’intéressée au titre de l’année 2021, lui-même établi sur le fondement du montant de l’ISS alloué au titre de l’année 2020. Par suite, il y a lieu d’enjoindre à cette autorité de procéder à ces mesures d’exécution dans un délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement. Il n’y a pas lieu, dans les circonstances de l’espèce, d’assortir cette injonction de l’astreinte demandée.
D E C I D E :
Article 1er : La décision du 16 mars 2022, en tant qu’elle a fixé le montant de l’indemnité spécifique de service dû pour la période du 1er mars au 31 décembre 2020, la décision du 24 octobre 2022 et l’arrêté du 6 décembre 2022, en tant qu’il intègre dans la base de calcul de l’indemnité de départ volontaire le montant d’IFSE attribué à Mme A... au titre de l’année 2021, sont annulés.
Article 2 : Il est enjoint à la ministre de la transition écologique, de l’énergie, du climat et de la prévention des risques de réexaminer, dans les conditions précisées au point 15 du présent jugement, le montant de l’indemnité spécifique de service attribué à Mme A... au titre de l’année 2020 ainsi que le montant de son indemnité de départ volontaire, dans un délai de trois mois à compter du présent jugement.
Article 3 : Le surplus des conclusions des requêtes est rejeté.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme B... A..., au préfet de la Manche et à la ministre de la transition écologique, de l’énergie, du climat et de la prévention des risques.
Délibéré après l’audience du 22 octobre 2024, à laquelle siégeaient :
M. Marchand, président,
Mme Pillais, première conseillère,
M. Pringault, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 novembre 2024.
Le rapporteur,
Signé
S. PRINGAULT
Le président,
Signé
A. MARCHAND
Le greffier,
Signé
J. LOUNIS
La République mande et ordonne à la ministre de la transition écologique, de l’énergie, du climat et de la prévention des risques en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
E. Bloyet