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AccueilJurisprudence administrativeN° TA14-2201172

Tribunal Administratif de Caen — Décision N° TA14-2201172

jeudi 26 décembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Caen
SectionTribunal Administratif de Caen
N° DossierTA14-2201172
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation2ème chambre
Avocat requérantAUDAS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés le 17 mai 2022, le 21 juillet 2022, le 1er septembre 2022, et des mémoires récapitulatifs, enregistrés le 19 décembre 2022, le 30 janvier 2023, le 7 décembre 2023, le 27 juin 2024 et le 25 juillet 2024, M. F D et Mme C D, représentés par Me Audas, demandent au tribunal, dans le dernier état de leurs écritures :

1°) d'annuler l'arrêté du 21 décembre 2021 par lequel la maire de la commune de Saint-Pair-sur-Mer a délivré à M. et Mme E un permis de construire portant sur l'extension et la surélévation d'une maison individuelle ;

2°) d'annuler l'arrêté du 6 janvier 2022 par lequel la maire de la commune de Saint-Pair-sur-Mer a délivré à M. et Mme E un permis de construire modificatif n° 1 pour les modifications de la toiture nord-est, d'ouvertures et du volet paysager et ensemble, l'arrêté du 17 janvier 2023 de rectification d'une erreur matérielle ;

3°) d'annuler l'arrêté du 20 mars 2024 par lequel la maire de la commune de Saint-Pair-sur-Mer a délivré à M. et Mme E un permis de construire modificatif n° 2 pour la modification d'ouvertures et la pose de panneaux photovoltaïques et d'une clôture ;

4°) de mettre à la charge de la commune de Saint-Pair-sur-Mer et de M. et Mme E la somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

M. et Mme D soutiennent, dans le dernier état de leurs écritures, que :

- le permis de construire initial et le permis de construire modificatif n° 2 sont entachés d'incompétence ;

- le permis de construire initial méconnaît les dispositions des articles L. 431-1 et R. 431-1 du code de l'urbanisme, faute de recours à un architecte pour l'établissement du projet architectural ;

- les dossiers de demande de permis de construire et de permis de construire modificatifs sont lacunaires et incohérents, en méconnaissance des articles R. 431-8, R. 431-9 et R. 431-10 du code de l'urbanisme ;

- les arrêtés contestés méconnaissent l'article UC 6 du règlement du plan local d'urbanisme ;

- ils méconnaissent l'article UC 7 du règlement du plan local d'urbanisme ;

- ils méconnaissent l'articule UC 10 du règlement du plan local d'urbanisme ;

- ils sont illégaux, en l'absence de régularisation de l'ensemble des travaux réalisés de manière irrégulière ;

- ils ont été obtenus par fraude dans le but de construire une grande maison sans avoir recours à un architecte, sans respecter certaines règles du plan local d'urbanisme, sans se soumettre à la réglementation thermique, et ainsi minimiser le calcul nécessaire aux impositions fiscales.

Par des mémoires en défense, enregistrés le 7 juillet 2022, le 27 janvier 2023 et le 28 juin 2024, la commune de Saint Pair Sur Mer, représentée par la SELARL BRG Associés, conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 2 500 soit mise à la charge de M. et de Mme D en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que :

- les requérants sont dépourvus d'intérêt à agir ;

- les obligations de notification issues de l'article R. 600-1 du code de l'urbanisme n'ont pas été respectées ;

- les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Par des mémoires en défense, enregistrés le 16 novembre 2022, le 30 janvier 2023, le 14 septembre 2023 et le 12 septembre 2024, M. A E et Mme B E, représentés par la SELARL Juriadis, concluent à titre principal au rejet de la requête, à titre subsidiaire à ce que le tribunal sursoit à statuer en application de l'article L. 600-5-1 du code de l'urbanisme afin de permettre la régularisation du permis de construire attaqué, et en tout état de cause à ce que la somme de 2 000 euros soit mise à la charge de M. et Mme D en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils font valoir que les requérants sont dépourvus d'intérêt à agir et que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le code général des collectivités territoriales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Absolon, première conseillère,

- les conclusions de M. Blondel, rapporteur public,

- les observations de Me Lebrouder, substituant Me Audas, avocate de M. et Mme D,

- et les observations de Me Châles, substituant la SELARL Juriadis, avocate de M. et Mme E.

Une note en délibéré, présentée par M. et Mme E, a été enregistrée le 12 décembre 2024.

Considérant ce qui suit :

1. M. et Mme D sont propriétaires à Saint-Pair-sur-Mer d'une maison d'habitation au n° 155 de la rue Pierre Chesnay, qui se trouve en face de la propriété de M. et Mme E située au n° 148. Ceux-ci ont obtenu un permis de construire délivré le 21 décembre 2021, par lequel le projet d'extension et de surélévation de leur maison d'habitation a été autorisé, avec démolition partielle, changement de la toiture et création d'une surface de plancher de 109 m². Par un recours gracieux du 4 février 2022, M. et Mme D ont demandé le retrait du permis de construire et le maire, par courrier du 16 mars suivant, a refusé de faire droit à cette demande. Par un arrêté du 6 janvier 2022, dont l'erreur matérielle concernant la date a été corrigée par un arrêté du 17 janvier 2023, la maire leur a accordé un permis de construire modificatif n° 1 pour des modifications afférentes à la toiture nord-est, aux ouvertures et au volet paysager. Par un arrêté du 20 mars 2024, la maire de la commune leur a délivré un second permis de construire modificatif visant à modifier des ouvertures et autorisant la pose de panneaux photovoltaïques et d'une clôture. Par la présente requête, M. et Mme D demandent l'annulation du permis de construire initial du 21 décembre 2021, ainsi que des deux permis de construire modificatifs des 6 janvier 2023 et 20 mars 2024.

Sur le cadre du litige :

2. D'une part, aux termes de l'article L. 600-5-2 du code de l'urbanisme : " Lorsqu'un permis modificatif, une décision modificative ou une mesure de régularisation intervient au cours d'une instance portant sur un recours dirigé contre le permis de construire, de démolir ou d'aménager initialement délivré ou contre la décision de non-opposition à déclaration préalable initialement obtenue et que ce permis modificatif, cette décision modificative ou cette mesure de régularisation ont été communiqués aux parties à cette instance, la légalité de cet acte ne peut être contestée par les parties que dans le cadre de cette même instance. ".

3. Il résulte de ces dispositions que les parties à une instance portant sur un recours dirigé contre le permis de construire, de démolir ou d'aménager initialement délivré ou contre la décision de non-opposition à déclaration préalable initialement obtenue sont recevables à contester la légalité d'un permis modificatif, d'une décision modificative ou d'une mesure de régularisation intervenue au cours de cette instance, lorsqu'elle leur a été communiquée, tant que le juge n'a pas statué au fond, sans condition de forme ni de délai. Si cette contestation prend la forme d'un recours pour excès de pouvoir présenté devant la juridiction saisie de la décision initiale ou qui lui est transmis en application de l'article R. 351-3 du code de justice administrative, elle doit être regardée comme un mémoire produit dans l'instance en cours.

4. D'autre part, lorsqu'un permis de construire a été délivré en méconnaissance des dispositions législatives ou réglementaires relatives à l'utilisation du sol ou sans que soient respectées des formes ou formalités préalables à la délivrance des permis de construire, l'illégalité qui en résulte peut être régularisée par la délivrance d'un permis modificatif dès lors que celui-ci assure le respect des règles de fond applicables au projet en cause, répond aux exigences de forme ou a été précédé de l'exécution régulière de la ou des formalités qui avaient été omises. Les irrégularités ainsi régularisées à la suite de la modification de son projet par le pétitionnaire et en l'absence de toute intervention du juge ne peuvent plus être utilement invoquées à l'appui d'un recours pour excès de pouvoir dirigé contre le permis initial.

Sur les fins de non-recevoir :

5. En premier lieu, aux termes de R. 600-1 du code de l'urbanisme : " En cas () de recours contentieux à l'encontre () d'une décision relative à l'occupation ou l'utilisation du sol régie par le présent code, () l'auteur du recours est tenu, à peine d'irrecevabilité, de notifier son recours à l'auteur de la décision et au titulaire de l'autorisation. () / La notification prévue au précédent alinéa doit intervenir par lettre recommandée avec accusé de réception, dans un délai de quinze jours francs à compter du dépôt () du recours. / La notification du recours à l'auteur de la décision et, s'il y a lieu, au titulaire de l'autorisation est réputée accomplie à la date d'envoi de la lettre recommandée avec accusé de réception. Cette date est établie par le certificat de dépôt de la lettre recommandée auprès des services postaux. / () ".

6. Il résulte des dispositions précitées de l'article R. 600-1 du code de l'urbanisme que les requérants qui forment un recours contentieux à l'encontre d'une autorisation d'urbanisme doivent notifier une copie intégrale du recours ou une lettre qui reprend intégralement l'exposé des faits, moyens et conclusions de ce recours, à l'auteur de la décision ainsi qu'au titulaire de cette autorisation dans un délai de quinze jours francs à compter du dépôt de la requête. Il appartient au juge, au besoin d'office, de rejeter le recours comme irrecevable, lorsque son auteur, après y avoir été invité par lui, n'a pas justifié de l'accomplissement des formalités requises par les dispositions précitées de l'article R. 600-1 du code de l'urbanisme par la production de ces documents ou de documents présentant des garanties équivalentes.

7. En l'espèce, les requérants apportent la preuve de la notification, dans les délais requis, de leur recours contentieux à M. et Mme E et à la commune de Saint-Pair-sur-Mer. La fin de non-recevoir soulevée par la commune et tirée de l'absence de respect de cette formalité doit, par suite, être écartée.

8. En second lieu, aux termes de l'article L. 600-1-2 du code de l'urbanisme : " Une personne autre que l'Etat, les collectivités territoriales ou leurs groupements ou une association n'est recevable à former un recours pour excès de pouvoir contre une décision relative à l'occupation ou à l'utilisation du sol régie par le présent code que si la construction, l'aménagement ou le projet autorisé sont de nature à affecter directement les conditions d'occupation, d'utilisation ou de jouissance du bien qu'elle détient ou occupe régulièrement ou pour lequel elle bénéficie d'une promesse de vente, de bail, ou d'un contrat préliminaire mentionné à l'article L. 261-15 du code de la construction et de l'habitation. Le présent article n'est pas applicable aux décisions contestées par le pétitionnaire ".

9. Il résulte de ces dispositions qu'il appartient, en particulier, à tout requérant qui saisit le juge administratif d'un recours pour excès de pouvoir tendant à l'annulation d'un permis de construire, de démolir ou d'aménager, de préciser l'atteinte qu'il invoque pour justifier d'un intérêt lui donnant qualité pour agir, en faisant état de tous éléments suffisamment précis et étayés de nature à établir que cette atteinte est susceptible d'affecter directement les conditions d'occupation, d'utilisation ou de jouissance de son bien. Lorsque le requérant, sans avoir contesté le permis initial ou après avoir épuisé les voies de recours contre le permis initial, ainsi devenu définitif, forme un recours contre un permis de construire modificatif, son intérêt pour agir doit être apprécié au regard de la portée des modifications apportées par le permis modificatif au projet de construction initialement autorisé. Il appartient dans tous les cas au défendeur, s'il entend contester l'intérêt à agir du requérant, d'apporter tous éléments de nature à établir que les atteintes alléguées sont dépourvues de réalité. Le juge de l'excès de pouvoir apprécie la recevabilité de la requête au vu des éléments ainsi versés au dossier par les parties, en écartant le cas échéant les allégations qu'il jugerait insuffisamment étayées, mais sans pour autant exiger de l'auteur du recours qu'il apporte la preuve du caractère certain des atteintes qu'il invoque au soutien de la recevabilité de celui-ci. Eu égard à sa situation particulière, le voisin immédiat justifie, en principe, d'un intérêt à agir lorsqu'il fait état devant le juge, qui statue au vu de l'ensemble des pièces du dossier, d'éléments relatifs à la nature, à l'importance ou à la localisation du projet de construction ou, lorsque le contentieux porte sur un permis de construire modificatif, des modifications apportées au projet.

10. Il ressort des pièces du dossier que M. et Mme D sont propriétaires d'une maison d'habitation faisant immédiatement face au projet en litige. Les travaux qui consistent à agrandir et surélever une maison existante, qui occasionnent un préjudice de vue, sont susceptibles d'affecter directement les conditions d'occupation, d'utilisation ou de jouissance des biens des requérants. Dans ces conditions, ils justifient d'un intérêt suffisant à agir contre les arrêtés en litige. Par suite, la fin de non-recevoir tirée du défaut d'intérêt à agir opposée par la commune de Saint-Pair-sur-Mer doit être écartée.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

11. En premier lieu, aux termes des dispositions de l'article L. 422-1 du code de l'urbanisme : " L'autorité compétente pour délivrer le permis de construire, d'aménager ou de démolir et pour se prononcer sur un projet faisant l'objet d'une déclaration préalable est : / a) Le maire, au nom de la commune, dans les communes qui se sont dotées d'un plan local d'urbanisme () ". Aux termes de l'article L. 2122-18 du code général des collectivités territoriales : " Le maire est seul chargé de l'administration, mais il peut, sous sa surveillance et sa responsabilité, déléguer par arrêté une partie de ses fonctions à un ou plusieurs de ses adjoints et à des membres du conseil municipal ".

12. Si, par un arrêté du 26 mai 2020, la cinquième adjointe au maire a reçu délégation de fonction pour " traiter les affaires intéressant l'urbanisme durable de planification, l'urbanisme commercial et l'urbanisme patrimonial dont l'AVAP ", les autorisations d'urbanisme ne relèvent pas de ces matières. En outre, si, par cet arrêté de délégation, la cinquième adjointe a également été chargée " de suppléer la maire et les quatre premiers adjoints en cas d'absence ou d'empêchement ", cette disposition qui ne définit pas avec une précision suffisante les limites de la délégation consentie à l'intéressée, ne pouvait lui donner compétence à l'effet de signer des autorisations d'urbanisme. Par suite, les requérants sont fondés à soutenir que le permis de construire modificatif n° 2 est entaché d'un vice de compétence. En revanche, dès lors que le permis de construire modificatif n° 1 a été signé par la maire de la commune, la délivrance de ce permis modificatif a régularisé le vice d'incompétence entachant le permis de construire initial.

13. En deuxième lieu, aux termes des dispositions de l'article L. 431-1 du code de l'urbanisme : " Conformément aux dispositions de l'article 3 de la loi n° 77-2 du 3 janvier 1977 sur l'architecture, la demande de permis de construire ne peut être instruite que si la personne qui désire entreprendre des travaux soumis à une autorisation a fait appel à un architecte pour établir le projet architectural faisant l'objet de la demande de permis de construire. ". Aux termes de l'article L. 431-3 du même code : " Conformément aux dispositions de l'article 4 de la loi n° 77-2 du 3 janvier 1977 sur l'architecture, par dérogation à l'article L. 431-1, ne sont pas tenues de recourir à un architecte les personnes physiques ou exploitations agricoles et les coopératives d'utilisation de matériel agricole qui déclarent vouloir édifier ou modifier, pour elles-mêmes, une construction de faible importance dont les caractéristiques, notamment la surface maximale de plancher, sont déterminées par décret en Conseil d'Etat. Ces caractéristiques peuvent être différentes selon la destination des constructions. Pour les constructions édifiées ou modifiées par les personnes physiques, à l'exception des constructions à usage agricole, la surface maximale de plancher déterminée par ce décret ne peut être supérieure à 150 mètres carrés ". Aux termes de l'article R. 431-2 de ce même code : " Pour l'application de l'article 4 de la loi n° 77-2 du 3 janvier 1977 sur l'architecture, ne sont toutefois pas tenues de recourir à un architecte les personnes physiques, les exploitations agricoles ou les coopératives d'utilisation de matériel agricole agréées au titre de l'article L. 525-1 du code rural et de la pêche maritime qui déclarent vouloir édifier ou modifier pour elles-mêmes : / a) Une construction à usage autre qu'agricole dont la surface de plancher n'excède pas cent cinquante mètres carrés ; () ".

14. Il ressort des pièces du dossier que les plans du projet issus des permis modificatifs n° 1 et 2 ont été signés par un architecte. Compte tenu de l'ampleur des modifications autorisées entre le projet dans sa version initiale et celle résultant des permis modificatifs, cette signature ne peut faire regarder l'architecte comme s'étant approprié les plans réalisés par les pétitionnaires eux-mêmes et comme ayant, ce faisant, délivré une signature de complaisance. Par suite, le défaut de recours à un architecte pour l'établissement des plans du projet initial a, en tout état de cause, été régularisé.

15. En troisième lieu, aux termes de l'article R. 431-8 du code de l'urbanisme : " Le projet architectural comprend une notice précisant : / 1° L'état initial du terrain et de ses abords indiquant, s'il y a lieu, les constructions, la végétation et les éléments paysagers existants ; / 2° Les partis retenus pour assurer l'insertion du projet dans son environnement et la prise en compte des paysages, faisant apparaître, en fonction des caractéristiques du projet : / a) L'aménagement du terrain, en indiquant ce qui est modifié ou supprimé ; / b) L'implantation, l'organisation, la composition et le volume des constructions nouvelles, notamment par rapport aux constructions ou paysages avoisinants ; / c) Le traitement des constructions, clôtures, végétations ou aménagements situés en limite de terrain ; / d) Les matériaux et les couleurs des constructions ; / e) Le traitement des espaces libres, notamment les plantations à conserver ou à créer ; / f) L'organisation et l'aménagement des accès au terrain, aux constructions et aux aires de stationnement ". Aux termes de l'article R. 431-9 de ce code : " Le projet architectural comprend également un plan de masse des constructions à édifier ou à modifier coté dans les trois dimensions. Ce plan de masse fait apparaître les travaux extérieurs aux constructions, les plantations maintenues, supprimées ou créées et, le cas échéant, les constructions existantes dont le maintien est prévu. Il indique également, le cas échéant, les modalités selon lesquelles les bâtiments ou ouvrages seront raccordés aux réseaux publics ou, à défaut d'équipements publics, les équipements privés prévus, notamment pour l'alimentation en eau et l'assainissement. Lorsque le terrain n'est pas directement desservi par une voie ouverte à la circulation publique, le plan de masse indique l'emplacement et les caractéristiques de la servitude de passage permettant d'y accéder. Lorsque le projet est situé dans une zone inondable délimitée par un plan de prévention des risques, les cotes du plan de masse sont rattachées au système altimétrique de référence de ce plan. ". Enfin, l'article R. 431-10 dudit code prévoit que : " Le projet architectural comprend également : () b) Un plan en coupe précisant l'implantation de la construction par rapport au profil du terrain ; lorsque les travaux ont pour effet de modifier le profil du terrain, ce plan fait apparaître l'état initial et l'état futur ; () d) Deux documents photographiques permettant de situer le terrain respectivement dans l'environnement proche et, sauf si le demandeur justifie qu'aucune photographie de loin n'est possible, dans le paysage lointain. Les points et les angles des prises de vue sont reportés sur le plan de situation et le plan de masse. ".

16. La circonstance que le dossier de demande de permis de construire ne comporterait pas l'ensemble des documents exigés par les dispositions du code de l'urbanisme, ou que les documents produits seraient insuffisants, imprécis ou comporteraient des inexactitudes, n'est susceptible d'entacher d'illégalité le permis de construire qui a été accordé que dans le cas où les omissions, inexactitudes ou insuffisances entachant le dossier ont été de nature à fausser l'appréciation portée par l'autorité administrative sur la conformité du projet à la réglementation applicable.

17. De première part, il ressort des pièces du dossier que l'ensemble des pièces énumérées par les dispositions des articles R. 431-8 à R. 431-10 du code de l'urbanisme ont été produites à l'appui des demandes de permis en litige.

18. De deuxième part, si les requérants soutiennent que les arrêtés ayant octroyé les permis modificatifs n'ont pas repris dans leur dispositif les modifications autorisées, cette circonstance est sans influence sur l'appréciation du caractère régulier des dossiers de permis.

19. De troisième part, la notice d'insertion PCMI 4 produite à l'appui dossier de demande de permis de construire modificatif n° 1 comporte deux rubriques intitulées " état initial du terrain, de la maison et de ses abords " dans laquelle il est notamment expliqué l'agrandissement et la surélévation de la construction existante, et " présentation du projet " où figurent le programme du projet, l'objet du permis de construire modificatif, l'implantation du projet d'extension, la composition de celui-ci, les matériaux et couleurs des constructions, l'insertion dans l'environnement, le volet paysager ainsi que le traitement des réseaux et du stationnement. Ces précisions et indications ont permis au service instructeur d'apprécier l'implantation, l'organisation, la composition et le volume de la construction envisagée. Si les requérants se prévalent de l'existence d'incohérences entre le projet architectural ayant servi à l'instruction du permis de construire initial et le projet architectural objet du permis de construire modificatif, lesquelles concerneraient la surélévation de la toiture sud-est, et les modifications des façades, des matériaux et des ouvertures, ces divergences s'expliquent par l'objet même de l'autorisation d'urbanisme modificative, qui est d'apporter des évolutions au projet initial.

20. De quatrième part, si les requérants soutiennent que le dossier du permis initial serait imprécis quant à la nature de certaines ouvertures, représentées en blanc sur les plans, ces précisions ont, en tout état de cause, été apportées par le permis de construire modificatif n° 1.

21. De cinquième part, il ressort du dossier de demande de permis de construire modificatif n° 1 que les pétitionnaires ont soumis au service instructeur un plan de masse portant sur la construction existante et un plan masse du projet, tous deux à l'échelle 1/100, le second étant coté dans les trois dimensions, conformément aux dispositions de l'article R. 431-9 du code de l'urbanisme. Si les requérants font état d'incohérences entre les dossiers du permis initial et du permis modificatif n° 1, ils ne se prévalent toutefois pas d'incohérences existant entre les pièces composant le dossier de demande de ce dernier permis.

22. De dernière part, il ressort des pièces du dossier que la demande de permis de construire modificatif n° 1 est accompagnée des plans de masse avant et après travaux, d'un plan de coupe par rapport au terrain naturel du projet, de deux plans retraçant les façades existantes et les façades du projet, de quatre photographies d'insertion du projet dans son environnement proche et plus éloigné, ainsi que de deux photographies de la construction existante. Contrairement aux allégations des requérants, les plans mentionnent les hauteurs du projet dans son ensemble, dont celle du garage établie à + 42 NGF, ainsi que celle du dernier étage indiquée à + 44,80 NGF. D'une manière générale, les plans du projet ont permis au service instructeur d'apprécier de manière complète ses caractéristiques. Enfin, les angles et prises de vues ont, en tout état de cause, été reportés sur le plan de masse du permis modificatif n° 1.

23. Il résulte de tout ce qui précède que le moyen tiré de l'incomplétude ou de l'insuffisance du dossier de demande de permis doit être écarté en toutes ses branches.

24. En quatrième lieu, aux termes de l'article UC 6 du règlement du plan local d'urbanisme : " En dehors des opérations de lotissements ou d'opérations groupées et pour les parcelles non bâties : / 6.1 les constructions doivent être implantées conformément aux alignements ou marges de reculement éventuelles portées sur le plan. () / 6.2 Si aucune indication n'est portée sur le plan, les constructions doivent être implantées au moins à 5 mètres de l'alignement des voies existantes, sous réserve de ne pas porter atteinte au fonctionnement de ces voies et à leurs caractéristiques. () En dehors des opérations de lotissements ou d'opérations groupées et pour les parcelles bâties " : / " 6.4 En deçà des marges de recul mentionnées à l'article 6.2, et sous réserve de ne pas porter atteinte au fonctionnement et aux caractéristiques de la voie desservant le terrain, toutes surélévation, extension ou réhabilitation de la construction existante seront réalisées en conservant l'alignement de cette dernière sans toutefois l'aggraver ".

25. D'une part, en fixant la règle d'implantation des constructions au moins à cinq mètres de l'alignement des voies existantes, l'article 6.2 a entendu régir la situation des constructions située en dehors des opérations de lotissements ou d'opérations groupées, et sur des parcelles non bâties. Or, la construction contestée se situe sur une parcelle bâtie. Par suite, le moyen tiré de ce que les arrêtés contestés méconnaitraient cette disposition ne peut qu'être écarté.

26. D'autre part, lorsque le règlement d'un plan local d'urbanisme ne précise pas, comme il lui est loisible de le faire, si la notion d'extension ou de surélévation d'une construction existante, lorsqu'il s'y réfère, comporte une limitation quant aux dimensions d'une telle extension ou surélévation, celle-ci doit, en principe, s'entendre d'un agrandissement de la construction existante présentant, outre un lien physique et fonctionnel avec elle, des dimensions inférieures à celle-ci.

27. En l'espèce, s'il ressort des pièces du dossier que le projet litigieux présente un lien physique et fonctionnel avec la construction existante sur son côté est, ses dimensions ne sont en revanche pas inférieures à la surface existante, de telle sorte que ce projet ne peut être regardé comme constituant une extension ou une surélévation. Par suite, les dispositions de l'article 6.4 du règlement du plan local d'urbanisme ne régissent pas l'implantation du projet en litige, de sorte que les requérants ne peuvent utilement se prévaloir d'une méconnaissance de ces mêmes dispositions.

28. En cinquième lieu, aux termes de l'article UC 7 du règlement du plan local d'urbanisme : " " 7.1 Fonds de parcelles / Les constructions seront obligatoirement implantées à une distance au moins égale à la moitié de la hauteur du bâtiment sans pouvoir être inférieure à 3 mètres. / () Toutefois, les constructions et extensions de construction existantes sont autorisées, dans le retrait défini au 1er alinéa, sous réserve qu'elles n'excèdent pas un volume délimité par un plan à 45° à compter d'une hauteur de 3 mètres à la verticale de la limite séparative (). 7.2 Limites séparatives latérales / 7.21 Dans la bande de 3 mètres, la construction en limites séparatives est autorisée. Les égouts rejoindront obligatoirement la limite séparative et ne dépasseront pas 3 mètres, pour un faitage à 6 mètres maximum ".

29. De première part, il ressort des plans du projet qu'en fond de parcelle, le projet prévoit une hauteur de façade fixée à 6 mètres à l'égout du toit, la circonstance que celui-ci prévoit une fenêtre en chien assis étant sans influence sur la détermination de cette hauteur. Il ressort de ces mêmes plans que la construction litigieuse sera implantée à une distance comprise entre 3,12 mètres et 3,30 mètres du fonds de la parcelle, en conformité avec la marge de retrait fixée par l'article UC 7.1, et en limite séparative. De deuxième part, il ressort du plan de façade que les égouts du toit rejoindront la limite séparative et seront d'une hauteur de trois mètres avec un faitage d'une hauteur de six mètres. La circonstance que la forme de la toiture ne soit plus, en l'état du projet issu du permis modificatif n° 1, parallèle à la limite séparative, est sans incidence sur la régularité des arrêtés attaqués dès lors que les dispositions de l'article UC 7 ne prévoient pas une telle exigence. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article UC 7 du règlement du plan local d'urbanisme doit être écarté.

30. En sixième lieu, aux termes de l'article UC 10 : " Hauteur maximum des constructions / Le nombre maximum de niveaux droits habitables (y compris le rez-de-chaussée) est fixé à 2, correspondant à 6 m à l'égout du toit et de 11 m au faitage mesurés au droit de la construction et en tous points du terrain naturel ".

31. Il ressort du dossier de demande du permis de construire modificatif n° 1, en particulier de sa notice, que le projet se compose d'un R+1+combles aménagés. Il ressort également des différents plans, notamment des plans de façades et de coupe, que la construction projetée comporte un rez-de-chaussée et un niveau droit, au-dessus desquels se situe un troisième niveau, compris entre le plancher haut du deuxième niveau et la toiture. Ce dernier niveau est situé à l'égout du toit, dans le volume compris sous la charpente, présente un léger retrait des façades par rapport aux niveaux inférieurs et ne peut, dès lors, être regardé comme un niveau droit. Par suite, les requérants ne sont pas fondés à soutenir que le projet méconnaitrait l'article UC 10 du règlement du plan local d'urbanisme en ce qu'il prévoirait trois niveaux droits.

32. En septième lieu, la circonstance, à la supposer établie, que l'abris de jardin et la terrasse auraient été construits sans autorisation ne faisait pas obstacle à la délivrance des permis en litige, dès lors que le projet prévoit leur suppression.

33. En dernier lieu, la caractérisation de la fraude résulte de ce que le pétitionnaire a procédé de manière intentionnelle à des manœuvres de nature à tromper l'administration sur la réalité du projet dans le but d'échapper à l'application d'une règle d'urbanisme. Une information erronée ne peut, à elle seule, faire regarder le pétitionnaire comme s'étant livré à l'occasion du dépôt de sa demande à des manœuvres destinées à tromper l'administration.

34. De première part, si les requérants soutiennent que les ouvriers présents sur le chantier disposent des plans du projet dans sa version résultant du permis de construire initial, que les surfaces de plancher mentionnées dans les formulaires de demande de permis ont été volontairement minimisées dans le but d'échapper en partie aux taxes d'urbanisme, que l'attestation de prise en compte de la réglementation thermique aurait due être établie par un professionnel, et non par les pétitionnaires eux-mêmes, et que la surface de l'emprise au sol de la construction avant travaux mentionnée dans les dossiers de demande de permis serait erronée, ces circonstances ne révèlent cependant pas, en tout état de cause, une manœuvre destinée à contourner l'application des règles d'urbanisme.

35. De deuxième part, les requérants n'établissent pas, comme ils le soutiennent que la surface d'emprise au sol de la construction après travaux mentionnée dans les dossiers de demande de permis serait erronée.

36. De troisième et dernière part, les requérants ne sont pas fondés à se prévaloir des insuffisances et irrégularités des dossiers de permis tenant à la contradiction de leurs pièces, à la nécessité de recourir à un architecte et à l'absence de mention de la nature de certaines ouvertures, ni d'un défaut de régularisation de travaux réalisés sans autorisation, ainsi qu'il résulte de ce qui a été dit plus haut.

37. Il résulte ce qui précède que, seul le permis modificatif n° 2 étant entaché d'un vice, les conclusions de la requête tendant à l'annulation des arrêtés des 21 décembre 2021, 6 janvier 2022 et 17 janvier 2023 doivent être rejetées.

Sur l'application de l'article L. 600-5-1 du code de l'urbanisme :

38. Aux termes de l'article L. 600-5-1 du code de l'urbanisme : " Sans préjudice de la mise en œuvre de l'article L. 600-5, le juge administratif qui, saisi de conclusions dirigées contre un permis de construire, de démolir ou d'aménager ou contre une décision de non-opposition à déclaration préalable estime, après avoir constaté que les autres moyens ne sont pas fondés, qu'un vice entraînant l'illégalité de cet acte est susceptible d'être régularisé, sursoit à statuer, après avoir invité les parties à présenter leurs observations, jusqu'à l'expiration du délai qu'il fixe pour cette régularisation, même après l'achèvement des travaux. Si une mesure de régularisation est notifiée dans ce délai au juge, celui-ci statue après avoir invité les parties à présenter leurs observations. Le refus par le juge de faire droit à une demande de sursis à statuer est motivé ".

39. Il résulte de ces dispositions, éclairées par les travaux parlementaires ayant conduit à l'adoption de la loi du 23 novembre 2018 portant évolution du logement, de l'aménagement et du numérique, que lorsque le ou les vices affectant la légalité de l'autorisation d'urbanisme dont l'annulation est demandée sont susceptibles d'être régularisés, le juge doit, en application de l'article L. 600-5-1 du code de l'urbanisme, surseoir à statuer sur les conclusions dont il est saisi contre cette autorisation, sauf à ce qu'il fasse le choix de recourir à l'article L. 600-5 du code de l'urbanisme, si les conditions posées par cet article sont réunies, ou que le bénéficiaire de l'autorisation lui ait indiqué qu'il ne souhaitait pas bénéficier d'une mesure de régularisation. Un vice entachant le bien-fondé de l'autorisation d'urbanisme est susceptible d'être régularisé, même si cette régularisation implique de revoir l'économie générale du projet en cause, dès lors que les règles d'urbanisme en vigueur à la date à laquelle le juge statue permettent une mesure de régularisation qui n'implique pas d'apporter à ce projet un bouleversement tel qu'il en changerait la nature même.

40. En l'espèce, l'illégalité relevée au point 12 tiré de l'incompétence de la signataire du permis de construire modificatif n° 2 peut faire l'objet d'une mesure de régularisation sur le fondement de l'article L. 600-5-1 du code de l'urbanisme. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de surseoir à statuer sur les conclusions tendant à l'annulation de l'arrêté du 20 mars 2024 et d'impartir au pétitionnaire et à la maire de la commune de Saint-Pair-sur-Mer un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement aux fins d'obtenir la régularisation du vice ci-dessus mentionné et de notifier au tribunal l'autorisation modificative correspondante.

D E C I D E :

Article 1er : Les conclusions de la requête tendant à l'annulation des arrêtés des 21 décembre 2021, 6 janvier 2022 et 17 janvier 2023 sont rejetées.

Article 2 : Il est sursis à statuer sur les conclusions de la requête de M. et Mme D tendant à l'annulation de l'arrêté du 20 mars 2024 pour permettre la production au tribunal d'un permis de construire modificatif régularisant le vice mentionné au point 12 du présent jugement.

Article 3 : Le délai dans lequel la mesure de régularisation doit être communiquée au tribunal est fixé à un mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 4 : Tous droits et moyens des parties sur lesquels il n'est pas expressément statué par le présent jugement sont réservés jusqu'en fin d'instance.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. F D et Mme C D, à la commune de Saint-Pair-sur-Mer, et à M. A E et Mme B E.

Délibéré après l'audience du 10 décembre 2024 à laquelle siégeaient :

- M. Marchand, président,

- Mme Absolon, première conseillère,

- M. Pringault, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 26 décembre 2024.

La rapporteure,

Signé

C. ABSOLON

Le président,

Signé

A. MARCHAND

Le greffier,

Signé

J. LOUNIS

La République mande et ordonne au préfet de la Manche en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

J. Lounis

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