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AccueilJurisprudence administrativeN° TA14-2201179

Tribunal Administratif de Caen — Décision N° TA14-2201179

jeudi 24 novembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Caen
SectionTribunal Administratif de Caen
N° DossierTA14-2201179
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation2ème chambre
Avocat requérantCAVELIER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 19 mai 2022, Mme A D, représentée par Me Cavelier, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 8 avril 2022 par lequel le préfet du Calvados lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel elle pourra être reconduite d'office lorsque le délai sera expiré ;

2°) d'enjoindre au préfet du Calvados de procéder au réexamen de sa demande dans un délai de deux mois à compter de la décision à intervenir et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros à verser à son conseil, en application de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve qu'il renonce à percevoir la part contributive de l'Etat versée au titre de l'aide juridictionnelle et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Mme D soutient que :

La décision de refus de titre de séjour :

- est insuffisamment motivée ;

- méconnaît l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile

- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

La décision portant obligation de quitter le territoire :

- méconnaît l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense enregistré le 20 juin 2022, le préfet du Calvados conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par Mme D ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier, notamment la décision du 19 mai 2022 accordant l'aide juridictionnelle totale à Mme D.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales,

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique,

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme C,

- les observations de Me Cavelier, représentant Mme D.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A D, ressortissante arménienne née le 6 juillet 1947, est selon ses déclarations entrée en France le 26 juillet 2015. Le 11 août 2015, elle a présenté une demande d'asile qui a été définitivement rejetée par une décision du 10 juin 2016 de la Cour nationale du droit d'asile. Mme D a obtenu une autorisation provisoire de séjour pour raisons médicales valable du 22 mai 2018 au 21 juillet 2018, puis une carte de séjour temporaire mention " vie privée et familiale " valable du 25 juillet 2019 au 24 juillet 2020. Le 15 avril 2021, l'intéressée a sollicité le renouvellement de son titre de séjour sur le fondement de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 8 avril 2022, dont Mme D demande l'annulation, le préfet du Calvados a rejeté sa demande, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

En ce qui concerne la légalité de la décision portant refus de titre de séjour :

2. En premier lieu, la décision en litige cite l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dont le préfet du Calvados a fait application et énonce les motifs de l'avis rendu par le collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, lesquels ont estimé que si l'état de santé de Mme D nécessite une prise en charge médicale dont le défaut peut entraîner, pour elle, des conséquences d'une exceptionnelle gravité, elle peut bénéficier effectivement d'un traitement approprié dans le pays dont elle est originaire et son état de santé lui permet de voyager sans risque vers son pays d'origine. La décision comporte ainsi les considérations de fait et de droit qui en constituent le fondement. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de la décision doit être écarté.

3. En second lieu, aux termes de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. () ". L'article R. 425-11 du même code prévoit : " Pour l'application de l'article L. 425-9, le préfet délivre la carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " au vu d'un avis émis par un collège de médecins à compétence nationale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. () ".

4. Il résulte de ces dispositions que lorsque le défaut de prise en charge risque d'avoir des conséquences d'une exceptionnelle gravité sur la santé de l'intéressé, l'autorité administrative ne peut légalement refuser le titre de séjour sollicité que s'il existe des possibilités de traitement approprié de l'affection en cause dans le pays dont l'étranger est originaire et que si ce dernier y a effectivement accès. Toutefois, la partie qui justifie de l'avis d'un collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration qui lui est favorable doit être regardée comme apportant des éléments de fait susceptibles de faire présumer l'existence ou l'absence d'un état de santé de nature à justifier la délivrance ou le refus d'un titre de séjour. Dans ce cas, il appartient à l'autre partie, dans le respect des règles relatives au secret médical, de produire tous éléments permettant d'apprécier l'état de santé de l'étranger et, le cas échéant, l'existence ou l'absence d'un traitement approprié et effectivement accessible dans le pays de renvoi.

5. Il ressort des pièces du dossier que Mme D souffre d'une hémiplégie à la suite d'un accident vasculaire cérébral dont elle a été victime en 2013. Par un avis du 28 juin 2021, le collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration a estimé que si son état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pouvait entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité, elle peut, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans son pays d'origine, y bénéficier effectivement d'un traitement médical approprié.

6. Pour contester ce dernier point de l'avis, Mme D produit plusieurs certificats médicaux établis entre le 30 juin 2015 et le 3 mai 2022, un rapport social établi le 9 mai 2022 par la monitrice éducative de l'association " Un toit pour tous " qui l'accueille ainsi que des ordonnances de prescriptions médicamenteuses, dont il ressort que l'intéressée souffre d'une pathologie grave qui lui a laissé de lourdes séquelles, la privant notamment de son autonomie. Il ne ressort toutefois d'aucun de ces documents que Mme D ne pourrait être prise en charge dans son pays d'origine en vue d'y bénéficier d'un traitement approprié. A cet égard, le certificat médical établi le 8 avril 2022 par le docteur B, qui fait état du caractère indispensable d'une prise en charge en France, ne concerne pas Mme D. En outre, si la requérante fait valoir, en produisant des fiches extraites du site du ministère de la santé arménien, que parmi les médicaments qui lui sont administrés, six d'entre eux ne sont pas disponibles dans son pays d'origine, ces allégations sont sérieusement contestées par le préfet du Calvados qui produit des extraits de ces mêmes fiches dont il ressort que les six médicaments en question, désignés sous le nom de leur groupe générique de rattachement, sont disponibles en Arménie. Enfin, si Mme D soutient que le montant de la pension de retraite qu'elle percevra en Arménie ne lui permettra pas de faire face à ses dépenses de soins, elle n'assortit pas ses allégations d'éléments suffisamment précis pour en apprécier le bien-fondé, notamment s'agissant du coût des traitements et du montant des aides qu'elle serait en droit de percevoir, alors qu'il ressort de la fiche MedCOI produite par le préfet du Calvados, établie en février 2018, portant sur l'accès au système de soin arménien, que des médicaments sont délivrés gratuitement ou à moitié prix aux adultes souffrant d'une infirmité selon le degré d'invalidité constaté et que des soins sont également administrés gratuitement aux personnes vulnérables sans ressources ainsi qu'aux personnes handicapées. Il résulte de ce qui précède que les éléments produits par Mme D ne permettent pas d'établir l'absence d'un traitement approprié et effectivement accessible dans le pays de renvoi et, par suite, de remettre en cause le bien-fondé de l'avis du collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. Dans ces conditions, le moyen tiré de ce que la décision de refus de séjour méconnaît les dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, doit être écarté.

En ce qui concerne la légalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

7. En premier lieu, aux termes de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Ne peuvent faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français : / () 9° L'étranger résidant habituellement en France si son état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé du pays de renvoi, il ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié. () ".

8. Il résulte de ce qui a été dit aux points 5 et 6 que Mme D n'établit pas qu'elle ne pourrait pas bénéficier d'un traitement médical adapté dans son pays d'origine. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 611-3 doit être écarté.

9. En deuxième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". En application de ces stipulations, il appartient à l'étranger qui invoque la protection due à son droit au respect de sa vie privée et familiale en France d'apporter toute justification permettant d'apprécier la réalité et la stabilité de ses liens personnels et familiaux en France au regard de ceux qu'il a conservés dans son pays d'origine.

10. Si Mme D déclare qu'elle vit en France avec ses trois enfants majeurs, il ressort des pièces du dossier que son fils et l'une de ses filles, qui l'assiste au quotidien, sont en situation irrégulière tandis que sa deuxième fille bénéficie d'un récépissé de demande de titre de séjour pour raisons de santé, valable jusqu'en novembre 2022. Dans ces conditions, même si cette dernière se voit accorder un titre de séjour pour raison de santé, rien ne fait obstacle à ce que la requérante reconstitue la cellule familiale avec ses deux autres enfants dans son pays d'origine, dans lequel elle a vécu jusqu'à ses soixante-huit ans et où vivent encore ses trois sœurs. Dans ces conditions, les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ainsi que de l'erreur manifeste d'appréciation entachant la décision en litige doivent être écartés.

11. Il résulte de tout ce qui précède que Mme D n'est pas fondée à demander l'annulation de l'arrêté du 8 avril 2022, par lequel le préfet du Calvados a rejeté sa demande de renouvellement de son titre de séjour, avec obligation de quitter le territoire français et fixation du pays de destination.

Sur les conclusions aux fins d'injonction :

12. Le présent jugement, qui rejette les conclusions à fin d'annulation de la requête, n'implique aucune mesure d'exécution. Par suite, les conclusions aux fins d'injonction présentées par Mme D doivent être rejetées.

Sur les frais liés à l'instance :

13. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de faire droit aux conclusions de Mme D présentées sur le fondement des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme D est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A D, à Me Cavelier et au préfet du Calvados.

Délibéré après l'audience du 3 novembre 2022, à laquelle siégeaient :

M. Mondésert, président,

M. Berrivin, premier conseiller,

Mme Silvani, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 24 novembre 2022.

La rapporteure,

signé

C. C

Le président,

signé

X. MONDESERTLa greffière,

signé

A. LAPERSONNE

La République mande et ordonne au préfet du Calvados en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme,

la greffière,

A. Lapersonne

2

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