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AccueilJurisprudence administrativeN° TA14-2201196

Tribunal Administratif de Caen — Décision N° TA14-2201196

vendredi 17 février 2023

JuridictionTribunal Administratif de Caen
SectionTribunal Administratif de Caen
N° DossierTA14-2201196
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère chambre
Avocat requérantCAVELIER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, un mémoire et des pièces complémentaires, enregistrés les 19 mai, 27 décembre 2022 et 26 janvier 2023, Mme A C, représentée par Me Cavelier, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 23 mars 2022 par laquelle le préfet du Calvados a refusé de lui délivrer une carte de résident ;

2°) d'enjoindre au préfet du Calvados de réexaminer sa situation dans un délai de quinze jours et sous astreinte de 50 euros par jour de retard, et de lui délivrer une carte de résident dans le délai de deux mois ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 200 euros en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

Elle soutient que :

- la décision est entachée d'un vice de procédure à défaut de saisine du maire de sa commune de résidence ;

- elle est entachée d'erreur d'appréciation au regard de l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- elle est entachée d'erreur de droit.

Par deux mémoires en défense, enregistrés les 9 août et 30 décembre 2022, le préfet du Calvados conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens présentés par la requérante ne sont pas fondés.

Mme C a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par décision du 21 septembre 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme B,

- et les observations de Me Cavelier, représentant la requérante.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A C, ressortissante géorgienne née en 1978, est entrée en France selon ses déclarations le 8 juin 2012 munie d'un visa C de court séjour. Sa demande d'asile a été rejetée par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides le 29 novembre 2013, décision confirmée par la Cour nationale du droit d'asile le 23 décembre 2014. La décision portant rejet de titre de séjour du 12 juin 2015 a été annulée par un jugement du présent tribunal du 19 novembre 2015. Un titre de séjour " vie privée et familiale " a été délivré à Mme C en 2016. Elle est actuellement titulaire d'une carte pluriannuelle. Par une décision du 23 mars 2022, dont elle demande l'annulation, le préfet du Calvados a rejeté sa demande de carte de résident.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes de l'article L. 426-17 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui justifie d'une résidence régulière ininterrompue d'au moins cinq ans en France au titre d'une carte de séjour temporaire ou pluriannuelle ou d'une carte de résident, de ressources stables, régulières et suffisantes pour subvenir à ses besoins et d'une assurance maladie se voit délivrer, sous réserve des exceptions prévues à l'article L. 426-18, une carte de résident portant la mention "résident de longue durée-UE" d'une durée de dix ans. / () Les ressources mentionnées au premier alinéa doivent atteindre un montant au moins égal au salaire minimum de croissance. Sont prises en compte toutes les ressources propres du demandeur, indépendamment des prestations familiales et des allocations prévues à l'article L. 262-1 du code de l'action sociale et des familles ainsi qu'aux articles L. 5423-1, L. 5423-2 et L. 5423-3 du code du travail () ".

3. La décision attaquée a été prise aux motifs que Mme C ne justifiait pas de ressources suffisantes ni du niveau de langue requis. Dans son mémoire en défense enregistré le 9 août 2022, le préfet du Calvados indique qu'au regard de l'attestation du 21 juillet 2020, la requérante atteste du niveau de langue requis, mais ne dispose pas des ressources suffisantes.

4. Mme C est titulaire d'un contrat de travail à durée indéterminée signé le 23 juin 2020 et prévoyant une durée de travail hebdomadaire de trente-cinq heures. Un courrier de son employeur du 31 mars 2022 confirme son emploi depuis le 23 juin 2020. Elle transmet ses bulletins de salaire depuis cette date, d'un montant mensuel d'environ 1 220 euros nets mensuel, soit le niveau du salaire minimum interprofessionnel de croissance. Dans ces conditions, alors que la requérante justifie d'un emploi stable à temps plein en contrat à durée indéterminée permettant l'octroi du salaire minimum interprofessionnel de croissance, le préfet du Calvados a commis une erreur d'appréciation en refusant la carte de résident sollicité au motif qu'elle ne justifierait pas des ressources suffisantes au sens des dispositions précitées.

5. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que la décision du 23 mars 2022 doit être annulée.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

6. Eu égard au motif d'annulation énoncé ci-dessus, le présent jugement implique nécessairement, sous réserve d'un changement dans les circonstances de droit ou de fait dans la situation de la requérante, la délivrance à Mme C de la carte de résident sollicitée. Par suite, il y a lieu d'enjoindre au préfet du Calvados, ou au préfet territorialement compétent, de procéder à cette délivrance dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais liés au litige :

7. Mme C a été admise au bénéficie de l'aide juridictionnelle par décision du 21 septembre 2022. L'Etat versera à Me Cavelier une somme de 1 000 euros sur le fondement des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve qu'il renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat.

D E C I D E :

Article 1er : La décision du préfet du Calvados du 23 mars 2022 est annulée.

Article 2 : Il est enjoint au préfet du Calvados, ou au préfet territorialement compétent, de procéder à la délivrance d'une carte de résident à Mme C, sous réserve d'un changement dans les circonstances de droit ou de fait dans la situation de la requérante, dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : L'Etat versera à Me Cavelier une somme de 1 000 euros sur le fondement des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve qu'il renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme A C, à Me Cavelier et au préfet du Calvados.

Délibéré après l'audience du 2 février 2023, à laquelle siégeaient :

M. Cheylan, président,

M. Martinez, premier conseiller,

Mme Arniaud, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 février 2023.

La rapporteure,

Signé

C. B

Le président,

Signé

F. CHEYLAN

La greffière,

Signé

C. BÉNIS

La République mande et ordonne au préfet du Calvados en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

la greffière,

C. Bénis

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