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AccueilJurisprudence administrativeN° TA14-2201221

Tribunal Administratif de Caen — Décision N° TA14-2201221

vendredi 29 septembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Caen
SectionTribunal Administratif de Caen
N° DossierTA14-2201221
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation2ème chambre
Avocat requérantLELOUEY

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés le 23 mai 2022, le 12 juillet 2022 et le 7 septembre 2023, ce dernier mémoire n'ayant pas été communiqué, M. A B, représenté par Me Lelouey, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler l'arrêté du 30 mars 2022 par lequel le préfet du Calvados a refusé de renouveler sa carte de séjour temporaire en qualité de parent d'enfant français d'une part, et refusé de lui délivrer une carte de résident valable dix ans en tant que parent d'enfant français, d'autre part ;

2°) d'enjoindre au préfet du Calvados de lui délivrer une carte de résident ou, subsidiairement, une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " dans un délai de trente jours à compter du jugement à intervenir et à titre subsidiaire de réexaminer sa situation dans un délai de trente jours ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1200 euros à verser à son conseil sur le fondement des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- l'arrêté contesté est entaché d'incompétence de son signataire ;

- il est entaché d'un vice de procédure faute d'avoir été précédé de la saisine pour avis de la commission du titre de séjour ;

- il méconnait les articles L. 423-7 et L. 423-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers en France ;

- il méconnait l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- il méconnait l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- il est entaché d'erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 24 juin et 29 juillet 2022, le préfet du Calvados conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.

M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle partielle par une décision du 21 septembre 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale des droits de l'enfant ;

- le code civil ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Pillais,

- et les observations de Me Lelouey, avocate de M. B.

Considérant ce qui suit :

1. M. A B, ressortissant congolais né le 10 septembre 1979, déclare être entré en France en novembre 2010 sans visa. A compter du 9 août 2012, il a bénéficié d'un titre de séjour pour raisons médicales, renouvelé deux fois jusqu'au 6 février 2015. Le 22 octobre 2015, il s'est vu délivrer un premier titre de séjour " vie privée et familiale " en sa qualité de parent d'un enfant français, renouvelé deux fois jusqu'au 11 mai 2021. Le 13 mai 2021, il a sollicité le renouvellement de son titre de séjour sur le fondement de l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ainsi que le bénéfice de la carte de résident sur le fondement de l'article L. 423-10 du même code. Par arrêté du 30 mars 2022, le préfet du Calvados a rejeté sa demande. Il demande l'annulation de cette décision.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

2. En premier lieu, l'arrêté attaqué a été signé par le chef du service de l'immigration de la préfecture du Calvados, qui disposait d'une délégation de signature consentie par un arrêté du préfet du Calvados en date du 25 mars 2022, publié au recueil des actes administratifs de la préfecture le même jour, à l'effet de signer, notamment, tous les arrêtés, décisions, pièces et correspondances en toutes matières relevant des attributions du service de l'immigration, à l'exception de certains actes parmi lesquels ne figure pas la décision en litige. Par suite, le moyen tiré de ce que l'arrêté contesté aurait été signé par une autorité incompétente manque en fait et doit être écarté.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui est père ou mère d'un enfant français mineur résidant en France et qui établit contribuer effectivement à l'entretien et à l'éducation de l'enfant dans les conditions prévues par l'article 371-2 du code civil, depuis la naissance de celui-ci ou depuis au moins deux ans, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1 ". Aux termes de l'article 371-2 du code civil : " Chacun des parents contribue à l'entretien et à l'éducation des enfants à proportion de ses ressources, de celles de l'autre parent, ainsi que des besoins de l'enfant. Cette obligation ne cesse de plein droit ni lorsque l'autorité parentale ou son exercice est retiré, ni lorsque l'enfant est majeur ". Aux termes de l'article L. 423-10 du même code : " L'étranger qui est père ou mère d'un enfant français résidant en France et titulaire depuis au moins trois années de la carte de séjour temporaire prévue à l'article L. 423-7 ou d'une carte de séjour pluriannuelle délivrée aux étrangers mentionnés aux articles L. 423-1, L. 423-7 et L. 423-23, sous réserve qu'il continue de remplir les conditions prévues pour l'obtention de cette carte de séjour, se voit délivrer une carte de résident d'une durée de dix ans. / La délivrance de cette carte de résident est subordonnée au respect des conditions d'intégration républicaine prévues à l'article L. 413-7. / L'enfant visé au premier alinéa s'entend de l'enfant ayant une filiation légalement établie, y compris l'enfant adopté, en vertu d'une décision d'adoption, sous réserve de la vérification par le ministère public de la régularité de cette décision lorsqu'elle a été prononcée à l'étranger ".

4. Si M. B se prévaut du témoignage de la mère de son fils attestant du fait qu'il s'occupe de son enfant, lui fait des cadeaux et contribue à son entretien en versant sa pension en liquide, ainsi que de quelques virements et achats ponctuels, ces quelques éléments ne suffisent pas à établir qu'il contribuerait de manière effective à l'entretien et à l'éducation de son enfant français. Il s'ensuit que le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions précitées doit être écarté.

5. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 432-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Dans chaque département est instituée une commission du titre de séjour qui est saisie pour avis par l'autorité administrative : 1° Lorsqu'elle envisage de refuser de délivrer ou de renouveler la carte de séjour temporaire prévue aux articles L. 423-1, L. 423-7, () à un étranger qui en remplit effectivement les conditions de délivrance ; 2° Lorsqu'elle envisage de refuser de délivrer la carte de résident prévue aux articles L. 423-11, L. 423-12, L. 424-1, L. 424-3, L. 424-13, L. 424-21, L. 425-3, L. 426-1, L. 426-2, L. 426-3, L. 426-6, L. 426-7 ou L. 426-10 à un étranger qui en remplit effectivement les conditions de délivrance ; 3° Lorsqu'elle envisage de retirer le titre de séjour dans le cas prévu à l'article L. 423-19 ; 4° Dans le cas prévu à l'article L. 435-1 ".

6. Il ressort de ce qui a été dit au point 4 que le préfet du Calvados n'avait pas à saisir préalablement pour avis la commission du titre de séjour, dès lors que M. B ne remplissait pas les conditions pour prétendre à la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement des articles L. 423-7 et L. 423-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. M. B n'est, dès lors, pas fondé à soutenir que le préfet du Calvados a entaché sa décision d'un vice de procédure en ne saisissant pas cette commission préalablement à sa décision.

7. En quatrième lieu, si M. B soutient qu'il réside en France depuis onze ans, qu'il justifie d'une intégration professionnelle et que deux de ses enfants résident en France, il n'établit pas, ainsi qu'il a été dit au point 4, contribuer de manière effective à l'entretien et à l'éducation de son enfant français et, d'autre part, ne fait pas état d'obstacles à ce que la cellule familiale constituée avec son autre enfant se reconstitue dans son pays d'origine. Il s'ensuit que M. B n'est pas fondé à soutenir que l'arrêté attaqué aurait porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels il a été pris et aurait, ce faisant, méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Pour les mêmes motifs de fait, les moyens tirés de la méconnaissance de l'article 3 de la convention internationale des droits de l'enfant et de ce que l'arrêté attaqué serait entaché d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur la situation personnelle de l'intéressé doivent être écartés.

8. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions aux fins d'annulation présentées par M. B doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, celles aux fins d'injonction et celles présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, à Me Lelouey et au préfet du Calvados.

Délibéré après l'audience du 14 septembre 2023, à laquelle siégeaient :

M. Marchand, président,

Mme Pillais, première conseillère,

Mme Silvani, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 29 septembre 2023.

La rapporteure,

Signé

M. PILLAIS

Le président,

Signé

A. MARCHAND La greffière,

Signé

A. D'OLIF

La République mande et ordonne au préfet du Calvados en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

Signé

J. Lounis

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