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AccueilJurisprudence administrativeN° TA14-2201280

Tribunal Administratif de Caen — Décision N° TA14-2201280

jeudi 22 février 2024

JuridictionTribunal Administratif de Caen
SectionTribunal Administratif de Caen
N° DossierTA14-2201280
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation3ème Chambre
Avocat requérantDESMONTS

Texte intégral

Vu les procédures suivantes :

I- Par une requête et des mémoires enregistrés le 1er juin 2022, le 20 juin 2022, le 11 juin 2023, le 28 juillet 2023 et le 1er février 2024, sous le n° 2201280, Mme B Fontaine-Perrichon, représentée par Me Bouthors-Neveu, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler l'arrêté du 24 janvier 2019 par lequel le président de la communauté de communes du Pays de Honfleur-Beuzeville a délivré un permis de construire à M. et Mme D portant sur le changement de destination, l'extension et la réhabilitation d'une construction existante sur un terrain situé sur le territoire de la commune de Cricqueboeuf ainsi que l'arrêté du 19 février 2020 portant transfert du permis de construire à M. A F ;

2°) d'annuler le permis de construire modificatif portant régularisation après démolition totale délivré le 6 janvier 2022 à M. A F ;

3°) d'annuler la décision implicite de rejet de son recours tendant au retrait des arrêtés du 24 janvier 2019, 19 février 2020 et 6 janvier 2022 ;

4°) d'annuler l'arrêté du 12 avril 2023 accordant un permis de construire à M. A F en vue de la démolition d'un bâtiment à usage de garage et la construction d'une maison d'habitation ;

5°) de mettre à la charge solidaire de la communauté de communes du Pays de Honfleur-Beuzeville, de M. A F et de M. et Mme D la somme de 6 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- elle justifie de son intérêt à agir en sa qualité de voisine immédiate du projet et compte tenu des conséquences de ce projet sur ses vues et l'ensoleillement de son jardin ;

- le permis de construire du 24 janvier 2019 a été obtenu par fraude ; dès l'origine, le projet présenté par M. et Mme D n'était pas la simple réhabilitation et l'extension d'un bâtiment existant mais bien sa démolition et la construction d'un bâti neuf ; la présentation du projet comme une extension est constitutive de manœuvres ayant vocation à faire obstacle à l'application des dispositions du règlement du plan local d'urbanisme intercommunal (PLUi) relatives à l'implantation des constructions nouvelles ; le projet doit en conséquence s'analyser non pas comme une extension mais bien comme une construction nouvelle ;

- le dossier de demande du permis délivré le 24 janvier 2019 est entaché d'insuffisances au regard des articles R. 431-8 à 431-10 du code de l'urbanisme ; il ne comporte aucun développement sur lespartis retenus pour assurer l'insertion du projet dans son environnement ; l'état de la végétation existante n'est pas décrit ;

- le projet méconnaît les dispositions de l'article UD6 du règlement du PLUi ;

- il méconnaît les dispositions de l'article UD7 du règlement du PLUi ;

- le permis de construire modificatif délivré le 6 janvier 2022 est illégal dès lors que le permis initial du 24 janvier 2019, obtenu par fraude, ne pouvait faire l'objet d'une régularisation ;

- le permis de construire modificatif est illégal pour les mêmes motifs que ceux invoqués à l'encontre du permis de construire initial ; il a été délivré au vu d'un dossier incomplet et il méconnaît les articles UD6 et UD7 du plan local d'urbanisme ;

- les dispositions de l'article L. 111-15 du code de l'urbanisme n'autorisent pas cette régularisation dès lors, d'une part, que la construction à régulariser n'était pas régulièrement édifiée, la démolition, avant reconstruction, étant intervenue sans autorisation, et, d'autre part, que le projet ne consiste pas en une reconstruction à l'identique d'un bâtiment existant ; enfin, les dispositions du plan local d'urbanisme font obstacle à la reconstruction à l'identique si elle emporte un accroissement de surface de plancher et/ou de volume, ce qui est le cas en l'espèce ;

- le permis modificatif délivré n'a pas eu pour effet de régulariser les vices entachant le permis initial ;

- les illégalités entachant le permis de construire initial emportent nécessairement l'illégalité de l'arrêté du transfert du 19 février 2020 ;

- le permis de construire délivré par arrêté du 12 avril 2023 n'a pas pu régulariser le permis délivré le 24 janvier 2019, obtenu par fraude ;

- il a lui-même été obtenu par fraude, le projet étant présenté comme l'extension d'une construction existante ; il s'agit d'une manœuvre pour permettre au pétitionnaire d'échapper à l'application des dispositions du règlement du PLUi applicables à la zone UD ;

- il n'a pas été tenu compte des prescriptions mentionnées dans l'avis de l'architecte des bâtiments de France ;

- il méconnaît les dispositions de l'article UD11 du règlement du PLUi ;

- il méconnaît les dispositions de l'article UD9 du règlement du PLUi ;

- il méconnaît les dispositions de l'article UD6 du règlement du PLUi ; cette méconnaissance ne peut être assimilée à une adaptation mineure ; l'arrêté ne comporte aucune motivation relative à l'acceptation d'une adaptation mineure ;

- il méconnaît les dispositions de l'article UD7 du règlement du PLUi ;

- la demande de permis de construire devait porter sur l'ensemble du bâti, comprenant la construction existante sur la parcelle 235, irrégulièrement édifiée ; en outre, l'absence d'autorisation concernant cette dernière construction ne permettait pas de considérer que le projet serait construit en extension de ce bâti irrégulier.

Par des mémoires enregistrés le 14 mars 2023, le 19 juillet 2023 et le 19 janvier 2024, M. I A F et M. et Mme E D, représentés par Me Desmonts, concluent, dans le dernier état de leurs écritures, au non-lieu à statuer sur les conclusions dirigées contre les arrêtés des 24 janvier 2019, 18 février 2020 et 6 janvier 2022 et au rejet du surplus des conclusions de la requête, subsidiairement au rejet de la requête, à titre infiniment subsidiaire à ce que le tribunal sursoie à statuer et invite le pétitionnaire à déposer une demande de permis de construire modificatif afin de régulariser les vices constatés et, en tout état de cause, à ce que la somme de 5 000 euros soit mise à la charge de la requérante au titre des frais d'instance.

Ils font valoir que :

- il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions dirigées contre les arrêtés des 24 janvier 2019, 18 février 2020 et 6 janvier 2022 dès lors que, à la demande de M. A F, ces arrêtés ont été retirés par un arrêté du 12 janvier 2024 ;

- la requérante est dépourvue d'intérêt à agir ;

- les conclusions dirigées contre les arrêtés du 24 janvier 2019, du 19 février 2020 ainsi que contre la décision par laquelle le président de la communauté de communes a implicitement refusé de retirer ces arrêtés sont tardives ; l'arrêté du 12 avril 2023, qui porte sur un nouveau permis de construire et qui n'est pas un permis modificatif, ne pouvait être contesté dans l'instance concernant le permis de construire délivré le 24 janvier 2019 ; aucun recours n'ayant été introduit dans les délais, l'arrêté du 12 avril 2023 est devenu définitif ;

- les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Par des mémoires enregistrés le 14 mars 2023, le 30 juin 2023 et le 31 janvier 2024 la communauté de communes du Pays de Honfleur-Beuzeville, représentée par Me Tarteret, conclut, dans le dernier état de ses écritures, au non-lieu à statuer sur les conclusions dirigées contre les arrêtés des 24 janvier 2019, 18 février 2020 et 6 janvier 2022 et au rejet du surplus des conclusions, subsidiairement à ce que le tribunal sursoie à statuer et invite le pétitionnaire à déposer une demande de permis de construire modificatif et à ce que la somme de 6 000 euros soit mise à la charge de Mme J G au titre des frais de l'instance.

Elle fait valoir que :

- il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions dirigées contre les arrêtés des 24 janvier 2019, 18 février 2020 et 6 janvier 2022 dès lors que, à la demande de M. A F, ces arrêtés ont été retirés par un arrêté du 12 janvier 2024 ;

- la requérante est dépourvue d'intérêt à agir ;

-les conclusions dirigées contre les arrêtés du 24 janvier 2019 et du 19 février 2020 sont tardives ; l'arrêté du 12 avril 2023, qui porte sur un nouveau permis de construire et qui n'est pas un permis modificatif, ne pouvait être contesté dans l'instance concernant le permis de construire délivré le 24 janvier 2019 ;

- les moyens soulevés ne sont pas fondés.

II- Par une requête et un mémoire enregistrés le 22 août 2022 et le 13 novembre 2023 sous le n° 2201942, Mme B Fontaine-Perrichon, représentée par Me Bouthors-Neveu, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision par laquelle le président de la communauté de communes du Pays de Honfleur-Beuzeville a implicitement rejeté sa demande tendant à ce qu'un procès-verbal d'infraction soit dressé concernant les travaux entrepris sur une propriété située 5 Chemin des Etincelles à Cricqueboeuf et à ce qu'un arrêté interruptif de travaux soit pris ;

2°) d'enjoindre au président de la communauté de communes du Pays de Honfleur-Beuzeville de dresser un procès-verbal d'infraction et de prendre un arrêté interruptif de travaux à l'encontre de M. A F ou tout autre constructeur qui se substituerait à ce dernier ;

3°) de mettre à la charge solidaire de la communauté de communes du Pays de Honfleur-Beuzeville, de la commune de Criqueboeuf, de l'Etat et de M. A F la somme de 4 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- elle justifie de son intérêt à agir en sa qualité de voisine immédiate du projet et compte tenu des conséquences de ce projet sur ses vues et l'ensoleillement de son jardin ;

- sa demande n'est pas dépourvue d'objet dès lors que la délivrance de permis modificatifs qui ne régularisent pas les travaux irrégulièrement entrepris ne fait pas obstacle à ce qu'un procès-verbal d'infraction soit dressé ; en outre M. A F a continué les travaux entrepris en dépit de la suspension de l'autorisation d'urbanisme accordée ;

- les travaux entrepris par M. A F sont constitutifs d'une infraction dès lors qu'ils ne sont pas conformes à l'autorisation d'urbanisme qui a été délivrée ; le permis de construire du 24 janvier 2019 porte uniquement sur le changement de destination, l'extension et la réhabilitation d'un bâtiment existant, sans autoriser aucune démolition ; les travaux de démolition irrégulièrement entrepris n'entrent pas dans le champ d'application de l'article L. 111-15 du code de l'urbanisme dès lors que le projet ne prévoit pas la reconstruction à l'identique du bâtiment démoli ; en tout état de cause, les dispositions du PLUi font elles-mêmes obstacle à la reconstruction à l'identique d'un bâtiment dans le cas où celle-ci emporte un accroissement de surface de plancher et/ou de volume ; le permis du construire du 24 janvier 2019 a été obtenu par fraude et ne pouvait dès lors pas être régularisé ; le projet de construction tel que décrit dans les dossiers de demande de permis de construire n'est pas conforme aux permis de construire délivrés le 24 janvier 2019 le 6 janvier 2022 ;

- le président de la communauté de communes était tenu de dresser un procès-verbal de constat d'infraction et de prendre un arrêté interruptif de travaux conformément aux dispositions de l'article L. 480-1 du code de l'urbanisme ;

- le permis de construire délivré le 12 avril 2023 n'a pu avoir pour effet de régulariser le projet dès lors que l'autorisation de construire initiale a été obtenue par fraude ; il méconnait en outre les dispositions des articles UD6, UD7, UD9 et UD11 du règlement du plan local d'urbanisme.

Par un mémoire enregistré le 14 mars 2023, M. I A F et M. et Mme E D, représentés par Me Desmonts, concluent au rejet de la requête et à ce que la somme de 3 000 euros soit mise à la charge de la requérante au titre des frais de l'instance.

Ils font valoir que :

- la requérante est dépourvue d'intérêt à agir ;

- la demande de Mme Fontaine-Perrichon était prématurée, le juge n'ayant pas statué sur la légalité des autorisations d'urbanisme attaquées à la date à laquelle elle a saisi le président de la communauté de communes de sa demande visant à faire dresser un procès-verbal d'infraction ;

- la demande sollicitant un arrêté interruptif de travaux était devenue sans objet à la date de la décision attaquée dès lors que les travaux ont été interrompus par l'ordonnance du 29 juin 2022 par laquelle le juge des référés du tribunal administratif de Caen a suspendu les permis de construire du 29 janvier 2019 et du 6 janvier 2022 ;

- les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Par un mémoire enregistré le 14 mars 2023, la communauté de communes du Pays de Honfleur-Beuzeville, représentée par Me Tarteret, conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 4 000 euros soit mise à la charge de la requérante au titre des frais d'instance.

Elle fait valoir que :

- la requête est tardive ; la décision attaquée est confirmative de la décision du préfet du Calvados du 20 janvier 2022 ;

- les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Par un mémoire enregistré le 13 octobre 2023, le préfet du Calvados conclut au non-lieu à statuer sur la requête.

Il soutient que :

- aucun procès-verbal d'infraction ne pouvait être dressé dès lors que, à la date de la demande de Mme Fontaine-Perrichon, les travaux effectués étaient conformes à l'autorisation de construire régularisée par le permis de construire modificatif du 6 janvier 2022 ;

- un procès-verbal de constat d'infraction a été dressé à l'encontre de M. A F pour la continuation de travaux malgré la suspension de l'exécution du permis de construire par le juge des référés du tribunal administratif de Caen ;

- le permis de construire délivré à M. A F le 12 avril 2023 a eu pour effet de régulariser les travaux irrégulièrement entrepris par l'intéressé ; cette régularisation, intervenue avant que le tribunal ne se prononce sur la légalité de la décision de refus implicite attaquée, prive d'objet le recours de Mme H ;

- la demande tendant à ce qu'un arrêté interruptif de travaux soit pris a été adressée à une autorité incompétente ; l'article L. 480-2 du code de l'urbanisme confère cette compétence au maire et non au président de l'établissement public de coopération intercommunale.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Remigy,

- les conclusions de Mme C,

- les observations de Me Bouthors-Neveu, représentant Mme Fontaine-Perrichon, de Me Tarteret, représentant la communauté de communes du Pays de Honfleur-Beuzeville et de Me Desmonts, représentant M. A F et M. et Mme D.

Considérant ce qui suit :

1. M. et Mme D, alors propriétaires d'une parcelle située sur le territoire de la commune de Cricqueboeuf, ont obtenu un permis de construire par un arrêté du 24 janvier 2019 autorisant le changement de destination, l'extension et la réhabilitation de leur bien. Par un arrêté du 19 février 2020, le permis a été transféré à M. A F, devenu propriétaire du bien. Par courrier du 15 décembre 2021, Mme J G alertait les services de l'Etat que les travaux engagés par M. A F ne respectaient pas les autorisations d'urbanisme délivrées. En réponse à ce courrier, le préfet l'informait le 20 janvier 2022 que les travaux entrepris avaient été régularisés par la délivrance d'un permis de construire modificatif du 6 janvier 2022. Par courrier du 1er mars 2022, Mme Fontaine-Perrichon a sollicité le retrait des arrêtés du 24 janvier 2019, du 19 février 2020 et du 6 janvier 2022, sans qu'il ne soit donné suite à sa demande. Par ailleurs, elle a sollicité le 31 mai 2022 du président de la communauté de communes du Pays de Honfleur-Beuzeville, qu'il soit dressé un procès-verbal de constat d'infraction et qu'un arrêté interruptif de travaux soit pris, compte tenu de la non-conformité des travaux entrepris par M. A F par rapport aux autorisations d'urbanisme qui lui ont été délivrées. Ce courrier est également resté sans réponse. Un nouveau permis de construire portant sur la démolition d'un bâtiment à usage de garage et la construction d'une maison d'habitation a été délivré à M. A F par arrêté du 12 avril 2023. Mme Fontaine-Perrichon demande, d'une part, l'annulation des arrêtés du 24 janvier 2019, du 19 février 2020 et du 6 février 2022, de la décision de rejet implicite de sa demande tendant au retrait de ces arrêtés et du permis de construire du 12 avril 2023, délivré postérieurement à l'introduction de sa requête et, d'autre part, l'annulation de la décision implicite de rejet de sa demande tendant à ce qu'un procès-verbal soit dressé et qu'un arrêté interruptif de travaux soit pris.

2. Les requêtes présentées par Mme Fontaine-Perrichon présentent à juger des questions semblables et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a lieu de les joindre pour statuer par un seul jugement.

Sur les conclusions de la requête n° 2201280 :

En ce qui concerne les conclusions dirigées contre les arrêtés du 24 janvier 2019, du 19 février 2020, du 6 janvier 2022 et de la décision refusant de retirer ces arrêtés :

S'agissant de l'exception de non-lieu :

3. Il ressort des pièces du dossier que, postérieurement à l'introduction du recours de Mme Fontaine-Perrichon, le président de la communauté de communes du Pays de Honfleur-Beuzeville a retiré, sur la demande de M. A F, les arrêtés du 24 janvier 2019, du 19 février 2020 et du 6 janvier 2022, par trois arrêtés du 12 janvier 2024. Toutefois, ce retrait, intervenu en cours d'instance, n'est pas devenu définitif à la date du présent jugement. Dans ces conditions, les conclusions de la requérante conservent leur objet.

S'agissant des fins de non-recevoir tirées de la tardiveté des conclusions :

4. Aux termes de l'article R. 600-2 du code de l'urbanisme : " Le délai de recours contentieux à l'encontre d'une décision de non-opposition à une déclaration préalable ou d'un permis de construire, d'aménager ou de démolir court à l'égard des tiers à compter du premier jour d'une période continue de deux mois d'affichage sur le terrain des pièces mentionnées à l'article R. 424-15. ". Par ailleurs, il résulte de l'article L. 241-2 du code des relations entre le public et l'administration qu'un " acte administratif unilatéral obtenu par fraude peut être à tout moment abrogé ou retiré. ". La caractérisation de la fraude résulte, s'agissant des autorisations d'urbanisme, de ce que le pétitionnaire a procédé de manière intentionnelle à des manœuvres de nature à tromper l'administration sur la réalité du projet dans le but d'échapper à l'application d'une règle d'urbanisme.

5. Il résulte des dispositions précitées que si la fraude entachant la délivrance d'un permis de construire a pour effet de permettre à l'autorité administrative compétente de le rapporter après l'expiration des délais de recours, elle ne permet pas, en revanche, de proroger ces délais au bénéfice de tiers qui entendent contester la légalité du permis délivré. Pour autant, un tiers justifiant d'un intérêt à agir est recevable à demander, dans le délai de recours contentieux, l'annulation de la décision par laquelle l'autorité administrative a refusé de faire usage de son pouvoir d'abroger ou de retirer un acte administratif obtenu par fraude, quelle que soit la date à laquelle il l'a saisie d'une demande à cette fin.

6. D'une part, la communauté de communes produit une attestation établie par le maire de la commune de Cricqueboeuf le 5 juin 2022, aux termes de laquelle le permis initial accordé le 24 janvier 2019 a été affiché " dans les jours suivants sa notification, soit aux alentours du 9 février 2019 " et s'agissant de l'arrêté de transfert du 19 février 2020 " la première semaine de mars 2020 ". Il en ressort également que cet affichage " a été effectué sur le panneau règlementaire avec la mention visible des voies et délais de recours et pendant une période supérieure à deux mois ". Ce document est corroboré par des attestations établies par quatre habitants de la commune. Or, la requête de Mme Fontaine-Perrichon a été introduite le 1er juin 2022, soit postérieurement au délai de recours de deux mois qui, comme mentionné au point 5, n'a, en tout état de cause, pas pu être prorogé par l'existence d'une fraude du pétitionnaire. Dans ces conditions, ses conclusions, dirigées contre les arrêtés du 24 janvier 2019 et du 19 février 2020 sont nécessairement tardives et dès lors irrecevables.

7. D'autre part, il ressort des pièces du dossier que le permis de construire initial, délivré le 24 janvier 2019, portait sur le changement de destination, l'extension et la réhabilitation d'un bâtiment à usage de grange et de remise. Or, après transfert de ce permis à M. A F par un arrêté du 19 février 2020, le nouveau pétitionnaire a fait le choix de démolir la construction existante sans autorisation, avant de solliciter la régularisation des travaux entrepris par un dossier déposé le 2 décembre 2021. Pour motiver sa demande, l'intéressé indiquait " Démolition totale. (Régularisation de la démolition intervenue sans autorisation) car maison en très mauvais état, murs écroulés et fissurés, toit endommagé par le temps et les tempêtes, etc) Risque d'écoulement (murs en Pierre et Terre). ". Toutefois, l'état de ruine allégué par M. A F, tant dans sa demande de permis modificatif que dans le cadre de la présente instance, ne ressort pas des pièces du dossier. En effet, les pièces produites à l'appui du dossier de demande de permis de construire initial montrent une construction qui, bien qu'ancienne, conserve des murs ainsi qu'une toiture intacts. Aucun élément du dossier ne permet par ailleurs d'établir que le bâtiment, dont la réhabilitation avait été envisagée un peu plus de trois ans auparavant et dont les époux D soutiennent, sans être sérieusement contredits, qu'elle était parfaitement réalisable, ait connu une dégradation telle que sa démolition en soit devenue inévitable. Si M. A F fait valoir que la détérioration du bâtiment est imputable à des tempêtes, il n'apporte aucun élément susceptible d'étayer ses allégations, alors que les seules photos produites par l'intéressé dans le cadre de la demande de permis modificatif déposée le 2 décembre 2021 ont été réalisées après la démolition et ne permettent dès lors de tirer aucune conclusion de l'état antérieur du bâtiment. Dans ces conditions, s'il ne ressort pas des pièces du dossier que le projet initialement porté par les époux D ne pouvait être réalisé sans déconstruction préalable du bâtiment existant, le projet prévoyant notamment la conservation des murs et leur couverture par un simple bardage, de sorte qu'aucune fraude ne saurait être reprochée aux pétitionnaires initiaux, en revanche, la démolition irrégulièrement entreprise par M. A F, qui lui permettait de conserver le projet initial d'extension et de s'affranchir des dispositions du règlement du PLUi relatives à l'implantation de constructions nouvelles, révèle des manœuvres intentionnelles constitutives d'une fraude. Dans ces conditions, le permis accordé le 6 janvier 2022 à M. A F est entaché de fraude et pouvait dès lors être retiré à tout moment. Or, Mme Fontaine-Perrichon a sollicité le retrait des arrêtés du 24 janvier 2019, du 19 février 2020 et du 6 janvier 2022 auprès de la communauté de communes qui a accusé réception de son recours le 4 mars 2022. Le silence gardé par la communauté de communes sur ce recours a fait naître une décision implicite de rejet le 4 mai 2022. La requête de Mme Fontaine-Perrichon ayant été introduite le 1er juin 2022, soit dans le délai de recours de deux mois, ses conclusions tendant à l'annulation du refus implicite opposé à sa demande de retrait, en tant seulement qu'elles sont dirigées contre le refus implicite opposé à sa demande de retrait de l'arrêté du 6 janvier 2022, seul entaché de fraude, sont recevables.

S'agissant des fins de non-recevoir tirées du défaut d'intérêt à agir de Mme Fontaine-Perrichon :

8. Aux termes de l'article L. 600-1-2 du code de l'urbanisme : " Une personne autre que l'Etat, les collectivités territoriales ou leurs groupements ou une association n'est recevable à former un recours pour excès de pouvoir contre une décision relative à l'occupation ou à l'utilisation du sol régie par le présent code que si la construction, l'aménagement ou le projet autorisé sont de nature à affecter directement les conditions d'occupation, d'utilisation ou de jouissance du bien qu'elle détient ou occupe régulièrement ou pour lequel elle bénéficie d'une promesse de vente, de bail, ou d'un contrat préliminaire mentionné à l'article L. 261-15 du code de la construction et de l'habitation. ".

9. Il ressort des pièces du dossier que le projet en litige prévoit la reconstruction du bâtiment anciennement édifié et son extension vers le nord, conduisant la construction à faire face à la maison d'habitation de Mme Fontaine-Perrichon, qui en est la voisine immédiate. Le permis de construire délivré le 6 janvier 2022 autorise donc un projet susceptible de créer des vues sur la propriété de la requérante, notamment sur son jardin, et de réduire la luminosité dont elle bénéficiait jusqu'alors. Par ailleurs, compte tenu tant de l'objet du permis modificatif délivré que de sa portée, en ce qu'il autorise non plus seulement une extension d'une construction existante mais l'édification d'une construction nouvelle, il doit être regardé comme un nouveau de permis de construire. Dès lors, contrairement à ce que fait valoir la communauté de communes, l'intérêt à agir de Mme Fontaine-Perrichon ne saurait être apprécié au regard de la portée des modifications apportées par le permis du 6 janvier 2022. Dans ces conditions, le projet étant de nature à affecter directement les conditions d'occupation, d'utilisation ou de jouissance de son bien, la fin de non-recevoir tirée du défaut d'intérêt à agir de l'intéressée doit dès lors être écartée.

S'agissant de la légalité du refus implicite de retrait de l'arrêté du 6 janvier 2022 :

10. En premier lieu, aux termes de l'article UD6 du règlement du plan local d'urbanisme intercommunal : " Les constructions principales doivent être édifiées soit au-delà du recul d'implantation figurant au document graphique, soit, en l'absence de cette indication, à une distance minimale de 4 mètres comptée depuis l'alignement ou les limites d'emprise. () / Des dispositions différentes peuvent être autorisées pour permettre l'extension de constructions existantes ne respectant pas la règle énoncée, sous réserve que cette extension n'amène pas la construction à être plus en désaccord avec les règles de l'article que la situation présente. () ".

11. En l'espèce, il résulte de ce qui a été dit au point 7 que le projet de construction doit s'analyser non pas comme une extension d'un bâti existant mais comme une construction nouvelle. Or, il ressort des pièces du dossier que la construction projetée est implantée à 3,55 mètres de l'alignement, constitué par le chemin des Etincelles. Dans ces conditions, le projet méconnaît les dispositions de l'article UD6 du règlement du plan local d'urbanisme intercommunal.

12. En deuxième lieu, aux termes de l'article UD7 du règlement du plan local d'urbanisme intercommunal : " Toute construction doit être implantée à une distance des limites séparatives au moins égale à la moitié de sa hauteur avec un minimum de 4 mètres, sauf en UDa. / () / Sont toutefois admis sur toutes les limites séparatives, sauf en UDa et UDb : / - Les constructions d'une hauteur totale inférieure à 3 mètres. / - Les constructions à toiture double pente égale avec faîtage à 5 mètres maximum et égout à 3 mètres maximum si le mur implanté sur la limite séparative est un mur pignon. / Des dispositions différentes peuvent être autorisées pour permettre l'extension de constructions existantes ne respectant pas la règle énoncée, sous réserve que cette extension n'amène pas la construction à être plus en désaccord avec les règles de l'article que la situation présente. () ".

13. Il ressort des pièces du dossier que la façade sud du projet est située en limite séparative. Or, le projet n'entre dans aucune des exceptions prévues par les dispositions citées au point précédent, la construction atteignant une hauteur au faîtage de plus de six mètres. Dans ces conditions, les dispositions de l'article UD7 du plan local d'urbanisme intercommunal ont été méconnues.

14. Il résulte de ce qui précède que Mme Fontaine-Perrichon est fondée à demander l'annulation de l'arrêté du 6 janvier 2022. Pour l'application de l'article L. 600-4-1 du code de l'urbanisme, aucun des autres moyens invoqués n'est susceptible, en l'état du dossier, de fonder cette annulation.

En ce qui concerne les conclusions dirigées contre l'arrêté du 12 avril 2023 :

S'agissant de la recevabilité des conclusions :

15. En premier lieu, le projet autorisé par la décision attaquée impliquant des conséquences sur les conditions d'occupation, d'utilisation ou de jouissance du bien deMme J G sensiblement identiques à celles induites par le projet présenté dans le cadre du permis initial du 24 janvier 2019, Mme Fontaine-Perrichon justifie, pour les mêmes motifs que ceux mentionnés au point 9, de son intérêt à agir dans le cadre de la présente instance. La fin de non-recevoir tirée du défaut d'intérêt à agir de l'intéressée doit dès lors être écartée.

16. En second lieu, les conclusions présentées par Mme Fontaine-Perrichon tendant d'une part à l'annulation du refus de retrait de l'arrêté du 6 janvier 2022, d'autre part, à l'annulation de l'arrêté du 12 avril 2023, qui sont relatives à un projet de construction, au demeurant sensiblement identique, porté par un même pétitionnaire et concernant la même parcelle, présentent entre elles un lien suffisant pour faire l'objet d'une requête unique. Par suite, Mme Fontaine-Perrichon est recevable à présenter ces conclusions dans une seule requête.

S'agissant de la légalité de la décision attaquée :

17. Il ressort des pièces du dossier que la construction projetée a vocation à être implantée sur la parcelle n° 834, en limite séparative sud, qui jouxte les parcelles n° 235 et 832. La communauté de communes fait valoir que cette circonstance n'est pas de nature à entraîner une méconnaissance des dispositions précitées de l'article UD7 du règlement du plan local d'urbanisme intercommunal dès lors qu'elles doivent être appréciées à l'échelle de l'ensemble de l'unité foncière du projet, constitué par les parcelles n° 834, 235 et 832. Toutefois, si le projet est décrit comme concernant la parcelle n° 834, sur laquelle la maison doit être édifiée, et les parcelles n° 235 et 832, qui accueillent une construction à usage d'habitation, dans le prolongement de laquelle la construction nouvelle a vocation à être construite, il ressort de la notice descriptive que la construction envisagée se présente non pas comme une extension de ce bâtiment mais comme une construction nouvelle et distincte. Le terrain d'assiette du projet est dès lors limité à la seule parcelle n° 834, les parcelles n° 235 et 832 devant être regardées comme y étant artificiellement rattachées. Dans ces conditions, la conformité du projet aux dispositions de l'article UD7 doit être appréciée en ne prenant en compte que la seule parcelle n° 834. Par suite, la construction ayant vocation à être implantée en limite séparative, le permis de construire en litige méconnaît les dispositions de l'article UD7 du règlement du plan local d'urbanisme intercommunal.

18. Il résulte de tout ce qui précède que le permis de construire délivré le 12 avril 2023 doit être annulé. Pour l'application de l'article L. 600-4-1 du code de l'urbanisme, aucun des autres moyens invoqués n'est susceptible, en l'état du dossier, de fonder cette annulation.

En ce qui concerne l'application des dispositions de l'article L. 600-5-1 du code de l'urbanisme :

19. Aux termes de l'article L. 600-5-1 du code de l'urbanisme : " Sans préjudice de la mise en œuvre de l'article L. 600-5, le juge administratif qui, saisi de conclusions dirigées contre un permis de construire, de démolir ou d'aménager ou contre une décision de non-opposition à déclaration préalable estime, après avoir constaté que les autres moyens ne sont pas fondés, qu'un vice entraînant l'illégalité de cet acte est susceptible d'être régularisé, sursoit à statuer, après avoir invité les parties à présenter leurs observations, jusqu'à l'expiration du délai qu'il fixe pour cette régularisation, même après l'achèvement des travaux. Si une mesure de régularisation est notifiée dans ce délai au juge, celui-ci statue après avoir invité les parties à présenter leurs observations. Le refus par le juge de faire droit à une demande de sursis à statuer est motivé. ".

20. D'une part, il résulte de ce qui a été dit au point 7 que l'arrêté du 6 février 2022 a été obtenu par fraude. Dans ces conditions, il ne peut faire l'objet d'une mesure de régularisation sur le fondement des dispositions citées au point précédent.

21. D'autre part, il résulte de ce qui a été dit au point 17 que le projet de construction autorisé par le permis du 12 avril 2013 a été artificiellement présenté comme incluant les parcelles n° 235 et 832, conduisant à apprécier sa conformité par rapport aux dispositions de l'article UD7 du règlement d'urbanisme en prenant en compte l'ensemble de cette unité foncière et permettant ainsi de faire obstacle à l'application des règles d'implantation des constructions en limite séparative. La notice descriptive du projet précise par ailleurs que la construction nouvelle sera " accolée à la maison existante, dans le prolongement de celle-ci ". Il résulte de ces éléments, que M. A F a intentionnellement cherché à induire le service instructeur en erreur, en créant une confusion sur la nature de son projet dans le but de faire obstacle à l'application des dispositions de l'article UD7 du règlement du plan local d'urbanisme. L'ensemble de ces éléments sont constitutifs d'un faisceau d'indices de nature à caractériser une fraude. Dès lors, aucune régularisation ne peut être envisagée sur le fondement des dispositions citées au point 19.

Sur les conclusions de la requête n° 2201942 :

En ce qui concerne les conclusions tendant à l'annulation du refus implicite du président de la communauté de communes de prendre un arrêté interruptif de travaux :

22. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier que la demande adressée par Mme Fontaine-Perrichon au président de la communauté de communes tendait à ce qu'un arrêté interruptif de travaux soit pris au motif que les travaux engagés par M. A F n'étaient pas conformes aux autorisations d'urbanisme délivrées le 24 janvier 2019 et le 6 janvier 2022. Or, postérieurement à la demande de Mme G, ces permis ont été suspendus par une ordonnance du juge des référés du tribunal administratif de Caen le 29 juin 2022, avant même que n'intervienne la décision implicite attaquée par la requérante. De fait, cette suspension a eu pour effet d'interdire la réalisation des travaux réalisés sur le fondement de ces autorisations d'urbanisme. Les conclusions tendant à l'annulation du refus de prendre un arrêté interruptif de travaux étaient donc dépourvues d'objet à la date de l'introduction de la requête de Mme Fontaine-Perrichon, le 22 août 2022 et, par suite, irrecevables. Par ailleurs, si la requérante soutient que sa demande conserve son objet dès lors que M. A F a continué ses travaux en dépit de l'ordonnance rendue, il ressort en tout état de cause des pièces du dossier qu'un procès-verbal de constat d'infraction a été dressé par le président de la communauté de communes le 9 mars 2023. Dans ces conditions, les conclusions dirigées contre le refus du président de la communauté de communes du Pays d'Honfleur-Beuzeville doivent être rejetées.

En ce qui concerne les conclusions tendant à l'annulation du refus de dresser un procès-verbal d'infraction :

S'agissant de l'exception de non-lieu soulevée par le préfet du Calvados :

23. Aux termes de l'article L. 480-1 du code de l'urbanisme : " () Lorsque l'autorité administrative et, au cas où il est compétent pour délivrer les autorisations, le maire ou le président de l'établissement public de coopération intercommunale compétent ont connaissance d'une infraction de la nature de celles que prévoient les articles L. 480-4 et L. 610-1, ils sont tenus d'en faire dresser procès-verbal. () ". L'article L. 480-2 du même code dispose que : " () Dès qu'un procès-verbal relevant l'une des infractions prévues à l'article L. 480-4 du présent code a été dressé, le maire peut également, si l'autorité judiciaire ne s'est pas encore prononcée, ordonner par arrêté motivé l'interruption des travaux. (.) ". Enfin, aux termes de l'article L. 480-4 de ce code : " Le fait d'exécuter des travaux mentionnés aux articles L. 421-1 à L. 421-5 en méconnaissance des obligations imposées par les titres Ier à VII du présent livre et les règlements pris pour leur application ou en méconnaissance des prescriptions imposées par un permis de construire, de démolir ou d'aménager ou par la décision prise sur une déclaration préalable est puni d'une amende () ".

24. Il résulte des dispositions précitées que l'autorité administrative compétente pour délivrer les autorisations de construire est tenue de faire dresser procès-verbal des infractions dont elle a connaissance, relatives à la législation régissant ces autorisations, dès lors que l'élément matériel de l'infraction peut être constaté à la date de sa saisine. Dans ces conditions, l'éventuelle régularisation de travaux irrégulièrement entrepris est sans incidence sur l'obligation qui incombe à ces autorités de dresser procès-verbal des infractions portées à leur connaissance avant que cette régularisation n'intervienne. Dès lors, le permis de construire délivré le 12 avril 2023 à M. A F n'a pas pour effet de priver d'objet la requête de Mme Fontaine-Perrichon, dirigée contre le refus du président de la communauté de communes du pays de Honfleur-Beuzeville de dresser un procès-verbal d'infraction concernant les travaux entrepris sur la propriété de M. A F. En tout état de cause, il résulte de ce qui a été dit aux points 18 et 21 que le permis de construire du 12 avril 2023 est entaché d'illégalités qui ne sont pas régularisables. Par ailleurs, s'il ressort des pièces du dossier qu'un procès-verbal de constat a été dressé par la communauté de communes le 9 mars 2023, la demande de Mme J G tendait à ce que soit constatée l'irrégularité des constructions en cours par rapport aux autorisations d'urbanisme qui lui ont été délivrées le 24 janvier 2019 et le 6 janvier 2022 alors que le procès-verbal dressé porte sur les travaux irrégulièrement poursuivis par M. A F suite à la suspension de ces autorisations. L'exception de non-lieu soulevée ne pourra dès lors qu'être écartée.

S'agissant des fins de non-recevoir :

25. En premier lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 8, Mme Fontaine-Perrichon justifie de son intérêt à agir contre les décisions attaquées.

26. En deuxième lieu, la communauté de communes du Pays de Honfleur-Beuzeville fait valoir que la décision attaquée doit être regardée comme étant confirmative de la décision du 20 janvier 2022 par laquelle le préfet du Calvados a informé Mme Fontaine-Perrichon, suite à son courrier du 15 décembre 2021 faisant état de travaux irrégulièrement entrepris par M. A F, que ces travaux avaient été régularisés par un permis modificatif du 6 janvier 2022. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que dans son courrier du 15 décembre 2021, Mme Fontaine-Perrichon se bornait à faire état de l'irrégularité de la démolition réalisée en méconnaissance du permis délivré le 24 janvier 2019. Or, dans sa demande adressée le 31 mai 2022 au président de la communauté de communes, l'intéressée se prévalait de ce que les travaux en cours ne respectaient pas les autorisations de construire accordées par arrêtés du 24 janvier 2019 et du 6 janvier 2022, compte tenu notamment de la présence d'un sous-sol non prévu et d'ouvertures non autorisées. Dans ces conditions, la demande adressée au président de la communauté de communes n'étant pas identique à celle qui avait été précédemment adressée au préfet du Calvados, la décision attaquée n'est pas confirmative de la décision prise sur cette demande. En tout état de cause, il ne ressort pas des pièces du dossier que la décision du 20 janvier 2022, laquelle ne comportait aucune mention des voies et délais de recours, aurait été définitive à la date à laquelle la décision du président de la communauté de communes a été prise. Par suite, la fin de non-recevoir tirée de la tardiveté de la requête ne peut qu'être écartée.

S'agissant de la légalité de la décision attaquée :

27. Mme Fontaine-Perrichon soutient que les travaux entrepris par M. A F sont constitutifs de différentes infractions dès lors que les autorisations d'urbanisme sur le fondement desquels ils ont été entrepris ont été obtenues par fraude, que le projet méconnaît plusieurs dispositions du règlement du plan local d'urbanisme intercommunal et qu'ils ne sont en tout état de cause pas conformes aux autorisations délivrées le 24 janvier 2019 et le 6 janvier 2022. Toutefois, il ressort du courrier adressé par la requérante au président de la communauté de communes le 31 mai 2022 que celle-ci a sollicité qu'un procès-verbal soit dressé du fait de la seule non-conformité des travaux réalisés aux autorisations d'urbanisme délivrées. Dès lors que l'autorité administrative compétente ne peut être tenue de constater que les infractions qui sont portées à sa connaissance, elle ne peut donc utilement se prévaloir que de cette seule infraction.

28. Il ressort des pièces du dossier et notamment des plans du projet autorisé par les arrêtés du 24 janvier 2019 et du 6 janvier 2022 ainsi que des photos des travaux en cours, que si la présence d'un sous-sol non prévu par le projet n'est pas avérée dès lors qu'il ressort du procès-verbal de constat dressé le 9 mars 2023 qu'il s'agit du vide sanitaire de la construction, en revanche, plusieurs ouvertures non conformes ont été réalisées. En effet, les dimensions de l'ouverture prévue sur la gauche de la façade est de la construction n'ont pas été respectées, les photos produites révélant une largeur plus importante, et la façade ouest comporte une ouverture non autorisée au niveau du toit, le rythme et le format des ouvertures prévues sur la façade n'ayant pas davantage été respectés. Dans ces conditions, le président de la communauté de communes était tenu de dresser un procès-verbal d'infraction.

29. Il résulte de ce qui précède que Mme J G est fondée à demander l'annulation de la décision par laquelle le président de la communauté de communes a implicitement refusé de dresser un procès-verbal d'infraction pour les travaux réalisés par M. A F en méconnaissance des autorisations d'urbanisme qui lui ont été délivrées le 24 janvier 2019 et le 6 janvier 2022.

Sur les conclusions présentées à fin d'injonction :

30. Il résulte de ce qui a été dit aux points 18 et 21 que le permis de construire délivré le 12 avril 2023 à M. A F n'a pas pu avoir pour effet de régulariser les travaux entrepris en méconnaissance des autorisations d'urbanisme initiales. Dans ces conditions, l'élément matériel de l'infraction pouvant encore être constaté à la date du présent jugement, il y a lieu d'enjoindre au président de la communauté de communes du Pays de Honfleur-Beuzeville de dresser un procès-verbal de constat d'infraction.

Sur les frais liés au litige :

31. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge solidaire des époux D, de M. A F et de la communauté de communes du Pays de Honfleur-Beuzeville la somme globale de 3 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative. En revanche, Mme Fontaine-Perrichon n'est pas fondée à demander à ce qu'une somme soit mise à la charge de l'Etat et de la commune de Cricquebœuf sur le fondement des mêmes dispositions dès lors qu'ils n'étaient pas parties au litige. Par ailleurs, ces dispositions font obstacle à ce que soit mise à la charge de Mme Fontaine-Perrichon, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, les sommes que les défendeurs réclament au titre des frais exposés pour la présente instance.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté du 12 avril 2023 est annulé.

Article 2 : La décision par laquelle le président de la communauté de communes du pays de Honfleur-Beuzeville a refusé de dresser un procès-verbal de constat d'infraction est annulée.

Article 3 : Il est enjoint au président de la communauté de communes du pays de Honfleur-Beuzeville de dresser un procès-verbal de constat d'infraction des travaux entrepris par M. A F.

Article 4 : M. et Mme D, M. A F et la communauté de communes du Pays de Honfleur-Beuzeville verseront solidairement la somme de 3 000 euros à Mme Fontaine-Perrichon en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 5 : Le surplus des conclusions des requêtes de Mme Fontaine-Perrichon est rejeté.

Article 6 : Les conclusions présentées par M. et Mme D, M. A F et la communauté de communes du Pays de Honfleur-Beuzeville sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 7 : Le présent jugement sera notifié à Mme B Fontaine-Perrichon, à M. et Mme E D, M. I A F et à la communauté de communes du Pays de Honfleur-Beuzeville et au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires.

Copie en sera adressée pour information au préfet du Calvados.

Délibéré après l'audience du 6 février 2024 à laquelle siégeaient :

- Mme Rouland-Boyer, présidente,

- Mme Sénécal, première conseillère,

- Mme Remigy, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 février 2024.

La rapporteure,

Signé

J. REMIGY

La présidente,

Signé

H. ROULAND-BOYER

La greffière,

Signé

E. BLOYET

La République mande et ordonne au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

E. BLOYET

N°s 2201280-220194

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