vendredi 4 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Caen |
| Section | Tribunal Administratif de Caen |
| N° Dossier | TA14-2201317 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 1ère chambre |
| Avocat requérant | LEBEY |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et deux mémoires, enregistrés le 27 mai 2022, le 18 mars 2024 et le 17 avril 2024, M. D A, représenté par Me Le Brouder, doit être regardé comme demandant au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 30 mars 2022 par laquelle la commune de Cherbourg-en-Cotentin a décidé d'exclure temporairement M. D A du conservatoire de musique jusqu'à la fin de l'année scolaire en cours ;
2°) de mettre à la charge de la commune de Cherbourg-en-Cotentin la somme de 2 500 euros à verser à son conseil en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
- sa requête est recevable ;
- il n'est pas justifié de la compétence de l'auteur de l'acte attaqué ;
- la décision est insuffisamment motivée ;
- elle est entachée de vices de procédure en l'absence de procédure contradictoire et dès lors que le conseil de discipline, seul compétent pour prononcer l'exclusion temporaire, n'a pas été saisi ;
- elle est entachée d'une erreur de fait ;
- elle est entachée d'erreur de droit ;
- la mesure d'exclusion constitue une sanction et est disproportionnée par rapport aux faits reprochés.
Par deux mémoires et des pièces complémentaires, enregistrés le 21 octobre 2022, le 14 novembre 2022 et le 29 mars 2024, la commune de Cherbourg-en-Cotentin, représentée par Me Lebey, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge du requérant la somme de 1 500 euros au titre des frais d'instance.
Elle fait valoir que :
- la requête est irrecevable dès lors qu'elle est dépourvue de moyen ;
- la procédure contradictoire a été respectée dès lors que le requérant avait eu connaissance des faits reprochés lors d'un échange le 16 mars 2022 ;
- le conseil de discipline n'avait pas à être saisi ;
- le rapport de signalement fait état de faits relatifs à deux mineures ;
- le comportement du requérant mettait en péril le bon fonctionnement du service ;
- la mesure d'exclusion est parfaitement proportionnée aux faits reprochés.
M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du bureau d'aide juridictionnelle du 12 juillet 2022.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code général des collectivités territoriales ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de la sécurité intérieure ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Groch,
- les conclusions de M. Bonneu, rapporteur public,
- les observations de Me Le Brouder, représentant M. D A,
- et les observations de Me Lebey, représentant la commune de Cherbourg-en-Cotentin.
Une note en délibéré produite par la commune de Cherbourg-en-Cotentin a été enregistrée le 23 septembre 2024 et n'a pas été communiquée.
Considérant ce qui suit :
1. M. D A, âgé de 35 ans, est élève au conservatoire municipal de musique de la commune de Cherbourg-en-Cotentin où il étudie notamment le violon. Par un courrier en date du 30 mars 2022, M. A a été informé de la transmission d'un rapport de signalement à son encontre au procureur de la République ainsi que d'une exclusion temporaire de l'établissement d'enseignement jusqu'à la fin de l'année scolaire 2021-2022. Par la présente requête, M. A demande l'annulation de la décision d'exclusion temporaire.
Sur la fin de non-recevoir soulevée par la commune de Cherbourg-en-Cotentin :
2. Aux termes de l'article R. 411-1 du code de justice administrative : " La juridiction est saisie par requête. () Elle contient l'exposé des faits et moyens, ainsi que l'énoncé des conclusions soumises au juge. () ".
3. A l'appui de sa requête, M. A, qui fait état des circonstances dans lesquelles a été édictée la décision d'exclusion temporaire de l'établissement municipal d'enseignement artistique spécialisé prononcée à son encontre, conclut à l'annulation de la décision litigieuse en exposant avec suffisamment de précision les moyens soulevés. Dès lors, il y a lieu d'écarter la fin de non-recevoir opposée par la commune de Cherbourg-en-Cotentin.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne la nature de la décision attaquée :
4. Aux termes de l'article L. 132-1 du code de la sécurité intérieure : " Le maire concourt par son pouvoir de police à l'exercice des missions de sécurité publique et de prévention de la délinquance, sauf application des dispositions des articles L. 742-2 à L. 742-7. ". Aux termes de l'article L. 132-2 du même code : " Conformément aux dispositions du deuxième alinéa de l'article 40 du code de procédure pénale, le maire est tenu de signaler sans délai au procureur de la République les crimes ou les délits dont il acquiert la connaissance dans l'exercice de ses fonctions. ". Aux termes de l'article L. 2212-1 du code général des collectivités territoriales : " Le maire est chargé, sous le contrôle administratif du représentant de l'État dans le département, de la police municipale, de la police rurale et de l'exécution des actes de l'État qui y sont relatifs. ". Aux termes de l'article L. 2212-2 du même code : " La police municipale a pour objet d'assurer le bon ordre, la sûreté, la sécurité et la salubrité publiques. (). ".
5. Il ressort des termes de la décision du 30 mars 2022 notifiée au requérant que ce dernier a été exclu temporairement de l'établissement d'enseignement municipal de musique à compter de la notification de l'acte jusqu'à la fin de l'année scolaire 2021-2022. Par un courrier daté du même jour, le maire saisissait le procureur de la République d'un signalement sur le fondement de l'article 40 du code de procédure pénale et lui indiquait lui avoir notifié une mesure conservatoire. Par suite, la décision d'exclure temporairement M. A de l'accès aux enseignements de l'établissement municipal de musique constitue une mesure provisoire et conservatoire de police prise pour le maintien de l'ordre public et dans l'intérêt du service, et n'a, dès lors, pas le caractère d'une sanction disciplinaire. Il ne ressort pas des pièces du dossier qu'elle constituerait en l'espèce une sanction déguisée, dès lors qu'elle a eu pour seul objet de prévenir dans les locaux de l'établissement municipal une situation pouvant porter atteinte à la sécurité d'élèves mineures. Ayant ainsi pour objet de restaurer et préserver, dans l'intérêt de l'ensemble des usagers et des personnels de l'établissement l'ordre public ainsi que leur sécurité, elle ne revêt pas davantage le caractère d'une mesure prise en considération de la personne au sens des dispositions de l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration.
En ce qui concerne la légalité externe de la décision attaquée :
6. La décision attaquée du 30 mars 2022 est signée par Mme E B, neuvième adjointe au maire de Cherbourg-en-Cotentin, qui a reçu par arrêté du 17 février 2021 délégation de fonction pour signer tous actes relatifs à la " culture ", à la " pratique musicale " et aux " missions de diffusion, création, de conservation et d'enseignement " dont relève le conservatoire municipal de musique. Toutefois, il ressort des termes mêmes de l'arrêté précité qu'en dehors des périodes d'astreinte durant lesquelles le maire délègue ses pouvoirs de police à l'adjoint au maire de permanence, la délégation concernant les pouvoirs de police générale du maire est exercée par M. F C, douzième adjoint au maire, compétent pour traiter au nom du maire des questions relatives notamment à la sécurité. Par suite, si la décision litigieuse a été prise à l'encontre d'un élève du conservatoire municipal de musique, elle n'en demeure pas moins qu'elle constitue, eu égard à son objet et à sa nature, une mesure de police prise au nom du maire et non couverte par la délégation de Mme B. En conséquence, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de la décision litigieuse doit être accueilli.
7. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que la décision de la commune de Cherbourg-en-Cotentin du 30 mars 2022 d'exclusion temporaire de M. A doit être annulée.
Sur les frais liés au litige :
8. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que M. A soit condamné à verser à la commune de Cherbourg-en-Cotentin la somme demandée sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de faire droit aux conclusions présentées par M. A sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
D E C I D E :
Article 1er : La décision du 30 mars 2022 de la commune de Cherbourg-en-Cotentin est annulée.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. D A, à Me Le Brouder et à la commune de Cherbourg-en-Cotentin.
Délibéré après l'audience du 19 septembre 2024, à laquelle siégeaient :
M. Cheylan, président,
M. Martinez, premier conseiller,
Mme Groch, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 octobre 2024.
La rapporteure,
Signé
N. GROCH
Le président,
Signé
F. CHEYLAN
Le greffier,
Signé
J. LOUNIS
La République mande et ordonne au préfet de la Manche en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
la greffière,
C. Bénis
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026