vendredi 30 décembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Caen |
| Section | Tribunal Administratif de Caen |
| N° Dossier | TA14-2201321 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 2ème chambre |
| Avocat requérant | CAVELIER |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire enregistrés les 7 juin et 15 septembre 2022, M. B A, représenté par Me Cavelier, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 25 avril 2022 par lequel le préfet de l'Orne a refusé de lui délivrer un titre de séjour et l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours ;
2°) d'enjoindre au préfet de l'Orne de lui délivrer un titre de séjour d'un an, ou de réexaminer sa demande, dans le délai d'un mois à compter du jugement à intervenir et sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
3°) d'enjoindre au préfet de l'Orne de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour avec autorisation de travailler, dans le délai de quinze jours à compter du jugement à intervenir ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros, en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
- le préfet doit justifier de la compétence du signataire de l'arrêté ;
- il a commis une erreur de droit en rejetant la demande de renouvellement au motif que les conditions exigées pour la délivrance d'un premier titre de séjour n'étaient pas remplies ;
- il a commis une erreur manifeste d'appréciation ;
- il a méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales en l'obligeant à quitter le territoire français.
Par un mémoire enregistré le 10 août 2022, le préfet de l'Orne conclut au rejet de la requête au motif que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.
M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle partielle par une décision du 4 octobre 2022.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. C,
- et les observations de Me Cavelier, représentant M. A.
Considérant ce qui suit :
1. M. B A, ressortissant malien, est entré en France, selon ses dires, le 29 décembre 2016 et a été pris en charge par les services de l'aide sociale à l'enfance du département de l'Orne. Devenu majeur, il a bénéficié de titres de séjour " salarié-travailleur temporaire ". Le 3 août 2021, il a demandé le renouvellement de son titre de séjour. Par un arrêté du 25 avril 2022, le préfet de l'Orne a refusé de renouveler son titre de séjour et lui a demandé de quitter le territoire français dans le délai de trente jours.
Sur l'admission provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle :
2. Par décision du 4 octobre 2022, le bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Caen a partiellement accordé à M. A le bénéfice de l'aide juridictionnelle. Par suite, il n'y a pas lieu de lui accorder l'aide juridictionnelle à titre provisoire.
Sur les conclusions en annulation :
En ce qui concerne l'arrêté pris dans son ensemble :
3. Par un arrêté n° 1122-2022-10006 du 31 janvier 2022, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture spécial n° 20 du même jour, le préfet de l'Orne a donné délégation au directeur de la citoyenneté et de la légalité de la préfecture à l'effet de signer les actes relevant du bureau de l'intégration et de l'immigration, tels que les arrêtés portant refus de séjour, portant obligation de quitter le territoire et fixant le pays de renvoi. Le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'acte doit, par suite, être écarté.
En ce qui concerne la décision portant refus de séjour :
4. En premier lieu, aux termes de l'article L. 433-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " () le renouvellement de la carte de séjour temporaire () est subordonné à la preuve par le ressortissant étranger qu'il continue de remplir les conditions requises pour la délivrance de cette carte ".
5. Il ressort des pièces du dossier, et en particulier des termes de l'arrêté contesté, que M. A, qui a bénéficié de cartes de séjour temporaire en qualité de " travailleur temporaire ", a demandé, le 3 août 2021, le renouvellement de son titre de séjour en qualité de " travailleur temporaire " en application des dispositions désormais codifiées à l'article L. 435-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. En examinant la demande au regard des dispositions invoquées par le requérant et en analysant les conditions requises pour la délivrance de cette carte conformément aux dispositions précitées de l'article L. 433-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le préfet de l'Orne n'a pas commis d'erreur de droit.
6. En second lieu, aux termes de l'article L. 435-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " A titre exceptionnel, l'étranger qui a été confié à l'aide sociale à l'enfance ou du tiers digne de confiance entre l'âge de seize ans et l'âge de dix-huit ans et qui justifie suivre depuis au moins six mois une formation destinée à lui apporter une qualification professionnelle peut, dans l'année qui suit son dix-huitième anniversaire, se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié " ou " travailleur temporaire ", sous réserve du caractère réel et sérieux du suivi de cette formation, de la nature de ses liens avec sa famille restée dans le pays d'origine et de l'avis de la structure d'accueil ou du tiers digne de confiance sur l'insertion de cet étranger dans la société française. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable ".
7. Lorsqu'il examine une demande d'admission exceptionnelle au séjour en qualité de " salarié " ou " travailleur temporaire " présentée sur le fondement de ces dispositions, le préfet vérifie tout d'abord que l'étranger est dans l'année qui suit son dix-huitième anniversaire, qu'il a été confié à l'aide sociale à l'enfance entre l'âge de seize ans et dix-huit ans, qu'il justifie suivre depuis au moins six mois une formation destinée à lui apporter une qualification professionnelle et que sa présence en France ne constitue pas une menace pour l'ordre public. Il lui revient ensuite, dans le cadre du large pouvoir dont il dispose, de porter une appréciation globale sur la situation de l'intéressé, au regard notamment du caractère réel et sérieux du suivi de cette formation, de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine et de l'avis de la structure d'accueil sur l'insertion de cet étranger dans la société française. Il appartient au juge administratif, saisi d'un moyen en ce sens, de vérifier que le préfet n'a pas commis d'erreur manifeste dans l'appréciation ainsi portée.
8. Il ressort des pièces du dossier que M. A, célibataire et sans enfant, réside en France, à la date du refus de séjour contesté, depuis environ six années. M. A a connu des difficultés scolaires à son arrivée en France et elles ont persisté. Il maîtrise encore difficilement le français à l'écrit. Si l'intéressé a toujours été un élève respectueux et a donné satisfaction à ses maîtres de stage et son employeur actuel, la région Normandie, en revanche ses compétences techniques restent en deçà de ce qui peut être attendu d'un élève en 3ème année d'apprentissage, les bulletins de notes 2020-2021 mentionnent des moyennes semestrielles de 7,49 et 6,05. Selon le compte-rendu d'évaluation de l'année 2021, si des efforts ont été constatés, les objectifs sur les techniques à mettre en œuvre en cuisine n'ont pas été atteints. Au surplus, l'échec au certificat d'aptitude professionnelle, après un apprentissage qui a commencé en 2018/2019, intervenu après l'édiction de la décision attaquée, confirme ce défaut de sérieux. Si le requérant produit des témoignages illustrant qu'il s'est intégré à la société française, toutefois l'avis de la structure d'accueil sur son insertion sociale n'est pas versé aux débats et un rapport établi par les services de l'aide sociale à l'enfance du département de l'Orne montre que M. A n'a pas respecté les règles dans sa famille d'accueil, à tel point qu'il a dû en être changé dans l'urgence. Dans ces conditions, le préfet de l'Orne n'a pas commis une erreur manifeste d'appréciation en refusant de renouveler un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 435-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :
9. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2 Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".
10. Il ressort des pièces du dossier que M. A, célibataire et sans enfant, ne réside en France, à la date du refus de séjour contesté, que depuis environ six années, après avoir vécu jusqu'à l'âge de 16 ans dans son pays d'origine. Il n'est pas dépourvu d'attaches familiales au Mali où demeurent encore ses parents et des membres de sa fratrie avec lesquels il n'établit pas avoir rompu tout lien. S'il a noué des relations à la faveur de ses placements en famille d'accueil, il ne fait état d'aucune attache privée ou familiale en France. Dans ces conditions, compte tenu de la durée et des conditions du séjour en France de M. A, le préfet de l'Orne n'a pas, en l'obligeant à quitter le territoire français, porté une atteinte excessive à son droit à une vie privée et familiale normale, et n'a donc pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
11. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions aux fins d'annulation formées par M. A doivent être rejetées.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
12. Le rejet des conclusions aux fins d'annulation de la requête de M. A n'appelle aucune mesure d'exécution. Par suite, ses conclusions aux fins d'injonction doivent également être rejetées.
Sur les frais d'instance :
13. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mis à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, le paiement de la somme que demande M. A au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.
D É C I D E :
Article 1er : La requête de M. A est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au préfet de l'Orne.
Délibéré après l'audience du 13 octobre 2022, à laquelle siégeaient :
M. Mondésert, président,
M. Berrivin, premier conseiller,
Mme Silvani, conseillère,
Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 décembre 2022.
Le rapporteur,
Signé
A. C
Le président,
Signé
X. MONDÉSERT La greffière,
Signé
A. LAPERSONNE
La République mande et ordonne au préfet de l'Orne en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme
la greffière,
A. Lapersonne
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026