mardi 5 juillet 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Caen |
| Section | Tribunal Administratif de Caen |
| N° Dossier | TA14-2201495 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | URGENCE- Etrangers |
| Avocat requérant | TSARANAZY |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, un mémoire et des pièces complémentaires enregistrés les 24 et 30 juin 2022, M. C D, représenté par Me Mokhefi, doit être regardé comme demandant au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) de lui accorder le bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;
2°) d'annuler les arrêtés du 22 juin 2022 par lequel le préfet du Calvados lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour, a ordonné sa remise aux autorités italiennes et l'a assigné à résidence ;
3°) d'annuler l'arrêté du 28 juin 2022 par lequel le préfet du Calvados a d'une part, abrogé l'arrêté du 22 juin 2022 en tant qu'il porte remise aux autorités italiennes, et, d'autre part, l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et a pris à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an ;
4°) d'annuler l'arrêté du 28 juin 2022 par lequel le préfet du Calvados a abrogé l'arrêté du 22 juin 2022 portant assignation à résidence et a prononcé une nouvelle assignation à résidence à son encontre d'une durée de quarante-cinq jours ;
5°) d'enjoindre au préfet du Calvados de lui délivrer un titre de séjour " vie privée et familiale " ou, à défaut, de procéder au réexamen de sa situation et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour, le tout dans un délai de quarante-huit heures à compter de la notification de la décision à intervenir et sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
6°) de mettre à la charge de l'État une somme de 2 400 euros sur le fondement des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.
Il soutient que :
- les décisions ont été prises par une autorité incompétente ;
- les décisions portant refus de titre de séjour et remise aux autorités italiennes sont insuffisamment motivées ;
- il remplit les conditions pour l'obtention d'un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elles méconnaissent les articles L. 621-2 et L. 311-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et sont entachés d'erreur manifeste d'appréciation ;
- les décisions portant obligation de quitter le territoire français sans délai et fixant le pays de renvoi méconnaissent les articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la décision portant refus de délai de départ volontaire est entachée d'erreur d'appréciation ;
- la décision portant interdiction de retour sur le territoire français est illégale compte tenu de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;
- elle n'est pas motivée ;
- la décision portant assignation à résidence n'est pas motivée ;
- elle est entachée d'erreur de fait et d'erreur manifeste d'appréciation.
Par trois mémoires en défense enregistrés les 28, 29 juin et 1er juillet 2022, le préfet du Calvados conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Vu la décision par laquelle le président du tribunal a désigné Mme B pour statuer sur les mesures prises par l'autorité préfectorale en application du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique du 29 juin 2022 à 14 heures 50:
- le rapport de Mme B,
- et les observations de Me Mokhefi, qui, en présence de M. D et de sa compagne, a accepté le report d'audience proposé compte tenu des nouveaux éléments communiqués par le préfet du Calvados le 29 juin 2022 à 14 heures 11, et a convenu d'une nouvelle audience le vendredi 1er juillet à 11 heures.
Le préfet du Calvados n'était ni présent ni représenté.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de la nouvelle audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique du 1er juillet 2022 à 11 heures :
- le rapport de Mme B,
- et les observations de Me Mokhefi, qui, en présence de M. D et de sa compagne Mme A***, a repris et précisé les moyens présentés par écrit, en insistant sur les démarches réalisés par son client pour obtenir un titre de séjour " vie privée et familiale " puis au titre du regroupement familial, sur le fait que ses parents disposent de la nationalité italienne et de titre de séjour français, que sa compagne, enceinte, est française, qu'il n'a plus d'attache en Italie ni au Maroc, pays qu'il a quitté à l'âge de trois ans, que son casier judiciaire est vierge ; le requérant précise que ses parents et ses frères mineurs ont pu obtenir la nationalité italienne contrairement à lui, qui était devenu majeur à la date de la demande et ne disposait pas des ressources suffisantes, il n'a fait l'objet d'aucune poursuite.
Le préfet du Calvados n'était ni présent ni représenté.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. M. C D, ressortissant marocain né le 27 juillet 1989 à Casablanca, est entré en France, selon ses déclarations, le 24 avril 2018. Il a présenté une demande de titre de séjour le 6 janvier 2021 qui a fait l'objet d'une décision implicite de rejet. Il a présenté une nouvelle demande de titre de séjour le 24 janvier 2022. Le requérant a fait l'objet d'une garde à vue le 21 juin 2022. Par deux arrêtés du 22 juin 2022, dont le requérant a demandé l'annulation, le préfet du Calvados a refusé sa demande de titre de séjour, a décidé de sa remise aux autorités italiennes et l'a assigné à résidence. Par un mémoire enregistré le 29 juin 2022, le tribunal a été informé que, par arrêté du 29 juin 2022, le préfet du Calvados a, d'une part, abrogé la décision portant remise aux autorités italiennes et la décision portant assignation à résidence du 22 juin 2022, et, d'autre part, a fait obligation au requérant de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination, lui a fait interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an et l'a assigné à résidence pour une durée de quarante-cinq jours. Par la présente requête, M. D sollicite, dans le dernier état de ses écritures, l'annulation de la décision du 22 juin 2022 portant refus de titre de séjour et l'annulation des arrêtés du 29 juin 2022 portant abrogation de la remise aux autorités italiennes, obligation de quitter le territoire français sans délai, fixant le pays de destination, portant interdiction de retour sur le territoire français et assignation à résidence.
Sur l'aide juridictionnelle provisoire :
2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 : " Dans les cas d'urgence () l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président () ". Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de prononcer l'admission provisoire de M. D au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne la décision portant refus de séjour :
3. Il résulte des dispositions de l'article R. 776-1 du code de justice administrative qu'il n'appartient pas au magistrat désigné, statuant selon la procédure prévue par les dispositions de l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, de connaître des conclusions à fin d'annulation de la décision portant refus de délivrance d'un titre de séjour. Par suite, les conclusions de la requête de M. D dirigées contre l'arrêté du 22 juin 2022, en tant qu'il prononce le refus de son titre de séjour, relèvent de la compétence de la formation collégiale du tribunal et doivent dès lors lui être renvoyées.
4. De même, doivent y être renvoyées les conclusions aux fins qu'il soit enjoint sous astreinte au préfet de délivrer un titre de séjour, auxquelles il ne pourrait être fait droit qu'en conséquence de l'annulation de la décision portant refus de séjour, et les conclusions aux fins qu'une somme soit mise à la charge de l'Etat.
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :
5. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales stipule par ailleurs que " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".
6. Il ressort des pièces du dossier que le requérant a sollicité, le 6 janvier 2021, une demande de titre de séjour sur le fondement des anciens articles L. 313-11 7° (regroupement familial) et L. 313-14 (admission exceptionnelle) du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Aucune décision n'a été prise par la préfecture. Le requérant a déposé une nouvelle demande de titre de séjour le 24 janvier 2022 sur ces mêmes fondements. Il fait valoir être en couple avec une ressortissante française, laquelle serait enceinte. Les deux factures d'électricité aux deux noms des 6 décembre 2019 et du 25 mai 2022, ne permettent pas d'établir l'actualité et l'intensité de sa relation avec Mme A*** à la date du 28 juin 2022, alors qu'il a déclaré dans sa demande de titre de séjour du 20 janvier 2022 être célibataire depuis le mois d'août 2021, et, lors de son audition du 22 juin 2022, être célibataire, et vivre chez ses parents et de temps en temps chez sa compagne. Toutefois, il transmet une reconnaissance anticipée de paternité du 24 juin 2022 concernant l'enfant à naître de Mme A***. Par ailleurs, il ressort des pièces du dossier que ses parents et ses frères disposent de la nationalité italienne et vivent en France, de manière régulière, depuis plusieurs années. Le requérant est lui-même entré sur le territoire français, en 2018 selon ses déclarations, muni d'un titre de séjour italien de longue durée. Si le préfet, qui a décidé d'éloigner le requérant vers son pays d'origine ou un autre pays à l'exception d'un Etat de l'Union européen, fait valoir qu'il ne justifie pas ne plus disposer d'attache dans son pays d'origine où il a vécu la majeure partie de sa vie, le requérant soutient, sans être utilement contredit, qu'il a quitté son pays d'origine, le Maroc, à l'âge de trois ans, et que sa famille s'est ensuite installée en Italie où il a vécu durant vingt-sept ans. Par suite, dans les circonstances particulières de l'espèce, eu égard à l'implantation durable de la quasi-totalité de la famille du requérant en France, la décision portant obligation de quitter le territoire français porte une atteinte disproportionnée à sa vie privée et familiale.
7. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que la décision portant obligation de quitter le territoire français et, par voie de conséquence, les décisions refusant un délai de départ volontaire, fixant le pays de destination, portant interdiction de retour sur le territoire français et assignation à résidence, doivent être annulées.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
8. L'annulation de la décision portant obligation de quitter le territoire français implique qu'il soit enjoint à la préfecture de procéder au réexamen de la situation administrative du requérant dans un délai de deux mois à compter de la notification de la présente décision, et de lui délivrer, dans l'attente d'une nouvelle décision, d'une autorisation provisoire de séjour. Il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.
D E C I D E :
Article 1er : M. D est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.
Article 2 : Les conclusions de M. D tendant à l'annulation de la décision du 22 juin 2022 par laquelle le préfet du Calvados a rejeté sa demande de titre séjour, les conclusions à fin d'enjoindre, sous astreinte, au préfet la délivrance d'un titre de séjour et celles relatives aux frais liés au litige sont renvoyées devant une formation collégiale
Article 3 : Les décisions du 28 juin 2022 portant obligation de quitter le territoire français, fixant le pays de destination, refusant un délai de départ volontaire, portant interdiction de retour sur le territoire français et portant assignation à résidence sont annulées.
Article 4 : Il est enjoint au préfet du Calvados de procéder au réexamen de la situation du requérant dans un délai de deux mois et de délivrer sans délai une autorisation provisoire de séjour.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. C D, à Me Mokhefi et au préfet du Calvados.
Copie en sera transmise pour information au bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Caen.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 5 juillet 2022.
La magistrate désignée,
Signé
C. BLe greffier,
Signé
J. MARTIN
La République mande et ordonne au préfet du Calvados en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
la greffière,
C. Bénis
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026