vendredi 3 mars 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Caen |
| Section | Tribunal Administratif de Caen |
| N° Dossier | TA14-2201630 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 2ème chambre |
| Avocat requérant | CAVELIER |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire enregistrés le 8 juillet et le 13 septembre 2022, M. E, représenté par Me Cavelier, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 17 février 2022 par lequel le préfet de l'Orne lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office lorsque le délai sera expiré ;
2°) d'enjoindre au préfet de l'Orne de procéder au réexamen de sa demande dans un délai de deux mois à compter de la décision à intervenir et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros à verser à son conseil, en application de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que celui-ci renonce à percevoir la part contributive de l'Etat versée au titre de l'aide juridictionnelle et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
M. B soutient que :
- sa requête est recevable ;
- sur la décision portant refus de titre de séjour :
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle méconnaît l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;
- sur la décision portant obligation de quitter le territoire :
- elle méconnaît l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle méconnaît les articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.
Par un mémoire enregistré le 3 août 2022, le préfet de l'Orne conclut au rejet de la requête au motif que les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier, notamment la décision du 10 juin 2022 accordant l'aide juridictionnelle totale à M. B.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme C,
- les observations de Me Cavelier, représentant M. B.
Considérant ce qui suit :
1. M. A B, né le 16 août 1978, de nationalité géorgienne, est entré en France le 6 juin 2018, selon ses déclarations. Le 28 juin 2018, il a présenté une demande d'asile, laquelle a été définitivement rejetée par une décision du 27 août 2019 de la Cour nationale du droit d'asile. Au cours de la période du 30 septembre 2019 au 10 janvier 2022, M. B s'est vu délivrer plusieurs titres de séjour, portant la mention " vie privée et familiale " en qualité d'étranger malade. Le 15 novembre 2021, M. B a sollicité le renouvellement de sa carte de séjour sur le fondement de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 17 février 2022, dont il est demandé l'annulation, le préfet de l'Orne a rejeté sa demande, l'a obligé à quitter le territoire français et a fixé le pays de destination.
Sur les conclusions aux fins d'annulation :
En ce qui concerne la légalité de la décision portant refus de titre de séjour :
2. En premier lieu, la décision en litige cite l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dont le préfet de l'Orne a fait application, et reproduit les motifs de l'avis rendu par le collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, lesquels ont estimé que si l'état de santé de M. B nécessite une prise en charge médicale dont le défaut peut entraîner, pour lui, des conséquences d'une exceptionnelle gravité, il peut bénéficier effectivement d'un traitement approprié dans le pays dont il est originaire. La décision comporte donc les considérations de fait et de droit qui en constituent le fondement. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté.
3. En second lieu, aux termes de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an () ". L'article R. 425-11 du même code prévoit que, pour l'application de cet article L. 425-9, le préfet délivre la carte de séjour temporaire portant la mention "vie privée et familiale" au vu d'un avis émis par un collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration.
4. Il résulte de ces dispositions que, lorsque le défaut de prise en charge risque d'avoir des conséquences d'une exceptionnelle gravité sur la santé de l'intéressé, l'autorité administrative ne peut légalement refuser le titre de séjour sollicité que s'il existe des possibilités de traitement approprié de l'affection en cause dans le pays dont l'étranger est originaire, et que si ce dernier y a effectivement accès. Toutefois, la partie qui justifie de l'avis d'un collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration qui lui est favorable doit être regardée comme apportant des éléments de fait susceptibles de faire présumer l'existence ou l'absence d'un état de santé de nature à justifier la délivrance ou le refus d'un titre de séjour. Dans ce cas, il appartient à l'autre partie, dans le respect des règles relatives au secret médical, de produire tous éléments permettant d'apprécier l'état de santé de l'étranger et, le cas échéant, l'existence ou l'absence d'un traitement approprié et effectivement accessible dans le pays de renvoi.
5. Il ressort des pièces du dossier que M. B souffre d'une insuffisance rénale et suit un traitement d'hémodialyse. Par un avis du 11 janvier 2022, le collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration a estimé que, si son état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pouvait entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité, l'intéressé peut, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans son pays, y bénéficier effectivement d'un traitement médical approprié.
6. Pour contester ce dernier point de l'avis, le requérant soutient, d'abord, que son état de santé nécessite une transplantation rénale insusceptible d'être réalisée en Géorgie. Il produit un certificat médical du 8 mars 2022 établi par un praticien d'un centre de santé d'Alençon, spécialisé dans le suivi des maladies rénales, ainsi qu'une attestation de l'Union de dialyse, de néphrologie et de transplantation rénale de Géorgie du 18 mars 2022. Il en ressort toutefois que, d'une part, la prescription d'une greffe n'était pas encore certaine à la date de la décision attaquée, M. B faisant seulement l'objet d'un " bilan pré-greffe non finalisé ", d'autre part, si une telle greffe permettrait d'améliorer sa qualité de vie, l'absence de réalisation de celle-ci ne l'exposerait pas à un risque d'une exceptionnelle gravité. Au surplus, s'il ressort de l'attestation du 18 mars 2022, qui comporte au demeurant la mention erronée du suivi médical de l'intéressé en Géorgie de 2014 à 2022, que les transplantations rénales ne sont pas effectuées en Géorgie, une telle affirmation est contredite par la fiche MedCoi de 2019, produite par le préfet, relative à l'accès au système de soin en Géorgie, laquelle indique, en son point 1.2 intitulé " programmes d'Etat ", que le ministère de la santé, du travail et des affaires sociales de Géorgie propose plusieurs programmes d'État pour des cas spécifiques et notamment un programme de dialyse et de transplantation rénale. Dans ces conditions, les faits allégués par le requérant ne peuvent être regardés comme établis.
7. M. B soutient, ensuite, qu'il est exposé à un risque de mort en cas de retour en Géorgie dès lors qu'il ne pourra y poursuivre le traitement de dialyse qu'il suit en France. Si le certificat médical du 8 mars 2022 indique que les séances de dialyse en Géorgie sont " a priori " plus sommaires qu'en France et fait état de doutes quant à l'approvisionnement en matériel de dialyse en Géorgie, compte tenu de l'instabilité de la situation en Ukraine, pays qui serait susceptible de fournir à la Géorgie une partie des molécules nécessaires à la dialyse, ces éléments, purement hypothétiques, ne sont corroborés par aucune autre pièce du dossier.
8. Il ressort de ce qui précède que les éléments produits par M. B, au demeurant postérieurs à la décision attaquée, ne permettent pas d'établir l'absence d'un traitement approprié et effectivement accessible dans le pays de renvoi et, par suite, de remettre en cause le bien-fondé de l'avis du collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. Dans ces conditions, le moyen tiré de ce que le refus de séjour méconnaît l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.
En ce qui concerne la légalité de l'obligation de quitter le territoire français :
9. En premier lieu, aux termes de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Ne peuvent faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français : / () 9° L'étranger résidant habituellement en France si son état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé du pays de renvoi, il ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié. () ".
10. Il résulte de ce qui a été dit aux points 5 à 8 que M. B n'établit pas qu'il ne pourrait pas bénéficier d'un traitement médical adapté dans son pays d'origine. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 611-3 doit être écarté.
11. En deuxième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". En application de ces stipulations, il appartient à l'étranger qui invoque la protection due à son droit au respect de sa vie privée et familiale en France d'apporter toute justification permettant d'apprécier la réalité et la stabilité de ses liens personnels et familiaux en France au regard de ceux qu'il a conservés dans son pays d'origine.
12. Le requérant, qui se borne à indiquer que l'exécution de la mesure en litige compromettrait la transplantation rénale dont il devrait bénéficier, ne fait état d'aucun élément propre à établir que la décision attaquée méconnaît les stipulations énoncées au point 11. Au demeurant, il ne ressort pas des pièces du dossier que M. B justifie de liens stables et anciens en France, alors par ailleurs que sa femme et ses deux enfants résident en Géorgie. Dans ces conditions, les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ainsi que d'une erreur manifeste d'appréciation doivent, par suite, être écartés.
13. En dernier lieu, le requérant ne peut pas utilement invoquer un risque de mauvais traitements contraires à l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales à l'encontre d'une décision d'éloignement, qui n'a pas pour objet de fixer le pays de renvoi.
Sur les autres conclusions :
14. Le présent jugement, qui rejette les conclusions à fin d'annulation, n'implique aucune mesure d'exécution. Par suite, les conclusions à fin d'injonction doivent être rejetées.
15. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'il soit fait droit à la demande de la partie perdante présentée au titre des frais d'instance.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. B est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, à Me Cavelier et au préfet de l'Orne.
Délibéré après l'audience du 29 septembre 2022, à laquelle siégeaient :
M. Mondésert, président,
M. D, premier-conseiller,
Mme Silvani, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 3 mars 2023.
La rapporteure,
Signé
C. C
Le président,
Signé
X. MONDESERTLa greffière,
Signé
A. LAPERSONNE
La République mande et ordonne au préfet de l'Orne en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
Pour expédition conforme,
la greffière,
A. Lapersonne
N° 2201371
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026