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AccueilJurisprudence administrativeN° TA14-2201680

Tribunal Administratif de Caen — Décision N° TA14-2201680

mardi 13 décembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Caen
SectionTribunal Administratif de Caen
N° DossierTA14-2201680
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation2ème chambre

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés les 13 juillet et 8 novembre 2022, Mme D C, représentée par Me Bernard, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 3 juin 2022 par lequel le préfet de la Manche a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé son pays de renvoi ;

2°) d'enjoindre au préfet, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale ", à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler, le tout dans un délai d'un mois à compter de la décision à intervenir et sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 200 euros à verser à son conseil en application de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- le signataire de l'arrêté ne justifie pas d'une délégation de signature suffisamment précise et régulièrement publiée ;

- il appartient à l'administration de communiquer l'avis du collège de médecins de l'office français de l'immigration et de l'intégration, qui doit préciser les éléments de procédure ;

- il appartient à l'administration de justifier que le médecin rapporteur n'était pas présent au sein du collège de médecins, que le médecin rapporteur et les médecins membres du collège étaient compétents pour prendre un tel acte, que cet avis est conforme aux orientations générales fixées par le ministre de la santé à l'article 3 de l'arrêté du 5 janvier 2017 ;

- la décision de refus de séjour est entachée d'un défaut de motivation et d'un défaut d'examen complet de sa situation ;

- le préfet a commis une erreur de droit en s'estimant en situation de compétence liée, l'avis du collège de médecins n'étant qu'un avis simple ;

- la décision de refus de séjour méconnaît l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- elle n'a pas été prise après la consultation de la commission du titre de séjour ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire est illégale en raison de l'illégalité de la décision de refus de séjour ;

- elle est entachée d'un défaut de motivation révélant un défaut d'examen complet de sa situation ;

- elle méconnaît l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- la décision fixant le pays de renvoi est entachée d'un défaut de motivation ;

- elle méconnaît l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, en l'absence de détermination du pays de renvoi ;

- elle méconnaît le dernier alinéa de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire enregistré le 4 novembre 2022, le préfet de Manche conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par Mme C ne sont pas fondés.

Mme C a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 18 octobre 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. E,

- et les observations de Me Bernard, représentant Mme C.

Considérant ce qui suit :

1. Mme D C est entrée en France à la fin de l'année 2018, après avoir fui la République de Guinée compte tenu des violences qu'elle avait subies et des craintes persistantes d'atteinte à son intégrité et à sa vie. Par un arrêté du 3 juin 2022, le préfet de la Manche a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé son pays de renvoi.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne les moyens communs aux décisions attaquées :

2. En premier lieu, par un arrêté n° 2021-53 du 22 novembre 2021, publié au recueil des actes administratifs de la préfecture, numéro spécial n° 1, et consultable sur le site internet de la préfecture, le préfet de la Manche a donné délégation au secrétaire général de la préfecture de la Manche, à l'effet de signer tous les arrêtés et décisions relevant des attributions de l'Etat dans le département de la Manche, à l'exception de certains actes dont ne font pas partie les décisions en litige. Le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'acte doit, par suite, être écarté.

3. En deuxième lieu, l'arrêté en litige mentionne les dispositions pertinentes du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile servant de base légale à chacune des décisions qu'il contient, ainsi que l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. L'arrêté énonce des éléments de fait propres à la situation de Mme C, en mentionnant notamment les conditions de son séjour en France et son état de santé. Il est précisé que Mme C n'établit pas être exposée à des peines ou traitements contraires à la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales en cas de retour dans son pays d'origine. Ainsi, cet arrêté, qui n'avait pas à mentionner tous les éléments de fait relatifs à la situation de Mme C, énonce les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement, de manière suffisamment circonstanciée pour mettre la requérante en mesure d'en discuter utilement les motifs. Il est dès lors suffisamment motivé.

4. En troisième lieu, il résulte de ce qui précède que l'autorité préfectorale a procédé à un examen particulier et complet de la situation de Mme C. Par suite, le moyen doit être écarté.

En ce qui concerne les autres moyens invoqués à l'encontre de la décision refusant l'admission au séjour :

5. En premier lieu, aux termes de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable () ". L'article R. 425-11 du même code prévoit : " Pour l'application de l'article L. 425-9, le préfet délivre la carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " au vu d'un avis émis par un collège de médecins à compétence nationale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. / L'avis est émis dans les conditions fixées par arrêté du ministre chargé de l'immigration et du ministre chargé de la santé au vu, d'une part, d'un rapport médical établi par un médecin de l'office et, d'autre part, des informations disponibles sur les possibilités de bénéficier effectivement d'un traitement approprié dans le pays d'origine de l'intéressé. / Les orientations générales mentionnées au troisième alinéa de l'article L. 425-9 sont fixées par arrêté du ministre chargé de la santé ". Aux termes de l'article R. 425-13 de ce code : " Le collège à compétence nationale mentionné à l'article R. 425-12 est composé de trois médecins, il émet un avis dans les conditions de l'arrêté mentionné au premier alinéa du même article. La composition du collège et, le cas échéant, de ses formations est fixée par décision du directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. Le médecin ayant établi le rapport médical ne siège pas au sein du collège ". Enfin, l'article 3 de l'arrêté du 5 janvier 2017 visé ci-dessus précise : " L'avis du collège de médecins de l'OFII est établi sur la base du rapport médical élaboré par un médecin de l'office () ainsi que des informations disponibles sur les possibilités de bénéficier effectivement d'un traitement approprié dans le pays dont le demandeur d'un titre de séjour pour raison de santé est originaire. / Les possibilités de prise en charge dans ce pays des pathologies graves sont évaluées, comme pour toute maladie, individuellement, en s'appuyant sur une combinaison de sources d'informations sanitaires. / l'offre de soins s'apprécie notamment au regard de l'existence de structures, d'équipements, de médicaments et de dispositifs médicaux, ainsi que de personnels compétents nécessaires pour assurer une prise en charge appropriée de l'affection en cause () ".

6. En vertu des dispositions précitées, le collège des médecins de l'office français de l'immigration et de l'intégration (OFII), dont l'avis est requis préalablement à la décision du préfet relative à la délivrance de la carte de séjour prévue à l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, doit accomplir sa mission dans le respect des orientations générales définies par l'arrêté du ministre chargé de la santé du 5 janvier 2017 et émettre son avis dans les conditions fixées par l'arrêté du 27 décembre 2016 des ministres chargés de l'immigration et de la santé. S'il appartient au préfet, lorsqu'il statue sur la demande de carte de séjour, de s'assurer que l'avis a été rendu par le collège de médecins conformément aux règles procédurales fixées par le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et par l'arrêté du 27 décembre 2016, il ne saurait en revanche porter d'appréciation sur le respect, par le collège des médecins, des orientations générales définies par l'arrêté du 5 janvier 2017, en raison du respect du secret médical qui interdit aux médecins de donner à l'administration, de manière directe ou indirecte, aucune information sur la nature des pathologies dont souffre l'étranger. S'il est saisi, à l'appui de conclusions tendant à l'annulation de la décision de refus, d'un moyen relatif à l'état de santé du demandeur, il appartient au juge administratif, lorsque le demandeur lève le secret relatif aux informations médicales qui le concernent en faisant état de la pathologie qui l'affecte, de se prononcer sur ce moyen au vu de l'ensemble des éléments produits dans le cadre du débat contradictoire et en tenant compte, le cas échéant, des orientations générales fixées par l'arrêté du 5 janvier 2017.

7. Il ressort de l'avis du 5 avril 2022 du collège de médecins de l'OFII que l'auteur du rapport médical sur l'état de santé de la requérante ne faisait pas partie du collège de trois médecins ayant émis l'avis au vu duquel le préfet a pris sa décision. Par ailleurs, l'avis du collège de médecins de l'OFII indique qu'il a été émis après délibération par le collège. La mention ainsi portée sur l'avis émis par le collège de médecins de l'OFII, qui comporte la signature des trois médecins ayant composé ce collège, fait foi jusqu'à preuve du contraire, sans qu'il soit besoin d'exiger de l'administration la production d'un document qui établirait le respect de l'exigence de délibération, préalable à l'émission de l'avis, édictée par les dispositions précitées. En l'absence d'éléments au dossier susceptibles de remettre en cause l'exactitude des mentions portées sur cet avis, la requérante n'est pas fondée à soutenir que l'interdiction édictée par les dispositions précitées de l'article R. 425-13 aurait été méconnue. En outre, ainsi qu'il a été précédemment exposé, la requérante ne saurait utilement faire valoir que le collège de médecins n'aurait pas respecté les orientations générales fixées par l'arrêté du 5 janvier 2017. Par ailleurs, si la requérante conteste la compétence des médecins membres du collège, le directeur général de l'OFII, par une décision du 1er octobre 2021 régulièrement publiée et consultable sur le site internet de l'OFII, a désigné les trois médecins signataires pour participer au collège de médecins de l'OFII, ainsi que le médecin rapporteur. Si l'avis a été signé par le Dr B A alors que le prénom du docteur A figurant sur la liste des médecins de l'OFII est Mohamed Medhi, il n'est pas sérieusement contesté qu'il s'agit de la même personne. Par suite, le moyen tiré du vice de procédure doit être écarté en toutes ses branches.

8. En deuxième lieu, il résulte du modèle d'avis figurant à l'annexe C de l'arrêté du 27 décembre 2016 que l'obligation de mentionner les éléments de procédure prévue à l'article 6 de cet arrêté renvoie aux indications relatives à la convocation pour examen, à la réalisation d'examens complémentaires et à la justification de l'identité du demandeur. La requérante, qui se borne à invoquer de manière générale une absence des mentions requises par cet arrêté sans détailler en quoi l'avis du collège de médecins serait incomplet, ne permet pas au juge d'apprécier le bien-fondé du moyen qu'elle invoque. Dès lors, le moyen tiré de ce que l'avis litigieux ne mentionne pas ces éléments de procédure ne peut qu'être écarté.

9. En troisième lieu, par cet avis du 5 avril 2022, le collège des médecins de l'OFII a estimé que l'état de santé de Mme C nécessite une prise en charge médicale, dont le défaut ne devrait toutefois pas entraîner de conséquences d'une exceptionnelle gravité, et que son état de santé lui permet de voyager sans risque.

10. Mme C fait valoir qu'elle souffre de lombalgies et d'un traumatisme à la suite de viols commis en Guinée et qu'elle a subi des violences physiques qui ont conduit à l'amputation de deux orteils. Elle produit notamment à l'appui de ses allégations des certificats médicaux datés des 11 septembre 2019, 11 février 2020, 23 décembre 2020 et 3 septembre 2021. Ces documents, qui ne décrivent pas les lésions physiques et dont un seul évoque les viols dont aurait été victime la requérante, ne sont pas de nature à remettre en cause l'appréciation portée par le collège de médecins de l'OFII sur l'état de santé de la requérante. Dès lors que le défaut de prise en charge médicale ne devrait pas entraîner de conséquences d'une exceptionnelle gravité et alors que la requérante se borne à faire valoir, d'une manière générale, que les médicaments et les équipements sont peu accessibles en Guinée, le préfet n'était pas tenu de se prononcer sur la disponibilité d'un traitement approprié dans le pays d'origine. Par suite, le moyen doit être écarté.

11. En quatrième lieu, et eu égard à ce qui précède, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet de la Manche, qui a d'ailleurs précisé dans son arrêté qu'aucun élément au dossier ne justifiait de s'écarter de l'avis du collège de médecins, se serait estimé à tort en situation de compétence liée pour rejeter la demande de titre de séjour de Mme C.

12. En cinquième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".

13. La requérante soutient qu'elle est en France depuis quatre ans et qu'elle est prise en charge dans le cadre d'un accompagnement social. Toutefois, Mme C ne justifie pas d'une intégration sociale particulière. La requérante, qui est célibataire, ne démontre pas être dépourvue d'attaches familiales en Guinée, où elle a vécu jusqu'à l'âge de 50 ans et où résident sa mère et cinq frères et sœurs. Dès lors, compte tenu des conditions du séjour en France de la requérante, le préfet de la Manche n'a pas porté à son droit au respect de la vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels l'arrêté a été pris. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté. Pour les mêmes motifs, la requérante n'est pas fondée à soutenir que le préfet aurait commis une erreur manifeste d'appréciation quant aux conséquences de l'arrêté attaqué sur sa situation personnelle.

14. En dernier lieu, le préfet n'est tenu de saisir la commission du titre de séjour, lorsqu'il envisage de refuser un titre de séjour mentionné à l'article L. 432-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, que du cas des étrangers qui remplissent effectivement les conditions prévues aux articles visés par ces dispositions. Il résulte de ce qui vient d'être exposé que les conditions permettant à la requérante d'obtenir la délivrance d'un titre de séjour prévu à l'article L. 423-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ne sont pas réunies. Ainsi, l'autorité préfectorale n'était pas tenue de consulter la commission du titre de séjour avant de refuser à Mme C son maintien au séjour. Le moyen tiré du défaut de saisine de cette commission doit donc être écarté.

En ce qui concerne les autres moyens invoqués à l'encontre de la décision portant obligation de quitter le territoire :

15. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que la décision refusant la délivrance d'un titre de séjour n'est pas entachée d'illégalité. Par suite, la requérante ne peut pas se prévaloir, par voie d'exception, de l'illégalité de cette décision pour demander l'annulation de la décision portant obligation de quitter le territoire français.

16. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Ne peuvent faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français : / () 9° L'étranger résidant habituellement en France si son état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé du pays de renvoi, il ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié. () ".

17. Il résulte de ce qui a été exposé au point 10 du présent jugement que la requérante n'établit pas la gravité des pathologies dont elle fait état. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 611-3 doit être écarté.

18. En troisième lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés dans le cadre de l'examen de la légalité du refus d'admission au séjour, les moyens tirés d'une méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'erreur manifeste d'appréciation, doivent être écartés.

En ce qui concerne les autres moyens invoqués à l'encontre de la décision fixant le pays de renvoi :

19. En premier lieu, en indiquant que la décision d'éloignement sera mise à exécution à destination notamment du pays dont Mme C possède la nationalité, le préfet a entendu désigner la Guinée. Dès lors le moyen tiré de ce que l'arrêté attaqué ne mentionne pas le pays de destination ne peut qu'être écarté.

20. En second lieu, aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ". Aux termes du dernier alinéa de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950. ".

21. Mme C établit qu'elle est membre de l'Union des forces démocratiques de Guinée. Si elle soutient qu'elle a subi des violences et qu'elle a été arbitrairement détenue dans une maison d'arrêt dont elle s'est évadée le 30 septembre 2018, le témoignage du 16 août 2019 des cadres de son parti et le témoignage du 25 octobre 2019 de sa sœur restent peu circonstanciés. Si elle fait l'objet d'un avis de recherche pour avoir participé à des manifestations et s'être évadée de prison, elle ne produit aucun élément probant qui permettrait d'établir qu'elle encourrait personnellement des risques de mauvais traitements en cas de retour dans son pays d'origine alors que sa demande d'asile a été rejetée par la Cour nationale du droit d'asile le 17 juillet 2021. Dès lors, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations et dispositions précitées doit être écarté.

22. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par Mme C doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, celles aux fins d'injonction sous astreinte et celles au titre des frais liés au litige.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme D C et au préfet de la Manche.

Délibéré après l'audience du 17 novembre 2022, à laquelle siégeaient :

M. Mondésert, président,

M. Berrivin, premier conseiller,

Mme Silvani, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 décembre 2022.

Le rapporteur,

signé

A. E

Le président,

signé

X. MONDESERTLa greffière,

signé

A. LAPERSONNE

La République mande et ordonne au préfet de la Manche en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme

la greffière,

A. Lapersonne

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