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AccueilJurisprudence administrativeN° TA14-2201734

Tribunal Administratif de Caen — Décision N° TA14-2201734

lundi 16 octobre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Caen
SectionTribunal Administratif de Caen
N° DossierTA14-2201734
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation3ème Chambre
Avocat requérantHOURMANT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés le 21 juillet 2022 et le 12 mai 2023, M. E B et Mme A K, représentés par Me Hourmant, demandent au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 23 mars 2022 par lequel le maire de Fleury-sur-Orne a délivré un permis de construire une maison individuelle à M. G et Mme J ainsi que la décision du 6 juillet 2022 rejetant leur recours gracieux ;

2°) de mettre à la charge de la commune de Fleury-sur-Orne la somme de 2 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

- la décision attaquée a été signée par une autorité incompétente dès lors qu'il n'est pas établi que la délibération procédant à l'élection du maire était exécutoire à la date à laquelle il a consenti à déléguer sa signature, ni même que cette délégation de signature a fait l'objet d'un affichage en mairie ;

- le dossier de demande de permis de construire était incomplet dès lors qu'il ne permettait pas d'identifier les plantations maintenues, supprimées ou créées par le projet ;

- le permis de construire méconnaît les dispositions des articles R. 111-2 du code de l'urbanisme et UG2 du règlement du plan local d'urbanisme ;

- il méconnaît l'article UG4.1 du règlement du plan local d'urbanisme ;

- il méconnaît l'article UG5.2 du règlement du plan local d'urbanisme ;

- il méconnaît l'article R. 111-27 du code de l'urbanisme ;

- il est fondé sur le plan local d'urbanisme qui est illégal en ce qu'il est incompatible avec les objectifs de protection des espaces naturels sensibles prévus par le schéma de cohérence territoriale.

Par deux mémoires enregistrés le 8 décembre 2022 et le 19 juillet 2023, la commune de Fleury-sur-Orne, M. I G et Mme H J, représentés par Me Gorand, concluent au rejet de la requête et à ce que la somme de 3 000 euros soit mise à la charge des requérants au titre des frais d'instance.

Ils soutiennent que :

- la requête est irrecevable, les requérants étant dépourvus d'un intérêt à agir ;

- le moyen tiré de la méconnaissance de l'article R. 111-27 du code de l'urbanisme a été soulevé après l'expiration du délai de deux mois imparti par l'article R. 600-5 du code de l'urbanisme et est donc irrecevable ;

- les autres moyens soulevés ne sont pas fondés.

Par un courrier du 29 août 2023, les parties ont été invitées, en application de l'article L. 600-5-1 du code de l'urbanisme, à présenter leurs observations sur la possibilité de régulariser des vices susceptibles d'entacher le permis de construire attaqué.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des collectivités territoriales ;

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Remigy,

- les conclusions de Mme F,

- et les observations de Me Hourmant, représentant M. B et Mme K, et de Me Gutton, représentant la commune de Fleury-sur-Orne, M. G et Mme J.

Considérant ce qui suit :

1. M. E B et Mme A K sont propriétaires d'une parcelle située à Fleury-sur-Orne sur laquelle ils ont édifié leur maison d'habitation. M. I G et Mme H J, propriétaires de parcelles voisines, ont sollicité un permis de construire une maison individuelle sur leur terrain. Par un arrêté du 23 mars 2022, le maire de Fleury-sur-Orne a fait droit à leur demande. M. B et Mme K ont saisi le maire d'une demande tendant au retrait de cette décision. Leur demande a été rejetée par courrier du 6 juillet 2022. Les requérants demandent l'annulation de l'arrêté du 23 mars 2022 par lequel le maire de Fleury-sur-Orne a accordé le permis de construire sollicité par M. G et Mme J.

Sur la recevabilité de la requête :

2. Aux termes de l'article L. 600-1-2 du code de l'urbanisme : " Une personne autre que l'Etat, les collectivités territoriales ou leurs groupements ou une association n'est recevable à former un recours pour excès de pouvoir contre une décision relative à l'occupation ou à l'utilisation du sol régie par le présent code que si la construction, l'aménagement ou le projet autorisé sont de nature à affecter directement les conditions d'occupation, d'utilisation ou de jouissance du bien qu'elle détient ou occupe régulièrement ou pour lequel elle bénéficie d'une promesse de vente, de bail, ou d'un contrat préliminaire mentionné à l'article L. 261-15 du code de la construction et de l'habitation. ".

3. Il résulte des dispositions citées au point précédent qu'il appartient, en particulier, à tout requérant qui saisit le juge administratif d'un recours pour excès de pouvoir tendant à l'annulation d'une décision relative à l'occupation ou à l'utilisation du sol, de préciser l'atteinte qu'il invoque pour justifier d'un intérêt lui donnant qualité pour agir, en faisant état de tous éléments suffisamment précis et étayés de nature à établir que cette atteinte est susceptible d'affecter directement les conditions d'occupation, d'utilisation ou de jouissance de son bien. Il appartient au défendeur, s'il entend contester l'intérêt à agir du requérant, d'apporter tous éléments de nature à établir que les atteintes alléguées sont dépourvues de réalité. Le juge de l'excès de pouvoir apprécie la recevabilité de la requête au vu des éléments ainsi versés au dossier par les parties, en écartant le cas échéant les allégations qu'il jugerait insuffisamment étayées mais sans pour autant exiger de l'auteur du recours qu'il apporte la preuve du caractère certain des atteintes qu'il invoque au soutien de la recevabilité de celui-ci. Eu égard à sa situation particulière, le voisin immédiat justifie, en principe, d'un intérêt à agir lorsqu'il fait état devant le juge, qui statue au vu de l'ensemble des pièces du dossier, d'éléments relatifs à la nature, à l'importance ou à la localisation du projet de construction.

4. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier que M. B et Mme K sont propriétaires d'un terrain sur lequel est édifiée leur habitation, actuellement dépourvue de vis-à-vis et orientée plein sud, une terrasse existant en limite séparative Sud-Ouest du terrain d'assiette du projet de construction contesté, dont ils sont voisins immédiats. Le projet autorisé par l'arrêté attaqué, qui consiste en la construction d'une maison d'habitation en limite séparative Nord-Est, est, compte tenu de la configuration des lieux, susceptible de nuire à l'ensoleillement dont les requérants bénéficiaient jusqu'alors. Dans ces conditions, ils justifient d'un intérêt à agir, sans qu'ils soient tenus d'apporter la preuve du caractère certain de la perte d'ensoleillement qui en résulterait.

Sur les conclusions à fins d'annulation :

5. En premier lieu, aux termes de l'article L. 2122-12 du code général des collectivités territoriales : " Les élections du maire et des adjoints sont rendues publiques, par voie d'affichage, dans les vingt-quatre heures ". D'autre part, aux termes de l'article L. 2131-1 du même code, dans sa version alors applicable : " Les actes pris par les autorités communales sont exécutoires de plein droit dès qu'il a été procédé à leur publication ou affichage ou à leur notification aux intéressés ainsi qu'à leur transmission au représentant de l'Etat dans le département ou à son délégué dans l'arrondissement. () Le maire peut, sous sa responsabilité, certifier le caractère exécutoire d'un acte. () ".

6. Il ressort des pièces du dossier que le maire de Fleury-sur-Orne a été élu par une délibération du 25 mai 2020, dont le maire a certifié la transmission au contrôle de légalité par une attestation du 3 juillet 2023. Il pouvait, dès lors, régulièrement déléguer sa compétence à M. C D, signataire de la décision attaquée, par arrêté du 26 mai 2020, dont les mentions sont suffisamment précises. La circonstance que la décision attaquée fasse référence à une délégation de signature du 26 avril 2020 constitue une erreur matérielle sans incidence sur la légalité de cette délégation. Enfin, le maire a, par une attestation du 3 juillet 2023, certifié que l'arrêté de délégation du 26 mai 2020 avait fait l'objet d'une transmission en préfecture le 3 juin 2020 et d'un affichage en mairie à compter de cette même date jusqu'au 7 août 2020. Dans ces conditions, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté attaqué doit être écarté.

7. En deuxième lieu, aux termes de l'article R. 431-9 du code de l'urbanisme : " Le projet architectural comprend également un plan de masse des constructions à édifier ou à modifier coté dans les trois dimensions. Ce plan de masse fait apparaître les travaux extérieurs aux constructions, les plantations maintenues, supprimées ou créées et, le cas échéant, les constructions existantes dont le maintien est prévu. ".

8. La circonstance que le dossier de demande de permis de construire ne comporterait pas l'ensemble des documents exigés par les dispositions du code de l'urbanisme, ou que les documents produits seraient insuffisants, imprécis ou comporteraient des inexactitudes, n'est susceptible d'entacher d'illégalité le permis de construire qui a été accordé que dans le cas où les omissions, inexactitudes ou insuffisances entachant le dossier ont été de nature à fausser l'appréciation portée par l'autorité administrative sur la conformité du projet à la réglementation applicable.

9. Il ressort des pièces du dossier que si le plan de masse ne fait pas mention du sort des plantations présentes sur le terrain d'assiette du projet, les plantations existantes sont identifiées par le plan cadastral et la notice précise que " La parcelle B en zone naturelle est plantée de nombreux arbres régionaux (noisetiers, chênes, bouleaux) qui seront conservés et entretenus. / Sur la parcelle A, les arbres se trouvant sur la zone destinée à la construction seront supprimés ". Par ailleurs, la notice du projet mentionne que " Les arbres se trouvant dans la zone naturelle seront conservés et entretenus par le pétitionnaire. Seuls les arbres se trouvant sur la zone de construction seront supprimés. Les taillis et petits buissons se trouvant sur la parcelle (lot A) seront enlevés afin de rendre le terrain agréable. ". Enfin, il ressort des pièces du dossier que la notice et le plan cadastral permettent d'identifier les arbres qui ont vocation à être supprimés. Dans ces conditions, les imprécisions du plan de masse n'ont pas eu pour incidence de fausser l'appréciation portée par l'autorité administrative sur la conformité du projet à la règlementation applicable.

10. En troisième lieu, aux termes de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme : " Le projet peut être refusé ou n'être accepté que sous réserve de l'observation de prescriptions spéciales s'il est de nature à porter atteinte à la salubrité ou à la sécurité publique du fait de sa situation, de ses caractéristiques, de son importance ou de son implantation à proximité d'autres installations. ". Aux termes de l'article UG2 du règlement du plan local d'urbanisme de la commune de Fleury-sur-Orne : " () Dans les secteurs où existent des risques de mouvement de sols (mentionnés sur le règlement graphique : présence de cavités, d'anciennes carrières, prédispositions aux glissements de terrains) : la vigilance des constructeurs et des aménageurs est appelée afin qu'ils réalisent des études géotechniques leur permettant de préciser les zones de risques et d'adapter la localisation des constructions, aménagements et installations qu'ils projettent ainsi que les techniques de mise en œuvre (adaptations des fondations et structures, confortements du sous-sol, adaptation de la gestion des eaux pluviales, à la nature des sols ".

11. En l'espèce, il ressort du règlement graphique des risques naturels que le terrain d'assiette du projet litigieux n'est pas prédisposé aux glissements de terrain et qu'il ne se situe à proximité ni de cavités ni de carrières. S'il est identifié comme situé dans une " zone de suspicion de présence de carrières souterraines ", les dispositions de l'article UG2 n'imposent la réalisation d'une étude géotechnique que dans les secteurs où existent des risques de mouvement de sols mentionnés sur le règlement graphique. Or, le règlement graphique n'identifie pas de tels risques s'agissant du terrain d'assiette du projet. Par ailleurs, l'article UG2 n'exige pas la réalisation d'une étude géotechnique avant la réalisation d'un projet sur une parcelle se trouvant à proximité d'une zone prédisposée aux chutes de blocs. Dans ces conditions, et en tout état de cause, aucune étude géotechnique n'avait à être fournie à l'appui de la demande de permis de construire. Enfin, les requérants ne sauraient utilement soutenir que les prescriptions spéciales mentionnées à l'article 2 du permis de construire, qui, au demeurant, sont relatives à la seule mise en œuvre du permis de construire, sont illégales, ces prescriptions s'imposant au pétitionnaire qui aurait seul intérêt à en demander l'annulation. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des articles UG2 du règlement du plan local d'urbanisme et R. 111-2 du code de l'urbanisme doit être écarté.

12. En quatrième lieu, en vertu de l'article UG4.1 du règlement du plan local d'urbanisme, les constructions situées en zone UGcc doivent s'inscrire dans un gabarit précis pour leur implantation et ne peuvent notamment pas dépasser quatre mètres de hauteur et quinze mètres de profondeur, la hauteur se calculant par rapport à la côte de fond de trottoir, à l'alignement, la construction ne pouvant, par ailleurs, conduire à la réalisation de plus de trois niveaux superposés (pour tout ou partie). En outre, en vertu du glossaire annexé au règlement du plan local d'urbanisme, l'alignement désigne la " limite entre les voies ou emprises publiques et les propriétés privées " et la hauteur d'une construction " correspond à la différence de niveau entre son point le plus haut et le point le plus bas situé à la verticale de ce point. () Le point le plus haut correspond au faitage de la construction ou au sommet de l'acrotère, dans le cas de toitures-terrasses ou de terrasses en attique. / La hauteur droite est mesurée au nu de la façade, du sol au point de rencontre (matérialisé ou non) avec le nu de la toiture ou en cas de toiture terrasse, le haut du premier acrotère ; () ".

13. Il ressort des pièces du dossier que les pétitionnaires ont considéré que la côte de fond du trottoir à l'alignement était de 31,54 et qu'ainsi la construction projetée était inférieure à la hauteur maximale de 4 mètres dès lors que le faitage de la construction avait une cote de 35,52, établissant la hauteur de la construction à 3,97 mètres. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que le terrain d'assiette du projet est en légère pente et que la cote 31,54 ne correspond pas au point de l'alignement, qui se situe en aval avec une cote de 31,45. Il en résulte que la hauteur de la construction, qui atteint 4,07 mètres, ne respecte pas la hauteur maximale de 4 mètres fixée par les dispositions de l'article UG4.1. Par suite, le moyen tiré de ce que ces dispositions ont été méconnues est fondé et doit, dès lors, être accueilli.

14. En cinquième lieu, aux termes de l'article UG5.2 du règlement du plan local d'urbanisme : " Chaque construction, indépendamment de sa nature, de sa fonction et de sa destination, devra, pour son expression architecturale et son aspect extérieur, s'intégrer harmonieusement dans le paysage environnant, en tenant compte, s'ils existent, des éléments d'intérêt paysagers préexistants, des gammes colorées qui donnent de l'identité au quartier, des vues sur le paysage et patrimoine environnant, () / Ainsi : () - Les façades, les soubassements ou les murs de soutènement qui ne sont pas réalisés avec des matériaux destinés à rester apparents recevront un enduit soit peint soit teinté dans la masse, de couleur claire, de même aspect et de même tonalité que la pierre de Caen : beige ocré. Des couleurs plus foncées, ou plus claires pourront être associées pour la mise en valeur d'éléments. ".

15. Il ressort de la notice architecturale que les murs de la construction projetée seront revêtus d'un enduit de type gratté de couleur ton blanc cassé, avec du gris chrome pour la lecture des différents volumes significatifs, que la construction sera couverte en zinc gris quartz et le garage par un toit à finition ardoisée et, enfin, que les menuiseries seront en aluminium. Il ressort de cette description, ainsi que des photographies et plans d'insertion du projet, que la construction aura principalement une couleur claire, les murs ayant un ton blanc cassé proche du ton beige ocré de la pierre de Caen. La circonstance que les toitures et volumes significatifs soient revêtus d'une couleur grise plus foncée ne fait pas obstacle à une intégration harmonieuse de la construction projetée dans le paysage, notamment par rapport à la maison des requérants qui présente des coloris similaires, les dispositions de l'article UG5.2 précitées autorisant, au demeurant, l'association de couleurs plus foncées pour la mise en valeur d'éléments.

16. En sixième lieu, aux termes de l'article R. 111-27 du code de l'urbanisme : " Le projet peut être refusé ou n'être accepté que sous réserve de l'observation de prescriptions spéciales si les constructions, par leur situation, leur architecture, leurs dimensions ou l'aspect extérieur des bâtiments ou ouvrages à édifier ou à modifier, sont de nature à porter atteinte au caractère ou à l'intérêt des lieux avoisinants, aux sites, aux paysages naturels ou urbains ainsi qu'à la conservation des perspectives monumentales. ".

17. Il résulte de ces dispositions que, si les constructions projetées portent atteinte au caractère ou à l'intérêt des lieux avoisinants, aux sites, aux paysages naturels ou urbains ou encore à la conservation des perspectives monumentales, l'autorité administrative compétente peut refuser de délivrer le permis de construire sollicité ou l'assortir de prescriptions spéciales. Pour rechercher l'existence d'une atteinte de nature à fonder le refus de permis de construire ou les prescriptions spéciales accompagnant la délivrance de ce permis, il lui appartient d'apprécier, dans un premier temps, la qualité du site sur lequel la construction est projetée et d'évaluer, dans un second temps, l'impact que cette construction, compte tenu de sa nature et de ses effets, pourrait avoir sur le site. Les dispositions de cet article excluent qu'il soit procédé, dans le second temps du raisonnement, à une balance d'intérêts divers en présence, autres que ceux mentionnés par cet article et, le cas échéant, par le plan local d'urbanisme de la commune.

18. Les requérants se bornent à soutenir que le terrain d'assiette du projet est identifié par le plan local d'urbanisme comme un espace naturel sensible sans justifier de la qualité esthétique ou de caractéristiques visuelles du site dans lequel la construction est projetée ni des caractéristiques de cette construction qui seraient de nature à porter atteinte à l'environnement. Dans ces conditions, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article R. 111-27 du code de l'urbanisme doit être écarté.

19. En dernier lieu, aux termes de l'article L. 131-4 du code de l'urbanisme dans sa version applicable au litige : " Les plans locaux d'urbanisme et les documents en tenant lieu ainsi que les cartes communales sont compatibles avec : / 1° Les schémas de cohérence territoriale prévus à l'article L. 141-1 ; () ". Les requérants, qui soutiennent que le caractère constructible de la parcelle d'assiette du projet est incompatible avec les objectifs du schéma de cohérence territoriale (SCoT), doivent être regardés comme invoquant le moyen tiré de l'illégalité du plan local d'urbanisme de la commune de Fleury-sur-Orne, par voie d'exception, compte tenu de l'incompatibilité du classement de la parcelle avec les objectifs du SCoT.

20. Il résulte des dispositions précitées qu'à l'exception des cas limitativement prévus par la loi dans lesquels les SCoT peuvent contenir des normes prescriptives, ceux-ci doivent se borner à fixer des orientations et des objectifs. Les plans locaux d'urbanisme sont soumis à une simple obligation de comptabilité avec ces orientations et objectifs. Si ces derniers peuvent être en partie exprimés sous forme quantitative, il appartient aux auteurs des plans locaux d'urbanisme, qui déterminent les partis d'aménagement à retenir en prenant en compte la situation existante et les perspectives d'avenir, d'assurer, ainsi qu'il a été dit, non leur conformité aux énonciations des SCoT, mais leur compatibilité avec les orientations générales et les objectifs qu'ils définissent. Pour apprécier la compatibilité d'un plan local d'urbanisme avec un SCoT, il appartient au juge administratif de rechercher, dans le cadre d'une analyse globale le conduisant à se placer à l'échelle de l'ensemble du territoire couvert en prenant en compte l'ensemble des prescriptions du document supérieur, si le plan ne contrarie pas les objectifs qu'impose le schéma, compte tenu des orientations adoptées et de leur degré de précision, sans rechercher l'adéquation du plan à chaque disposition ou objectif particulier.

21. Il ressort du rapport de présentation du SCoT que " Le SCoT protège les milieux ressources dits " cœurs de nature ". Il s'agit des () espaces naturels sensibles du Calvados présents sur le territoire du SCoT ". Par ailleurs, il ressort du projet d'aménagement et de développement durables (PADD) du SCoT que " La protection des cœurs de nature, véritables réservoirs de biodiversité constitue aussi un impératif majeur. Elle doit s'accompagner de la préservation, voire de la restauration des corridors écologiques afin d'assurer le bon fonctionnement de la Trame Verte et Bleue de Caen-Métropole ". Le document d'orientation et d'objectifs en vigueur indique, quant à lui, que " Toutefois cette trame n'est pas conçue pour y interdire tout développement. Mais, en raison même de son statut de structure naturelle du territoire, elle doit être prise en compte lors de l'élaboration de tout projet de planification ou d'aménagement la concernant ", ce document comportant également des recommandations telles que " Adopter des modalités d'aménagement compatibles avec la sensibilité écologique du site dans le respect des principes de préservation des continuités écologiques ", ou encore " Préserver de toute urbanisation, y compris des bâtiments agricoles, les Réserves Naturelles et les ENS. Les aménagements légers et d'agréments ainsi que les ouvrages légers peuvent être autorisés au sein des ENS. ". Il en résulte que si le SCoT fixe comme objectif la préservation des zones identifiées par la trame verte et bleue, qui comprend le terrain d'assiette du projet litigieux, il n'y interdit pas tout développement. Or, le terrain d'assiette du projet est classé en zone UGcc du plan local d'urbanisme de la commune de Fleury-sur-Orne dont le règlement prévoit, s'agissant de cette zone, que " le développement de la construction (hauteur et ampleur) y est strictement encadré. ". Au demeurant, le zonage retenu par les auteurs du plan local d'urbanisme permet de tenir compte des caractéristiques du secteur, qui est déjà urbanisé et comporte notamment une bande de construction à usage d'habitation le long de l'Orne, le classement de l'ensemble des bois qui bordent l'Orne en zone N permettant, quant à lui, d'assurer la préservation de ce secteur sensible. Dans ces conditions, le plan local d'urbanisme permet de concilier les possibilités d'urbanisation dans un secteur en partie urbanisé avec la protection nécessaire des espaces naturels présents et est, par suite, compatible avec les objectifs fixés par le SCoT. Le moyen tiré de ce que le permis de construire litigieux serait illégal du fait de l'illégalité du plan local d'urbanisme doit, dès lors, être écarté.

22. Il résulte de tout ce qui précède que le permis de construire délivré à M. G et Mme J par le maire de Fleury-sur-Orne est entaché d'illégalité en ce qu'il méconnaît les dispositions de l'article UG4.1 du règlement du plan local d'urbanisme.

Sur l'application de l'article L. 600-5-1 du code de l'urbanisme :

23. Aux termes de l'article L. 600-5-1 du code de l'urbanisme : " Sans préjudice de la mise en œuvre de l'article L. 600-5, le juge administratif qui, saisi de conclusions dirigées contre un permis de construire, de démolir ou d'aménager ou contre une décision de non-opposition à déclaration préalable estime, après avoir constaté que les autres moyens ne sont pas fondés, qu'un vice entraînant l'illégalité de cet acte est susceptible d'être régularisé, sursoit à statuer, après avoir invité les parties à présenter leurs observations, jusqu'à l'expiration du délai qu'il fixe pour cette régularisation, même après l'achèvement des travaux. Si une mesure de régularisation est notifiée dans ce délai au juge, celui-ci statue après avoir invité les parties à présenter leurs observations. Le refus par le juge de faire droit à une demande de sursis à statuer est motivé. ".

24. Il résulte de ces dispositions que, lorsque le ou les vices affectant la légalité de l'autorisation d'urbanisme dont l'annulation est demandée sont susceptibles d'être régularisés, le juge administratif doit, en application de l'article L. 600-5-1, surseoir à statuer sur les conclusions dont il est saisi contre cette autorisation, sauf à ce qu'il fasse le choix de recourir à l'article

L. 600-5, si les conditions posées par cet article sont réunies.

25. En l'espèce, l'illégalité retenue au point 13, tenant au dépassement par le projet de la hauteur maximale des constructions autorisée par l'article UG4.1 du règlement du plan local d'urbanisme, l'affecte dans sa totalité. Toutefois, dès lors qu'il ne ressort pas des pièces du dossier que sa régularisation impliquerait d'y apporter un bouleversement tel qu'il en changerait la nature même, il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de surseoir à statuer et d'impartir aux bénéficiaires du permis de construire un délai de quatre mois à compter de la notification du présent jugement aux fins d'obtenir la régularisation de ce projet de construction.

D E C I D E :

Article 1er : Il est sursis à statuer sur l'ensemble des conclusions de M. B et Mme K jusqu'à l'expiration d'un délai de quatre mois à compter de la notification du présent jugement pour permettre à M. G et Mme J de notifier au tribunal un permis de construire de régularisation du vice mentionné au point 13 du présent jugement.

Article 2 : Tous droits et moyens des parties sur lesquels il n'est pas expressément statué par le présent jugement sont réservés jusqu'en fin d'instance.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. E B et Mme A K, à M. I G et Mme H J et à la commune de Fleury-sur-Orne.

Délibéré après l'audience du 26 septembre 2023 à laquelle siégeaient :

- Mme Macaud, présidente,

- Mme Sénécal, première conseillère,

- Mme Remigy, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 octobre 2023.

La rapporteure,

Signé

J. REMIGY

La présidente,

Signé

A. MACAUD

La greffière,

Signé

E. BLOYET

La République mande et ordonne au préfet du Calvados en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

E. BLOYET

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TA13Excès de pouvoir

Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881

Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.

01/06/2026

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