lundi 9 décembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Caen |
| Section | Tribunal Administratif de Caen |
| N° Dossier | TA14-2201747 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 1ère chambre JU |
| Avocat requérant | SELARL MEDEAS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires, enregistrés les 24 juillet 2022, 28 août 2022, 30 septembre 2022, 6 novembre 2024 et 18 novembre 2024, l'association Animalia refuge et sanctuaire (association Animalia) doit être regardée comme demandant au tribunal d'annuler la décision du 1er août 2022 par laquelle l'association Passerelles vers l'emploi lui a communiqué différents documents relatifs à l'activité fourrière animale qu'elle gère, en ce que cette communication est incomplète et que cette décision oppose un refus pour plusieurs des documents sollicités.
Elle soutient que :
- seule la version du règlement sanitaire de l'année 2021 a été communiqué, qui ne distingue pas l'activité de fourrière des autres activités et méconnaît les dispositions des articles L. 211-10, R. 203-1-1 et R. 214-30-3 du code rural et de la pêche maritime ;
- ni les formulaires Cerfa n° 15045*03 ni les certificats de capacité délivrés par la DRAAF n'ont fait l'objet d'une communication ;
- elle est fondée à demander la communication de ces informations actualisées au cours des cinq dernières années ;
- en l'absence de document contenant le planning des personnes en capacité et justifiant de leur présence sur site, elle est fondée à demander la communication du registre unique du personnel tel qu'établi au cours des cinq années précédentes ;
- au titre des registres des entrées et des sorties des animaux au cours des cinq dernières années, elle est fondée à demander la communication de ces registres avec leur page de garde et laissant apparaître les avis consignés sur le formulaire Cerfa n° 50-4510 ;
- les registres communiqués comportent des incohérences au regard des capacités du service de fourrière géré par l'association ;
- concernant la communication des livres de santé des chiens et des chats, les documents sollicités sont entachés d'invraisemblances et d'incohérences, présentent des éléments relatifs à la mission de refuge et non seulement de la fourrière, et ne mentionnent pas de visites annuelles du vétérinaire sanitaire ; elle est fondée à demander à ce titre la communication des délibérations et arrêtés municipaux relatifs aux modalités de prise en charge des animaux errants de toutes les communes adhérentes ;
- seule la convention de délégation du service de fourrière et une convention conclue avec une des communes adhérentes à ce service ont été communiquées, contrairement à l'avis émis par la CADA ; elle est donc fondée à ce titre à demander la communication de l'ensemble des conventions conclues concernant le service public de fourrière au cours des cinq dernières années y compris les conventions de délégation ;
- seule la convention de délégation du service public de fourrière a été communiquée concernant les tarifs des frais de garde, d'identification et de convoyage des animaux au cours des cinq dernières années, ce qui révèle une atteinte aux dispositions de l'article R. 221-12 du code rural et de la pêche maritime ; elle est fondée à ce titre à demander la communication des tarifs prévus dans les conventions de délégation conclues ces cinq dernières années ainsi que les modalités de publication de ces tarifs ;
- aucun document n'a été transmis concernant le montant des contraventions pour divagation ni concernant le montant des versements libératoires forfaitaires ; elle est fondée à ce titre à demander la communication de l'ensemble des arrêtés et délibérations adoptés par les communes délégantes portant sur la mise en œuvre des pouvoirs concernant la divagation des animaux domestiques ;
- en l'absence d'existence d'une comptabilité générale ou analytique de gestion du service public de fourrière animale, elle est fondée à demander la communication d'informations relatives à la gestion comptable des recettes perçues dans la mise en œuvre des pouvoirs de police des animaux errants ;
- concernant les documents portant sur le nombre de stérilisations et l'identification des chats remis en liberté, en l'absence de leur communication, elle est fondée à demander la communication de tout document ou tout échange établissant que l'association PVE n'est pas tenue de satisfaire aux dispositions de l'article L. 211-27 du code rural et de la pêche maritime et de l'arrêté ministériel du 3 avril 2014 ;
- il appartient au juge d'user de ses pouvoirs d'instruction afin de se faire communiquer tout élément utile à la résolution du litige, notamment les documents relatifs aux procédures de passation de contrats de la commande publique dont l'association PVE est attributaire ;
Par des mémoires en défense, enregistrés les 30 août 2022 et 13 novembre 2024, l'association Passerelles vers l'emploi (PVE) conclut au rejet de la requête.
Elle soutient qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.
Vu :
- l'avis favorable rendu par la commission d'accès aux documents administratifs le 12 mai 2022 ;
- les autres pièces du dossier ;
Vu :
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code rural et de la pêche maritime ;
- l'arrêté du 3 avril 2014 fixant les règles sanitaires et de protection animale auxquelles doivent satisfaire les activités liées aux animaux de compagnie d'espèces domestiques relevant des articles L. 214-6-1, L. 214-6-2 et L. 214-6-3 du code rural et de la pêche maritime ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné M. A en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. A,
- les conclusions de M. Bonneu, rapporteur public.
Les parties n'étaient ni présentes, ni représentées.
Considérant ce qui suit :
1. L'association Animalia a saisi la commission d'accès aux documents administratifs (CADA) d'une demande d'avis par un courrier du 7 mars 2022 à la suite d'un refus implicite de communiquer un ensemble de documents portant sur la gestion d'un service public de fourrière animale géré par l'association Passerelles vers l'emploi (PVE). Par un avis du 12 mai 2022, la CADA a émis un avis favorable à la communication de l'ensemble des documents sollicités. Cet avis a été notifié à l'association PVE, qui a informé la commission de son intention de s'y conformer par un courriel du 23 juillet 2022. Par sa requête, l'association Animalia a saisi le tribunal d'une demande tendant à la communication des documents sollicités. Par un courriel en date du 1er août 2022, l'association PVE a transmis certains de ces documents à la requérante.
Sur les conclusions aux fins d'annulation et d'injonction :
2. Aux termes de l'article L. 300-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Sont considérés comme documents administratifs, au sens des titres Ier, III et IV du présent livre, quels que soient leur date, leur lieu de conservation, leur forme et leur support, les documents produits ou reçus, dans le cadre de leur mission de service public, par l'Etat, les collectivités territoriales ainsi que par les autres personnes de droit public ou les personnes de droit privé chargées d'une telle mission. Constituent de tels documents notamment les dossiers, rapports, études, comptes rendus, procès-verbaux, statistiques, instructions, circulaires, notes et réponses ministérielles, correspondances, avis, prévisions, codes sources et décisions. () ". S'agissant des documents détenus par un organisme privé chargé d'une mission de service public, seuls ceux qui présentent un lien suffisamment direct avec la mission de service public constituent des documents administratifs communicables en vertu de l'article L. 311-1 du code des relations entre le public et l'administration, sous réserve des dispositions de l'article L. 311-6 de ce code et notamment du respect des secrets protégés par la loi.
3. Aux termes de l'article L. 211-24 du code rural et de la pêche maritime : " Chaque commune ou, lorsqu'il exerce cette compétence en lieu et place de ladite commune, chaque établissement public de coopération intercommunale à fiscalité propre dispose d'une fourrière apte à l'accueil et à la garde, dans des conditions permettant de veiller à leur bien-être et à leur santé, des chiens et chats trouvés errants ou en état de divagation, jusqu'au terme des délais fixés aux articles L. 211-25 et L. 211-26. () / Lorsqu'elle ne l'exerce pas en régie, la commune peut confier le service public de la fourrière à des fondations ou associations de protection des animaux disposant d'un refuge, sous forme de délégation de service public et dans des conditions fixées par décret en Conseil d'Etat. () ".
4. Il ressort des pièces du dossier, ainsi que l'a d'ailleurs relevé la CADA dans son avis du 12 mai 2022, que si l'association Passerelles vers l'emploi, qui assure une mission d'intérêt général visant à favoriser l'insertion professionnelle et sociale de personnes en difficultés, ne peut être regardée comme gérant une mission de service public à ce titre, cette association s'est vue confier en application des dispositions précitées la gestion d'un service public de fourrière animale dans le cadre d'un des chantiers de réinsertion qu'elle gère. Par suite, l'ensemble des documents ayant un lien suffisamment direct avec cette mission de service public de fourrière animale ont le caractère de documents administratifs communicables et sont soumis aux dispositions du livre III du code des relations entre le public et l'administration.
Sur le règlement sanitaire en vigueur :
5. En premier lieu, aux termes de l'article R. 214-30 du code rural et de la pêche maritime : " La personne responsable d'une activité mentionnée aux articles L. 214-6-1, L. 214-6-2, L. 214-6-3 et L. 214-6-5 doit établir, en collaboration avec un vétérinaire sanitaire, un règlement sanitaire régissant les conditions d'exercice de l'activité afin de préserver la santé et le bien-être des animaux en fonction de leur espèce, ainsi que la santé publique et l'hygiène du personnel. Un arrêté du ministre chargé de l'agriculture précise le contenu de ce règlement et les modalités d'information du personnel chargé de sa mise en œuvre. () / () Ce vétérinaire sanitaire () propose, le cas échéant, lors de ses visites annuelles, par écrit la modification du règlement sanitaire. () ". Les dispositions de l'article L. 214-6-1 de ce code précisent les conditions d'ouverture des fourrières et refuges. Aux termes de l'article L. 342-1 du code des relations entre le public et l'administration : " La Commission d'accès aux documents administratifs émet des avis lorsqu'elle est saisie par une personne à qui est opposé un refus de communication ou un refus de publication d'un document administratif () / () La saisine pour avis de la commission est un préalable obligatoire à l'exercice d'un recours contentieux. ".
6. Il ressort des pièces du dossier que l'association PVE a communiqué le règlement sanitaire en vigueur à l'association requérante, daté du 1er août 2022. Si l'association requérante soutient que ce document est entaché d'irrégularités en ce qu'il ne distingue pas entre le règlement applicable à l'activité de refuge et celui applicable à l'activité de fourrière, il ne ressort pas des pièces du dossier qu'il existerait un document distinct pour chacune de ces activités. Par ailleurs, la requérante demande, pour la première fois devant le présent tribunal, à ce que lui soient communiquées les éventuelles versions antérieures du règlement sanitaire de l'activité de fourrière gérée par l'association PVE. Or, celle-ci a communiqué le règlement sanitaire en vigueur, tel que sollicité par la requérante lors de la saisine de la CADA, dans son courriel du 23 juin 2022 faisant suite à l'avis de cette commission. Par suite, le moyen doit être écarté.
Sur les certificats de capacité des personnes intervenant au sein de la fourrière et les plannings attestant de leur présence :
7. Aux termes de l'article L. 214-6-1 du code rural et de la pêche maritime : " I.- La gestion d'une fourrière ou d'un refuge, ainsi que l'exercice à titre commercial des activités de transit ou de garde, d'éducation, de dressage et de présentation au public de chiens et de chats : / () 3° Ne peuvent s'exercer que si au moins une personne, en contact direct avec les animaux, peut justifier soit : / -être en possession d'une certification professionnelle en lien avec au moins l'une des espèces concernées. La liste des certifications reconnues est établie par le ministre chargé de l'agriculture ; / -avoir suivi une formation dans un établissement habilité par le ministre chargé de l'agriculture afin d'acquérir les connaissances relatives aux besoins biologiques, physiologiques, comportementaux et à l'entretien des animaux de compagnie et disposer d'une attestation de connaissance établie par l'autorité administrative ; / -posséder un certificat de capacité délivré par l'autorité administrative en application des dispositions du IV de l'article L. 214-6 dans sa rédaction en vigueur antérieurement à la publication de l'ordonnance n° 2015-1243 du 7 octobre 2015 relative au commerce et à la protection des animaux de compagnie. () ". Aux termes de l'article L. 311-6 du code des relations entre le public et l'administration : " Ne sont communicables qu'à l'intéressé les documents administratifs : / 1° Dont la communication porterait atteinte à la protection de la vie privée, au secret médical et au secret des affaires () ".
8. Si la requérante a demandé, sans plus de précision, à connaître le nombre de personnes détentrices du certificat de capacité visé par ces dispositions et leurs fonctions au sein de l'activité de fourrière, elle doit être regardée comme ayant sollicité la communication de ces certificats. Il résulte des dispositions précitées que l'activité de fourrière gérée par l'association PVE est conditionnée par la détention, par l'un de ses membres, d'un tel certificat. Par suite, ces documents présentent un lien suffisant avec la mission de service public confiée à l'association PVE et ont ainsi la qualité de documents administratifs communicables, sous réserve d'une occultation préalable de toute mention relative au secret de la vie privée et au secret des affaires tels que protégés par l'article L. 311-6 précité.
9. Par ailleurs, la requérante soutient que l'inexistence de tout planning permettant d'établir la présence sur site des détenteurs du certificat de capacité méconnaît les dispositions du chapitre V des annexes de l'arrêté du 3 avril 2014 fixant les règles sanitaires et de protection animale auxquelles doivent satisfaire les activités liées aux animaux de compagnie d'espèces domestiques relevant des articles L. 214-6-1, L. 214-6-2 et L. 214-6-3 du code rural et de la pêche maritime. Elle estime être fondée à solliciter, en lieu et place de ces planning, la communication du registre unique du personnel mentionnant la qualité des détenteurs du certificat de capacité. Toutefois, à supposer même que le gestionnaire d'un service de fourrière animale soit tenu à une obligation d'établir des plannings de présence des détenteurs du certificat de capacité, la requérante n'est pas fondée à en solliciter la communication dès lors qu'elle n'établit pas l'existence d'un tel document. L'association requérante n'est pas davantage fondée à demander la communication du registre unique du personnel, qui constitue une demande nouvelle devant le présent tribunal.
Sur les livres d'entrées et de sorties des animaux des cinq dernières années :
10. Aux termes de l'article R. 214-30-3 du code rural et de la pêche maritime : " La personne responsable d'une des activités définies aux articles L. 214-6-1 à L. 214-7 doit tenir à jour et être en mesure de présenter à toute réquisition des services de contrôle : / 1° Un registre d'entrée et de sortie des animaux, dûment renseigné, qui comporte le nom et l'adresse des propriétaires ; / () ".
11. L'association requérante soutient qu'elle n'a reçu que les registres des années 2017 et 2018 concernant les entrées et sorties des chats, ainsi que, pour les chiens, le registre complet de l'année 2017, une partie de celui relatif à l'année 2018 et une partie des registres établis pour 2021 et 2022. Il ressort toutefois des pièces du dossier que l'ensemble des registres établis entre 2017 et 2022 a été communiqué à la requérante via la télé-application " We Transfert ", ainsi qu'en atteste l'accusé de réception produit par l'association PVE. En revanche, comme le fait valoir l'association requérante, aucun de ces registres ne présente de page de garde mentionnant leur date d'ouverture et de fermeture. Par suite, la requérante est fondée à demander la communication des pages de garde de ces registres.
12. Par ailleurs, et contrairement à ce que soutient la requérante, l'occultation des mentions relatives aux noms, adresse et coordonnées des lieux d'affectation des animaux à leur sortie ne méconnaît pas les dispositions de l'article L. 311-6 du code des relations entre le public et l'administration. En outre, il ne ressort d'aucune disposition législative ou règlementaire que l'avis du vétérinaire sanitaire doive être recueilli avant toute sortie d'un animal à destination d'un refuge ou que cet avis doive être consigné dans le registre d'entrées et de sorties. Il ne ressort d'ailleurs pas des pièces du dossier que de tels avis aient été établis dans le cadre de l'activité de fourrière gérée par l'association PVE. Par suite, la requérante n'est fondée à demander la communication des documents concernés qu'après occultation des informations portant atteinte à la protection de la vie privée conformément à l'article L. 311-6 du code des relations entre le public et l'administration.
Sur les registres sanitaires des chiens et des chats des cinq dernières années :
13. Aux termes de l'article R. 214-30-3 du code rural et de la pêche maritime : " La personne responsable d'une des activités définies aux articles L. 214-6-1 à L. 214-7 doit tenir à jour et être en mesure de présenter à toute réquisition des services de contrôle : / () / 2° Un registre de suivi sanitaire et de santé des animaux qui comporte notamment des informations sur les animaux malades ou blessés, les comptes rendus des visites, et les indications et les propositions du vétérinaire sanitaire en charge du règlement sanitaire. ".
14. La requérante conteste la régularité des éléments figurant au registre sanitaire produit par l'association PVE concernant les années 2017 à 2022 et demande la communication supplémentaire de l'ensemble des arrêtés et délibérations adoptés par les communes ayant conclu une convention avec l'association PVE, relatifs à la mise en œuvre de la police municipale des animaux errants. Toutefois, cette contestation est sans influence sur la légalité de la décision en litige, le document sollicité ayant été communiqué à la requérante. En outre, la demande de communication supplémentaire, présentée par la requérante pour la première fois devant le tribunal, ne satisfait pas aux conditions de l'article L. 342-1 du code des relations entre le public et l'administration. Dès lors, la requérante n'est pas fondée à demander la communication de l'ensemble des arrêtés et délibérations adoptés par les communes ayant conclu une convention avec l'association PVE, relatifs à la mise en œuvre de la police municipale des animaux errants.
Sur les conventions conclues par l'association PVE dans le cadre de sa mission de service public au cours des cinq dernières années :
15. Les contrats de commande publique et les documents qui s'y rapportent, y compris les documents relatifs au contenu des offres, sont des documents administratifs au sens de l'article L. 300-2 du code des relations entre le public et l'administration. Saisis d'un recours relatif à la communication de tels documents, il revient aux juges du fond d'examiner si, par eux-mêmes, les renseignements contenus dans les documents dont il est demandé la communication peuvent, en affectant la concurrence entre les opérateurs économiques, porter atteinte au secret des affaires et faire ainsi obstacle à cette communication en application des dispositions de l'article L. 311-6 du même code.
16. Il ressort des pièces du dossier que si l'association PVE a communiqué une convention de " concession du service de fourrière " établie le 31 janvier 2022 avec la commune d'Aucey-la-Plaine, elle n'établit pas, ni même n'allègue, qu'il s'agirait du seul contrat de la commande publique conclu avec une autorité administrative au cours des cinq dernières années. Par suite, et comme l'a relevé la CADA dans son avis du 12 mai 2022, la requérante est fondée à demander la communication de l'ensemble des conventions conclues par l'association PVE dans le cadre de sa mission de service public de fourrière animale au cours des cinq années précédant sa demande, sous réserve d'éventuelles occultations visant à protéger le secret des affaires ou toute atteinte à la protection de la vie privée.
Sur les documents relatifs aux tarifs pratiqués par le service de fourrière animale au cours des cinq dernières années :
17. Aux termes de l'article R. 211-12 du code rural et de la pêche maritime : " Le maire informe la population, par un affichage permanent en mairie, ainsi que par tous autres moyens utiles, des modalités selon lesquelles les animaux mentionnés aux articles L. 211-21 et L. 211-22, trouvés errants ou en état de divagation sur le territoire de la commune, sont pris en charge. / Doivent être notamment portés à la connaissance du public : / a) Les coordonnées des services compétents pour la capture et la prise en charge de ces animaux, ainsi que les conditions dans lesquelles il peut être fait appel à ces services ; / b) L'adresse, le numéro de téléphone, les jours et les heures d'ouverture de la fourrière et du lieu de dépôt mentionné à l'article L. 211-21 ; / c) Les conditions dans lesquelles les animaux peuvent être remis à leur propriétaire, notamment le montant des frais de garde et d'identification susceptibles d'incomber à celui-ci ; / d) Les modalités de prise en charge des animaux trouvés errants ou en état de divagation en dehors des heures d'ouverture de la fourrière ou des lieux de dépôt, ou qui sont accidentés.() ".
18. Les dispositions des articles L. 311-1 à L. 311-6 du code des relations entre le public et l'administration consacrent un droit à la communication des documents administratifs qui ne se confond pas avec un droit d'accès aux informations contenues dans ces documents. Par ailleurs, les dispositions de l'article L. 311-1 de ce code n'imposent pas à l'administration d'élaborer un document dont elle ne disposerait pas pour faire droit à une demande de communication. Enfin, constituent des documents administratifs au sens de ces dispositions les documents qui peuvent être établis par extraction des bases de données dont l'administration dispose, si cela ne fait pas peser sur elle une charge de travail déraisonnable.
19. La requérante expose que, conformément aux dispositions précitées, l'association PVE ne saurait faire valoir qu'aucun document en sa possession n'établit les tarifs pratiqués au titre des frais de garde journalière, d'identification obligatoire et de convoyage des animaux. Elle demande la communication de l'évolution de ces tarifs au cours des cinq années précédant sa demande et les modalités d'information du public conformément aux dispositions de l'article R. 211-12 précité. Toutefois, et alors que cette demande est nouvelle devant le tribunal, il résulte de ce qui a été rappelé au point précédent que l'association PVE n'est pas tenue de créer un nouveau document afin de satisfaire à la demande de la requérante, laquelle doit s'analyser comme une demande d'informations et non une demande de communication d'un document administratif. Par suite, le moyen doit être écarté.
Sur les documents relatifs au montant de la contravention requise pour divagation ou au montant du versement libératoire forfaitaire :
20. La requérante soutient que les clauses contenues dans la convention type transmise par l'association PVE méconnaît les dispositions de l'article L. 211-22 du code rural et de la pêche maritime et les dispositions pénales réprimant la divagation des animaux domestiques. Elle demande la communication des délibérations et arrêtés adoptés par les communes délégantes du service public de fourrière animale mettant en œuvre ces dispositions. Toutefois, cette demande est nouvelle devant le tribunal et contrevient aux dispositions de l'article L. 342-1 du code des relations entre le public et l'administration. Par suite, les moyens ne peuvent qu'être écartés. Si la requérante fait valoir qu'elle a également sollicité, par un courrier du 10 avril 2024 adressé à la CADA, la communication de l'ensemble des documents relatifs aux procédures de délégation de service public en possession de l'association PVE, une telle demande est nouvelle devant le tribunal et ne peut dès lors qu'être rejetée.
Sur les documents comptables relatifs à la perception des contraventions et versements libératoires forfaitaires par les communes délégantes :
21. L'association requérante conteste la légalité des conventions conclues entre l'association PVE et les communes délégantes en raison, notamment, de l'absence de verbalisation des propriétaires d'animaux errants ou divagants. Or, elle ne conteste pas l'inexistence des documents sollicités, ni l'impossibilité d'extraire ces informations à partir d'une base de données. Elle demande, en lieu et place, à ce que lui soient indiqués les moyens comptables mis en œuvre afin de percevoir les recettes correspondant à ces verbalisations. Toutefois, il résulte de ce qui a été exposé au point 18 du présent jugement que la requérante n'est pas fondée à demander la communication d'informations précises dès lors qu'elles ne figurent pas dans un document existant et ne peuvent faire l'objet d'une extraction à partir d'une base de données.
Sur les documents présentant le nombre de stérilisations et d'identifications de chats ayant le statut de " chat libre " :
22. Aux termes de l'article L. 211-27 du code rural et de la pêche maritime : " Le maire peut, par arrêté, à son initiative ou à la demande d'une association de protection des animaux, faire procéder à la capture de chats non identifiés, sans propriétaire ou sans détenteur, vivant en groupe dans des lieux publics de la commune, afin de faire procéder à leur stérilisation et à leur identification conformément à l'article L. 212-10, préalablement à leur relâcher dans ces mêmes lieux. Cette identification doit être réalisée au nom de la commune ou de ladite association. / () La gestion, le suivi sanitaire et les conditions de la garde au sens de l'article L. 211-11 de ces populations sont placés sous la responsabilité du représentant de la commune et de l'association de protection des animaux mentionnée au premier alinéa du présent article () ".
23. L'association requérante soutient qu'en vertu des dispositions du chapitre 5 de l'annexe I de l'arrêté du 3 avril 2014 visé ci-dessus, l'association PVE est tenue d'établir un suivi des stérilisations et des identifications de chats lorsque leur placement en fourrière est ordonné par l'autorité communale. Toutefois, il résulte de ces dispositions que toute opération d'identification et de stérilisation de chats errants doit se faire sous la responsabilité du maire de la commune ayant ordonné cette opération ou celle de l'association de protection des animaux ayant sollicité cette opération auprès de l'autorité communale. Les dispositions de l'arrêté dont se prévaut la requérante prévoient la mise en fourrière des animaux lorsque ces opérations sont rendues impossibles. Par suite, et alors que l'association PVE fait valoir qu'elle ne dispose pas des documents sollicités, la requérante n'est pas fondée à soutenir que le refus de communiquer ces documents méconnaît les dispositions de l'article L. 311-1 du code des relations entre le public et l'administration.
24. Il résulte de tout ce qui précède qu'il y a lieu d'annuler la décision de communication partielle en date du 1er août 2022 seulement en tant qu'elle rejette la demande de l'association Animalia de lui communiquer les certificats de capacité des personnes intervenant auprès des animaux, les pages de garde des registres d'entrées et de sorties des chats et des chiens entre 2017 et 2022, et en tant qu'elle rejette sa demande de communication des contrats conclus avec les communes délégantes au titre des cinq années précédant sa demande.
25. Eu égard au motif d'annulation retenu, l'exécution du présent jugement implique nécessairement que l'association PVE communique à l'association Animalia les certificats de capacité des personnes intervenant auprès des animaux, les pages de garde des registres d'entrées et de sorties des animaux de la fourrière durant les cinq années précédant la demande de communication, ainsi que l'ensemble des conventions conclues par l'association Passerelles vers l'emploi en lien avec sa mission de service public de fourrière animale durant cette même période, sous couvert de l'occultation des mentions relatives au secret des affaires et à la protection de la vie privée. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu d'ordonner à l'association PVE de procéder à cette communication dans un délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement.
D E C I D E :
Article 1er : La décision du 1er août 2022 de l'association Passerelles vers l'emploi est annulée seulement en tant qu'elle rejette la demande de l'association Animalia de lui communiquer les certificats de capacité des personnes intervenant auprès des animaux, les pages de garde des registres d'entrées et de sorties des chats et des chiens entre 2017 et 2022, et en tant qu'elle rejette sa demande de communication des contrats conclus avec les communes délégantes au titre des cinq années précédant sa demande.
Article 2 : Il est enjoint à l'association Passerelles vers l'emploi de communiquer, dans un délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement, les certificats de capacité des personnes intervenant auprès des animaux, les pages de garde des registres d'entrées et de sorties des animaux établis durant les cinq années précédant la demande de communication, ainsi que l'ensemble des contrats conclus en lien avec sa mission de service public de fourrière animale durant la même période, sous couvert de l'occultation des mentions relatives au secret des affaires et à la protection de la vie privée.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à l'association Animalia - refuge et sanctuaire et à l'association Passerelles vers l'emploi.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 9 décembre 2024.
Le magistrat désigné,
Signé
F. ALa greffière,
Signé
F. LEBOSSE
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.
Pour expédition conforme,
La greffière,
C. Bénis
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026