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AccueilJurisprudence administrativeN° TA14-2201779

Tribunal Administratif de Caen — Décision N° TA14-2201779

vendredi 29 mars 2024

JuridictionTribunal Administratif de Caen
SectionTribunal Administratif de Caen
N° DossierTA14-2201779
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation2ème chambre
Avocat requérantCAVELIER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés les 28 juillet 2022, 16 décembre 2022, 23 mars 2023 et 30 octobre 2023, Mme C A, épouse B, représentée par Me Cavelier, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 6 novembre 2021 par laquelle le préfet du Calvados a refusé de lui délivrer une carte de résident, ensemble la décision implicite de rejet de son recours gracieux exercé le 6 décembre 2021 ;

2°) d'enjoindre au préfet du Calvados de lui délivrer une carte de résident dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement à intervenir ou, à défaut, de réexaminer sa demande dans le délai de quinze jours à compter de la date de notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'État, en faveur de son avocat, Me Cavelier, une somme de 1 200 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que Me Cavelier renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État au titre de l'aide juridictionnelle.

Elle soutient que :

- la décision attaquée est entachée d'un vice de procédure, faute pour le préfet d'avoir saisi le maire de sa commune de résidence pour avis conformément aux dispositions de l'article L. 413-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'une erreur de fait dès lors qu'elle est fondée sur des condamnations pénales prononcées à son encontre alors que celles-ci ont été prononcées à l'encontre de sa sœur ;

- elle est entachée d'une erreur de droit dès lors que le préfet motive son refus par une insuffisance de ressources sur les cinq dernières années sans qu'aucun texte n'exige cette condition de durée ;

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation de ses conditions de ressources, qui satisfont aux conditions de l'article L. 426-17 du code de l'entrée et du séjour des étrangers.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 16 août 2022 et 17 janvier 2023, le préfet du Calvados conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens exposés dans la requête ne sont pas fondés.

Mme A, épouse B, a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 10 juin 2022.

Par une ordonnance du 17 octobre 2023, la clôture de l'instruction a été fixée au 6 novembre 2023.

Un mémoire présenté par Mme A, épouse B, a été enregistré le 7 mars 2024, postérieurement à la clôture de l'instruction.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991,

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Pillais,

- et les observations de Me Cavelier, avocat de Mme A épouse B.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A épouse B, ressortissante mongole, a demandé la délivrance d'une carte de résident de dix ans sur le fondement de l'article L. 426-17 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par une décision du 6 novembre 2021, le préfet du Calvados a rejeté sa demande. Par la présente requête, Mme A épouse B demande l'annulation de cette décision et de celle ayant implicitement rejeté le recours gracieux qu'elle a exercé le 6 décembre 2021.

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 426-17 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui justifie d'une résidence régulière ininterrompue d'au moins cinq ans en France au titre d'une carte de séjour temporaire ou pluriannuelle ou d'une carte de résident, de ressources stables, régulières et suffisantes pour subvenir à ses besoins et d'une assurance maladie se voit délivrer, sous réserve des exceptions prévues à l'article L. 426-18, une carte de résident portant la mention " résident de longue durée-UE " d'une durée de dix ans / ()/ Les ressources mentionnées au premier alinéa doivent atteindre un montant au moins égal au salaire minimum de croissance. Sont prises en compte toutes les ressources propres du demandeur, indépendamment des prestations familiales et des allocations prévues à l'article L. 262-1 du code de l'action sociale et des familles ainsi qu'aux articles L. 5423-1, L. 5423-2 et L. 5423-3 du code du travail. () ". Selon la rubrique 58 de l'annexe 10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, doivent être joints à la demande de titre sur le fondement de l'article L. 426-17 de ce même code les justificatifs de ressource suivants : " justificatifs de vos ressources ou de celles de votre couple si vous êtes mariés (à l'exclusion des prestations sociales ou allocations), qui doivent être suffisantes, stables et régulières sur les 5 dernières années (bulletins de paie, avis d'imposition, attestation de versement de pension, contrat de travail, attestation bancaire, revenus fonciers, etc.) ; si vous êtes titulaire de l'allocation adultes handicapés (AAH) ou de l'allocation supplémentaire d'invalidité (ASI) vous devez joindre les justificatifs attestant de votre qualité d'allocataire ".

3. Il ressort des pièces du dossier que Mme A épouse B ne justifie de ses ressources qu'à compter de mai 2020 et ne démontre pas avoir perçu en 2020 et 2021 de manière stable et régulière des revenus au moins égaux au salaire minimum de croissance. Si Mme A épouse B produit un contrat de travail conclu le 4 février 2020 prolongé et transformé en contrat à durée indéterminée à compter du 30 janvier 2021, susceptible de lui apporter des revenus réguliers au moins égaux au salaire minimum de croissance, elle n'établit pas avoir satisfait à la condition de ressource posée à l'article L. 426-17 sur les cinq années de résidence régulière précédents sa demande de titre de séjour. Il s'ensuit que le préfet a pu, sans entacher sa décision d'une erreur de droit ou d'une erreur d'appréciation, estimer que l'intéressée ne justifiait pas remplir la condition de ressources énoncée par les dispositions précitées.

4. En deuxième lieu, la circonstance que l'arrêté attaqué serait entaché d'erreur de fait et d'appréciation en ce qu'il retient que la présence de l'intéressée sur le territoire constitue une menace pour l'ordre public est sans influence sur sa légalité, dès lors qu'il est légalement justifié par le seul motif mentionné au point précédent.

5. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 413-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa version applicable à l'espèce : " La première délivrance de la carte de résident prévue aux articles L. 423-6, L. 423-10 ou L. 423-16, de la carte de résident portant la mention " résident de longue durée-UE " prévue aux articles L. 421-12, L. 421-25, L. 424-5, L. 424-14 ou L. 426-19, ainsi que de la carte de résident permanent prévue à l'article L. 426-4 est subordonnée à l'intégration républicaine de l'étranger dans la société française, appréciée en particulier au regard de son engagement personnel à respecter les principes qui régissent la République française, du respect effectif de ces principes et de sa connaissance de la langue française qui doit être au moins égale à un niveau défini par décret en Conseil d'Etat. / Pour l'appréciation de la condition d'intégration, l'autorité administrative saisit pour avis le maire de la commune dans laquelle l'étranger réside. Cet avis est réputé favorable à l'expiration d'un délai de deux mois à compter de la saisine du maire par l'autorité administrative. () ".

6. Dès lors que l'arrêté attaqué est légalement fondé sur la circonstance que l'intéressée ne justifie pas remplir la condition de ressource prévue par les dispositions de l'article L. 426-17 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, il ne ressort pas des pièces du dossier que la circonstance que le préfet aurait omis de saisir le maire pour avis aurait pu la priver d'une garantie ou exercer une influence sur le sens de la décision attaquée. Dès lors, le moyen tiré du vice de procédure doit être écarté.

7. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par Mme A épouse B doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte et celles tendant à l'application de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme A, épouse B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme C A, épouse B, à Me Cavelier et au préfet du Calvados.

Délibéré après l'audience du 14 mars 2024, à laquelle siégeaient :

M. Marchand, président,

Mme Pillais, première conseillère,

Mme Silvani, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 29 mars 2024.

La rapporteure,

Signé

M. PILLAIS

Le président,

Signé

A. MARCHANDLa greffière,

Signé

A. D'OLIF

La République mande et ordonne au préfet du Calvados en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

J. Lounis

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