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AccueilJurisprudence administrativeN° TA14-2201840

Tribunal Administratif de Caen — Décision N° TA14-2201840

vendredi 12 avril 2024

JuridictionTribunal Administratif de Caen
SectionTribunal Administratif de Caen
N° DossierTA14-2201840
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère chambre JU
Avocat requérantFITOUSSI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 5 août 2022, M. B C, représenté par Me Fitoussi, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision référencée 48 SI du 14 juillet 2022 par laquelle le ministre de l'intérieur et des outre-mer a prononcé l'invalidation de son permis de conduire pour solde de points nul ;

2°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur de procéder à la reconstitution du solde de points affecté à son permis de conduire dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros hors taxes en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision en litige est irrégulière dès lors que les retraits de points sur lesquels elle se fonde ne lui ont jamais été notifiés ;

- l'ensemble des décisions de retrait de points fondant la décision en litige est entaché d'un vice de procédure dès lors qu'il n'a jamais reçu l'information préalable imposée par les dispositions des articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route ;

- la décision en litige est irrégulière dès lors que les décisions de retrait de points sur lesquelles elle se fonde ont été adoptées en méconnaissance des dispositions de l'article L. 223-1 du code de la route ;

- la seule mention de l'émission d'un titre exécutoire d'amende forfaitaire majorée sur le relevé d'information intégral ne suffit pas à regarder la réalité de l'infraction comme étant établie, le requérant pouvant toujours déposer une réclamation au sens de l'article 530 du code de procédure pénale.

Par un mémoire en défense, enregistré le 26 septembre 2022, le ministre de l'intérieur et des outre-mer conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge du requérant la somme de 750 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la route ;

- le code de procédure pénale ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. A en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.

Le magistrat statuant seul a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Le rapport de M. A a été entendu au cours de l'audience publique, les parties n'étant ni présentes, ni représentées.

Considérant ce qui suit :

1. Par une décision du 14 juillet 2022, le ministre de l'intérieur et des outre-mer a prononcé l'invalidation du permis de conduire de M. B C pour solde de points nul en raison de retraits de points consécutifs à sept infractions routières commises entre le 21 avril 2021 et le 23 mars 2022. Par sa requête, M. C demande l'annulation de cette décision et des retraits de points qu'elle récapitule.

Sur les conclusions aux fins d'annulation et d'injonction :

En ce qui concerne le moyen tiré du défaut de notification des décisions de retrait de points :

2. Les conditions de la notification au conducteur des retraits de points de son permis de conduire, prévues par les dispositions de l'article L. 223-3 du code de la route, ne conditionnent pas la régularité de la procédure suivie et partant, la légalité de ces retraits. Cette notification a pour seul objet de rendre ceux-ci opposables à l'intéressé et de faire courir le délai dont il dispose pour en contester la légalité devant la juridiction administrative. Par suite, la circonstance que l'administration ne soit pas en mesure d'apporter la preuve que la notification des retraits successifs, effectuée par lettre simple, a bien été reçue par son destinataire, ne saurait lui interdire de constater que le permis a perdu sa validité, dès lors que la décision procédant au retrait des derniers points récapitule les retraits antérieurs et les rend ainsi opposables au conducteur. Par suite, M. C ne peut utilement se prévaloir de ce que divers retraits de points ne lui auraient pas été notifiés avant l'intervention de la décision constatant la perte de validité de son permis de conduire. Ce moyen doit donc être écarté.

En ce qui concerne le moyen tiré du défaut d'information préalable :

3. La délivrance, au titulaire du permis de conduire à l'encontre duquel est relevée une infraction donnant lieu à retrait de points, de l'information prévue aux articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route constitue une garantie essentielle donnée à l'auteur de l'infraction pour lui permettre, avant d'en reconnaître la réalité par le paiement d'une amende forfaitaire ou l'exécution d'une composition pénale, d'en mesurer les conséquences sur la validité de son permis et éventuellement d'en contester la réalité devant le juge pénal. Elle revêt le caractère d'une formalité substantielle et conditionne la régularité de la procédure au terme de laquelle le retrait de points est décidé.

S'agissant des infractions relevées le 1er septembre 2021 à 10 h 26 et le 25 septembre 2021 :

4. Lorsqu'il est établi que le titulaire du permis de conduire a payé l'amende forfaitaire prévue à l'article 529 du code de procédure pénale au titre d'une infraction constatée par radar automatique, il découle de cette seule constatation qu'il a nécessairement reçu l'avis de contravention. Eu égard aux mentions dont cet avis doit être revêtu, la même constatation conduit également à regarder comme établi que l'administration s'est acquittée envers lui de son obligation de lui délivrer, préalablement au paiement de l'amende, les informations requises en vertu des dispositions de l'article L. 223-3 du code de la route, à moins que l'intéressé, à qui il appartient à cette fin de produire l'avis qu'il a nécessairement reçu, ne démontre avoir été destinataire d'un avis inexact ou incomplet.

5. Il résulte de l'instruction, et notamment des mentions du relevé d'information intégral du permis de conduire de M. C, que les infractions en litige ont été relevées au moyen d'un radar automatique. Ainsi, le requérant n'a pu s'acquitter des amendes forfaitaires correspondantes à ces infractions qu'après réception d'un avis de contravention émis par les services du centre national de traitement - contrôle sanction automatisé (CNT-CSA) de Nantes. Dès lors, le requérant, qui n'établit pas avoir reçu des avis de contraventions inexacts ou incomplets, n'est pas fondé à soutenir que les décisions de retrait de point consécutives à ces infractions auraient été adoptées à l'issue d'une procédure irrégulière, l'administration devant être regardée comme ayant satisfait à son obligation d'information. Par suite, ce moyen doit être écarté.

S'agissant des infractions relevées les 17 décembre 2021 et 23 mars 2022 :

6. D'une part, le titulaire d'un permis de conduire à l'encontre duquel une infraction au code de la route est relevée au moyen d'un appareil électronique sécurisé et dont il est établi, notamment par la mention qui en est faite au système national des permis de conduire, qu'il a payé, à une date postérieure à cette infraction, l'amende forfaitaire correspondante, a nécessairement reçu l'avis de contravention. Eu égard aux mentions dont cet avis est réputé être revêtu, l'administration doit être regardée comme s'étant acquittée de l'obligation d'information qui lui incombe en vertu des articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route, à moins que l'intéressé, à qui il appartenait à cette fin de produire l'avis de contravention qu'il a nécessairement reçu, ne démontre s'être vu remettre un avis inexact ou incomplet.

7. D'autre part, lorsque la réalité de l'infraction a été établie par une condamnation devenue définitive prononcée par le juge pénal qui a statué sur tous les éléments de fait et de droit portés à sa connaissance et que l'auteur de l'infraction a ainsi pu la contester, la circonstance que le contrevenant n'ait pas bénéficié, lors de la constatation de l'infraction, des informations prévues aux articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route est sans influence sur la régularité du retrait de points.

8. Il résulte de l'instruction, et notamment du relevé d'information intégral du permis de conduire de M. C, que les infractions constatées le 17 décembre 2021 et le 23 mars 2022 ont fait l'objet d'un procès-verbal électronique établi par les forces de police et que ces procès-verbaux ont donné lieu à l'émission d'un avis d'amende forfaitaire ayant fait l'objet d'un paiement à une date ultérieure. Par suite, eu égard aux mentions dont ces avis d'amende forfaitaire sont revêtus, et alors que le requérant n'établit pas avoir reçu des avis inexacts ou incomplets, M. C n'est pas fondé à soutenir qu'il aurait été privé d'une garantie substantielle. Au demeurant, il résulte de l'instruction que ces infractions ont fait l'objet d'une condamnation pénale définitive prononcée par le tribunal de police de Caen le 7 janvier 2022 et par le tribunal de police de Saumur le 17 avril 2022. Dans ces conditions, l'absence de l'information préalable exigée par les dispositions des articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route, à la supposer établie, est sans incidence sur la légalité des retraits de points en litige. Par suite, le moyen ne peut qu'être écarté.

S'agissant des infractions relevées le 21 avril 2021, le 1er septembre 2021 à 06 h 54 et le 15 octobre 2021 :

9. En application du second alinéa de l'article 529-2 du code de procédure pénale, en l'absence de paiement ou de requête en exonération dans le délai de quarante-cinq jours suivants, selon les cas, la date de constatation de l'infraction ou la date d'envoi de l'avis de contravention, l'amende forfaitaire est majorée de plein droit et recouvrée en vertu d'un titre rendu exécutoire par le ministère public. Le paiement de l'amende forfaitaire majorée établit que le contrevenant a reçu un avis d'amende forfaitaire majorée. En outre, avant même que ces mentions aient été rendues obligatoires par un arrêté du 13 mai 2011 introduisant dans le code de procédure pénale un article A. 37-28, le formulaire d'avis d'amende forfaitaire majorée utilisé par l'administration rappelait la qualification de l'infraction au code de la route et précisait que l'émission de l'amende forfaitaire majorée pouvait entraîner un retrait de points du permis de conduire, que cette amende pouvait être contestée dans un délai de trois mois, que les retraits et reconstitutions de points faisaient l'objet d'un traitement automatisé et que le titulaire du permis pouvait accéder à ces informations. Ces indications mettent le contrevenant en mesure de comprendre qu'en l'absence de contestation de l'amende, il sera procédé au retrait de points et portent à sa connaissance l'ensemble des informations requises par les articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route. Dans ces conditions, lorsqu'il est établi que le titulaire du permis de conduire a payé l'amende forfaitaire majorée, il découle de cette seule constatation qu'il doit être regardé comme établi que l'administration s'est acquittée envers lui de son obligation de lui délivrer, préalablement au paiement de l'amende, les informations requises, à moins que l'intéressé, à qui il appartient à cette fin de produire l'avis qu'il a nécessairement reçu, ne démontre avoir été destinataire d'un avis inexact ou incomplet.

10. Il résulte de l'instruction, et notamment de trois attestations de paiement établies le 8 septembre 2022 par le comptable public de la trésorerie du contrôle automatisé de Rennes, que chacune des infractions relevées le 21 avril 2021, le 1er septembre 2021 et le 15 octobre 2021 a donné lieu à l'émission d'un titre exécutoire d'amende forfaitaire majorée dont M. C s'est acquitté. Par suite, et alors que M. C n'établit pas qu'il aurait reçu des avis d'amende forfaitaire majorée incomplets ou inexacts, le requérant n'est pas fondé à soutenir que les décisions de retrait de points consécutives à ces infractions seraient entachées d'un vice de procédure. Dès lors, ce moyen doit être écarté.

En ce qui concerne le moyen tiré du défaut d'établissement de la réalité des infractions :

11. Il résulte de la combinaison des articles L. 223-1 et L. 225-1 du code la route et des articles 529, 529-1, 529-2 et 530 du code de procédure pénale que le mode d'enregistrement et de contrôle des informations relatives aux infractions au code de la route conduit à considérer que la réalité de l'infraction est établie dans les conditions prévues à l'article L. 223-1 du code de la route dès lors qu'est inscrite, dans le système national des permis de conduire, la mention du paiement de l'amende forfaitaire ou de l'émission du titre exécutoire de l'amende forfaitaire majorée, sauf si l'intéressé justifie avoir présenté une requête en exonération dans les quarante-cinq jours de la constatation de l'infraction ou de l'envoi de l'avis de contravention, ou, en cas d'émission du titre exécutoire de l'amende forfaitaire majorée, avoir formé, dans le délai prévu à l'article 530 du code de procédure pénale, une réclamation ayant entraîné l'annulation de ce titre.

12. Il ressort du relevé d'information intégral du requérant que l'ensemble des infractions sur lesquelles se fonde la mesure 48 SI en litige a donné lieu soit au paiement d'amendes forfaitaires, soit à l'émission d'un titre exécutoire d'amende forfaitaire majorée. Il ne résulte pas de l'instruction que M. C ait présenté une réclamation contre les titres exécutoires, qui aurait entraîné leur annulation. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 223-1 du code de la route doit être écarté.

13. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions aux fins d'annulation et d'injonction présentées par M. C doivent être rejetées.

Sur les frais de l'instance :

14. Aux termes de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation ". Il résulte de ces dispositions que, si une personne publique qui n'a pas eu recours au ministère d'avocat peut néanmoins demander au juge l'application de cet article au titre des frais spécifiques exposés par elle à l'occasion de l'instance, elle ne saurait se borner à faire état d'un surcroît de travail de ses services.

15. D'une part, les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mis à la charge de l'Etat le versement de la somme que M. C demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

16. D'autre part, le ministre de l'intérieur et des outre-mer se borne à soutenir que la rédaction du mémoire en défense s'inscrit dans un contentieux toujours plus soutenu, que de nombreuses pièces ont été communiquées et qu'ainsi, outre le comportement dilatoire du requérant, cette instance a entraîné un surcroît de travail pour les services compétents de l'Etat. Toutefois, le ministre de l'intérieur et des outre-mer ne justifie pas de frais spécifiques exposés par l'administration à l'occasion de cette instance. Par suite, la demande présentée par le ministre de l'intérieur et des outre-mer sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative doit être rejetée.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. C est rejetée.

Article 2 : La demande présentée par le ministre de l'intérieur sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative est rejetée.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B C et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 avril 2024.

Le magistrat désigné,

Signé

F. A

La greffière,

Signé

C. BÉNIS

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.

Pour expédition conforme,

la greffière,

E. Bloyet

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