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AccueilJurisprudence administrativeN° TA14-2201946

Tribunal Administratif de Caen — Décision N° TA14-2201946

vendredi 10 novembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Caen
SectionTribunal Administratif de Caen
N° DossierTA14-2201946
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère chambre
Avocat requérantBLANQUET

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 22 août 2022 et le 9 octobre 2023, la société Altos et M. B D, représentés par Me Blanquet, demandent au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 22 juin 2022 par lequel le préfet de la Manche a fermé partiellement au public l'hôtel " Altos " ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Manche d'ordonner, dans un délai de 15 jours à compter de la notification du jugement, une nouvelle visite de l'hôtel Altos afin qu'un avis favorable à la poursuite de son exploitation soit émis, sous astreinte de 150 euros par jour de retard.

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 4 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- l'arrêté est entaché d'incompétence ;

- l'arrêté est entaché d'un vice de procédure, faute d'avoir mis en œuvre une procédure contradictoire ;

- l'avis de la commission de sécurité fondant l'arrêté litigieux est irrégulier ;

- l'arrêté méconnaît les articles L. 143-3 et R. 143-45 du code de la construction et de l'habitation ;

- l'arrêté méconnaît les articles GN 10, PE 11, PO 9 et PE 7 de l'arrêté du 25 juin 1980 portant approbation des dispositions générales du règlement de sécurité contre les risques d'incendie et de panique dans les établissements recevant du public ;

- l'arrêté est entaché d'une erreur de fait en n'ayant pas pris en compte la levée de la prescription imposant de déposer en mairie un dossier de régularisation pour les travaux en cours dans la partie restaurant transformée en SPA ;

- la décision de fermeture est disproportionnée ;

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation.

Par un mémoire en défense et des pièces complémentaires, enregistrés le 20 juillet 2023 et le 13 octobre 2023, le préfet de la Manche conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par la société Altos et M. D ne sont pas fondés et sollicite une substitution de l'arrêté du 25 juin 1980 par l'arrêté du 23 mars 1965.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la construction et de l'habitation ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- l'arrêté du 23 mars 1965 portant approbation du règlement de sécurité contre les risques d'incendie et de panique dans les établissements recevant du public ;

- l'arrêté du 25 juin 1980 portant approbation des dispositions générales du règlement de sécurité contre les risques d'incendie et de panique dans les établissements recevant du public ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Martinez,

- les conclusions de M. Bonneu, rapporteur public,

- et les observations de Me Meurdra, substituant Me Blanquet, représentant la société Altos et M. D.

Le préfet de la Manche n'était ni présent ni représenté.

Une note en délibéré présentée pour la société Altos et M. D a été enregistrée au greffe du tribunal le 23 octobre 2023.

Considérant ce qui suit :

1. La société Altos et M. B D exploitent un hôtel dénommé " Altos " sur le territoire de la commune d'Avranches. La commission de sécurité d'Avranches a émis le 2 juillet 2020 un avis défavorable à la poursuite de l'exploitation de cet hôtel en raison de la carence en dégagements et de l'absence de baies accessibles. Par un arrêté du 22 juin 2022, dont il est demandé l'annulation, le préfet de la Manche a décidé la fermeture des deuxième, troisième et quatrième étage de l'hôtel, ainsi que du spa au rez-de chaussée.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

2. En premier lieu, par un arrêté n° 2021-56 du 22 novembre 2021, publié au recueil des actes administratifs spécial de la préfecture n° 1 du même jour et consultable sur le site internet de la préfecture, le préfet de la Manche a donné délégation à M. A C, sous-préfet d'Avranches, à l'effet de signer tous les arrêtés et décisions relevant des attributions de la police administrative dans son arrondissement, à l'exception de certains actes dont ne fait pas partie la décision en litige. Le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'acte doit, par suite, être écarté.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article R. 143-23 du code de la construction et de l'habitation : " Le maire assure, en ce qui le concerne, l'exécution des dispositions du présent chapitre ". Aux termes de l'article R. 143-24 de ce même code : " Le représentant de l'Etat dans le département peut prendre, pour toutes les communes du département ou pour plusieurs d'entre elles, ainsi que dans tous les cas où il n'y est pas pourvu par les autorités municipales, toutes mesures relatives à la sécurité dans les établissements recevant du public. / Ce droit n'est exercé à l'égard des établissements d'une seule commune ou à l'égard d'un seul établissement qu'après qu'une mise en demeure adressée au maire est restée sans résultat ". Il résulte de ces dispositions que l'exécution et le contrôle des mesures de sécurité sont, en principe, placés sous le contrôle et la responsabilité du maire de la commune dans laquelle est situé l'établissement recevant du public, qui pourra en ordonner la fermeture jusqu'à l'exécution de travaux de mise en conformité des installations avec la réglementation en vigueur. Le préfet de département peut se substituer au maire après l'avoir mis en demeure d'ordonner la fermeture de l'établissement recevant du public.

4. Il ressort des pièces du dossier que le préfet de la Manche a mis en demeure, le 14 juin 2022, le maire de la commune d'Avranches en l'absence de mesure de fermeture de l'établissement " Altos " suite à l'avis défavorable de la commission de sécurité. Le maire, sans que cela soit contesté, n'a pas donné suite à cette mise en demeure. Il suit de là qu'en application de l'article R. 143-24, le préfet de la Manche était compétent pour prendre l'arrêté de fermeture attaqué.

5. En troisième lieu, la société Altos et M. D soutiennent que le préfet de la Manche n'a pas respecté la procédure contradictoire prévue par les articles L. 121-1 et L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration. Il ressort toutefois des pièces du dossier que le préfet de la Manche a mis en demeure les requérants de produire les observations relatives aux travaux de l'établissement avant le prononcé d'une fermeture. Dès lors, le moyen tiré du non-respect de la procédure contradictoire manque en fait et doit être écarté.

6. En quatrième lieu, la société Altos et M. D soutiennent que l'arrêté attaqué mentionne une échéance de réalisation des travaux en date du 24 décembre 2022, soit postérieure à sa date de signature. Toutefois, la mise en demeure adressée au requérant le 22 novembre 2021 évoque clairement une échéance prévue le 24 décembre 2021. Au regard de l'ensemble de l'arrêté, l'erreur de plume commise n'est ainsi pas constitutive d'une ambiguïté susceptible, par elle-même, d'entacher d'illégalité la décision préfectorale. Le moyen doit dès lors être écarté.

7. En quatrième lieu, l'illégalité d'un acte administratif non réglementaire ne peut être utilement invoquée par voie d'exception à l'appui de conclusions dirigées contre une décision administrative ultérieure que si cette dernière décision a été prise pour l'application du premier acte ou s'il en constitue la base légale. Cette exception n'est recevable que si l'acte n'est pas devenu définitif à la date à laquelle elle est invoquée. Il ressort des pièces du dossier que l'arrêté n° 17-4 du 7 mars 2017 relatif à la composition pour la sécurité contre les risques d'incendie et de panique a été régulièrement publié. Cette décision est devenue définitive faute d'avoir fait l'objet, dans les délais, d'un recours contentieux. S'agissant d'un acte non réglementaire, la société Altos et M. D ne sont plus recevables à exciper de son illégalité au soutien de leurs conclusions dirigées contre la décision de fermeture en litige.

8. En cinquième lieu, aux termes de l'article R. 143-45 du code de la construction et de l'habitation : " Sans préjudice de l'exercice par les autorités de police de leurs pouvoirs généraux, la fermeture des établissements exploités en infraction aux dispositions du présent chapitre peut être ordonnée par le maire, ou par le représentant de l'Etat dans le département dans les conditions fixées aux articles R. 143-23 et R. 143-24. La décision est prise par arrêté après avis de la commission de sécurité compétente. L'arrêté fixe, le cas échéant, la nature des aménagements et travaux à réaliser ainsi que les délais d'exécution ". Il résulte de l'ensemble des dispositions précitées que si les dispositions de l'article R. 143-45 du code de la construction et de l'habitation habilitent le maire ou le représentant de l'Etat dans le département à ordonner la fermeture immédiate d'un établissement recevant du public, pour des motifs de sécurité publique, elles ne sauraient l'autoriser à ordonner une telle fermeture, en l'absence d'urgence, sans avoir au préalable invité l'exploitant, d'une part, à réaliser les travaux nécessaires et, d'autre part, à présenter ses observations, et ce dans un délai suffisant, en l'avertissant de la mesure que l'administration envisage de prendre.

9. Il ressort des pièces du dossier que l'arrêté attaqué vise la mise en demeure du 22 novembre 2021 ainsi que la prescription n° 11 du rapport de visite de la commission de sécurité du 2 juillet 2020 spécifiant la nécessité de réalisation d'une passerelle au premier étage du bâtiment avec transmission d'un échéancier des travaux et aménagements à réaliser avant le 24 décembre 2021. Par suite, l'arrêté du 22 juin 2022 n'a pas méconnu l'article R. 143-45 du code de la construction et de l'habitation précité.

10. En sixième lieu, aux termes de l'article GN 10 du règlement de sécurité contre les risques d'incendie et de panique dans les établissements recevant du public approuvé par l'arrêté du 25 juin 1980 : " § 1.A l'exception des dispositions à caractère administratif, de celles relatives aux contrôles et aux vérifications techniques ainsi qu'à l'entretien, le présent règlement ne s'applique pas aux établissements existants ". Aux termes de l'article PE 10 du règlement de sécurité contre les risques d'incendie et de panique dans les établissements recevant du public approuvé par l'arrêté du 23 mars 1965 : " Nombre minimal de dégagements. Les établissements, locaux ou étages où le public est reçu doivent être desservis par des dégagements (sorties, escaliers, couloirs) judicieusement répartis et sans cul-de-sac important, dont le nombre et la largeur correspondent au moins aux valeurs ci-dessous : () b) Ceux recevant de 51 à 100 personnes : par deux dégagements de 0,80 mètre ou par un de 1,40 mètre. Dans ce dernier cas, ce dégagement doit être complété par un dégagement accessoire qui pourra n'avoir que 0,60 mètre de large () ".

11. Il ressort des pièces du dossier que l'établissement " Altos ", sans que cela soit contesté en défense, a déposé un permis de construire antérieurement à l'entrée en vigueur de l'arrêté du 25 juin 1980. Par suite, l'arrêté du 22 juin 2022 du préfet de la Manche ne pouvait être pris sur le fondement de ces dispositions.

12. Toutefois, lorsqu'il constate que la décision contestée devant lui aurait pu être prise, en vertu du même pouvoir d'appréciation, sur le fondement d'un autre texte que celui dont la méconnaissance est invoquée, le juge de l'excès de pouvoir peut substituer ce fondement à celui qui a servi de base légale à la décision attaquée, sous réserve que l'intéressé ait disposé des garanties dont est assortie l'application du texte sur le fondement duquel la décision aurait dû être prononcée. Une telle substitution relevant de l'office du juge, celui-ci peut y procéder de sa propre initiative, au vu des pièces du dossier, mais sous réserve, dans ce cas, d'avoir au préalable mis les parties à même de présenter des observations sur ce point.

13. Le préfet de la Manche soutient que la décision attaquée, motivée par l'article PE 11 du règlement de sécurité contre les risques d'incendie et de panique dans les établissements recevant du public approuvé par l'arrêté du 25 juin 1980, trouve en réalité son fondement légal dans les dispositions de l'article PE 10 du règlement de sécurité contre les risques d'incendie et de panique dans les établissements recevant du public approuvé par l'arrêté du 23 mars 1965. Ces dispositions peuvent être substituées à celles de l'arrêté du 25 juin 1980 dès lors, en premier lieu, que la société Altos et M. D se trouvaient dans la situation où, en application de l'arrêté du 23 mars 1965, le préfet de la Manche pouvait décider qu'ils ne respectaient pas les prescriptions n° 11 du rapport de visite de la commission de sécurité du 29 janvier 2019 spécifiant la nécessité de réalisation d'une passerelle au premier étage du bâtiment avec transmission d'un échéancier des travaux et aménagements à réaliser avant le 24 décembre 2021, en deuxième lieu, que cette substitution de base légale n'a pour effet de priver les intéressés d'aucune garantie et, en troisième lieu, que l'administration dispose du même pouvoir d'appréciation pour appliquer l'une ou l'autre de ces deux dispositions.

14. Il ressort des pièces du dossier, en particulier du rapport de visite de la commission de sécurité du 29 janvier 2019, que le bâtiment ouvert au public de la société Altos et de M. D est classé dans les bâtiments de type O de 5e catégorie et que le premier étage n'est pourvu que d'un dégagement de type escalier d'une largeur de 1,2 mètre. La présence de deux couloirs au premier étage et la circonstance que la création d'un second escalier n'est pas obligatoire, ne sont pas de nature à écarter les prescriptions particulières de l'article PE 10 du règlement de sécurité contre les risques d'incendie et de panique dans les établissements recevant du public de 5e catégorie, dérogeant aux prescriptions générales de l'article CO 62, et qui est approuvé par l'arrêté du 23 mars 1965 précité, qui exige un seul dégagement d'une largeur d'au moins 1,4 mètre complété d'un dégagement de 0,6 mètre de large. Les conditions posées par l'arrêté du 23 mars 1965 pour le maintien de l'autorisation d'exploitation de l'établissement recevant du public n'étant dès lors pas remplies, le préfet de la Manche, suite à la réalisation du contrôle périodique de cinq ans pour la catégorie d'établissement prévu à l'article PE 37 du règlement de sécurité contre les risques d'incendie et de panique dans les établissements recevant du public approuvé par l'arrêté du 25 juin 1980 dans ses dispositions applicables au litige, a légalement pu prononcer son interdiction partielle d'exploitation au-delà du délai de quatre mois par l'arrêté attaqué du 22 juin 2022. A cet égard, la double circonstance qu'un arrêté du 26 mai 2014 du maire de la commune de Saint-Martin-des-Champs ait autorisé la poursuite de l'exploitation et que les prescriptions n° 1 du rapport de visite de la commission de sécurité du 29 janvier 2019 liées à la création du spa aient été levées postérieurement à l'arrêté préfectoral du 22 juin 2022, n'ont pas d'incidence sur la légalité de l'arrêté attaqué. Par suite, les moyens tirés de la méconnaissance de l'arrêté du 25 juin 1980 sont inopérants et le préfet de la Manche, en interdisant l'accueil partiel du public dans l'hôtel exploité par la société Altos et M. D, n'a pas commis d'erreur de droit ni d'erreur d'appréciation.

15. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de la société Altos et M. D doit être rejetée dans l'ensemble de ses conclusions, y compris les conclusions aux fins d'injonction et les conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative

D E C I D E :

Article 1er : La requête de société Altos et M. B D est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la société Altos, à M. B D et au préfet de la Manche.

Délibéré après l'audience du 19 octobre 2023, à laquelle siégeaient :

M. Cheylan, président,

M. Martinez, premier conseiller,

Mme Groch, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 10 novembre 2023.

Le rapporteur,

Signé

P. MARTINEZ

Le président,

Signé

F. CHEYLAN

La greffière,

Signé

C. BÉNIS

La République mande et ordonne au préfet de la Manche en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

C. Bénis

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