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AccueilJurisprudence administrativeN° TA14-2201961

Tribunal Administratif de Caen — Décision N° TA14-2201961

vendredi 29 septembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Caen
SectionTribunal Administratif de Caen
N° DossierTA14-2201961
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation2ème chambre
Avocat requérantBAHOUGNE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une ordonnance du 25 août 2022, le tribunal administratif de Nantes a transmis la requête de Mme A au tribunal administratif de Caen en application de l'article R. 312-7 du code de justice administrative.

Par une requête et des mémoires enregistrés les 18 août 2022, 13 octobre 2022, 16 janvier 2023, 23 janvier 2023, 15 mars 2023, ainsi qu'un mémoire récapitulatif enregistré le 24 avril 2023, produit à la demande du tribunal en application de l'article R. 611-8-1 du code de justice administrative, Mme C A demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures résultant de son mémoire récapitulatif :

1°) d'enjoindre au maire de Perche-en-Nocé de dresser un procès-verbal constatant les infractions qui auraient été commises par M. D et de mettre en demeure celui-ci de remettre la construction dans son état initial, sous astreinte, après une demande en ce sens non suivie d'effets ;

2°) de faire application à l'encontre de M. D des dispositions de l'article L. 480-4 du code de l'urbanisme selon lesquelles le fait d'exécuter des travaux en méconnaissance des obligations et des règlements est puni d'une amende minimale de 1 200 euros ;

3°) de faire application à l'encontre de M. D des dispositions des articles R. 424-15 et A. 424-18 du code de l'urbanisme selon lesquelles l'absence d'affichage sur le terrain peut être puni d'une amende de 200 euros ;

4°) de condamner M. D à lui verser des dommages et intérêts d'un montant de 1 000 euros en raison du préjudice subi par son époux en suite de l'agression dont M. D serait l'auteur.

Elle soutient que :

- les clôtures illégalement édifiées par M. D n'ont pas été démolies en dépit du signalement qu'elle a fait à la commune par un courrier du 16 mars 2022 ;

- le maire de la commune n'a pas dressé procès-verbal de l'infraction ;

- les clôtures ont été édifiées sans déclaration préalable et en méconnaissance du règlement du plan local d'urbanisme intercommunal ;

- la réalisation d'un bornage à l'amiable a été refusée par M. D ;

- le dossier de déclaration préalable déposé par M. D ne comporte aucun plan des constructions existantes au jour de ce dépôt ;

- la clôture irrégulièrement édifiée doit être démontée selon les prescriptions assortissant la décision de non opposition à déclaration préalable ; la liste des éléments à démonter est incomplète ;

- le panneau d'affichage de la décision de non opposition à déclaration préalable n'a pas été placé en bordure de la voie dès la date à laquelle la décision est intervenue ;

- le panneau a été installé à l'intérieur de la propriété de M. D et certaines de ses mentions n'étaient pas lisibles ;

- le maire n'a pas accompli les diligences qui lui incombaient.

Par des mémoires enregistrés les 30 septembre 2022, 1er février 2023, et 22 mars 2023, la commune de Perche-en-Nocé, représentée par Me Bahougne, conclut, dans le dernier état de ses écritures :

1°) au rejet de la requête ;

2°) à la condamnation de Mme A à lui verser une somme de 5 000 euros en réparation du préjudice subi en raison du comportement agressif et des demandes intempestives dont elle a fait l'objet ;

3°) à ce que soit mise à la charge de Mme A une somme de 3 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que :

- aucun des moyens soulevés n'est fondé ;

- elle subit des actes de harcèlement de la part de Mme A.

Par des mémoires enregistrés les 9 novembre 2022, 21 février 2023 et 27 février 2023, ainsi que deux mémoires récapitulatifs enregistrés les 18 avril et 30 mai 2023 produits à la demande du tribunal en application de l'article R. 611-8-1 du code de justice administrative, M. B D conclut, dans le dernier état de ses écritures résultant de ses mémoires récapitulatifs, au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun des moyens soulevés n'est fondé.

Les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office, tiré d'une part, de ce que le juge administratif est incompétent pour prononcer une amende au titre des infractions aux règles d'urbanisme et à la législation sur le permis de construire en application de l'article L. 480-4 du code de l'urbanisme et pour connaître des conclusions indemnitaires tendant à la réparation du préjudice subi à la suite d'une altercation entre deux personnes privées, seul le juge judiciaire étant compétent, et d'autre part, de ce que, dès lors qu'il n'appartient pas au juge administratif d'adresser à titre principal des injonctions à l'administration, les conclusions de Mme A tendant à ce qu'il soit enjoint au maire de Perche-en-Nocé de dresser un procès-verbal d'infraction en application de l'article L. 480-1 du code de l'urbanisme sont irrecevables.

Par une lettre, enregistrée le 11 septembre 2023, la commune de Perche-en-Nocé a informé le tribunal de ce qu'elle n'avait pas d'observations à formuler sur l'information faite en application de l'article R. 611-7 du code de justice administrative.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Silvani ;

- les conclusions de M. Blondel, rapporteur public ;

- les observations de Me Bahougne, avocat de la commune de Perche-en-Nocé ;

- et les observations de M. D.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A, propriétaire de plusieurs parcelles situées sur le territoire de la commune de Perche-en-Nocé, reproche à son voisin, M. D, d'avoir édifié une clôture en limite de sa propriété sans être titulaire pour ce faire d'une autorisation d'urbanisme et sollicite du tribunal diverses mesures tendant à ce qu'il soit mis fin à cette situation.

Sur les conclusions de la requête tendant à ce que des amendes soient mises à la charge de M. D et à ce que ce dernier soit condamné à l'indemniser des préjudices subis du fait d'une altercation :

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 480-4 du code de l'urbanisme : " Le fait d'exécuter des travaux mentionnés aux articles L. 421-1 à L. 421-5 en méconnaissance des obligations imposées par les titres Ier à VII du présent livre et les règlements pris pour leur application ou en méconnaissance des prescriptions imposées par un permis de construire, de démolir ou d'aménager ou par la décision prise sur une déclaration préalable est puni d'une amende comprise entre 1 200 euros et un montant qui ne peut excéder, soit, dans le cas de construction d'une surface de plancher, une somme égale à 6 000 euros par mètre carré de surface construite, démolie ou rendue inutilisable au sens de l'article L. 430-2, soit, dans les autres cas, un montant de 300 000 euros. En cas de récidive, outre la peine d'amende ainsi définie un emprisonnement de six mois pourra être prononcé. () Les dispositions du présent article ne sont pas applicables aux infractions relatives à l'affichage des permis ou des déclarations préalables ".

3. Le juge judiciaire est seul compétent pour sanctionner, en application de l'article L. 480-4 du même code, les infractions aux règles d'urbanisme et à la législation sur le permis de construire. Par suite, il n'appartient pas au juge administratif de connaître des conclusions tendant au prononcé d'une amende à l'encontre de M. D. Il y a lieu, par suite, de rejeter lesdites conclusions comme portées devant une juridiction incompétente pour en connaître.

4. En second lieu, il n'appartient pas davantage à la juridiction administrative de connaître des conclusions présentées par la requérante tendant à l'octroi d'une indemnité en réparation du préjudice subi par son époux en suite d'une altercation intervenue entre celui-ci et M. D. Ce litige, qui met exclusivement en cause des rapports de droit privé, relève à ce titre de la seule compétence du juge judiciaire. Par suite, ces conclusions doivent être également rejetées comme portées devant une juridiction incompétente pour en connaître.

Sur les conclusions présentées par Mme A tendant au prononcé d'injonctions :

5. La requérante demande au tribunal d'enjoindre au maire de Perche-en-Nocé de dresser un procès-verbal constatant les infractions qui auraient été commises par M. D et de mettre en demeure celui-ci de remettre la construction dans son état initial sous astreinte après une demande en ce sens non suivie d'effets.

6. Toutefois, il n'appartient pas au juge administratif d'adresser des injonctions à titre principal à l'administration. Par suite, les conclusions de la requérante, qui sont irrecevables, doivent être rejetées.

Sur les conclusions reconventionnelles présentées par la commune de Perche-en-Nocé :

7. Les conclusions de la commune de Perche-en-Nocé pour recours abusif ne sont assorties d'aucune justification. Elles doivent, par suite, être rejetées.

8. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de la requête présentées par Mme A doivent être rejetées dans leur ensemble. Doivent également être rejetées les conclusions reconventionnelles présentées par la commune de Perche-en-Nocé.

Sur les frais du litige :

9. Aux termes de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Les parties peuvent produire les justificatifs des sommes qu'elles demandent et le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation ".

10. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de mettre à la charge de Mme A la somme que demande la commune de Perche-en-Nocé au titre des frais qu'elle a exposés.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.

Article 2 : Les conclusions reconventionnelles et tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative présentées par la commune de Perche-en-Nocé sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme C A, à M. B D et à la commune de Perche-en-Nocé.

Délibéré après l'audience du 14 septembre 2023, à laquelle siégeaient :

M. Marchand, président,

Mme Pillais, première conseillère,

Mme Silvani, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 29 septembre 2023.

La rapporteure,

Signé

C. SILVANI

Le président,

Signé

A. MARCHAND

La greffière,

Signé

A. D'OLIF

La République mande et ordonne au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

le greffier,

J. Lounis

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