mardi 13 décembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Caen |
| Section | Tribunal Administratif de Caen |
| N° Dossier | TA14-2202053 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 2ème chambre |
| Avocat requérant | CABINET NDIAYE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 6 septembre 2022, Mme E A, représentée par Me Ndiaye, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 22 février 2022 par lequel le préfet de la Manche lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel elle pourra être reconduite d'office lorsque le délai sera expiré ;
2°) d'enjoindre au préfet de la Manche de procéder au réexamen de sa demande dans un délai d'un mois à compter de la décision à intervenir et dans l'attente de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros à verser à son conseil, en application de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve qu'il renonce à percevoir la part contributive de l'Etat versée au titre de l'aide juridictionnelle.
Mme A soutient que :
- sa requête est recevable ;
- l'arrêté en litige est entaché d'incompétence ;
- il est entaché d'un défaut d'examen complet de sa situation au regard de l'atteinte portée à sa vie privée ;
- il méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- il méconnaît l'article 3 la convention internationale relative aux droits de l'enfant, signée à New-York le 26 janvier 1990.
Par un mémoire en défense enregistré le 4 octobre 2022, le préfet de la Manche conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés par Mme A ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier, et notamment la décision du 12 juillet 2022 accordant l'aide juridictionnelle partielle à Mme A.
Vu :
- la convention internationale relative aux droits de l'enfant, signée à New-York le 26 janvier 1990 ;
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales,
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de Mme D a été entendu au cours de l'audience publique.
Les parties n'étaient pas présentes, ni représentées.
Considérant ce qui suit :
1. Mme E A, née le 26 avril 1994, de nationalité haïtienne, est, selon ses déclarations, entrée irrégulièrement en France le 12 octobre 2019. Elle a déposé une demande d'asile qui a été définitivement rejetée par la Cour nationale du droit d'asile le 23 octobre 2020. Le 23 juillet 2021, elle a sollicité un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " sur le fondement de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 22 février 2022, dont il est demandé l'annulation, le préfet de la Manche a rejeté sa demande, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination.
Sur les conclusions aux fins d'annulation :
2. En premier lieu, le secrétaire général de la préfecture de la Manche, signataire de l'arrêté en litige, disposait d'une délégation de signature conférée par un arrêté n° 2021-53-VN du 22 novembre 2021 du préfet de la Manche, publiée au recueil des actes administratifs du même jour, au numéro spécial n°1, " à l'effet de signer tous actes, arrêtés, décisions, circulaires, rapports, correspondances, requêtes juridictionnelles et documents relevant des attributions de l'État dans le département de la Manche à l'exception : / - des réquisitions de la force armée ; / - des saisines de la chambre régionale des comptes ; / - des arrêtés portant élévation de conflit ; / - des saisies de presse (tracts ou journaux) ; - des décisions de réquisition du comptable public ". Les décisions " relevant de l'attribution de l'Etat dans le département " comprennent, sauf s'il en est disposé autrement par l'arrêté portant délégation de signature, les décisions préfectorales en matière de police des étrangers. Dans ces conditions, dès lors que l'arrêté du 22 novembre 2021 n'exclut pas ces dernières décisions de son champ d'application, le secrétaire général de la préfecture de la Manche était compétent pour signer l'arrêté en litige. Le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'acte doit dès lors être écarté.
3. En deuxième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ". En application de ces stipulations, il appartient à l'étranger qui invoque la protection due à son droit au respect de sa vie privée et familiale en France d'apporter toute justification permettant d'apprécier la réalité et la stabilité de ses liens personnels et familiaux en France au regard de ceux qu'il a conservés dans son pays d'origine.
4. D'une part, si Mme A soutient que le préfet de la Manche n'a pas apprécié l'atteinte portée par les décisions en litige à sa vie privée, elle ne justifie pas avoir soumis au préfet des éléments à ce titre qu'il n'aurait pas pris en compte. Le moyen tiré du défaut d'examen complet de la situation de l'intéressée doit, par suite, être écarté.
5. D'autre part, Mme A fait valoir qu'elle a conclu, le 21 mai 2021, un pacte civil de solidarité avec M. C B avec lequel elle vit à Saint-Lô. Elle précise que M. B bénéficie d'un contrat à durée indéterminée et que, de leur union, est né un enfant le 21 mai 2022. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que Mme A est arrivée en Martinique le 12 octobre 2019 puis en métropole le 18 juillet 2021, ainsi qu'en atteste le tampon apposé sur son passeport. Le pacte civil de solidarité a été conclu en Martinique, pays dans lequel Mme A justifie d'une communauté de vie avec M. B par la seule production d'un contrat de bail en date du 1er mai 2021, revêtu de sa seule signature, et de deux quittances de loyer pour les mois de juin et juillet 2021, soit deux mois avant son arrivée en métropole, le 18 juillet 2021 et alors que M. B travaille à Villiers-Fossard, dans le département de la Manche, dans le cadre d'un contrat à durée indéterminée depuis le 14 décembre 2019. En outre, la communauté de vie en métropole est étayée par la production d'une unique facture d'électricité en date du 12 février 2022. Enfin, s'il ressort des pièces du dossier que Mme A a donné naissance à un enfant le 21 mai 2022, qui a été reconnu par M. B, cette circonstance est postérieure à la date de la décision attaquée. Par ailleurs, Mme A n'est pas dépourvue d'attaches dans son pays d'origine, dans lequel elle a vécu jusqu'à ses vingt-cinq ans et où vivent ses parents ainsi que ses frères et sœurs. Compte tenu ce qui précède, Mme A n'est pas fondée à soutenir que l'arrêté en litige a porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elle a été prise. Dès lors, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.
6. En troisième lieu, aux termes de l'article 3 de la convention internationale des droits de l'enfant : " 1. Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale. () ".
7. Ainsi qu'il a été indiqué au point 5, la naissance de l'enfant de Mme A est postérieure à la décision attaquée. Dans ces conditions, le moyen tiré de ce que l'arrêté en litige, dont l'exécution n'a pas, au demeurant, pour effet de séparer la requérante de son enfant, a été pris en méconnaissance des stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant doit être écarté.
8. Il résulte de tout ce qui précède que Mme A n'est pas fondée à demander l'annulation de l'arrêté du 22 février 2022 par lequel le préfet de la Manche lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour, avec obligation de quitter le territoire français et fixation du pays de destination.
Sur les conclusions aux fins d'injonction :
9. Le présent jugement, qui rejette les conclusions à fin d'annulation de la requête, n'implique aucune mesure d'exécution. Par suite, les conclusions aux fins d'injonction présentées par Mme A doivent être rejetées.
Sur les frais liés à l'instance :
10. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'une somme soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante du procès.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme E A, à Me Ndiaye et au préfet de la Manche.
Délibéré après l'audience du 17 novembre 2022, à laquelle siégeaient :
M. Mondésert, président,
M. Berrivin, premier conseiller,
Mme Silvani, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 décembre 2022.
La rapporteure,
signé
C. D
Le président,
signé
X. MONDÉSERTLa greffière,
signé
A. LAPERSONNE
La République mande et ordonne au préfet de la Manche en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
Pour expédition conforme,
la greffière,
A. Lapersonne
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026