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AccueilJurisprudence administrativeN° TA14-2202124

Tribunal Administratif de Caen — Décision N° TA14-2202124

vendredi 17 mai 2024

JuridictionTribunal Administratif de Caen
SectionTribunal Administratif de Caen
N° DossierTA14-2202124
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation3ème Chambre
Avocat requérantTAFOREL

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés le 20 septembre 2022, le 24 novembre 2023, le 20 décembre 2023 et le 19 janvier 2024, Mme A C, représentée par Me Hellot, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler l'arrêté du 28 mars 2022 par lequel le président de la communauté de communes du pays de Honfleur-Beuzeville a délivré à la SCCV Belle Rive un permis de construire trente logements collectifs et un commerce, valant permis de démolir, ensemble la décision implicite de rejet de son recours gracieux ;

2°) d'annuler l'arrêté du 21 juin 2023 accordant un permis de construire modificatif à la SCCV Belle Rive ;

3°) de mettre à la charge de la communauté de communes du pays de Honfleur-Beuzeville la somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- elle justifie d'un intérêt à agir ;

- l'arrêté du 28 mars 2022 est illégal au motif qu'il a été pris au vu d'un dossier incomplet qui se borne à mentionner la démolition d'une construction existante sans préciser la dimension des bâtiments à démolir et ne permet pas de vérifier que le pétitionnaire remplit les conditions de l'article R. 423-1 du code de l'urbanisme ;

- il méconnaît l'article R. 111-27 du code de l'urbanisme ;

- il méconnaît l'article UA11.2 du règlement du plan local d'urbanisme intercommunal ;

- il méconnaît l'article UA10 du règlement du plan local d'urbanisme intercommunal ;

- il méconnaît l'article UA12 du règlement du plan local d'urbanisme intercommunal ;

- l'arrêté du 21 juin 2023 accordant un permis de construire modificatif méconnaît l'article R. 111-27 du code de l'urbanisme ;

- il méconnaît l'article UA11.2 du règlement du plan local d'urbanisme intercommunal.

Par un mémoire, enregistré le 15 mars 2023, la communauté de communes du pays de Honfleur-Beuzeville, représentée par Me Taforel, conclut au rejet de la requête, subsidiairement à ce qu'il soit fait application de l'article L. 600-5-1 du code de l'urbanisme ou à défaut de l'article L. 600-5 du même code et à ce que soit mise à la charge du requérant la somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la requérante est dépourvue d'un intérêt à agir contre le permis de construire ;

- les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Par des mémoires, enregistrés le 24 mars 2023, le 20 décembre 2023 et le 22 janvier 2024, la SCCV Belle Rive, représentée par Me Destarac, conclut au rejet de la requête, subsidiairement à ce qu'il soit fait application de l'article L. 600-5-1 du code de l'urbanisme ou à défaut de l'article L. 600-5 du même code et à ce que soit mise à la charge de la requérante la somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la requête est irrecevable faute d'avoir été notifiée conformément à l'article R. 600-1 du code de l'urbanisme ;

- les pièces de la requête introductive d'instance doivent être écartées du débat dès lors qu'elles ne sont pas numérotées, en méconnaissance de l'article R. 412-2 du code de justice administrative ;

- la requérante ne justifie pas d'un intérêt à agir à la date d'affichage en mairie de la demande de permis de construire ;

- les moyens soulevés par la requérante ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Sénécal,

- les conclusions de Mme B,

- et les observations de Me Kerglonou, représentant Mme C, et de Me Barreau, représentant la SCCV Belle Rive.

Considérant ce qui suit :

1. Le 5 août 2021, la SCCV Belle Rive a déposé une demande tendant à la démolition de bâtiments existants et à la construction de trente logements collectifs et d'un commerce sur la parcelle cadastrée 1433 CH 91 située au 18-20 rue Jean Revel à Honfleur. Par un arrêté du 28 mars 2022, le président de la communauté de communes du pays de Honfleur-Beuzeville lui a délivré le permis de construire sollicité en l'assortissant de prescriptions. Mme C a formé le 25 mai 2022 un recours gracieux contre cette décision, qui a été implicitement rejeté. Postérieurement à l'introduction de la requête, la SCCV Belle Rive a sollicité le 24 mars 2023 un permis de construire modificatif. Par un arrêté du 21 juin 2023, le président de la communauté de communes du pays de Honfleur-Beuzeville a accordé à la SCCV Belle Rive un permis de construire modificatif assorti de prescriptions. Mme C demande au tribunal l'annulation des arrêtés du 28 mars 2022 et du 21 juin 2023 ainsi que de la décision implicite rejetant son recours gracieux.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. D'une part, aux termes de l'article L. 410-1 du code de l'urbanisme : " () Lorsqu'une demande d'autorisation ou une déclaration préalable est déposée dans le délai de dix-huit mois à compter de la délivrance d'un certificat d'urbanisme, les dispositions d'urbanisme, le régime des taxes et participations d'urbanisme ainsi que les limitations administratives au droit de propriété tels qu'ils existaient à la date du certificat ne peuvent être remis en cause à l'exception des dispositions qui ont pour objet la préservation de la sécurité ou de la salubrité publique ". Il résulte de ces dispositions que tout certificat d'urbanisme a pour effet de garantir à la personne à laquelle a été délivré un certificat d'urbanisme, quel que soit son contenu, un droit à voir sa demande d'autorisation d'urbanisme, déposée durant les dix-huit mois qui suivent, examinée au regard des dispositions d'urbanisme applicables à la date de ce certificat.

3. D'autre part, lorsqu'un permis de construire a été délivré en méconnaissance des dispositions législatives ou réglementaires relatives à l'utilisation du sol ou sans que soient respectées des formes ou formalités préalables à la délivrance des permis de construire, l'illégalité qui en résulte peut être régularisée par la délivrance d'un permis modificatif dès lors que celui-ci assure le respect des règles de fond applicables au projet en cause, répond aux exigences de forme ou a été précédé de l'exécution régulière de la ou des formalités qui avaient été omises. Les irrégularités ainsi régularisées à la suite de la modification de son projet par le pétitionnaire et en l'absence de toute intervention du juge ne peuvent plus être utilement invoquées à l'appui d'un recours pour excès de pouvoir dirigé contre le permis initial.

En ce qui concerne les moyens dirigés contre les dispositions du permis initial n'ayant pas été modifiées :

4. En premier lieu, aux termes de l'article R. 451-1 du code de l'urbanisme : " La demande de permis de démolir précise : a) L'identité du ou des demandeurs ; / b) En cas de démolition partielle, les constructions qui subsisteront sur le terrain et, le cas échéant, les travaux qui seront exécutés sur cette construction ; / c) La date approximative à laquelle le ou les bâtiments dont la démolition est envisagée ont été construits ; / d) S'il y a lieu, que la démolition est soumise à déclaration en application de la section 1 du chapitre IV du titre Ier du livre II du code de l'environnement ; / e) S'il y a lieu, que la démolition porte sur une installation, un ouvrage, des travaux ou une activité soumis à autorisation environnementale en application de l'article L. 181-1 du code de l'environnement, si les travaux portent atteinte aux intérêts mentionnés au I de l'article L. 181-3 ; / f) S'il y a lieu, que la démolition doit faire l'objet d'une dérogation au titre du 4° de l'article L. 411-2 du code de l'environnement ; / g) S'il y a lieu, que les travaux portent sur un projet relevant du 1° ou du 2° de l'article L. 632-2-1 du code du patrimoine ; / h) S'il y a lieu, les demandes d'autorisation et les déclarations dont le projet a déjà fait l'objet au titre d'une autre législation que celle du code de l'urbanisme. / La demande comporte également l'attestation du ou des demandeurs qu'ils remplissent les conditions définies à l'article R. 423-1 pour déposer une demande de permis ".

5. La circonstance que le dossier de demande de permis de construire ne comporterait pas l'ensemble des documents exigés par les dispositions du code de l'urbanisme, ou que les documents produits seraient insuffisants, imprécis ou comporteraient des inexactitudes, n'est susceptible d'entacher d'illégalité le permis de construire qui a été accordé que dans le cas où les omissions, inexactitudes ou insuffisances entachant le dossier ont été de nature à fausser l'appréciation portée par l'autorité administrative sur la conformité du projet à la réglementation applicable. En outre, lorsqu'une autorisation d'urbanisme a été délivrée en méconnaissance des dispositions législatives ou réglementaires relatives à l'utilisation du sol ou sans que soient respectées des formes ou formalités préalables à la délivrance de l'autorisation, l'illégalité qui en résulte peut être régularisée par la délivrance d'une autorisation modificative dès lors que celle-ci assure le respect des règles de fond applicables au projet en cause, répond aux exigences de forme ou a été précédée de l'exécution régulière de la ou des formalités qui avaient été omises.

6. Il ressort des pièces du dossier que le dossier de demande de permis de construire initial comportait notamment un plan de situation issu d'un relevé cadastral et des documents photographiques faisant apparaître les constructions à démolir. Si la notice descriptive indique seulement la nature des bâtiments à démolir sans préciser la dimension de ces bâtiments à vocation de garage en boxes et d'entrepôts, aucune disposition législative ou règlementaire n'impose au pétitionnaire de communiquer ces éléments. Enfin, le document Cerfa relatif à la demande de permis de construire précise que le projet consiste en la démolition totale des bâtiments construits en 1950 et est signé par la société pétitionnaire qui atteste remplir les conditions fixées à l'article R. 423-1 du code de l'urbanisme pour demander une autorisation d'urbanisme. Dès lors, l'autorité administrative disposait de toutes les informations utiles pour apprécier la demande de permis de construire déposée par la pétitionnaire. Dans ces conditions, la requérante n'est pas fondée à soutenir que l'arrêté du 28 mars 2022 est illégal au motif que le dossier de demande de permis de construire était incomplet, en méconnaissance des dispositions de l'article R. 451-1 du code de l'urbanisme.

7. En deuxième lieu, il ressort des pièces du dossier que la SCCV Belle Rive bénéficie d'un certificat d'urbanisme délivré le 23 novembre 2020 qui a eu pour effet de cristalliser les dispositions du plan local d'urbanisme intercommunal applicables à cette date pour les demandes déposées dans les dix-mois mois suivants. La demande de permis de construire initial ayant été déposée dans ce délai, les dispositions opposables au permis de construire délivré le 28 mars 2022 sont celles cristallisées par le certificat d'urbanisme et issues du plan local d'urbanisme intercommunal modifié, approuvé par une délibération du 19 février 2018 de la communauté de communes du pays de Honfleur-Beuzeville. Aux termes de l'article UA10.3 du règlement du plan local d'urbanisme intercommunal dans sa rédaction applicable au litige : " La hauteur des constructions est limitée à : / zone UA : 9 mètres à l'égout et 13 mètres au faîtage () ". Aux termes de l'article UA10.1 du même règlement, dans sa rédaction applicable au litige : " La hauteur des constructions est mesurée à partir du sol naturel avant aménagement jusqu'au point de référence le plus élevé du bâtiment (égout, faîtage), les ouvrages techniques, cheminées et autres superstructures de faible emprise étant exclus. / Sur les voies et terrains en pente, la hauteur maximale des constructions, par rapport au terrain naturel avant aménagement, pourra être augmentée progressivement compte tenu de la pente, sans pouvoir dépasser de plus de 2 mètres, celle fixée ci-dessus. () ".

8. Il ressort des pièces du dossier, en particulier de la notice descriptive, que le terrain d'assiette du projet est en pente et présente un dénivelé à l'ouest de 8,62 mètres et à l'est de 4,74 mètres avec pour point bas la rue Jean Revel. La pente est représentée à 40° sur les plans joints au dossier. Sur le terrain en pente côté rue Saint Léonard, les hauteurs des différents faîtages sont inférieures à quinze mètres, dès lors qu'elles sont comprises entre 11,72 et 12,52 mètres correspondant à une cote NGF entre 33,01 et 33,59 mètres et la hauteur à l'égout de toit n'excède pas onze mètres. Sur le terrain en pente côté rue Jean Revel, les hauteurs déclarées des différents faîtages sont inférieures à quinze mètres, dès lors qu'elles se situent entre 26,90 et 29,81 mètres NGF, seule cote indiquée sur les plans, et la hauteur à l'égout de toit n'excède pas onze mètres. Enfin, il ressort des plans joints au dossier que sur le terrain sans pente de la rue Saint Léonard et de la rue Jean Revel, les hauteurs des différents faîtages n'excèdent pas 13 mètres au faîtage et 9 mètres à l'égout. Dans ces conditions, la requérante n'est pas fondée à soutenir que l'arrêté du 28 mars 2022 méconnaît les dispositions de l'article UA10 du règlement du plan local d'urbanisme intercommunal dans sa rédaction applicable au litige.

9. En dernier lieu, l'article UA12 du règlement du plan local d'urbanisme intercommunal fixe le nombre de places de stationnement à réaliser selon la destination et la nature de la construction. L'article UA12.2 dispose, s'agissant de logement, qu'une place de stationnement est créée par 60 m2 de surface de plancher avec au minimum une place par logement et, s'agissant de commerce, qu'une place de stationnement est créée par 40 m2 de surface de plancher au-delà de 200 m2. L'article UA12.1 fixe les caractéristiques minimales de chaque emplacement, énonçant que la longueur minimale doit correspondre à cinq mètres et la largeur, à 2,30 mètres.

10. Il ressort des pièces du dossier, en particulier du formulaire Cerfa de demande de permis de construire que le projet, qui consiste à créer trente logements d'une surface de plancher de 1 755 m2 et un commerce dont la surface de plancher est inférieure à 200 m2, prévoit de réaliser trente-trois places de stationnement, soit trois places supplémentaires que ce que les dispositions précitées du règlement du plan local d'urbanisme imposent. La circonstance que le projet réserve quatre places à des personnes à mobilité réduite, et dont l'occupation est conditionnée à la détention d'un titre particulier, n'a pas pour effet de rendre le projet non conforme aux prescriptions de l'article UA12 précitées qui, au demeurant, ne prévoient aucune disposition particulière quant aux dimensions de telles places de stationnement. Dans ces conditions, la requérante n'est pas fondée à soutenir que l'arrêté du 28 mars 2022 méconnaît l'article UA12 du règlement du plan local d'urbanisme intercommunal.

En ce qui concerne les moyens dirigés contre les dispositions du permis initial ayant été modifiées par le permis de construire modificatif :

11. En premier lieu, aux termes de l'article R. 111-27 du code de l'urbanisme : " Le projet peut être refusé ou n'être accepté que sous réserve de l'observation de prescriptions spéciales si les constructions, par leur situation, leur architecture, leurs dimensions ou l'aspect extérieur des bâtiments ou ouvrages à édifier ou à modifier, sont de nature à porter atteinte au caractère ou à l'intérêt des lieux avoisinants, aux sites, aux paysages naturels ou urbains ainsi qu'à la conservation des perspectives monumentales ".

12. Eu égard à la teneur de ces dispositions et à la marge d'appréciation qu'elles laissent à l'autorité administrative pour accorder un permis de construire, le juge de l'excès de pouvoir ne peut censurer une autorisation de construire que si l'appréciation portée par l'autorité administrative, au regard de ces dispositions, est entachée d'une erreur manifeste. Pour rechercher l'existence d'une atteinte à l'intérêt des lieux avoisinants au sens des dispositions précitées, il appartient à l'autorité administrative d'apprécier, dans un premier temps, la qualité des lieux avoisinants du site sur lequel la construction est projetée et d'évaluer, dans un second temps, l'impact que cette construction, compte tenu de sa nature et de ses effets, pourrait avoir sur le site.

13. Il ressort des pièces du dossier que le projet litigieux est constitué de deux bâtiments accolés mitoyens et est délimité en façade par la voie publique, d'un côté par la rue Jean Revel, en prolongement de la rue Emile Renouf et de la route départementale D580A et de l'autre côté, par la rue Saint Léonard en desserte urbaine d'un hameau de maisons individuelles et d'immeubles de dimensions variées. Le terrain d'assiette du projet jouxte, en limite de propriété ouest, une parcelle comportant un hangar en partie basse du terrain et une friche en partie haute. Il s'insère dans un secteur résidentiel mixte, composé à la fois de maisons d'habitations et d'immeubles collectifs sans caractéristiques particulières et ne faisant l'objet d'aucune protection paysagère ou au titre des monuments historiques ou à un autre titre patrimonial. S'il figure dans le périmètre de la côte de Grace, il n'est pas soumis aux prescriptions issues des servitudes d'utilité publique relatives aux monuments historiques de type AC1 et au patrimoine inscrit de type AC2 ni à celles du plan de sauvegarde de la mise en valeur de la commune de Honfleur. Si les constructions situées rue Saint Léonard présentent des aspects architecturaux similaires tenant principalement à un revêtement en induit, celles situées rue Jean Revel présentent une forte hétérogénéité tenant à la variété des revêtements employés, que ce soit en utilisant de l'enduit ou un bardage en bois, en briques ou, concernant une construction située en contrebas de la rue, en colombages. Dans ces conditions, compte tenu de l'environnement du projet, l'emploi de matériaux de type essentage en ardoises, colombages peints, enduits variés et briquettes collées employés, la requérante n'est pas fondée à soutenir que la décision contestée serait entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de l'atteinte susceptible d'être portée par le projet litigieux à l'intérêt des lieux avoisinants. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article R. 111-27 du code de l'urbanisme doit être écarté.

14. En second lieu, ainsi qu'il a été exposé au point 2, les dispositions opposables au permis de construire délivré le 28 mars 2022 sont celles cristallisées par le certificat d'urbanisme et issues du plan local d'urbanisme intercommunal modifié, approuvé par une délibération du 19 février 2018 de la communauté de communes du pays de Honfleur-Beuzeville. Aux termes de l'article UA11.2 du règlement du plan local d'urbanisme intercommunal, dans sa rédaction applicable au 23 novembre 2020 : " Les façades des constructions principales devront présenter des matériaux destinés à rester apparents (pierre de taille, moellon appareillé, brique pleine jointoyée, colombages, essentages), à défaut, elles devront recevoir un enduit soit teinté dans la masse, soit peint. / L'utilisation du blanc ou des tonalités claires ou brillantes est interdite. / Les façades présentant l'aspect du colombage sont admises uniquement dans le cas de vrais pans de bois. Les imitations de matériaux, telles que fausses briques, faux pans de bois et l'emploi à nu de matériaux fabriqués en vue d'être recouverts, sont interdits. / () / Les constructions principales devront présenter une teinte qui se rapprochera le plus possible des matériaux traditionnels utilisés dans la région. Elles devront présenter une unité d'aspect et de matériaux compatibles avec l'harmonie générale de l'agglomération et des paysages. () ". Aux termes de l'article UA11.2 du règlement du plan local d'urbanisme intercommunal dans sa rédaction postérieure au 23 novembre 2020 et applicable au litige : " Les façades des constructions principales devront présenter des matériaux destinés à rester apparents (pierre de taille, moellon appareillé, brique pleine jointoyée, colombages, essentages, bardage bois), à défaut, elles devront recevoir un enduit soit teinté dans la masse, soit peint./ L'utilisation du blanc pur ou vif, des tonalités criardes, réfléchissantes ou brillantes sont interdites. / Les façades présentant l'aspect du colombage sont admises uniquement dans le cas de vrais pans de bois. Les imitations de matériaux, telles que fausses briques, faux pans de bois et l'emploi à nu de matériaux fabriqués en vue d'être recouverts, sont interdits. / () / Les constructions principales devront présenter une teinte qui se rapprochera le plus possible des matériaux traditionnels utilisés dans la région. Elles devront présenter une unité d'aspect et de matériaux compatibles avec l'harmonie générale de l'agglomération et des paysages ". L'article L. 410-1 du code de l'urbanisme n'a pas pour effet d'interdire à l'autorité administrative d'examiner la demande d'autorisation au regard des dispositions modifiées de l'article UA11.2 du règlement du plan local d'urbanisme intercommunal, dès lors qu'elles sont applicables au pétitionnaire et qu'elles lui sont plus favorables.

15. Il ressort des pièces du dossier que la SCCV Belle Rive a sollicité le 24 mars 2023 un permis de construire modificatif en se prévalant des dispositions modifiées de l'article UA11.2 du règlement du plan local d'urbanisme intercommunal, en vue de remplacer la matière du colombage, initialement prévue en enduit, par du pan de bois peints et de modifier les couleurs des constructions. Il ressort, en outre, de la notice descriptive du permis de construire modificatif que la façade de l'immeuble située côté rue Saint Léonard sera en enduit mono-couche gratté de couleur mat avec un pan de bois peint et le soubassement et redan seront en briquettes collées de ton rouge-brun. La façade de l'immeuble côté rue Jean Revel sera également en enduit mono-couche gratté de couleur mat avec un pan de bois peint et le soubassement et redan seront en briquettes collées de ton rouge-brun et en enduit mono-couche gratté gris clair strié et en enduit blanc mat. Les couleurs des ravalements seront de ton mat, les balcons peints en gris clair mat, les menuiseries, en PVC de couleur gris clair et les garde-corps seront en serrurerie métallique de couleur grise. Dès lors, les matériaux et couleurs des constructions ne contiendront pas de blanc pur ou vif ou de tonalités criardes ou réfléchissantes au sens de l'article UA11.2 dans sa rédaction postérieure au 23 novembre 2020. Enfin, si ces mêmes dispositions prescrivent que les façades présentant l'aspect du colombage doivent comporter des pans de bois, elles n'interdisent pas de les peindre. Dans ces conditions, la requérante n'est pas fondée à soutenir que le permis de construire méconnaît les dispositions de l'article UA11.2 du règlement du plan local d'urbanisme intercommunal.

16. Il résulte de tout ce qui précède, et sans qu'il soit besoin d'examiner les fins de non-recevoir opposées en défense, que la requérante n'est pas fondée à demander l'annulation de l'arrêté du 28 mars 2022 par lequel le président de la communauté de communes du pays de Honfleur-Beuzeville a délivré à la SCCV Belle Rive un permis de construire trente logements collectifs et un commerce, valant permis de démolir, ensemble la décision implicite de rejet de son recours gracieux et l'arrêté du 21 juin 2023 accordant un permis de construire modificatif à la SCCV Belle Rive.

Sur les frais liés au litige :

17. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la communauté de communes du pays de Honfleur-Beuzeville qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme demandée par Mme C au titre des frais de l'instance. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de faire droit aux conclusions de la communauté de communes du pays de Honfleur-Beuzeville et de la SCCV Belle Rive présentées sur le même fondement.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme C est rejetée.

Article 2 : Les conclusions présentées par la communauté de communes du pays de Honfleur-Beuzeville sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Les conclusions présentées par la SCCV Belle Rive sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme A C, à la communauté de communes du pays de Honfleur-Beuzeville et à la SCCV Belle Rive.

Délibéré après l'audience du 30 avril 2024, à laquelle siégeaient :

- Mme Rouland-Boyer, présidente,

- Mme Sénécal, première conseillère,

- Mme Remigy, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 mai 2024.

La rapporteure,

Signé

I. SENECAL

La présidente,

Signé

H. ROULAND-BOYER La greffière,

Signé

E. BLOYET

La République mande et ordonne au préfet du Calvados et en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

E. BLOYET

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