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AccueilJurisprudence administrativeN° TA14-2202202

Tribunal Administratif de Caen — Décision N° TA14-2202202

mardi 13 décembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Caen
SectionTribunal Administratif de Caen
N° DossierTA14-2202202
TypeOrdonnance
RecoursExcès de pouvoir

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistré le 29 septembre 2022 et le 18 novembre 2022, Mme A D, représentée par Me Bernard, demande au tribunal :

1°) de lui accorder le bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 1er septembre 2022 par lequel le préfet de la Manche a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination de la mesure d'éloignement ;

3°) d'enjoindre au préfet de la Manche de lui délivrer, à titre principal, un titre de séjour avec la mention " vie privée et familiale " ou, subsidiairement, une autorisation provisoire de séjour avec autorisation de travail et de procéder au réexamen de sa situation, dans le délai d'un mois à compter du jugement à intervenir et sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros à verser à Me Bernard en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Mme D soutient que :

- sa requête est recevable ;

- l'arrêté préfectoral a été signée par une autorité incompétente ;

Sur la décision portant refus de séjour :

- l'avis du collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) en date du 14 juin 2022 est fondé sur des éléments qui ne lui ont pas été communiqués ; il n'est pas établi que le médecin rapporteur n'a pas participé à ce collège ; il n'est pas établi que les médecins de ce collège étaient compétents ;

- la décision attaquée est insuffisamment motivée en fait ;

- le préfet n'a pas procédé à un examen approfondi de sa situation personnelle ;

- il s'est cru en situation de compétence liée ;

- la décision de refus de séjour méconnaît les dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle porte atteinte à son droit à une vie privée et familiale garanti par les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;

Sur l'obligation de quitter le territoire français :

- elle est illégale à raison de l'illégalité du refus de séjour ;

- elle est entachée d'un défaut de motivation en fait qui révèle un défaut d'examen complet de sa situation ;

- l'obligation de quitter le territoire méconnaît les dispositions de l'article L. 611-3 (9°) du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle porte atteinte à son droit à une vie privée et familiale garanti par les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;

Sur la décision fixant le pays de destination :

- cette décision est entachée d'un défaut de motivation ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît également les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire enregistré le 22 novembre 2022, le préfet de la Manche informe le tribunal qu'il a procédé au retrait de l'arrêté contesté et lui demande de constater qu'il n'y a pas lieu de statuer sur la requête de Mme D.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes de l'article R. 222-1 du code de justice administrative : " () les présidents de formation de jugement des tribunaux () peuvent, par ordonnance : () 3°) Constater qu'il n'y a pas lieu de statuer sur une requête () 5°) Statuer sur les requêtes qui ne présentent plus à juger de questions autres que la condamnation prévue à l'article L. 761-1 ou la charge des dépens () ".

2. Ressortissante de la République Kirghize, Mme A D déclare être née le 26 juin 1949 et être entrée en France le 5 juin 2018 pour y demander l'asile. Elle a fait l'objet d'un arrêté du 1er septembre 2022 par lequel le préfet de la Manche a refusé son admission au séjour et lui a fait obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours, en fixant le pays de destination d'une reconduite d'office. Par la présente requête, Mme D demande au tribunal d'annuler cet arrêté.

Sur l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

3. En vertu du premier alinéa de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 : " Dans les cas d'urgence, () l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président. ". Eu égard à l'urgence qui s'attache à ce qu'il soit statué sur la requête de Mme D, il y a lieu de prononcer en application des dispositions précitées son admission au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

4. Par une décision du 22 novembre 2022, le préfet de la Manche a prononcé le retrait de son arrêté du 1er septembre 2022 en considération des pièces produites par Mme D dans le dossier contentieux. Dès lors, il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions en annulation formées par la requérante à l'encontre de cet arrêté.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

5. D'une part, il résulte de ce qui précède que doivent être rejetées les conclusions tendant à ce qu'il soit enjoint au préfet de la Manche de délivrer à Mme D un titre de séjour mention " vie privée et familiale ", dès lors que la décision de retrait en date du 22 novembre 2022 n'implique pas nécessairement la délivrance de ce titre de séjour.

6. D'autre part, si Mme D demande au tribunal, à titre subsidiaire, de lui délivrer un titre de séjour provisoire assorti d'une autorisation de travail, alors d'ailleurs qu'elle est née le 26 juin 1949 et souffre de plusieurs pathologies, ce qui rend peu sérieuse la demande d'autorisation de travail, ces conclusions en injonction doivent à l'évidence être rejetées.

Sur les frais du litige :

7. Aux termes de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens () ".

8. Eu égard à l'absence de tout rapport direct entre les conclusions en annulation dirigées par Mme D contre l'arrêté du 1er septembre 2022 et le motif du retrait de celui-ci par la décision du 22 novembre suivant, l'Etat ne peut, pour l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, être regardé comme la partie perdante du présent litige. Par suite, les conclusions présentées sur le fondement de ces dispositions par la requérante, qui d'ailleurs bénéficiera de l'aide juridictionnelle à titre provisoire, doivent être rejetées.

D É C I D E :

Article 1er : Mme D est admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions de Mme D tendant à l'annulation de l'arrêté du préfet de la Manche en date du 1er septembre 2022.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête de Mme D est rejeté.

Article 4 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme A D et au préfet de la Manche.

Copie pour information sera transmise au bureau d'aide juridictionnelle.

Fait à Caen, le 13 décembre 2022.

Le vice- président du tribunal,

signé

X. C

La République mande et ordonne au préfet de la Manche en ce qui le concerne, ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.

Pour expédition conforme,

la greffière,

A. Lapersonne

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