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AccueilJurisprudence administrativeN° TA14-2202235

Tribunal Administratif de Caen — Décision N° TA14-2202235

vendredi 12 mai 2023

JuridictionTribunal Administratif de Caen
SectionTribunal Administratif de Caen
N° DossierTA14-2202235
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère chambre
Avocat requérantCAVELIER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 5 octobre 2022 et 19 avril 2023, Mme A C D, représentée par Me Cavelier, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision implicite par laquelle le directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) a refusé de lui délivrer l'allocation de demandeur d'asile en tant que célibataire ;

2°) de condamner l'OFII à lui verser la somme correspondant à l'allocation de demandeur d'asile sur la période correspondant à sa demande d'asile ;

3°) de mettre à la charge de l'OFII une somme de 1 200 euros en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

Elle soutient que la décision est entachée d'erreur d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 10 février 2023, le directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens présentés par la requérante ne sont pas fondés.

Mme A C D a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par décision du 21 mars 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme B,

- et les conclusions de M. Bonneu, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A C D, ressortissante soudanaise née en 1996, est entrée en France, selon ses déclarations, le 20 septembre 2020. Elle a présenté une demande d'asile le 16 octobre 2020. Par une décision du 14 mars 2022, l'Office français de protection des réfugiés et apatrides a accordé le statut de réfugié à l'intéressée. Par un courrier du 28 avril 2022, elle a sollicité de l'OFII le versement de la différence entre l'allocation pour demandeur d'asile qu'elle a effectivement perçu et le montant de cette aide pour une personne célibataire. Par la présente requête, elle sollicite l'annulation de la décision implicite par laquelle le directeur de l'OFII a rejeté sa demande.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes de l'article L. 553-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Le demandeur d'asile qui a accepté les conditions matérielles d'accueil proposées en application de l'article L. 551-9 bénéficie d'une allocation pour demandeur d'asile s'il satisfait à des conditions d'âge et de ressources. Le versement de cette allocation est ordonné par l'Office français de l'immigration et de l'intégration ". Aux termes de l'article L. 553-2 du même code : " Un décret définit le barème de l'allocation pour demandeur d'asile, en prenant en compte les ressources de l'intéressé, son mode d'hébergement et, le cas échéant, les prestations offertes par son lieu d'hébergement. Ce barème prend en compte le nombre d'adultes et d'enfants composant la famille du demandeur d'asile et accompagnant celui-ci () ". Enfin, selon l'article D. 553-8 de ce code : " L'allocation pour demandeur d'asile est composée d'un montant forfaitaire, dont le niveau varie en fonction du nombre de personnes composant le foyer, et, le cas échéant, d'un montant additionnel destiné à couvrir les frais d'hébergement ou de logement du demandeur ".

3. Il ressort des pièces du dossier, et il n'est pas contesté, que Mme C D a perçu durant la période d'instruction de sa demande d'asile, du 16 octobre 2020 au 30 avril 2022, l'allocation pour demandeur d'asile pour un montant mensuel allant de 142,80 euros à 750 euros. L'OFII fait valoir que l'allocation pour demandeur d'asile " en tant que demandeur d'asile célibataire " correspond à 14,20 euros par jour pour un demandeur d'asile non hébergé, et de 6,80 euros par jour pour un demandeur d'asile hébergé et que le montant de l'aide perçue a évolué en fonction de sa situation d'hébergement. Toutefois, il ressort des copies écran du dossier de la requérante fournies par l'OFII que la composition familiale était différente entre octobre 2020, deux majeurs étant mentionnés, et février 2022 où seulement un majeur est mentionné, et que la composition du foyer a une influence sur le montant de la somme versée. Il ressort des pièces du dossier et il n'est pas contesté que la requérante était célibataire. Par suite, l'OFII a commis une erreur d'appréciation en calculant le montant de l'ADA auquel avait droit la requérante en estimant qu'elle était en couple. Par suite, la décision attaquée doit être annulée.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

4. Aux termes de l'article L. 911-1 du code de justice administrative : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne une mesure d'exécution dans un sens déterminé, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision, cette mesure assortie, le cas échéant, d'un délai d'exécution. La juridiction peut également prescrire d'office cette mesure ".

5. L'exécution du présent jugement implique nécessairement que l'OFII procède au calcul de l'allocation pour demandeur d'asile due du 16 octobre 2020 au 30 avril 2022, période d'instruction de la demande d'asile de l'intéressée, pour un montant correspondant à un foyer composé d'une seule personne, et verse l'arriéré d'allocation dû à Mme C D. Il y a lieu d'enjoindre à l'OFII d'y procéder dans le délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Sur les frais liés au litige :

6. Mme C D a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale. Par suite, son avocat peut se prévaloir des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Office français de l'immigration et de l'intégration la somme de 1 000 euros au profit de Me Cavelier sous réserve qu'il renonce à percevoir la part contributive de l'Etat à l'aide juridictionnelle.

D E C I D E :

Article 1er : La décision implicite par laquelle le directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration a refusé d'accorder l'allocation de demandeur d'asile en tant que célibataire est annulée.

Article 2 : Il est enjoint à l'Office français de l'immigration et de l'intégration de procéder au calcul de l'allocation pour demandeur d'asile due au titre de la période durant laquelle l'intéressée était demandeur d'asile, pour un montant correspondant à un foyer composé d'une seule personne, et de verser l'arriéré d'allocation dû, dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : L'Office français de l'immigration et de l'intégration versera à Me Cavelier une somme de 1 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve qu'il renonce à la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme A C D, à Me Cavelier et à l'Office français de l'immigration et de l'intégration.

Délibéré après l'audience du 27 avril 2023, à laquelle siégeaient :

M. Cheylan, président,

M. Martinez, premier conseiller,

Mme Arniaud, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 mai 2023.

La rapporteure,

Signé

C. B

Le président,

Signé

F. CHEYLAN

La greffière,

Signé

C. BÉNIS

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des Outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

la greffière,

C. Bénis

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