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AccueilJurisprudence administrativeN° TA14-2202244

Tribunal Administratif de Caen — Décision N° TA14-2202244

vendredi 12 avril 2024

JuridictionTribunal Administratif de Caen
SectionTribunal Administratif de Caen
N° DossierTA14-2202244
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation2ème chambre
Avocat requérantBERNARD

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 5 octobre 2022 et 5 janvier 2024, M. B A, représenté par Me Bernard, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 3 août 2022 par laquelle le préfet de la Manche a refusé de lui délivrer un titre de séjour ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Manche de lui délivrer un titre de séjour pluriannuel portant la mention " bénéficiaire de la protection subsidiaire " dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 50 euros par jour de retard, ou à défaut, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour avec autorisation de travail et de procéder au réexamen de sa situation dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous les mêmes conditions d'astreinte ;

3°) de mettre à la charge de l'État en faveur de son avocate, Me Bernard, une somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que Me Bernard renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État au titre de l'aide juridictionnelle.

Il soutient que la décision attaquée :

- est entachée d'incompétence ;

- est entachée d'erreurs de fait dès lorsqu'elle est fondée, d'une part, sur le retrait de sa protection subsidiaire, alors que ce retrait ne le nomme pas et ne lui a pas été notifié, et, d'autre part, sur la commission d'infractions pénales ;

- est entachée d'une erreur d'appréciation de l'existence d'une menace pour l'ordre public ;

- est entachée d'un vice de procédure, dès lors qu'il n'a pas pu au préalable faire valoir ses observations auprès du préfet, en contradiction avec son droit garanti par l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne.

Par un mémoire en défense enregistré le 18 décembre 2023, le préfet de la Manche conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens exposés dans la requête ne sont pas fondés.

M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 26 avril 2023.

Par une ordonnance du 28 novembre 2023, la clôture de l'instruction a été fixée au 5 janvier 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne,

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991,

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Pillais a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant libyen, a demandé la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 424-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 3 août 2022, le préfet de la Manche a rejeté sa demande. M. A demande l'annulation de cet arrêté.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, par un arrêté du 22 novembre 2021, régulièrement publié le 24 novembre 2021 au recueil des actes administratifs de la préfecture de la Manche, le préfet de la Manche a nominativement donné délégation au secrétaire général de la préfecture de la Manche à l'effet de signer tous actes, arrêtés et décisions relevant des attributions de l'État dans le département, à l'exception de certains actes dont ne font pas partie les décisions relatives au séjour des étrangers en France et à leur éloignement. Le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté attaqué doit, par suite, être écarté.

3. En deuxième lieu, d'une part aux termes de l'article L. 424-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui a obtenu le bénéfice de la protection subsidiaire se voit délivrer une carte de séjour pluriannuelle portant la mention " bénéficiaire de la protection subsidiaire " d'une durée maximale de quatre ans. / Cette carte est délivrée dès la première admission au séjour de l'étranger ". D'autre part, aux termes de l'article L. 412-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La circonstance que la présence d'un étranger en France constitue une menace pour l'ordre public fait obstacle à la délivrance et au renouvellement de la carte de séjour temporaire, de la carte de séjour pluriannuelle et de l'autorisation provisoire de séjour prévue aux articles L. 425-4 ou L. 425-10 ainsi qu'à la délivrance de la carte de résident et de la carte de résident portant la mention "résident de longue durée - UE". " Aux termes de l'article L. 431-1 du même code : " La délivrance d'une carte de séjour temporaire ou pluriannuelle ou d'une carte de résident peut, par une décision motivée, être refusée à tout étranger dont la présence en France constitue une menace pour l'ordre public ".

4. Il ressort des pièces du dossier, et notamment du bulletin n° 2 de l'extrait de casier judiciaire de M. A que, antérieurement à la décision contestée, ce dernier a été pénalement condamné à six reprises entre 2014 et 2021 pour, notamment, des faits de vol avec violence, vol par effraction, exhibition sexuelle et agression sexuelle sur mineur. Dès lors, en relevant que les condamnations prononcées à l'encontre de M. A étaient de nature à faire regarder sa présence sur le territoire comme constitutive d'une menace pour l'ordre public, le préfet n'a pas entaché sa décision d'inexactitude matérielle ni, eu égard à la gravité des faits commis par M. A et à leur répétition, d'une erreur d'appréciation.

5. En troisième lieu, il ne ressort pas des termes de la décision attaquée que celle-ci aurait été prise au motif que la protection subsidiaire accordée à M. A a été retirée. Il s'ensuit que le requérant ne peut pas utilement se prévaloir de l'inexistence, de l'inopposabilité ou de l'absence de caractère exécutoire de ce retrait.

6. En quatrième lieu, aux termes du 1. de l'article 51 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne : " Les dispositions de la présente Charte s'adressent aux institutions, organes et organismes de l'Union dans le respect du principe de subsidiarité, ainsi qu'aux États membres uniquement lorsqu'ils mettent en œuvre le droit de l'Union. () ". La décision attaquée n'ayant pas été prise dans le cadre de la mise en œuvre du droit de l'Union européenne, M. A ne peut utilement se prévaloir d'une méconnaissance de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne.

7. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. A doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte et celles tendant à l'application de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, à Me Bernard et au préfet de la Manche.

Délibéré après l'audience du 28 mars 2024, à laquelle siégeaient :

M. Marchand, président,

Mme Pillais, première conseillère,

Mme Silvani, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 avril 2024.

La rapporteure,

Signé

M. PILLAIS

Le président,

Signé

A. MARCHANDLe greffier,

Signé

J. LOUNIS

La République mande et ordonne au préfet de la Manche en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

J. Lounis

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