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AccueilJurisprudence administrativeN° TA14-2202356

Tribunal Administratif de Caen — Décision N° TA14-2202356

mercredi 13 novembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Caen
SectionTribunal Administratif de Caen
N° DossierTA14-2202356
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation2ème chambre

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 18 octobre 2022 et le 29 janvier 2024, Mme A C, représentée par la SELARL Juriadis, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 12 juillet 2022 par lequel la maire de la commune de Gatteville-le-Phare a refusé de lui délivrer un permis de construire une maison d'habitation et la décision explicite de rejet de son recours gracieux du 23 août 2022 ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Manche de rendre un avis favorable à la délivrance du permis de construire ou, à défaut, de réexaminer la demande de permis de construire, et d'enjoindre à la commune de Gatteville-le-Phare de lui délivrer le permis de construire sollicité ou, à défaut, de réexaminer la demande de permis de construire, dans un délai de quinze jours à compter de la date à laquelle le jugement à intervenir sera devenu définitif ;

3°) de mettre à la charge solidaire de l'Etat et de la commune de Gatteville-le-Phare la somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Mme C soutient que l'arrêté du 12 juillet 2022 et l'avis du préfet de la Manche sur lequel il se fonde :

- font une inexacte application de l'article L. 111-3 du code de l'urbanisme ;

- font une inexacte application de l'article L. 121-8 du code de l'urbanisme.

Par un mémoire en défense, enregistré le 21 décembre 2023, le préfet de la Manche conclut au rejet de la requête. Il fait valoir qu'aucun des moyens ne sont fondés.

Une mise en demeure de produire une défense a été adressée à la commune de Gatteville-le-Phare le 21 juin 2023.

Par ordonnance du 14 août 2024, la clôture d'instruction a été fixée au 6 septembre 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Absolon, première conseillère,

- les conclusions de M. Blondel, rapporteur public,

- et les observations de Me Gutton, substituant la SELARL Juriadis, avocat de Mme C.

Considérant ce qui suit :

1. Le 14 juin 2022, Mme A C et M. B ont déposé une demande de permis de construire portant sur la réalisation d'une maison d'habitation sur le territoire de la commune de Gatteville-le-Phare. Par un arrêté du 12 juillet 2022, la maire de la commune a, au vu de l'avis défavorable du préfet de la Manche, refusé de leur délivrer le permis de construire sollicité. Par la présente requête, la requérante demande l'annulation de cet arrêté et de la décision de rejet de leur recours gracieux.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes de l'article L. 422-5 du code de l'urbanisme : " Lorsque le maire ou le président de l'établissement public de coopération intercommunale est compétent, il recueille l'avis conforme du préfet si le projet est situé : / a) Sur une partie du territoire communal non couverte par une carte communale, un plan local d'urbanisme ou un document d'urbanisme en tenant lieu ; () ".

3. Si, lorsque la délivrance d'une autorisation administrative est subordonnée à l'accord préalable d'une autre autorité, le refus d'un tel accord, qui s'impose à l'autorité compétente pour statuer sur la demande d'autorisation, ne constitue pas une décision susceptible de recours, des moyens tirés de sa régularité et de son bien-fondé peuvent, quel que soit le sens de la décision prise par l'autorité compétente pour statuer sur la demande d'autorisation, être invoqués devant le juge saisi de cette décision.

4. Il est constant qu'à la date de l'arrêté attaqué, le territoire de la commune de Gatteville-le-Phare n'était pas couvert par un plan local d'urbanisme. Il s'ensuit que l'avis défavorable du préfet du 30 juin 2022 s'imposait à la maire de la commune de Gatteville-le-Phare.

En ce qui concerne l'avis du préfet de la Manche :

5. En premier lieu, aux termes de l'article L. 111-3 du code de l'urbanisme : " En l'absence de plan local d'urbanisme, de tout document d'urbanisme en tenant lieu ou de carte communale, les constructions ne peuvent être autorisées que dans les parties urbanisées de la commune ". Aux termes de l'article L. 111-4 du même code : " Peuvent toutefois être autorisés en dehors des parties urbanisées de la commune : / 1° L'adaptation, le changement de destination, la réfection, l'extension des constructions existantes ou la construction de bâtiments nouveaux à usage d'habitation à l'intérieur du périmètre regroupant les bâtiments d'une ancienne exploitation agricole, dans le respect des traditions architecturales locales ; / 2° Les constructions et installations nécessaires à l'exploitation agricole, à des équipements collectifs dès lors qu'elles ne sont pas incompatibles avec l'exercice d'une activité agricole, pastorale ou forestière sur le terrain sur lequel elles sont implantées, à la réalisation d'aires d'accueil ou de terrains de passage des gens du voyage, à la mise en valeur des ressources naturelles et à la réalisation d'opérations d'intérêt national ; / 2° bis Les constructions et installations nécessaires à la transformation, au conditionnement et à la commercialisation des produits agricoles, lorsque ces activités constituent le prolongement de l'acte de production et dès lors qu'elles ne sont pas incompatibles avec l'exercice d'une activité agricole, pastorale ou forestière sur le terrain sur lequel elles sont implantées. Ces constructions et installations ne peuvent pas être autorisées dans les zones naturelles, ni porter atteinte à la sauvegarde des espaces naturels et des paysages. L'autorisation d'urbanisme est soumise pour avis à la commission départementale de la préservation des espaces naturels, agricoles et forestiers ; / 3° Les constructions et installations incompatibles avec le voisinage des zones habitées et l'extension mesurée des constructions et installations existantes ; / 4° Les constructions ou installations, sur délibération motivée du conseil municipal, si celui-ci considère que l'intérêt de la commune, en particulier pour éviter une diminution de la population communale, le justifie, dès lors qu'elles ne portent pas atteinte à la sauvegarde des espaces naturels et des paysages, à la salubrité et à la sécurité publiques, qu'elles n'entraînent pas un surcroît important de dépenses publiques et que le projet n'est pas contraire aux objectifs visés à l'article L. 101-2 et aux dispositions des chapitres I et II du titre II du livre Ier ou aux directives territoriales d'aménagement précisant leurs modalités d'application ".

6. Ces dispositions interdisent en principe, en l'absence de plan local d'urbanisme, de tout document d'urbanisme en tenant lieu ou de carte communale, les constructions implantées en dehors des " parties urbanisées de la commune ", c'est-à-dire des parties du territoire communal qui comportent déjà un nombre et une densité significatifs de constructions. Par conséquent, en dehors des cas où elles relèvent des exceptions expressément et limitativement prévues à l'article L. 111-4 du même code, les constructions ne peuvent être autorisées dès lors que leur réalisation a pour effet d'étendre une partie urbanisée de la commune. Pour apprécier si un projet a pour effet d'étendre la partie urbanisée de la commune, il est notamment tenu compte de la géographie des lieux, de la desserte par des voies d'accès, du sens du développement de l'urbanisation, ainsi que de l'existence de coupures d'urbanisation, qu'elles soient naturelles ou artificielles.

7. Il ressort des pièces du dossier que le terrain d'assiette du projet se situe à environ 300 mètres du centre du village, le long de la rue de la Houguette, laquelle se caractérise par une urbanisation linéaire avec des bâtis éparpillés. Si la requérante soutient que la parcelle assiette de son projet est jouxtée à l'est et à l'ouest par plusieurs parcelles comportant des constructions s'enchainant sans interruption et qu'elle est desservie par l'ensemble des réseaux publics dans une rue étroite, elle est cependant directement bordée au nord, à l'ouest et au sud par des parcelles non construites, naturelles et agricoles. En outre, il ressort du plan cadastral que cette parcelle fait partie d'un compartiment de grande superficie délimité par la rue de la Hougue à l'ouest, par la rue de la Houguette au nord, par la rue du Cache Frigout à l'est et par la rue du Vieux Clocher au sud, où il n'existe qu'une urbanisation diffuse qui ne peut être regardée comme comportant un nombre et une densité significatifs de constructions, et qui constitue une vaste zone agricole et naturelle. Dans ces conditions, le préfet de la Manche a pu, sans commettre d'erreur d'appréciation, estimer que la réalisation du projet de Mme C était située en dehors des parties urbanisées de la commune. Par suite, les moyens tirés de ce que le préfet aurait fait une inexacte application des articles L. 111-3 et L. 111-14 du code de l'urbanisme doivent être écartés.

8. En second lieu, le motif tiré de ce que les dispositions des articles L. 111-3 et L. 111-14 du code de l'urbanisme font obstacle à ce que le projet de la requérante soit autorisé suffit à justifier légalement l'avis du préfet. Par suite, le moyen tiré de ce que ce dernier aurait fait une inexacte application de l'article L. 121-8 du code de l'urbanisme ne peut, en tout état de cause, qu'être écarté.

En ce qui concerne l'arrêté du 12 juillet 2022 :

9. Il résulte des dispositions citées au point 2 que la maire a compétence liée pour refuser de délivrer une autorisation d'urbanisme en cas d'avis défavorable du préfet. Par suite, les moyens tirés de ce que l'arrêté du 12 juillet 2022 aurait fait une inexacte application des articles L. 111-3, L. 111-14 et L. 121-8 du code de l'urbanisme ne peuvent qu'être écartés.

10. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la requête doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, les conclusions à fin d'injonction et celles présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A C, à la commune de Gatteville-le-Phare et à la ministre de la transition écologique, de l'énergie, du climat et de la prévention des risques.

Copie en sera transmise au préfet de la Manche.

Délibéré après l'audience du 22 octobre 2024 à laquelle siégeaient :

- M. Marchand, président,

- Mme Pillais, première conseillère,

- Mme Absolon, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 novembre 2024.

La rapporteure,

Signé

C. ABSOLON

Le président,

Signé

A. MARCHANDLe greffier,

Signé

J. LOUNIS

La République mande et ordonne à la ministre de la transition écologique, de l'énergie, du climat et de la prévention des risques en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

C. Bénis

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