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AccueilJurisprudence administrativeN° TA14-2202361

Tribunal Administratif de Caen — Décision N° TA14-2202361

lundi 18 septembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Caen
SectionTribunal Administratif de Caen
N° DossierTA14-2202361
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation2ème chambre
Avocat requérantHOURMANT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 19 octobre 2022, M. A B, représenté par Me Hourmant, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 14 mars 2022 par lequel le préfet du Calvados a rejeté sa demande de titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;

2°) d'enjoindre au préfet du Calvados de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " ou " salarié " sur le fondement de l'article L. 435-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ou de procéder au réexamen de sa situation dans le délai d'un mois ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

Il soutient que :

La décision de refus de titre de séjour :

- a été prise par une autorité incompétente ;

- est insuffisamment motivée ;

- n'a pas procédé à l'examen complet de sa demande, en particulier en ne statuant pas sur sa demande de renouvellement de titre de séjour étranger malade demeurée sans réponse ;

- est entachée d'une erreur de droit pour avoir procédé à l'examen d'une demande exceptionnelle au séjour par la délivrance d'un titre de séjour " salarié " sans avoir examiné les motifs justifiant l'admission au séjour " vie privée et familiale " ;

- est entachée d'une erreur de droit pour avoir été instruite dans les règles relatives à la délivrance de l'autorisation de travail ;

- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation des motifs exceptionnels ou des considérations humanitaires justifiant sa régularisation.

La décision portant obligation de quitter le territoire :

- méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

La décision fixant le pays de destination :

- est illégale par voie de conséquence de l'illégalité de la décision de refus de titre de séjour et de l'obligation de quitter le territoire français.

Par un mémoire en défense, enregistré le 14 novembre 2022, le préfet du Calvados conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens présentés par le requérant ne sont pas fondés.

Par ordonnance du 30 juin 2023, la clôture d'instruction a été fixée au 21 juillet 2023.

M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 21 septembre 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Pillais a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant nigérian, né le 5 avril 1982, est entré en France en octobre 2014 muni d'un visa touristique valable 30 jours. Débouté du droit d'asile, il a obtenu le 1er juillet 2016 un titre de séjour pour raisons de santé renouvelé une fois en 2017, dont il a, en vain, demandé le renouvellement le 22 février 2018. Il s'est maintenu sur le territoire et a sollicité son admission exceptionnelle au séjour le 15 février 2019. Par un arrêté du 14 mars 2022, dont le requérant demande l'annulation, le préfet de la Manche a refusé de lui délivrer le titre de séjour sollicité, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination.

Sur le refus de titre de séjour :

2. En premier lieu, la décision attaquée a été signée par le chef du service de l'immigration de la préfecture du Calvados, qui disposait pour ce faire d'une délégation de signature consentie par un arrêté du préfet du Calvados en date du 3 mars 2022, publié au recueil des actes administratifs de la préfecture du même jour. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de la décision attaquée manque en fait et doit être écarté.

3. En deuxième lieu, la décision attaquée mentionne les considérations de fait et de droit qui la fondent. Si le requérant soutient que celle-ci ne fait mention d'aucun élément relatif à sa demande de renouvellement de titre de séjour pour raisons de santé, la décision en cause constitue, non pas la réponse à cette demande présentée le 22 février 2018, qui a été implicitement rejetée, mais une réponse à la demande de titre de séjour présentée le 15 février 2019 sur le fondement de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. La décision attaquée est, dès lors, suffisamment motivée et n'est entachée d'aucun examen incomplet de la demande de M. B.

4. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1 () ". En présence d'une demande de régularisation déposée sur le fondement de ces dispositions par un étranger, il appartient à l'autorité administrative de vérifier, dans un premier temps, si l'admission exceptionnelle au séjour par la délivrance d'une carte portant la mention " vie privée et familiale " répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard de motifs exceptionnels, et à défaut, dans un second temps, s'il est fait état de motifs exceptionnels de nature à permettre la délivrance, dans ce cadre, d'une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié " ou " travailleur temporaire ". Dans cette dernière hypothèse, un demandeur qui justifierait d'une promesse d'embauche ou d'un contrat de travail ne saurait être regardé, par principe, comme attestant, par là même, des " motifs exceptionnels " exigés par la loi. Il appartient, en effet, à l'autorité administrative, sous le contrôle du juge, d'examiner, notamment, si la qualification, l'expérience et les diplômes de l'étranger ainsi que les caractéristiques de l'emploi auquel il postule, de même que tout élément de sa situation personnelle dont l'étranger ferait état à l'appui de sa demande, tel que par exemple, l'ancienneté de son séjour en France, peuvent constituer, en l'espèce, des motifs exceptionnels d'admission au séjour. Le dispositif de régularisation institué à l'article L. 435-1 ne peut être regardé comme dispensant d'obtenir l'autorisation de travail, exigée par le 2° de l'article L. 5221-2 du code du travail, avant que ne soit exercée une activité professionnelle. Cependant, la procédure permettant d'obtenir une carte de séjour pour motif exceptionnel est distincte de celle de l'article L. 5221-2 de sorte qu'il n'est pas nécessaire que l'autorisation de travail soit délivrée préalablement à ce qu'il soit statué sur la délivrance de la carte de séjour temporaire.

5. La décision contestée relève que les éléments que l'intéressé fait valoir à l'appui de sa demande, appréciés notamment au regard de la durée de sa résidence habituelle sur le territoire français, ne peuvent être regardés comme des considérations humanitaires ou des motifs exceptionnels de nature à justifier son admission exceptionnelle au séjour. Le préfet a examiné ensuite si M. B justifie de motifs exceptionnels de nature à permettre la délivrance d'un titre de séjour portant la mention " salarié " ou " travailleur temporaire ". Pour refuser la délivrance de ce titre, le préfet a estimé que le contrat de travail produit par M. B ne saurait constituer à lui seul un motif exceptionnel au sens de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Si la décision attaquée relève, en outre, que la demande de l'employeur en vue de l'obtention de l'autorisation de travail n'a pas abouti, faute pour la direction régionale de l'économie, de l'emploi, du travail et des solidarités de Normandie d'avoir obtenu de cet employeur des éléments permettant de valider cette demande, elle n'en fait cependant pas l'unique motif du refus opposé à M. B, mais s'appuie également sur la circonstance que M. B ne justifie pas d'une ancienneté significative dans l'exercice d'une activité professionnelle en France. La décision attaquée n'est, dès lors, entachée d'aucune erreur de droit.

6. En quatrième lieu, si M. B soutient qu'il réside en France depuis 2014, que son épouse, en situation irrégulière et de même nationalité que lui, et ses deux fils résident également sur le territoire et qu'il justifie d'une activité salariée en qualité d'agent de service au sein de la même entreprise depuis 2016, ces éléments ne suffisent pas à faire regarder le préfet du Calvados comme ayant entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation de l'existence de considérations humanitaires ou de motifs exceptionnels justifiant son admission au séjour au titre de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

7. En cinquième lieu, le requérant ne saurait utilement se prévaloir de la circulaire du 28 novembre 2012 du ministre de l'intérieur relative aux conditions d'examen des demandes d'admission au séjour déposées par des ressortissants étrangers en situation irrégulière, qui contient des orientations générales destinées à éclairer les préfets dans l'exercice de leur pouvoir de prendre des mesures de régularisation des étrangers en situation irrégulière, dès lors qu'un ressortissant étranger ne détient aucun droit à l'exercice par le préfet de ce pouvoir de régularisation.

Sur l'obligation de quitter le territoire français :

8. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale (). / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

9. M. B n'apporte aucun élément de nature à établir qu'il ne pourrait pas poursuivre sa vie avec sa femme et ses enfants dans son pays d'origine où réside déjà sa première fille. Compte tenu ce qui précède, M. B n'est pas fondé à soutenir que la décision attaquée a porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elle a été prise. Dès lors, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

Sur la décision fixant le pays de renvoi :

10. Eu égard à ce qui a été dit précédemment, M. B n'est pas fondé soutenir que la décision attaquée reposerait sur des décisions illégales de refus de séjour et lui faisant obligation de quitter le territoire français.

11. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par le requérant doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, celles à fin d'injonction et celles présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, à Me Hourmant et au préfet du Calvados.

Délibéré après l'audience du 1er septembre 2023, à laquelle siégeaient :

M. Marchand, président,

Mme Pillais, première conseillère,

Mme Silvani, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 18 septembre 2023.

La rapporteure,

Signé

M. PILLAIS

Le président,

Signé

A. MARCHAND

La greffière,

Signé

A. D'OLIF

La République mande et ordonne au préfet du Calvados en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

J. Lounis

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