mercredi 16 novembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Caen |
| Section | Tribunal Administratif de Caen |
| N° Dossier | TA14-2202367 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Avocat requérant | CAVELIER |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 20 octobre et 14 novembre 2022,
M. B A, représenté par Me Cavelier, demande au juge des référés :
1°) de lui accorder le bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) de suspendre l'exécution de l'arrêté du 23 septembre 2022 par lequel le préfet du Calvados a rejeté sa demande d'admission au séjour, l'a obligé à quitter le territoire dans un délai de 30 jours et a fixé son pays de destination ;
3°) d'enjoindre au préfet du Calvados de réexaminer sa situation dans un délai d'un mois à compter du jugement à intervenir et sous astreinte de 100 euros par jour de retard ; de lui délivrer sans délai une autorisation provisoire de séjour avec autorisation de travailler ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros à verser à son conseil en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
Sur l'urgence :
- la mesure d'éloignement l'empêche de poursuivre sa formation professionnelle ;
- il ne peut plus travailler en apprentissage dans le restaurant où il était embauché.
Sur le doute sérieux quant à la légalité de l'arrêté attaqué :
- le signataire de l'arrêté devra justifier d'une délégation de signature régulièrement publiée ;
- il incombe à l'administration de renverser la présomption d'authenticité des actes d'état civil établis par une autorité étrangère ;
- l'analyse documentaire n'a concerné que le certificat de nationalité ; il n'est pas précisé sur quels textes l'administration se fonde pour imposer un type d'impression des documents d'état civil au Bangladesh ; son acte de naissance, qui a été considéré comme authentique, comporte les 17 numéros d'enregistrement conformément à la réglementation en vigueur ;
- il a obtenu un passeport délivré par les autorités consulaires de son pays ;
- dès lors, l'arrêté attaqué est entaché d'une erreur de fait ;
- il a quitté le Bangladesh afin de se protéger de son oncle qui l'avait menacé de mort ;
- il a obtenu son diplôme de CAP en juin 2022 avec une moyenne de 13,7 sur 20 ; il a signé un contrat d'apprentissage et travaille dans un restaurant ; il suit en outre une formation en CAP cuisine ; il a signé un nouveau contrat jeune majeur ;
- le vol commis le 27 décembre 2021 n'a donné lieu à aucune poursuite judiciaire ;
- dès lors, le préfet a commis une erreur de droit et une erreur d'appréciation au regard de l'article L. 423-22 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- l'arrêté attaqué porte une atteinte disproportionnée à sa vie privée et familiale ;
- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation.
Par un mémoire en défense, enregistré le 3 novembre 2022, le préfet du Calvados conclut au rejet de la requête.
Il soutient que :
- la présomption d'urgence n'est opposable qu'en cas de demande de renouvellement de titre de séjour ;
- le requérant a fait l'objet d'un placement en garde à vue pour des faits de vol en réunion le 28 décembre 2021 ;
- dès lors, la condition d'urgence n'est pas remplie ;
- le signataire de l'arrêté bénéficie d'une délégation de signature régulièrement publiée ;
- le document d'état civil présenté a un caractère frauduleux ; la production d'un passeport n'a aucune force probante quant au caractère authentique des documents sur la base desquels il a été établi ;
- compte tenu des appréciations scolaires mentionnées sur ses bulletins de notes et des nombreuses absences et retards, le caractère réel et sérieux du suivi de la formation n'est pas démontré ;
- son départ a été organisé par sa famille ; son passeport mentionne le numéro de téléphone de son père ;
- son insertion dans la société française n'est pas démontrée ;
- il n'a pas sollicité l'asile et n'apporte aucun élément à l'appui de ses allégations concernant le comportement de son oncle.
Vu :
- les autres pièces du dossier ;
- la requête enregistrée le 19 octobre 2022 sous le n° 2202349 par laquelle M. A demande l'annulation de l'arrêté du 23 septembre 2022 du préfet du Calvados.
Le président du tribunal a désigné M. C pour statuer sur les demandes de référé.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Au cours de l'audience publique tenue en présence de Mme D'Olif, greffière d'audience, M. C a lu son rapport et entendu les observations :
- de Me Cavelier, représentant M. A, qui conclut aux mêmes fins que la requête, par les mêmes moyens. Il précise que, compte tenu de son âge lors de sa prise en charge, M. A peut prétendre à la délivrance d'un titre de séjour de plein droit ; il a commencé son contrat d'apprentissage ; il doit faire face à ses charges ; ses retards sont liés à des emplois du temps non compatibles avec les cours de français ;
- les observations de M. A.
Le préfet du Calvados n'était ni présent, ni représenté.
La clôture de l'instruction est intervenue à l'issue de l'audience en application du premier alinéa de l'article R. 522-8 du code de justice administrative.
Une note en délibéré, enregistrée le 14 novembre 2022, a été présentée par M. A.
Considérant ce qui suit :
1. M. B A, ressortissant du Bangladesh né le 20 novembre 2003 selon les documents d'état civil présentés, est entré irrégulièrement en France le 26 août 2019. Il a été confié le 19 septembre 2019 au service de l'aide sociale à l'enfance du département du Calvados. M. A a déposé une demande de titre de séjour sur le fondement de l'article L. 423-22 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 23 septembre 2022, le préfet du Calvados a rejeté sa demande de titre de séjour et l'a obligé à quitter le territoire dans un délai de 30 jours en fixant son pays de destination. Le requérant demande la suspension de l'exécution de cet arrêté.
Sur l'aide juridictionnelle provisoire :
2. Aux termes de l'article 20 de la loi ci-dessus mentionnée du 10 juillet 1991 : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président. () ". Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'accorder à M. A le bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.
Sur les conclusions à fin de suspension :
3. Aux termes du premier alinéa de l'article L. 614-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français peut, dans les conditions et délais prévus au présent chapitre, demander au tribunal administratif l'annulation de cette décision, ainsi que l'annulation de la décision relative au séjour, de la décision relative au délai de départ volontaire et de la décision d'interdiction de retour sur le territoire français qui l'accompagnent le cas échéant. / Les dispositions du présent chapitre sont applicables au jugement de la décision fixant le pays de renvoi contestée en application de l'article L. 721-5 et de la décision d'assignation à résidence contestée en application de l'article L. 732-8. ". Le premier alinéa de l'article L. 722-7 du même code dispose : " L'éloignement effectif de l'étranger faisant l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français ne peut intervenir avant l'expiration du délai ouvert pour contester, devant le tribunal administratif, cette décision et la décision fixant le pays de renvoi qui l'accompagne, ni avant que ce même tribunal n'ait statué sur ces décisions s'il a été saisi. ".
4. Il résulte de ces dispositions que le dépôt, dans le délai de recours, d'une requête en annulation contre l'arrêté refusant la délivrance d'un titre de séjour assorti d'une obligation de quitter le territoire français suspend l'exécution de cette obligation ainsi que, par voie de conséquence, celle de la décision fixant le pays de destination. En revanche, ces dispositions, qui prévoient que le recours devant le juge administratif a un effet suspensif sur la seule obligation de quitter le territoire français, n'ont ni pour objet ni pour effet de priver le requérant de la possibilité de présenter une demande de suspension à l'encontre de la décision de refus de séjour, de refus de délivrance ou de renouvellement d'un titre de séjour dans les conditions énoncées aux articles L. 521-1 et L. 521-2 du code de justice administrative.
5. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ".
6. L'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés d'apprécier concrètement, compte tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de l'acte litigieux sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue. Il lui appartient également, l'urgence s'appréciant objectivement et compte tenu de l'ensemble des circonstances de chaque espèce, de faire apparaître dans sa décision tous les éléments qui, eu égard notamment à l'argumentation des parties, l'ont conduit à considérer que la suspension demandée revêtait un caractère d'urgence.
7. La mesure d'éloignement du 23 septembre 2022 notifiée au requérant a fait l'objet d'un recours suspensif enregistré au greffe du tribunal. Le recours prévu par les dispositions précitées de l'article L. 614-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile aura nécessairement pour effet de faire obstacle à l'exécution de l'arrêté du 23 septembre 2022, en particulier à la décision refusant un titre de séjour à M. A. Le requérant expose, pour justifier de l'urgence de la situation, qu'il doit faire face à ses charges et que la mesure d'éloignement dont il fait l'objet l'empêche de poursuivre sa formation professionnelle. Toutefois, M. A, qui bénéficie d'un contrat d'accueil social jeune majeur et a obtenu un certificat d'aptitude professionnelle, ne justifie pas que l'arrêté en litige ferait obstacle à ce qu'il poursuive sa formation professionnelle ou son apprentissage en attendant le jugement au fond sur le recours suspensif mentionné ci-dessus. En outre, l'appréciation globale figurant sur son bulletin de notes du second semestre de l'année 2021-2022 relève que M. A doit " rester focus sur le travail sans se laisser distraire et dans le respect strict des consignes qui lui sont données " et qu'un " effort plus constant aurait été toutefois apprécié ". Par ailleurs, il ressort des pièces du dossier que le requérant a été interpellé le 27 décembre 2021 et placé en garde à vue pour des faits de vol en réunion. Dans ces conditions, l'atteinte invoquée par M. A à ses intérêts ne peut pas être regardée comme présentant, en l'état de l'instruction, un caractère immédiat susceptible de caractériser une situation d'urgence au sens de l'article L. 521-1 du code de justice administrative.
8. Il résulte de ce qui précède, et sans qu'il soit besoin d'examiner la condition tenant à l'existence d'un doute sérieux quant à la légalité des décisions attaquées, que les conclusions de M. A tendant à la suspension de l'exécution de l'arrêté du préfet du Calvados du
23 septembre 2022 doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, les conclusions aux fins d'injonction sous astreinte et celles relatives aux frais liés à l'instance.
O R D O N N E :
Article 1er : M. A est admis, à titre provisoire, à l'aide juridictionnelle.
Article 2 : La requête de M. A est rejetée.
Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B A, à Me Cavelier et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Copie en sera transmise, pour information, au préfet du Calvados et au bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Caen.
Fait à Caen, le 16 novembre 2022.
Le juge des référés,
Signé
F. C
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.
Pour expédition conforme,
la greffière,
A. Godey
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026