vendredi 15 mars 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Caen |
| Section | Tribunal Administratif de Caen |
| N° Dossier | TA14-2202374 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 2ème chambre |
| Avocat requérant | HOURMANT |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 20 octobre 2022, Mme C A, représentée par Me Hourmant, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 15 avril 2022 par laquelle le directeur territorial de Caen de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) a mis fin à ses conditions matérielles d'accueil ;
2°) d'enjoindre à l'OFII de procéder au rétablissement des conditions matérielles d'accueil dans le délai d'un mois ;
3°) de mettre à la charge de l'OFII une somme de 1 250 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, à verser à Me Hourmant, sous réserve qu'elle renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État au titre de l'aide juridictionnelle.
Elle soutient que :
- la décision contestée est entachée d'un défaut d'examen de sa situation et en particulier de sa vulnérabilité ;
- elle est entachée d'un défaut d'information préalable concernant la cessation des conditions matérielles d'accueil en cas de refus d'une proposition d'hébergement ;
- elle est mal fondée dès lors que l'article L. 551-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile qui liste les motifs de cessation des conditions matérielles d'accueil ne prévoit pas le refus de proposition d'hébergement.
Mme A a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 21 septembre 2022.
Par une ordonnance du 12 septembre 2023, la clôture de l'instruction a été fixée au 6 octobre 2023.
Par un courrier du 9 février 2024, les parties ont été informées, en application de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, que le tribunal était susceptible de procéder à une substitution de base légale entre l'article L. 551-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, sur lequel la décision attaquée est fondée, et l'article L. 551-15 du même code.
Un mémoire en réponse à ce courrier, présenté par Mme A, a été enregistré le 12 février 2024.
Un mémoire en réponse à ce courrier, présenté par l'OFII, a été enregistré le 12 février 2024.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991,
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Pillais ;
- et les conclusions de M. B.
Considérant ce qui suit :
1. Mme A, ressortissante tchadienne, a déposé une demande d'asile qui a été enregistrée le 16 février 2022 au guichet unique de la préfecture du Calvados et a accepté, ce même jour, une offre de prise en charge au titre du dispositif national d'accueil. Le 15 avril 2022 le directeur territorial de Caen de l'OFII a décidé de mettre fin à ses conditions matérielles d'accueil au motif qu'elle a refusé une proposition d'hébergement le 15 mars 2022. Par la présente requête, Mme A demande l'annulation de cette décision.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. En premier lieu, d'une part, aux termes de l'article L. 551-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les conditions matérielles d'accueil du demandeur d'asile sont proposées à chaque demandeur d'asile par l'Office français de l'immigration et de l'intégration après l'enregistrement de sa demande par l'autorité administrative compétente ". L'article L. 552-8 du même code dispose que : " L'Office français de l'immigration et de l'intégration propose au demandeur d'asile un lieu d'hébergement. /Cette proposition tient compte des besoins, de la situation personnelle et familiale de chaque demandeur au regard de l'évaluation des besoins et de la vulnérabilité prévue au chapitre II du titre II, ainsi que des capacités d'hébergement disponibles et de la part des demandeurs d'asile accueillis dans chaque région ". L'article L. 552-9 du même code précise que : " Les décisions d'admission dans un lieu d'hébergement pour demandeurs d'asile ainsi que les décisions de changement de lieu, sont prises par l'Office français de l'immigration et de l'intégration, après consultation du directeur du lieu d'hébergement, sur la base du schéma national d'accueil des demandeurs d'asile et, le cas échéant, du schéma régional prévus à l'article L. 551-2 et en tenant compte de la situation du demandeur. "
3. D'autre part, l'article L. 551-15 du même code dispose que : " Les conditions matérielles d'accueil peuvent être refusées, totalement ou partiellement, au demandeur dans les cas suivants : () / 2° Il refuse la proposition d'hébergement qui lui est faite en application de l'article L. 552-8 () La décision de refus des conditions matérielles d'accueil prise en application du présent article est écrite et motivée. Elle prend en compte la vulnérabilité du demandeur ". Selon l'article L. 551-16, du même code : " Il peut être mis fin, partiellement ou totalement, aux conditions matérielles d'accueil dont bénéficie le demandeur dans les cas suivants : / 1° Il quitte la région d'orientation déterminée en application de l'article L. 551-3 ; / 2° Il quitte le lieu d'hébergement dans lequel il a été admis en application de l'article L. 552-9 ; / 3° Il ne respecte pas les exigences des autorités chargées de l'asile, notamment en se rendant aux entretiens, en se présentant aux autorités et en fournissant les informations utiles afin de faciliter l'instruction des demandes () ".
4. Il résulte de la combinaison de ces dispositions que dans le cas où les conditions matérielles d'accueil initialement proposées au demandeur d'asile ne comportent pas encore la désignation d'un lieu d'hébergement, dont l'attribution résulte d'une procédure et d'une décision particulières, le refus par le demandeur d'asile de la proposition d'hébergement qui lui est faite ultérieurement doit être regardé comme un motif de refus des conditions matérielles d'accueil entrant dans le champ d'application de l'article L. 551-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et non comme un motif justifiant qu'il soit mis fin à ces conditions relevant de l'article L. 551-16 du même code. Il en va ainsi alors même que le demandeur avait initialement accepté, dans leur principe, les conditions matérielles d'accueil qui lui avaient été proposées.
5. Il ressort des pièces du dossier que Mme A a accepté le principe des conditions matérielles d'accueil qui lui avaient été proposées le 16 février 2022 sans que ne lui soit précisé la désignation d'un lieu d'hébergement et que le 15 mars 2022 elle a refusé l'orientation que l'OFII lui a proposé vers un centre d'hébergement d'urgence situé à Caen. Dès lors, il résulte de ce qui a été dit au point précédent que la décision attaquée, qui doit être regardée comme refusant à Mme A le bénéfice des conditions matérielles d'accueil, ne pouvait être légalement fondée sur les dispositions précitées de l'article L. 551-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Il y a lieu de substituer à cette base légale erronée l'article L. 551-15 du même code dès lors que cette substitution n'a pas pour effet de priver l'intéressée d'une garantie, que l'administration dispose du même pouvoir d'appréciation dans sa mise en œuvre et que Mme A a été mise à même de présenter ses observations sur cette substitution.
6. Il résulte de ce qui vient d'être dit que Mme A ne peut utilement se prévaloir au soutien de ses conclusions à fin d'annulation du moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 551-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
7. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 522-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " A la suite de la présentation d'une demande d'asile, l'Office français de l'immigration et de l'intégration est chargé de procéder, dans un délai raisonnable et après un entretien personnel avec le demandeur d'asile, à une évaluation de la vulnérabilité de ce dernier afin de déterminer, le cas échéant, ses besoins particuliers en matière d'accueil. Ces besoins particuliers sont également pris en compte s'ils deviennent manifestes à une étape ultérieure de la procédure d'asile. Dans la mise en œuvre des droits des demandeurs d'asile et pendant toute la période d'instruction de leur demande, il est tenu compte de la situation spécifique des personnes vulnérables. / Lors de l'entretien personnel, le demandeur est informé de sa possibilité de bénéficier de l'examen de santé gratuit prévu à l'article L. 321-3 du code de la sécurité sociale ". Aux termes de l'article L. 522-2 du même code : " L'évaluation de la vulnérabilité du demandeur est effectuée par des agents de l'Office français de l'immigration et de l'intégration ayant reçu une formation spécifique à cette fin ". Aux termes de l'article L. 522-3 du même code : " L'évaluation de la vulnérabilité vise, en particulier, à identifier les mineurs, les mineurs non accompagnés, les personnes en situation de handicap, les personnes âgées, les femmes enceintes, les parents isolés accompagnés d'enfants mineurs, les victimes de la traite des êtres humains, les personnes atteintes de maladies graves, les personnes souffrant de troubles mentaux et les personnes qui ont subi des tortures, des viols ou d'autres formes graves de violence psychologique, physique ou sexuelle, telles que des mutilations sexuelles féminines ".
8. Pour soutenir que la décision attaquée a été prise sans examen de sa situation personnelle et sans prise en compte de sa vulnérabilité, Mme A fait valoir que l'examen de vulnérabilité dont elle a bénéficié s'est limité à compléter une fiche sans qu'aucun agent de l'OFII spécialisé et formé n'ait été chargé d'évaluer sa situation. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que Mme A a pu bénéficier, le 16 février 2022, lors de son enregistrement au guichet unique des demandeurs d'asile, d'un entretien au cours duquel sa situation personnelle a été évaluée. L'intéressée a signé le jour même le formulaire d'évaluation des besoins du demandeur d'asile et coché la case " entretien d'évaluation de ma vulnérabilité dans une langue que je comprends ". Il est également précisé dans le formulaire que l'entretien s'est déroulé en langue arabe et la fiche d'évaluation de vulnérabilité établie le même jour et signée par Mme A précise que l'entretien s'est déroulé avec le concours d'un interprète. Par ailleurs, alors que Mme A a été mise à même de produire des observations lorsque lui a été notifiée la décision d'intention du 17 mars 2022 de mettre fin à ses conditions matérielles d'accueil, il ne ressort pas des pièces du dossier qu'elle ait, dans le cadre de la procédure contradictoire, fait valoir de nouveaux éléments concernant sa situation personnelle. Elle ne conteste pas davantage avoir refusé la proposition d'hébergement qui lui a été faite. Par suite, Mme A n'est pas fondée à soutenir que la décision de cessation de ses conditions matérielles d'accueil a été prise sans examen de sa situation personnelle et en particulier de sa vulnérabilité.
9. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 551-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Le demandeur est informé, dans une langue qu'il comprend ou dont il est raisonnable de penser qu'il la comprend, que le bénéfice des conditions matérielles d'accueil peut lui être refusé ou qu'il peut y être mis fin dans les conditions et selon les modalités prévues aux articles L. 551-15 et L. 551-16 ".
10. Ainsi qu'il a été dit au point 8, il ressort des pièces du dossier que Mme A a indiqué dans le formulaire d'évaluation des besoins du demandeur d'asile, avoir été informée dans une langue qu'elle comprend, en l'occurrence l'arabe, des conditions et modalités de refus et de cessation des conditions matérielles d'accueil. Il est, en outre, clairement exposé dans ce formulaire qu'en acceptant l'offre elle s'engage à accepter tout hébergement proposé. Par suite, Mme A n'est pas fondée à soutenir qu'elle n'a pas été préalablement informée que le refus de l'offre d'hébergement entrainerait la cessation des conditions matérielles d'accueil.
11. Il résulte de ce qui précède, que Mme A n'est pas fondée à demander l'annulation de la décision attaquée. Par suite ses conclusions à fin d'annulation doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence ses conclusions à fin d'injonction et celles fondées sur les dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme C A, à Me Hourmant et à l'Office français de l'immigration et de l'intégration.
Délibéré après l'audience du 22 février 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Rouland-Boyer, présidente,
Mme Pillais, première conseillère,
Mme Silvani, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 15 mars 2024.
La rapporteure,
Signé
M. PILLAIS
La présidente,
Signé
H. ROULAND-BOYERLe greffier,
Signé
J. LOUNIS
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Le greffier,
J. Lounis
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026